Fêtes et traditions : Noël, Pâques... Contes, chansons, usages...

(actualisé le )

Plusieurs enseignants m’ayant demandé des renseignements sur les traditions de Noël vous trouverez ci-dessous quelques explications, ainsi que des références à des contes ou des chansons.

Les traditions en Drôme marquent une continuité avec le reste de la Provence et le sud du Dauphiné, il n’y a pas de brusque rupture d’un pays à l’autre mais plutôt des habitudes dont l’usage est davantage centré sur des secteurs géographiques.

Traditions de Noël

Jeanne Brès du Buis raconte :
" Mon arrière grand-mère venait de Revest-du-Bion. La veille de Noël mon père, lui-même - car il y avait toujours un ouvrier agricole - allait donner aux bêtes, il donnait une bonne ration de blé aux chevaux, et aussi aux pigeons. On donnait du blé aux pigeons, alors qu’habituellement on n’en donnait jamais.

On donnait une belle tranche de pain à chaque bête, parce qu’elles participaient quand même à la vie de la famille. Mon père donnait ce pain, pourtant il n’était pas du tout religieux. C’était relié à des fêtes anciennes, comme les fêtes des solstices. D’ailleurs on respectait énormément le blé et le pain. Le pain, on ne l’aurait pas transporté dans un sac de jute ; on le transportait dans un sac blanc ou une serviette. "

La veille de Noël on préparait un repas maigre, avec la salade de céleri et la traditionnelle morue ; il y avait aussi la soupe de crouzet (croisillons) ou de lasagnes. Au dessert, on parle de la tradition incontournable des treize desserts. Dans les Baronnies, en général, on rassemblait ce dont on pouvait disposer : clairettes que l’on avait fait sécher en suspendant les grappes au grenier, melons conservés dans la paille, fruits secs (amandes, noix, noisettes, figues) que l’on appelait les mendiants en référence aux quatre ordres de moines mendiants.

On préparait aussi le nougat. C’est une confiserie ancestrale, puisque le miel a été depuis les origines de l’humanité la seule source de sucre facile à utiliser (En ce qui concerne les confitures, on utilisait le raisiné, produit en laissant cuire longtemps le jus de raisin.)

Pourquoi un repas maigre à Noël ? On invoquera la tradition chrétienne. En fait Noël s’est superposé à la fête païenne du solstice d’hiver ; le calendrier populaire, comme nous l’apprend Claude Gaignebet, était une suite de carêmes de 40 jours et de carnavals. Le " gros souper " de la veille du Noël était donc le dernier d’un carême.

Noël, ou fête du solstice, est extrêmement chargé de symboles de fertilité : fertilité agraire, mais aussi... fertilité humaine. Le miel est un symbole de fertilité, comme l’a analysé Geneviève Calame Griaule à partir des contes africains (Cahiers de littérature orale N° 18) et on retrouve cette symbolique, quoique un peu atténuée dans les contes provençaux (le renard parrain). Noël est le moment où la lumière est la plus faible, la nature semble comme morte ; dans la vision anthropomorphique de nos ancêtres, on pense que le soleil est fâché. Il faut donc l’honorer et célébrer la nature. Dans la Drôme on racontait, comme l’atteste Louis Moutier, la légende du berger Durand qui s’en allait chercher le soleil. Drôle de nom pour un berger provençal, dirions-nous ! En fait il faudrait plutôt le rapporter à l’héritage magique du mot tel qu’on le trouve dans l’épée Durandal...) Ce conte a été réécrit de façon remarquable par Giorda aux éditions Vif Argent. (On peut l’emprunter à la bibliothèque pédagogique.)

Dans les maisons on amène ce qu’il reste de verdure : de la mousse, des branches de chêne que l’on honore en les décorant de pommes de pin et de pommes (fruits)... En ce qui concerne l’arbre de Noël il s’agit aussi d’une tradition populaire authentique, mais qui s’est diffusée à partir de l’Alsace (on en trouve la première mention à Sélestat à l’époque de Charlemagne.) et antérieurement des pays nordiques (en Angleterre les cadeaux de Noël étaient censés provenir du sapin.)

On fait pousser le blé ou les lentilles de la Saint Barbe (semés le 4 décembre.) Ils seront prêts pour Noël et décoreront la table. En Savoie le jour de la Sainte Catherine on mettait dans l’eau une branche d’amandier de façon à ce qu’elle fleurisse dans les maisons pour Noël. Cet usage avait cours aussi dans le Sud-Est de la Drôme.

Enfin en signe de renouveau, on amène " lou cacho-fiò " Il s’agit d’un tronc d’arbre fruitier. C’est la bûche de Noël ; un événement raconté de manière exemplaire par Frédéric Mistral dans ses " mémoires et récits " (Memòri e raconte. ). Le soir de Noël la famille se réunit au grand complet, le plus jeune et le plus vieux font trois fois le tour de la table et on bénit la bûche avec du vin cuit (à l’aide d’un céleri, à Mazan.) La formule consacrée est : A l’an que vèn, se sian pas mai, que sieguen pas mèns. (à l’année prochaine, si nous ne sommes pas davantage, que nous ne soyions pas moins ; autrement dit s’il n’y a pas de naissance, espérons que personne ne meure.)

La bûche devra durer jusqu’à l’épiphanie, si l’on veut qu’elle soit un bon présage. Certains emploient les grands moyens pour mettre la bonne fortune de leur côté. Marie Reynaud, de Montguers, racontait qu’à la ferme de Cramy le cheval tirait le bûche jusque dans la cuisine ; il entrait par une porte et ressortait par l’autre. Un jour dans une ferme de Bourdeaux, lorsqu’on a allumé la bûche qui était énorme, on a entendu le coucou chanter. Il était caché dans l’arbre et la chaleur l’avait réveillé ! Une fois la bûche consumée, les cendres qui étaient considérés comme bénéfiques étaient répandues dans les champs.

Noël n’était pas à l’origine une fête orientée vers les cadeaux. Après la guerre de 1914 on offrait dans les familles fortunées des poupées en porcelaine aux filles ; souvent c’était une seule orange ; plus tard des papillotes ; l’usage de cette confiserie est d’ailleurs resté limité à un niveau régional.

On justifie aujourd’hui l’absence de cadeau de Noël par la pauvreté quasi générale ; en fait je pense que c’était une fête centrée essentiellement sur des rituels agraires et sociaux et le concept de " cadeau " n’existait pas à la manière d’aujourd’hui. De façon très pragmatique, le cadeau se faisait pour la nouvelle année : c’étaient les étrennes ; probablement un coutume d’origine romaine si l’on en croit le nom. (Latin Strena, cadeau à titre d’heureux présage ; car un cadeau n’est pas... gratuit ( ! ) dans la tradition populaire, mais chargé de portée symbolique.) On disait alors : " Bon jour, bon an, l’estreno dins la man. " (Bon jour, bonne année, l’étrenne dans la main.) Autrement dit lorsqu’on souhaitait la bonne année, les paroles n’étaient pas suffisantes, il fallait concrétiser ses dires par un acte, qui pour autant qu’il porte symbole, n’en soit pas moins concret ! A Saillans on accompagnait l ’étrenne d’une orange dans un sachet.

Après une nouvelle série de carêmes et de carnavals (c’est-à-dire de fêtes) dont seule subsiste celle de mardi-gras, on arrive à l’autre grande fête du calendrier païen, celle de la Saint Jean, ou solstice d’été. C’est dire que la fête de Noël, dans la tradition païenne, devait être très animée, car rappelons-le le carnaval (tel qu’il se pratiquait encore sous les Romains) implique un renversement complet des valeurs et des hiérarchies de la société. Cela subsistait encore lorsque les enfants faisaient le carnaval, se présentaient dans chaque maison pour la quête des œufs (toujours symbole de naissance), les filles déguisées en garçon et inversement.

Ces fêtes étaient chargés de sens symbolique : synchroniser l’activité de l’homme par rapport au cycle et au rythme de la nature, renouer la communication à l’intérieur de la famille, la communauté de sa ville ou son village.

Les chants populaires de Noël en provençal (appelés tous simplement Noëls) ont été pour la plupart publiés par Clamon et Pansier (Editions Aubanel) ; tradition prolifique puisque le livre rassemble près de 250 chants ! En bonne place figurent les Noëls du nyonsais Chalvet qui sont bien connus dans les Baronnies, notamment " La luno es-ti levado, Courren à Betelen. " et chantés dans nombre de chorales. Plusieurs Noëls de Baronnies qui se sont transmis par la tradition orale, comme " Lou nouvè dis aucèu ", chanté par Léopold Deydier de Saint-Sauveur Gouvernet. (Publié dans notre ouvrage Chansons traditionnelles et populaires de la Drôme disponible à la bibliothèque pédagogique de Nyons.)

Nous avons inclus trois Noëls provençaux dans notre livre-disque " Chansons de Provence " publié par la bibliothèque pédagogique ; le plus simple est probablement " Cantèn Nouvè " et le plus populaire, celui que la majorité des gens des environs connaissent est " La cambo me fai mau. "

Il y a toujours une ambiguïté dans la part de référence religieuse que peut représenter la fête de Noël et cette question se pose naturellement dans le cadre de nos institutions laïques. Cette ambigüité est d’ailleurs extrêmement ancienne. La religion catholique, pour supplanter plus facilement des coutumes ancrées et immémoriales, avait calqué comme on l’a vu ses fêtes sur celles du calendrier populaire.

On en a un exemple dans la représentation du bœuf et de l’âne dans la crèche, (Anfos Martin date cette arrivée au du VIIIe siècle quoiqu’elle semble antérieure) le bœuf étant une forme édulcorée de Mythra, et l’âne appartenant à un autre culte païen.

La fête de Noël dans la tradition populaire est en somme un moment convivial, assurément, mais aussi un temps symbolique où l’homme repense son action dans un cadre plus large, plus universel ; il charge ses actes de sens, reconsidère les liens avec lui-même, sa société et sa culture.

Je pense donc qu’on peut trouver matière dans ce thème pour utiliser des contes, chansons, traditions populaires permettant de l’aborder sous des angles nouveaux ou différents.

Les traditions de Pâques

Mémoire de Sabine Gras

La tradition de Pâques au moment du printemps remonte au XIe siècle lorsque commença à s’instaurer l’usage dans le monde chrétien d’une commémoration solennelle de la résurrection du Christ. On plaça tout naturellement cette commémoration au temps de la Pâques juive qui avait une signification identique, et on intégra dans un même élan de foi les survivances des anciennes fêtes de printemps qui célébraient, dans un contexte encore essentiellement rural, le renouveau de la nature.

Pâques est, on le sait, une fête au sens le plus joyeux que l’on peut donner à ce mot. Mistral l’évoquait ainsi, en des termes qu’il n’est guère besoin de traduire : « Veici li Pasco, la fèsto glouriouso de la resurreicioun, la fèsto de la primavero ! cantas enfant, cantas fiheto !… »

Quant au mot « Pâques » lui même, on lui attribue généralement une étymologie hébraïque, « pesah ou pessar » qui signifie « passage » (celui de la mer rouge) et donna le grec « paskha ».
Le latin ecclésiastique en fit « paska » qui s’altéra vite en « pascua », un mot qui signifie aussi « nourriture », du latin « pascere » (paraître).

Pâques, cela ne représente pas seulement le dimanche et le lundi de Pâques, il y a en effet toute une série de notions qui s’y rattachent du point de vue religieux ou traditionnel.
Que ce soit la semaine sainte, le Carême, les Rameaux, tous dépendent du cycle pascal.
A toutes ces marques de religions se sont greffées des traditions régionales qui illustrent aujourd’hui le cycle de Pâques (l’œuf, les cloches…).

 Le Carême – Lou Caremo

Le Carême commence le mercredi des cendres et précède la semaine sainte et Pâques. C’est une période d’austérités qui dure quarante jours.

Le mercredi des cendres

Le premier jour du Carême aux Saintes Maries de la Mer portait le nom de paillado. Cette fois, il ne s’agissait pas de régler ses comptes à Caramantran mais de juger un mari battu par sa femme. La scène qui était des plus cocasse se déroulait sous l’aspect d’un jugement de tribunal.

Le repas du soir de mardi gras ou du mercredi des cendres était à l’image du Carême : les viandes en étaient bannies et l’on mangeait traditionnellement le beurre d’ail (l’ailloli).
A Maillane, les jeunes gens ouvraient le repas en faisant une quête destinée à couvrir les frais des festivités de Carnaval.
A minuit, aux douze coups de l’horloge, on nommait à Vitrolles un roi du festin qui s’érigeait en pontife pour distribuer les cendres de Caramantran et rappeler aux convives que les jours gras étaient terminés.

Le Caramantran (ou carmentra) était brûlé, ou comme à Marseille noyé après l’avoir jugé et reconnu auteur de tous les malheurs arrivés au cours de l’année.

Durant cette période de privation, la viande était interdite, en revanche on la remplaçait par un aïoli, ou par une brandade de morue.

Le dimanche des Brandons

Le premier dimanche de Carême, appelé dimanche des Brandons, les Provençaux reprenaient à nouveau les festivités de Carmentran pendant une journée, cela s’achevait à la nuit tombée avec des brandons ou torches enflammées que l’on promenait dans le village en chantant et en dansant.
Ces derniers feux de la fête de Carnaval ont une origine païenne qui remonte dans la nuit des temps. L’Église chercha à détourner ce rituel en instaurant cette fête du premier dimanche de Carême qui selon certains avait pour but d’imposer une pénitence à ceux qui avaient fait trop de scandales au cours du Carnaval. Ils devaient donc se rendre à l’église le soir de ce premier dimanche de Carême, munis d’une torche pour réparer leurs écarts et faire preuve de repentir.

 Les Rameaux – Li Rampau

Fête mobile déterminée par Pâques qui donnait autrefois le début de l’année, la fête des Rameaux se déroule le dimanche qui précède Pâques, et ouvre la semaine sainte. Cette fête est connue sous différentes appellations :
• le dimanche des Rameaux
• la Pâques fleurie
• le dimanche d’Hosanna
C’est une des grandes fêtes de l’année dans toute la chrétienté, et en Provence, où le sentiment de religiosité est si développé qu’elle est célébrée en grande pompe.
Mais comme pour beaucoup de fêtes religieuses, la liturgie et la dévotion mises à part, la sociabilité joue considérablement et le dimanche des Rameaux est prétexte à réunions amicales et familiales. La solennité qui consiste à rappeler l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, saluée par les mouvements de palmes de la foule lui criant : « Hosanna ! », s’est traduit en Provence intérieure par l’habitude de faire bénir à l’église des rameaux.

Pour la cérémonie de bénédiction des rameaux, il est très courant que l’on choisisse la branche d’olivier, arbre sacré pour les provençaux, l’olivier était toujours épargné par la foudre (cette croyance rappelle d’ailleurs le culte grec à Minerve, divinité à laquelle l’olivier était consacré).
Cependant, les palmes et le laurier sont aussi utilisés dans les pays méridionaux, ainsi que divers autres végétaux à feuilles caduques ou persistantes suivant les régions.
Quant au buis, il était peu utilisé autrefois, car cet arbrisseau venu du nord n’était pas considéré comme rameaux, ce sont les gens d’ailleurs qui l’ont ajouté à cette cérémonie parce que dans leur pays, il n’y avait ni olivier, ni laurier. De plus, pour les provençaux, le buis paraissait bien triste, sa place était plutôt dans les cimetières qu’au dessus du lit conjugal. Les églises sont parées de verdures telles que le laurier et l’olivier.

Et comme la plupart des autres fêtes annuelles (telles que Noël, carnaval…), le dimanche des Rameaux privilégie de plus en plus les enfants. Ainsi ne doit-on pas s’étonner de devoir souligner l’importance de la nourriture partagée et des friandises offertes.
Ainsi il était donné aux enfants, un rameau acheté chez le confiseur. Ce rameau est un joli petit bâton de bois léger enguirlandé de papier doré, simulant une branche d’arbre avec des feuilles artificielles. Il porte à son extrémité un orange confite, et présente ça et là, attachées autour de ses branchettes maintes friandises qui pendent comme des fruits sur un arbre naturel.
Il est à remarquer que ce fameux rameau de confiserie ne se voit pas en Catalogne et également dans toute la Provence. Il est très répandu à Marseille, Toulon, Arles, c’est à dire dans les villes de grande importance mais surtout peuplées par des Provençaux d’origine phocéenne et sarrasine ? Les enfants de familles moins aisées avaient quant à eux un rameau constitué d’une branche de laurier ou d’olivier au bout de laquelle on fixait une pomme ou une poire miraculeusement conservée dans le grenier, on y accrochait quelques friandises comme le casse-dents, l’échaudé ou une sucrerie représentant une fleur ou un animal.
C’était traditionnellement la marraine ou le parrain qui l’offraient aux enfants. On tenait cette petite coutume en telle affection que si ces derniers négligeaient d’en apporter un à leur filleul, toute la famille le prenait pour un signe de désaffection.
Les enfants recevaient aussi un vêtement neuf, car c’était le printemps, le renouveau.
Ce bâton de rameau a sans doute une origine ancienne /antique : —ésioné (?) des grecs. En effet, les grecs fêtaient Apollon au printemps, l’officiant portait en procession une longue branche feuillue qui était surplombée d’une sphère de bronze représentant le soleil ; tout au long de cette branche, ils avaient accroché trois cent soixante cinq banderoles teintes en pourpre qui symbolisaient les jours de l’année. Nous pouvons constater que le bâton de rameau avait bien des ressemblances avec la branche grecque.
L’idée que cette tradition du bâton des rameaux nous vienne des grecs semble se confirmer lorsqu’on constate en Provence, que l’implantation de la coutume ne s’est faite que dans les régions d’influence phocéenne ou sarrasine. La cérémonie de bénédiction des rameaux se déroulait différemment selon les villes.
En ce qui concerne la ville de Brignoles (Var), le dimanche des Rameaux, selon une très vieille coutume, on se rend toujours (surtout les enfants en grand nombre) sur la place du palais des Comtes de Provence, face à la chapelle Saint Louis. Le clergé bénit les rameaux d’olivier ou de laurier, de même ceux faits en confiserie. Une fois les rameaux bénits, on entre dans l’église en procession, le rameau à la main, figurant ainsi l’entrée de Jésus à Jérusalem. A la sortie de l’église, les enfants se livraient à leurs traditionnels jeux, bien que très redoutés : Toumbo bello. Portant jalousement leurs bâtons bénits, tout garnis de friandises, à la sortie de l’office du jour, ils regardaient avec méfiance autour d’eux pour vérifier qu’aucun enfant n’était en train de s’approcher : car telle était la règle du jeu : les enfants s’amusaient à bousculer ceux qui portaient leurs bâtons bénits en criant : « toumbo bello ». Si quelques friandises tombaient à terre, ils avaient le droit de s’en saisir.
Les petits galopins de la ville qui n’avaient pas de bâton y jouaient parfois, mais au lieu de crier : « toumbo bello ! », ils disaient : « merdo bello ! ». A ces mots, les adultes répliquaient « mangio », en prenant au pied de la lettre ce qu’ils avaient entendu. Les galopins s’approchaient du bâton bénit pour croquer à même la branche l’une des friandises qui s’y trouvaient.
Une fois les rameaux bénits à l’office, on rentrait chez soi pour les suspendre au-dessus du lit.
Si au cours de l’année, l’un des membres de la famille venait à disparaître, on prenait une branche du rameau pour le tremper dans l’eau bénite et le placer sur le cercueil le jour des funérailles.
Les rameaux bénits étaient conservés avec grand soin dans toutes les maisons, elles garantissaient gens et bêtes de toute espèce de maladie, d’accident, d’envoûtement. Dans les Alpes-Maritimes, on allait suspendre aux oliviers de petites branches du même arbre pour le faire prospérer.
A Menton (Alpes-Maritimes), on entendait crier dans les rues de la ville : « A ramouriva ! » (les branches d’olivier), on récupérait ainsi l’olivier bénit de l’an passé pour en faire un grand feu.
Dans toute la Provence, le jour des Rameaux, on mangeait des pois-chiches. D’ailleurs, il est bien connu « Es bèn paure l’oustau, que noun manjo de cese pèr rampau » (est bien pauvre la maison qui ne mange pas de pois-chiches pour Rameaux).
Cet usage des pois-chiches, le jour des Rameaux a donné lieu à plusieurs explications dont celles-ci :
Un vaisseau chargé de pois-chiches se serait échoué sur la côte marseillaise dans une période de disette. Pour commémorer cet événement, les marseillais avaient depuis lors introduit l’usage d’en manger le dimanche des Rameaux. Mais cette explication tout à fait locale n’est pas satisfaisante puisque les pois-chiches sont consommés à cette date dans toute la Provence.
On dit encore que cet usage viendrait de Grèce, hérité de la fête des pyanepsies qui fut instituée par Thésée à Athènes. En mémoire de son retour de Crête où les jeunes gens qu’ils avaient délivrés mangèrent les fèves qui restaient de leurs provisions de voyage, par la suite Thésée institua la fête des pyanepsies.
Quoiqu’il en soit, manger des pois-chiches, le jour des Rameaux, préserve des fleirouns (furoncles) pour toute l’année.

Diverses citations concernant les Rameaux :

Lou vènt de ram, duro tout l’an.

Le vent du jour des Rameaux dure toute l’année.

Quand ploù pèr rampau, ploù sus la faus.
Quand il pleut pour les Rameaux, il pleut sur la faux.

 La semaine sainte – La semano santo

La semaine sainte s’écoule entre le dimanche des rameaux et le dimanche de Pâques. On l’appelle aussi la semaine peineuse avec son « jeudi absolu » (d’absoudre), son vendredi benoit (ancienne forme de bénit) et son samedi des œufs.
Pendant toute la semaine sainte, les jeunes Provençaux parcouraient les rues des villages et des bourgs en chantant des couplets improvisés, en annonçant la résurrection du Christ aux portes des fermes et des maisons.
Les petits chanteurs de la semaine sainte entendaient bien être récompensés et attendaient sur le seuil des maisons qu’on vint les remercier en leur offrant quelques œufs ou des fruits secs dont ils feraient leur repas le jour de Pâques et adressaient un « charivari » à ceux qui ne donnaient pas.
En Provence, il semble qu’il faille parler qu’au passé des cérémonies de la semaine sainte. Sans doute, la bonne humeur proverbiale des méridionaux les conduit-elle à limiter les manifestations douloureuses de la Passion à la différence des Catalans.
Le goût du drame liturgique était grand au Moyen-Age. On jouait des mystères tirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la Passion, de la vie des Saints. Cette popularité du théâtre religieux florissait dans les bourgs du Var et sur le littoral, ainsi que dans le comtat autour d’Avignon et de Carpentras.
A la Ciotat, jeunes gens et jeunes filles reconstituaient le drame en un long et lent défilé où figurait le Christ, vêtu d’une robe rouge, couronné d’épines, au milieu des apôtres, des soldats romains et bien sûr de ceux que l’on accusait d’abord, les juifs armés de coutelas.
A Marseille, la Passion devenait pantomime et se jouait sur une scène de théâtre. On y vit des marionnettes dont moines et pénitents tiraient les ficelles. L’Église ne vit pas toujours d’un bon œil ces reconstitutions qui prenaient avec l’histoire sainte des libertés un peu coupables. Elle les fit cesser partout mais dans le pays niçois, où les sentiments sont plus vifs, elle ne réussit pas à les interdire.
Une cérémonie du lavement des pieds avait lieu à la cathédrale de Toulon. En 1645, une rente de deux cent livres avait été constituée par M. Danés de Marly, pour habiller les douze pauvres qui étaient choisis.

Pendant la semaine sainte, on ne faisait pas la lessive, le faire était considéré presque comme un blasphème, et les non croyants eux-même n’osaient pas passer outre cette coutume qui venait on ne sait d’où, sinon on s’attirait les malheurs pour toute l’année. Par contre, on nettoyait la maison de fond en comble :sans doute pour chasser les démons qui s’y étaient installés tout au long de l’année, et là, les femmes avaient de l’ouvrage ; quant aux hommes, la plupart du temps, ils blanchissaient avec de la chaux vive les murs et les plafonds de la cuisine.
Il y avait d’autres interdictions précises :
On ne ramassait pas les petits pois, les fils ne prendraient pas à la rame.
Le vendredi saint, il ne faut pas enterrer les pommes de terre, car la terre saigne, elles pourriraient infailliblement.
Ne pas ouvrir de tombe, la terre est en sang.
Ne pas se faire couper les cheveux car ils ne repousseraient plus.
Ne pas sortir le fumier le vendredi saint, le bétail deviendrait boiteux.
Ne pas coudre, on risquerait de piquer la Vierge.
Ne pas semer de courges, le vendredi saint, elles seraient amères, il vaut mieux attendre le samedi saint lorsque le Gloria sonne.

Nous allons maintenant voir très minutieusement les diverses traditions des trois jours de la Passion.

Le jeudi saint

Dans le cycle de la Passion, c’est le jeudi saint que Jésus, après avoir présidé la Cène et lavé les pieds de ses disciples se rendit avec eux au jardin des oliviers. Là, il fut trahi par Judas et arrêté.
A Marseille, les pénitents de la Trinité faisaient la cérémonie du lavement des pieds, tous les jeudi saint : les douze apôtres étaient représentés par des enfants. Après l’office, le prieur invitait les enfants autour d’une grande table, dans l’enclos du jardin des observantins, rompait le pain et leur servait du vin blanc.

A l’intérieur des églises, on dépouille les autels, on masque les statues, on éteint les cierges. L’intonation du Gloria à la messe du jour marque le début du silence des cloches (parties pour Rome) qui durera jusqu’à Pâques.

Le vendredi saint

« Depuis la sixième heure, dit l’évangile, jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur la terre (…). A la neuvième, Jésus poussa un grand cri et rendit l’esprit. »
En Provence, dans toutes les églises, à la fin de l’office des ténèbres, on éteignait toutes les lumières du chœur de l’église et les enfants se rassemblaient à la porte et faisaient un tapage épouvantable en mémoire du tremblement de terre qu’il y eut à la mort de Jésus.
A Menton, ils faisaient tournoyer leurs crécelles et agitaient des boîtes remplies de pierres. Après l’office, les petits tapageurs poursuivaient leur vacarme dans les rues jusqu’à la tombée de la nuit.
Les ténèbres sont particulièrement respectées dans le pays niçois où les confréries de pénitents sont encore nombreuses et actives. Mais quelle que soit la solennité et l’émotion d’une telle cérémonie, les jeunes gens ont tendance à la récupérer au profit de manifestations bruyantes et publiques.
Paul Canastrier, le meilleur connaisseur du folklore niçois, en donne une impressionnante description :
« Une heure avant l’office, les enfants parcourent les rues par bandes en agitant leurs instruments et en criant : « A l’oufici ! ». Puis ils se massent devant l’église. Quand le sacristain a enlevé le dernier cierge resté allumé, un gamin posté en faction donne l’alerte. Aussitôt, ses camarades se ruent dans la maison de prières et manoeuvrent leurs instruments comme des forcenés… »
Ces instruments, désignés sous le nom générique de cacha-carema (chasse-carême) sont variés : crécelles, claquettes, boîtes métalliques contenant des cailloux ronds…

Les Provençaux entouraient le jour du vendredi saint de nombreuses superstitions :
Les œufs ne se gâtent pas.
Si le vendredi saint tombait au mois de mars, on cisaillait les oreilles des agneaux pour les marquer ce jour là précisément.
Si vous êtes sujet aux migraines, écoutez les Provençaux : pour éviter toute l’année ces migraines, ils recommandaient de se couper une mèche de cheveux, pendant que l’on prêchait la Passion, le vendredi saint.

C’est ce jour là qu’avaient lieu les représentations des différents théâtres religieux prohibées par la suite par l’Eglise.

Le samedi saint

Dans le cycle de Pâques, le samedi saint est entre la mort du Christ et sa résurrection, un jour d’attente, notamment marqué par des bénédictions et des fêtes. A l’office, lorsqu’on entonnait le gloria, les cloches muettes depuis le jeudi saint, recommençaient à carillonner. A ce moment précis, les Provençales se précipitaient vers les fontaines pour y recueillir l’eau qu’elles dotaient de vertus bienfaitrices en cet instant. Lorsqu’on la buvait, on était préservé, dit-on de tout accident ou malheur au cours de l’année.

En Provence, on choisissait le samedi saint pour chausser les enfants qui quittaient le maillot. L’achat des chaussures revenait au parrain ou à la marraine. Vêtu et chaussé de neuf, l’enfant était emporté à l’office du samedi saint. Au moment où l’on entonnait le gloria, toutes les mères aux enfants nouvellement chaussés se levaient pour les faire marcher dans l’église en les tenant par les deux mains. Aucune bonne mère ne négligeaient cet usage. On le disait indispensable pour fortifier les enfants et s’assurer qu’ils marcheraient promptement.
Le moment où l’on entonnait le gloria à la messe du samedi saint avait décidément bien des vertus :
On recommandait aux cultivateurs de semer les courges en cet instant, ce qui les rendait plus grosses.
Dans les Alpes-Maritimes, on assurait qu’il était impossible de se noyer et qu’on pouvait se jeter à l’eau sans crainte. (en revanche, on ne dit pas si le gloria achevé, l’audacieux nageur faisait encore surface !).

Aux Saintes Maries de la Mer, le soir du samedi saint, les jeunes gens organisaient des sérénades.

Le samedi saint est aussi appelé le « samedi des œufs » car les quêtes d’œufs avaient lieu surtout ce jour là.

Du samedi saint au lundi de Pâques, selon les localités, on bénissait les maisons et les fontaines. Le curé donnait à chacun un morceau de cire de cierge pascal qu’on accrochait derrière la porte de la maison pour protéger et préserver ses habitants de tout malheur.

Le dimanche de Pâques – Lou dimenche de Pasco

Le jour de Pâques est pour les chrétiens, le jour de la résurrection du Christ qui marque la fin du Carême et se célèbre dans la joie.
C’est une fête mobile qui se fixe en fonction des variation de la lune. C’est de la lune pascale, « la luno pasco », que dépendent pour les catholiques les fêtes mobiles de l’année liturgique.
Les évangiles muets sur la date de la naissance du Christ, situent sa Passion et sa résurrection au temps de Pâques.
La fête de Pâques depuis le concile de Nicée et la réforme grégorienne du calendrier est fixée au dimanche qui suit la pleine lune de l’équinoxe du printemps (21/03). Pour bien déterminer dans le calendrier solaire, la date de célébration de la fête de Pâques, l’Église se réfère à un comput ( du latin computare, compter) que les Provençaux nomment li comte-fa de la glèiso et que nous trouvons chaque année dans nos calendriers, donnant le nombre d’or, le cycle solaire, l’épacte, la lettre dominicale.
La date de Pâques étant établie, se trouvent ainsi fixé le début du Carême, quarante jours plus tôt, et la date des fêtes mobiles :
La Passion : quatorze jours avant Pâques
Les Rameaux : sept jours avant Pâques
L’Ascension : quarante jours après Pâques
La Pentecôte : cinquante jours après Pâques
La Trinité : sept jours après la Pentecôte
La fête de Dieu : le jeudi suivant.

Pâques est bien au cœur de la vie chrétienne et de la liturgie. Elle demeure la fête du baptême avec de nouveaux baptisés, enfants ou adultes. En 1994, près de trois mille personnes ont vécu le baptême au cours de la veillée de Pâques. Ils ont renouvelé les promesses de leur baptêmes qui représentent le passage d’un état à un autre (la mort et la résurrection du Christ).

En Provence, toutes les ménagères boulangeaient la veille de Pâques, car à l’office, le lendemain elles faisaient bénir ce pain de Pâques qui figurait ensuite sur la table familiale.
En effet, le morceau de pain qui a figuré sur la table le jour de Pâques a les mêmes vertus surnaturelles que les cendres de la Saint Jean ou les œufs du vendredi saint.
Il était réputé pour protéger le linge de la maison et garantir ses habitants des incendies.

Pâques est l’occasion de repas au menu particulier. On mange l’agneau rôti en hommage à l’agneau pascal de la liturgie catholique, la salade pascale (œufs durs, laitues, olives noires). Ce repas marquait la fin du Carême et le retour de la viande d’où le nom de Pâques charnelle.
Mais à Marseille, on choisit le bœuf bouilli accompagné de salade sauvage, doucette ou petit-chêne dont les propriétés diurétiques et purificatrices sont tout à fait compatibles avec le grand nettoyage de printemps.

A Aix en Provence, pour Pâques, à l’église Notre Dame de la Seds avait lieu une distribution de calissons, bénits la veille par l’archevêque et dont la vertu était de préserver du mal subi et de toute maligne contagion.

Dans toutes les communes provençales, on entonnait à l’office du dimanche de Pâques, un chant de résurrection, souvent composé par le poète de la localité dans sa langue natale.

Ce jour là était aussi l’occasion de fêter les saints particulièrement vénérés dans certaines paroisses. Il en était ainsi à Marseille pour sainte Madeleine. Les pélerins se rendaient jadis à Pâques à la chapelle Notre Dame des Fonts de Verquières, dans le territoire de Noves pour rendre grâce à la mère du Christ ressuscité. Un jour, un cultivateur qui labourait son champ creusa le sol à l’endroit où ses bœufs s’arrêtaient toujours sans raison apparente. Il y découvrit une statue de la Vierge dont le visage était noir. On bâtit sur ces lieux l’ermitage et la chapelle de Notre Dame des Fonts de Verquières.
Le jour de Pâques, les fiévreux de la contrée venaient boire l’eau de la source proche afin d’être délivrés de leurs maux. Ceux qui étaient bien portants emportaient dans des bouteilles un peu de cette eau souveraine dont ils faisaient usage au cours de l’année.

Aux Saintes Maries de la Mer, les jeunes gens qui avaient donné des sérénades la veille au soir se rendaient le matin de Pâques au domicile des personnes fêtées avec des corbeilles ornées de rubans pour recevoir des remerciements sous forme d’œufs.

Et bien entendu, (tout le monde sait) que c’est parce qu’elle fut découverte le jour de Pâques ( de l’an 1772) qu’une certaine île du Pacifique aux énormes figures de pierres porte ce nom.

Citations concernant Pâques :

Se pleno luno de mars jamai veniè, jamai pasco arribariè.
Si la pleine lune de mars ne venait jamais, jamais les Pâques n’arriveraient.


Nouvè au fiò,
Pasco au jo,
Nouvè au jo,
Pasco au fiò.
Noël au feu,
Pâques au jeu,
Noël au jeu,
Pâques au feu.


Pasco marcelino,
Guerro, pesto o famino
Pâques de mars
Guerre, peste ou famine.

Le lundi de Pâques – Lou dilun de Pasco

Le lundi de Pâques était un jour de réjouissance comme le lundi de Pentecôte.

C’est le jour où commençaient à Manosque, les fêtes Brancaï qui ne se terminaient qu’au premier dimanche de mai.
A Aix en Provence, il était le signal d’une grande fête populaire qui durait jusqu’au « temps des aires », c’est à dire les moissons.
Sur le « Pré Batailler », dans le faubourg de la paroisse Saint Jean de Malte : « Les chefs d’une espèce de confrérie, lit-on dans l’état du diocèse, au XVIIIe siècle, faisaient battre la caisse, au bruit de laquelle tout ce qu’il y a de corrompu de l’un ou de l’autre sexe dans le bas peuple de la ville et du faubourg s’assemble au Pré Batailler et y danse et y folâtre très indécemment depuis midi jusqu’à la nuit. »
En Arles, la foule répendait sur le pont de Trinquaille ; on s’y lançait des noisettes et des graines d’épinards : c’était « la foire aux noisettes ».

Le lundi de Pâques, on se rend en famille à la campagne. C’est un peu partout le jour de l’omelette.
A Orange, l’omelette froide à la tomate était le plat principal. On va particulièrement à l’abbaye de Saint Michel de Frigolet (Bouches du Rhône) où a lieu un grand rassemblement, un cortège et la bénédiction des chevaux des gardians.

Jusqu’à la guerre de 1914-1918, ce jour-là, les hommes portaient pantalons blancs et canotiers, les femmes arboraient la robe ou le tailleur tout frais coupé par la couturière. Quant aux chapeaux de ces dames, ils étaient couronnés de fleurs printanières ou de gracieux oiseaux.

 Les cloches – Li campano

Lors de la semaine précédant Pâques, le jeudi plus exactement, les cloches partaient pour Rome et on disait aux enfants qu’à leur retour, elles apporteraient les œufs de Pâques qu’elles laisseraient tomber au passage dans le jardin des maisons.

Quelle est l’origine du départ des cloches pour Rome ?

Au VIIIe siècle, il y eut l’interdiction de sonner les cloches du jeudi au samedi saint. Ce mutisme fut vite considéré par le peuple comme une absence, et l’on commença à dire : « les cloches sont parties ». Et où pouvait-on mieux imaginer une cloche qu’auprès du pape ? Elles allèrent donc à Rome.

Les cloches doivent avoir une âme, puisqu’elles ont été baptisées et portent un nom. Elles se déplacent toutes seules, ou parfois avec des ailes ou un char. Un seul problème, on ne les voit ni partir, ni revenir. Seule trace de leur passage : les œufs.

A Cadolives (Bouches du Rhône), pour la semaine sainte, le jour du départ des cloches, le curé envoyait les enfants au village quêter dans chaque maison, légumes, œufs, huile…, pour l’aioli qui se faisait le même jour, dans la grande salle des fêtes pour tout le village.

A Méthamis, les enfants de chœur parcouraient les rues avec des « reineto » (crécelles) qu’ils faisaient grincer à qui mieux pour remplacer les cloches parties pour Rome.
C’est pour le samedi saint que les cloches reviennent de Rome, tout en laissant tomber les œufs de Pâques dans le jardin.
Ce jour là, les mamans faisaient des oreillettes et des tranches dorées (pain perdu).

Pourquoi dit-on que les cloches ont une âme, ainsi qu’un nom ?
Ce que l’on appelle l’âme de la cloche est en fait l’instrument qui sert à graver la cloche, à dessiner ses sonorités.
Bien sûr, chaque cloche a sa propre âme, elle ne sert qu’une seule fois. De plus, chaque cloche est baptisée et porte un nom, par conséquent elles ont aussi un parrain et une marraine. Ces derniers étaient très souvent des notables de la ville.
A Carpentras, l’une des cloches de la Cathédrale se nomme la Siffrède.

 Les œufs de Pâques – Li iòu de Pasco

On leur attribue différentes origines :

Une légende raconte que sous le règne de l’empereur romain Septime Sévère, une poule pondit un œuf rouge, un jour d’avril. De là, serait crée la coutume qui voulait que chaque année à la même époque, on offrit des œufs peints en rouge. Cela devint un symbole de vie et de renouveau, capable d’évoquer la proximité du printemps. Lorsqu’advint l’ère chrétienne, et avec elle la commémoration annuelle de la résurrection du Christ, la tradition de l’œuf persévéra.

Saint Pierre s’en allant au tombeau rencontra Sainte Madeleine qui lui dit que le Christ était ressuscité : « Oh, dit Saint Pierre, je croirai cela quand les œufs de poule seront rouges ! »
Alors Sainte Madeleine ouvrit un tablier dans lequel s’entrechoquaient une dizaine d’œufs du plus beau rouge.
L’histoire est jolie, malheureusement elle est fausse mais toujours transmise.

Chez les Phéniciens, l’œuf était considéré comme l’emblème du principe de toute chose. Il représentait selon eux, le soleil : « cet œuf lumineux que l’oie céleste pond et couve à l’orient. ». Et pour les initiés « le monde tenait dans un œuf immense renfermant le chaos d’où est sorti le principe de la divinité qui contient elle même, le germe de tout ce qui existe ».
Chez les Hébreux, on mangeait un œuf dur au repas rituel de Pâques, chez les celtes, on s’offrait mutuellement des œufs teintés en rouge.

L’œuf pondu le vendredi saint jouit de maintes propriétés merveilleuses. Il ne se gâte jamais, se dessèche, et finit par devenir dur comme une pierre. Cet œuf conservé dans la garde robe ou le buffet a toutes les propriétés qu’on attribue aux cendres de la Saint Jean, ou de la bûche de Noël.
On ramasse tous les œufs de la cour, et des dépendances, le soir du jeudi saint, afin qu’ils ne soient pas mélangés avec ceux du vendredi saint. Ceux-ci servent ensuite à faire l’omelette du dimanche de Pâques.

Au XIXe siècle, dans les campagnes, les enfants de chœur s’en allaient pendant la semaine sainte, de ferme en ferme, quêter les œufs. Cela se passait de la même façon que le charivari de carnaval. Si les enfants recevaient des œufs, ils chantaient un couplet en remerciement et bénissaient la maison ; s’ils ne recevaient rien, ils entonnaient un couplet vengeur.

A Saint Saturnin d’Apt (Vaucluse), les jeunes garçons qui savaient enfin marcher se rendaient seuls chez leurs grands-parents pour y recevoir deux œufs de poule. Lorsqu’on les leur remettait, on leur disait : « Vaqui toun signé d’homé ! » (voilà ton emblème d’homme).

L’œuf tient une place particulière dans les coutumes de Pâques. Il semble que dans la tradition populaire, il ait représenté l’âme humaine, porteur à la fois de vie et de mort.
Dans le repas de la Pâque juive, il est symbole de deuil.
En Russie, le jour de Pâques, les familles vont au cimetière pour poser des œufs sur les tombes.

En Provence, on offre du pain et du sel, un œuf au nouveau-né (bon comme le pain, saint comme le sel, plein de bénédiction, de vie et de grâce comme un œuf). Jusqu’à la Révolution, l’œuf le plus gros du royaume pondu pendant la semaine sainte revenait de droit au roi.

Aujourd’hui, on achète les œufs, autrefois les maîtresses de maison faisaient durcir des œufs, ensuite on les peignait soi-même.
On les rendait bruns avec du marc de café, rose pâle avec des épluchures de radis, rose violacé, presque rouge avec des épluchures de betteraves rouges, jaune foncé avec des pelures d’oignons.
Ce n’est qu’au XIXe siècle, qu’on commence à faire les œufs en chocolat, après la découverte du moulage.

Enfin l’usage voulait que figure au repas pascal, une belle omelette. Ce plat était d’autant plus agréable, que les œufs étaient interdits pendant le Carême.

 L'agneau Pascal – L'agnéu pascau

Il est inévitable de remarquer que le plat de consistance au cours du repas de Pâques est le traditionnel agneau pascal.
Or cette tradition n’a rien de « typiquement » provençal, mais c’est l’une des sept plaies d’Egypte.

Origine de l’agneau pascal

Elles est issue de la dernière plaie. Dieu va frapper un grand coup. Le pharaon est averti. Israël, aussi, qui doit manifester sa foi et son union à Dieu par le sang de l’agneau pascal.
La Pâque commémore à jamais cette libération de l’esclavage, annonçant aussi la libération définitive de tout mal dans un avenir lointain.

Moïse convoqua tous les anciens d’Israël et leur communiqua les consignes du Seigneur : « choisissez dans votre troupeau un agneau par famille et tuez le. Vous recueillerez le sang et au moyen d’une touffe d’hysope, vous en marquerez le linteau et les deux montants de la porte de votre maison, que personne ne sorte avant le matin ; vous ferez rôtir l’agneau et vous le mangerez avec du pain sans levain et des herbes amères. Vous le mangerez comme si vous étiez prêts à partir, les sandales aux pieds, le bâton à la main, et en vous dépêchant. » C’est une Pâques en l’honneur du Seigneur (c’est à dire de son passage), lorsqu’il parcourra l’Egypte pour la frapper.
Lorsqu’il verra le sang sur le linteau et les montants de vos portes, il passera outre et le fléau de mort n’entrera pas chez vous. Vous en observerez ce rite à perpétuité, vous et vos enfants.
Lorsque vous serez entrés dans le pays que le Seigneur vous livrera selon sa promesse, vous continuerez à observer ces dispositions tous les ans et quand vos enfants vous demanderont « que signifie ce rite ? », vous répondrez : « c’est le sacrifice de la Pâques offerte au Seigneur car lorsqu’il a frappé l’Egypte, il a épargné nos maisons et sauvé notre peuple. »

Les brassadeaux – brassadèu

C’est une pâtisserie fort ancienne. Elle est aussi connue sous le nom d’échaudé. Comme leur nom l’indique, il peuvent s’enfiler au bras.
Ils ont la forme d’un anneau et avaient un diminutif, disparu aujourd’hui, qui sous le nom de « gimbeleto », un mot qui rappelle l’italien ciambella, étaient vendus à la foire de Beaucaire enfilés en chapelets.
Ces gâteaux étaient confectionnés dès la fin du Carême et jusqu’aux festivités de Pâques, ils symbolisaient Pâques et le retour du beau temps. On en faisait toujours des quantités importantes, puisqu’ils pouvaient se conserver longtemps.
Mistral s’en est souvenu dans le poème qu’il écrivit pour les noces de son neveu :

Coume li gimbeleto,
Enliassen li coublet,
Pèr canta Mistraleto,
Emé soun Mistralet.

Ainsi que les gimbelettes,
Enfilons les couplets,
Pour chanter Mistralette,
Avec son Mistralet.

En 1536, la communauté de Bollène (Vaucluse) entrait en conflit avec le prieur, ce dernier prétendait interdire aux habitants de faire cuire les brassadeaux dans les fours banals, chose qui était toujours de toute ancienneté.

Recette des brassadeaux

Pour douze œufs, il faut compter deux cent cinquante grammes de sucre, un pain de cent vingt cinq grammes de beurre, de la farine ( ce qu’il en faut pour faire un pâte ferme).
Il faut battre les œufs ajoutés à un verre d’eau, un petit verre d’eau de vie, de l’écorce d’orange râpée et une pincée de sel. On ajoute alors le beurre, on pétrit et on laisse reposer la pâte. Après quoi, on la divise et on donne à chaque morceau la forme d’un anneau. Ces gâteaux sont mis alors à pocher dans un chaudron d’eau bouillante, d’où leur nom de brassadeaux au chaudron.
Quand ils viennent à la surface, on les retire et les met à égoutter sur une grille. Il ne reste plus qu’à les mettre au four pour les faire dorer.