Académie de Grenoble

Croire et savoir

2) Trouvez des exemples qui illustrent les cas suivants :

- « je crois x parce que je sais x. »
- « je crois savoir x (mais je ne sais pas x). »
- « Je sais que je croix, c’est conscient et volontaire. »
- « je sais x mais je ne crois pas x ».

3) Ce texte de Platon donne un argument pour opposer croire et savoir, lequel ? Mais il donne aussi un argument qui indique qu’il est difficile de les opposer, lequel ?

« SOCRATE Alors continuons et examinons encore ceci. Y a-t-il quelque chose que tu appelles savoir ?
GORGIAS Oui.
S. Et quelque chose que tu appelles croire ?
G. Certainement.
S. Te semble-t-il que savoir et croire, la science et la croyance, soient choses identiques et différentes ?
G. Pour moi, Socrate, je les tiens pour différentes.
S. Tu as raison, et je vais t’en donner la preuve. Si l’on te demandait : « Y a-t-il, Gorgias, une croyance fausse et une vraie ? » tu dirais oui, je suppose.
G. Oui.
S. Mais y a-t-il de même une science fausse et une vraie ?
G. Pas du tout.
S. Il est donc évident que savoir et croire ne sont pas la même chose.
G. C’est juste.
S. Cependant ceux qui croient sont persuadés aussi bien que ceux qui savent. »

Platon, Gorgias

Cette distinction est importante parce qu’elle rend possible une critique des croyances, des convictions, des opinions et des préjugés.

Croire, c’est donner son assentiment à une proposition qui est tenue pour vraie sans avoir la certitude objective de sa vérité. Il s’agit d’une opinion. "Lorsque l’assentiment n’est suffisant qu’au point de vue subjectif, et qu’il est insuffisant au point de vue objectif, on l’appelle croyance." Kant
Donc croire peut relever d’une forme d’ignorance de sa propre ignorance : on croit savoir alors qu’on ne sait pas. C’est pourquoi il faut distinguer ce qu’on croit vrai, ce qui nous semble vrai subjectivement, de ce qu’on sait vrai objectivement.
Bref, croire revient à tenir pour vraie une proposition simplement probable, parfois douteuse, insuffisamment fondée en vérité. Or tenir pour vraie une affirmation douteuse pose problème. D’où l’importance d’une critique de la prétention à la vérité des croyances.

Mais cette distinction est problématique parce que la plupart de nos savoirs sont complexes à fonder, et parfois il n’existe pas de raison suffisante, définitive de leurs vérités. Des lors, le savoir n’est-il pas une forme de croyance mieux vérifiée, mais croyance tout de même ? On peut alors dire : tout savoir est une forme de croyance, mais toute croyance n’est pas une forme de savoir.

Ce sont notamment les philosophes pragmatistes qui refusent d’opposer croyance et savoir. Un savoir n’est pas une possession certaine de la vérité, mais simplement une forme de croyance mieux établie. Le philosophe pragmatiste américain James Dewey parle « d’assertabilité garantie » : ce sont des assertions (des propositions) qui sont garanties par un ensemble de preuves. Elles sont mieux établies que les simples opinions, mais elles ne restent pas moins de l’ordre de la croyance : elles ne sont que « provisoirement définitives ». Nos savoirs, même bien garantis, restent faillibles, c’est pourquoi ils restent de l’ordre de la croyance.

Conclusion : deux usages de la distinction croire/savoir

On peut opposer croire et savoir pour dire qu’une croyance n’est pas un savoir. On se situe alors dans la critique des croyances, des opinions au nom du savoir (Cf. Platon, Descartes). On conçoit alors le savoir comme une sortie de la croyance, une saisie du vrai.

On peut aussi dire que le savoir est une certaine forme de croyance remarquablement bien élaborée, mais demeurant de l’ordre de la croyance parce toujours faillible, susceptible de révision. Savoir, c’est croire en certaines affirmations, certes bien garanties, mais toujours révisables.

Ce qui est en jeu, c’est l’image du savoir et de la croyance. Dans le premier cas, une croyance et un savoir sont deux types de propositions ou d’attitudes opposés. Dans le deuxième cas, savoir est une façon de croire, c’est-à-dire de tenir pour vrai.