La bergère qui mangeait ses moutons

elle sautait du lit 
Il était une fois une bergère qui mangeait ses moutons. Elle avait de gros mollets, de grosses fesses, une grosse poitrine, de grosses nattes jaunes et de gros yeux bleus.
Le matin, elle sautait du lit et allait tout de suite dans la bergerie où ses moutons étaient enfermés.
Elle s'étirait, bâillait et s'écriait :

une grosse poitrine
 

 

je meurs de faim "Je meurs de faim ! Qui de vous est le plus gros, ce matin ?"
Les moutons, bien sûr, ne lui répondaient pas. Ils se contentaient de faire "Bèèè… Bèèè…" en essayant d'avoir l'air petit et maigre et, plus ils étaient gros, plus ils essayaient d'avoir l'air maigre, et plus ils se cachaient derrière les petits.
Bèèè...Bèèè...
Alors la bergère passait entre eux, tâtait les cuisses et les côtes et quand elle avait trouvé, elle emportait celui qu'elle avait choisi, malgré ses « Bèèè... » épouvantés et les cris des autres moutons, qui étaient quand même soulagés de ne pas avoir été choisis. 
Elle posait le mouton dans sa cuisine, le coupait en morceaux, le faisait cuire et le dévorait jusqu'au dernier petit os. 
Ensuite, elle mettait sa robe de bergère, ouvrait la porte de la bergerie et emmenait les moutons dans le pré.

 

Bèèè...

 une sorte de sifflotement, encore lointain Comme les moutons avaient très faim, ils ne pouvaient s'empêcher de brouter la bonne herbe, même s'ils avaient peur de trop grossir…
Ce qui ne les empêchait pas, entre deux bouchées, de gémir de se plaindre de leur sort, pendant que la bergère vaquait à ses affaires. Le soir venu, elle revenait les enfermer.
Un jour, alors qu'ils broutaient, les moutons entendirent un curieux bruit sur le chemin qui longeait leur pré : une sorte de sifflotement, encore lointain. Ils cessèrent un instant de se plaindre et de manger et regardèrent tous dans la direction du sifflotement.
Bientôt apparut un loup, qui avançait avec un balluchon sur l'épaule. C'est lui qui sifflotait.
"Un loup !" s'écrièrent les moutons. "Comme si ça ne suffisait pas d'avoir une bergère qui nous mange !"
Les plus gros des moutons coururent aussitôt se cacher derrière les plus petits.
les moutons
 
 
 
 
 
 
 
 
 

un loup
 
 
 

 

En s'approchant, le loup agita joyeusement la main.
Les moutons gémirent en essayant d'avoir l'air le plus chétif possible.
Le loup s'arrêta, intrigué. 
«Bonjour», dit-il. «Belle journée, n'est-ce pas? Pourquoi ces cris et ces grimaces?» 
« Comme si vous ne le saviez pas! Parce que vous allez nous manger!» dirent les moutons. 
« Nous avons très peur. Alors nous crions. » 
« Arrêtez de crier et broutez tranquillement », dit le loup. «je ne mange jamais de moutons. » 
«Ah bon?» firent les moutons étonnés et incrédules.

 
 
 
 
 
 
 
 

Ah bon?


 

un mouton assez maigre

Les plus gros avancèrent la tête, un peu rassurés malgré tout. Un mouton assez maigre alla même presque jusqu'à la barrière. 
« On a du mal à vous croire », dit-il. « Si vous ne mangez pas de moutons, qu'est-ce que vous mangez, alors?»
«Uniquement des bergères», dit le loup. «De préférence bien dodues. » 
« Avec des nattes jaunes ? » demanda le mouton. 
« Et de gros yeux bleus? » dit un autre mouton, très excité. 
«Ce sont mes préférées», reconnut le loup avec simplicité. 
Les moutons se regardèrent. Ils n'en croyaient pas leurs oreilles. Et si le loup leur mentait? Si c'était une ruse? 
Le plus gros mouton dit: 
«Après tout, qu'est-ce qu'on risque?» 
Ils se tournèrent tous vers le loup. 
« Nous avons quelque chose qui va vous intéresser», déclarèrent-ils en choeur. 
Les yeux du loup se mirent à briller. 
« Serait-ce une bergère?» murmura-t-il en se léchant les babines. 
« Précisément», dirent les moutons, avant d'ajouter: « Elle est très dodue, elle a de gros yeux bleus, de grosses nattes jaunes, de gros mollets, une grosse poitrine... » 
« Une énorme poitrine et d'énormes yeux bleus», insistèrent même certains moutons, pour que le loup se décide vraiment. 
« Et où se trouve cette merveille?» interrogea le loup. 
« Dans la journée, elle n'est pas là, elle se promène », répondirent les moutons. « Le meilleur moment pour l'attraper, c'est le matin, quand elle entre dans la bergerie. » 
« Si jamais elle me voit», dit le loup, « elle s'enfuira en poussant des cris, et je ne réussirai peut-être pas à la rattraper. » 
« Mais non, pas du tout ! » dit le plus gros mouton avec une certaine impatience (il était à peu près sûr d'être mangé le lendemain matin). «J'ai une très bonne idée. »
Il se tourna vers les autres moutons. 
« Chacun d'entre nous », expliqua-t-il, « va donner un peu de sa laine à notre ami loup, pour lui faire un beau manteau de mouton.»
Les moutons se regardèrent, étonnés. Certains se mirent à sourire, commençant à comprendre 
Très vite, le loup eut devant lui un énorme tas de laine. Les moutons l'aidèrent très gentiment à se cacher entièrement sous ce manteau et le complimentèrent, il avait tout à fait l'air d'un énorme mouton - si on n'y regardait pas de trop près.
Le soir était venu. La bergère agita sa clochette en ouvrant la porte de la bergerie. 
«Allons, mes gentils petits moutons, il est temps de rentrer! Vous avez assez mangé! Venez vite vous coucher! Il faut dormir. Il faut vous reposer pour être bien tendres!» 
Les moutons entrèrent dans la bergerie en bêlant, comme chaque soir. Au milieu d'eux, il y avait un drôle de mouton; très gros, qui marchait bizarrement, et qui bêlait encore plus bizarrement, mais la bergère était fatiguée et elle avait hâte de se coucher, alors elle ne remarqua rien.
Le lendemain, elle arriva en s'étirant et en bâillant, comme chaque matin. 
«Bonjour, mes chers petits moutons!» cria- t-elle. « Lequel de vous vais-je manger ce matin? Il me faut le plus gras et le plus beau, jamais de ma vie je n'ai eu aussi faim! » 
Elle avança parmi eux et aperçut aussitôt l'énorme mouton qui dormait encore, la tête entre les pattes, dans une posture très bizarre pour un mouton... 
Elle referma la porte de la bergerie d'un coup de talon, posa l'énorme mouton sur la table, fit chauffer la plus grande poêle et saisit son grand couteau pour l'aiguiser.
A cet instant, elle entendit derrière elle un petit rire. Stupéfaite, elle se retourna d'un bond.
Sur la table, il n'y avait plus de mouton, mais un énorme loup gris aux grands yeux verts. La couverture avait glissé par terre.
Le loup se redressa et s'étira en bâillant largement, découvrant une immense langue rouge et d'immenses crocs pointus éclatants de blancheur. 
« Magnifique », soupira-t-il sur un ton rêveur. « Tout ce dont j'avais toujours rêvé ...  Ces fesses ... Ces nattes ... Ces mollets ...» 
langue rouge
La bergère voulut crier, mais sa voix s'étrangla dans sa gorge. 
«J'ai une faim de loup », dit le loup en descendant de la table. 
La bergère tenta de s'enfuir, mais il était beaucoup trop rapide et beaucoup trop fort pour elle. 
Le loup avait tellement faim qu'il ne la fit même pas cuire.
Un peu plus tard, il sortit de la cuisine et entra dans la bergerie.
"Alors ?" s'écrièrent les moutons d'une seule voix.
"C'était délicieux", dit le loup en se léchant une dernière fois les babines. "Merci encore."
Les moutons ne purent s'empêcher de frissonner.
Le loup agita la main en signe d'adieu. « Eh, attendez! » crièrent les moutons. 
«J'ai oublié quelque chose? » fit le loup. 
« À l'autre bout de la vallée, on a des cousins qui ont aussi un petit problème avec leur bergère. Vous pourriez y faire un tour? »
des cousins
en chantant « C'est noté », dit le loup. « Salut!». Il s'éloigna en chantant
Je suis un gentil loup 
Je ne mange pas les petits bouts.. 
Je n'aime pas les moutons 
Parce que ça me donne des boutons. 
Moi ce que je préfère, 
C est les grosses bergères, 
Tra la la, la la lère... 
c'est noté 
RETOUR A L'INDEX