Académie de Grenoble

réfuter une thèse ou un argument

exercice... réfutation d’une thèse

L’Homme peut-il être heureux ?

La quête du bonheur est l’un des buts raisonnables de l’existence : il n’est pas absurde de vouloir ou désirer être heureux – ce qui ne signifie pas qu’il soit possible de le devenir.

La notion de malheur est ici capitale. De nombreux éléments peuvent contribuer au malheur des hommes : maladie, misère, guerre, mort, qui sont des obstacles naturels ou sociaux à l’épanouissement des personnes. N’existerait-il pas une cause universelle et commune à ces différents malheurs ? C’est la thèse que développent certaines conceptions pessimistes de l’existence. Le pessimisme n’est pas ici l’attitude banale de celui qui « voit la vie du mauvais côté », mais une doctrine selon laquelle le mal l’emporte toujours et nécessairement sur le bien et la douleur sur le plaisir. Une telle conception soutient que l’homme n’est pas fait pour le bonheur et que la cause du malheur réside dans l’homme même : la raison fondamentale d’une telle situation serait l’existence, en chacun de nous, de désirs (cf. le mythe du tonneau des Danaïdes).

Quels sont les arguments en faveur du pessimisme ?
Il faut bien distinguer le désir du besoin, qui est physiologique et s’impose à nous en vertu de lois naturelles : tout être vivant a besoin de s’alimenter, c’est là une nécessité. Par opposition au besoin, le désir fait accéder à ce qui est proprement humain : contrairement au besoin, il peut rester insatisfait. Il est lié à la représentation, c’est-à-dire à l’image que nous nous formons des choses, contrairement au besoin qui en reste relativement indépendant.

Or les pessimistes soulignent que le désir surgit nécessairement d’un manque : on ne désire vraiment que ce que l’on n’a pas. Le désir est fait de frustrations et d’attente anxieuse tant qu’il n’est pas apaisé. Mais sitôt la satisfaction obtenue, un désir nouveau se met en mouvement et se substitue au précédent, ce qui suscite encore inquiétude et parfois souffrance. On pourrait alors supposer, contre les pessimistes, qu’il suffit de réduire et de maîtriser les désirs pour atteindre une forme de sérénité. Erreur, répondent les pessimistes : le renoncement au désir fait basculer les hommes dans une forme d’ennui et de stagnation. À en croire les pessimistes, le désir serait donc bien la cause du malheur des hommes. Pourquoi ?

Parce que l’on serait face à un trilemme insoluble : le désir insatisfait provoquerait la frustration ; au contraire une fois comblé, il laisserait place à d’autres désirs dans une fuite en avant sans fin ; quant à l’absence de désir, elle provoquerait l’ennui. Ainsi, selon les pessimistes, la nature même du désir rendrait ainsi illusoire toute perspective de bonheur.

Exercice : argumentez le plus précisément possible pour réfuter le trilemme pessimiste.
Si vous souhaitez obtenir une correction et un corrigé, vous pouvez m’envoyer votre travail par email : pierre.landou [arob] ac-grenoble.fr