D.S.D.E.N. 74
http://www.ac-grenoble.fr/ia74/spip/spip.php?article641
Sexualité à l’Adolescence
mercredi, 8 janvier 2014
/ Santé Scolaire / Secrétaire service Santé et Social scolaire Élèves

Dr Christophe Guigné
Médecin de Santé Publique
Sexologue
Conseiller Technique
Direction des services départementaux de la Haute-Savoie


L’entrée au lycée survient dans la seconde moitié de l’adolescence ; c’est une tranche de vie riche pendant laquelle "l’adolescens" , littéralement "celui-qui-grandit" va devenir un "adultus" , "celui-qui-a grandi", qui est parvenu au terme de sa croissance.

On voit donc avec l’étymologie que la problématique du corps qui se transforme va être au coeur de l’adolescence, mais on lit aussi le lien fort établi entre l’adolescent et l’adulte, représentant les deux temps d’une même conjugaison, or "conjuguer" c’est lier ensemble.

A l’adolescence la poussée hormonale va transformer le corps et plus particulièrement encore le corps sexué, c’est cette transformation et son corollaire de maturation psychosexuelle, qui vont venir occuper le devant de la scène.
L’enjeu du moment c’est l’autonomie, c’est à dire la capacité à être en lien avec autrui sans avoir à renoncer à une partie de soi-même - le processus pour atteindre cette autonomie c’est la séparation-individuation, déjà entreprise dès les crises antérieures, celle de la naissance, avec le passage du milieu aquatique au milieu aérien, celle de la deuxième année où le bambin dit "non" et se sauve quand on l’approche, celle, entre 3 et 6 ans, de l’oedipe et du renoncement aux amours impossibles (de la mère ou du père).

L’adolescence survient après le "temps civilisateur" qu’est la période de latence, en gros à l’école élémentaire, temps de structuration de la pensée où la maturation psychique de l’enfant l’a rendu disponible pour les apprentissages.

Après cette période de calme relatif, c’est l’entrée au collège au moment où la poussée de croissance est la plus forte chez les filles, un peu différée chez les garçons.

C’est aussi le moment où l’on commence à parler de "crise de l’adolescence" - par crise il ne faut pas forcément entendre un phénomène très bruyant avec des conflits majeurs, des portes qui claquent, des fugues ... on est souvent plus près du sens d’origine du mot "crise", c’est-à dire, "être au croisement de plusieurs chemins" ou encore "dans l’attente du jugement", l’adolescence est alors assimilable à une sorte de passage, de passerelle vers la vie adulte.

Pourquoi il y a crise ?
C’est justement parce qu’il faut se confronter au risque de devenir adulte.
Devenir adulte, on l’a vu, c’est se séparer, devenir un individu propre au sein d’une famille.
En apparence cela donne souvent des comportements paradoxaux pour exprimer "J’ai tellement besoin de liens que je vous quitte".
La dépendance à l’autre, et en tout premier lieu aux parents, est vécue comme dangereuse et on va chercher la bonne distance dont parle Xavier Pommereau ; trop proche, c’est "Tu me prends la tête !", trop loin c’est "Tu n’en as rien à foutre de moi !".

Les manifestations de la crise sont bien connues :

L’opposition, surtout aux parents !
On se construit "contre" ses parents pour se désengager, mais dans "contre" ne l’oublions pas, il y a aussi l’idée d’étayage, comme on s’appuie "contre" un mur, qui nous sert de support... l’adolescent va donc utiliser un arsenal de possibilités pour bien montrer qu’il existe à part entière : des tenues vestimentaires, des choix musicaux, un langage codé pour bien signifier à ses parents en particulier, combien il est différent d’eux.
Parfois on se se sent coupable d’être aussi frontalement dans l’opposition, mais c’est comme le principe d’Archimède, plus on lutte contre, et plus ça resurgit !
Dans les entretiens avec les jeunes, ou lors des rencontres autour de l’éducation à la sexualité les médecins ou les infirmières scolaires recueillent souvent des témoignages du style : "Avec ma mère on se ressemble, mais c’est plus fort que moi je la supporte pas. Je sais déjà ce qu’elle va me dire avant qu’elle aît ouvert la bouche. Ce matin on s’est brassés, quand je suis parti elle avait les larmes aux yeux."
La difficulté c’est de se séparer sans se retrouver seul, c’est pourquoi l’adolescence c’est l’âge du groupe des copains.
Il faudra cependant veiller à garder son libre arbitre et à ne pas abdiquer dans ses choix personnels face à la pression possible du groupe.

L’ambivalence :
Faire des choix c’est aussi renoncer,entre autres, à certaines des illusions de l’enfance, il y a là un vrai deuil à faire pour accepter le principe de réalité.
C’est parfois difficile quand à l’adolescence on est confronté aux impératifs de l’orientation, au choix de la bande de copains ou de la destination des premières vacances sans les parents.
Souvent à l’entrée dans cette période de la vie on ne sait plus trop si on est petit ou si on est grand et l’on recherchera auprès des parents des manifestations d’affection dans le privé qu’on rejettera vigoureusement en public.
On peut aussi s’interroger un peu plus tard sur son orientation sexuelle , est-on attiré par les filles ou les garçons ? et en quels termes ?
Toutes ces problématiques peuvent devenir envahissantes et entraîner des dégâts collatéraux sur la scolarité.
Le jeune vit alors souvent l’environnement comme hostile à son égard et la tentation est forte de s’opposer ou de recourir à l’échec ... qui reste la seule chose qu’il est sûr de réussir !
C’est pourquoi il est important pour ces adolescents, avant de s’enfoncer dans cette attitude de fuite, de trouver des adultes de référence qui vont pouvoir écouter sans juger, réfléchir avec eux sur leurs choix et options de vie pour les aider à prendre des décisions.
Au lycée, ces adultes peuvent être le conseiller d’orientation, le médecin, l’infirmière ou l’assistante sociale scolaire qui ont l’habitude de rencontrer des jeunes, d’écouter et discuter avec eux. Ces adultes peuvent aussi les conseiller utilement pour rencontrer des professionnels en dehors de l’ Education Nationale qui n’a pas vocation au soin.

Les troubles de l’humeur sont patents à l’adolescence :
L’ennui, une certaine forme de fatigue physique et psychique, l’irritabilité, l’incapacité à entreprendre.
L’adolescent prend le deuil, s’habille en noir, s’enferme dans sa chambre avec les écouteurs de l’I-pod bien enfoncés, reste dans la pénombre et attend ... des lendemains meilleurs.
Je ne reviendrai pas sur les conduites de rupture que Xavier Pommereau aborde dans son article.

Les causes de la crise de l’adolescence
Outre la difficulté de se désengager des parents, parfois accrue par l’histoire personnelle (d’enfants malades ou adoptés, par exemple), tous ces signes traduisent le paradoxe d’un âge où l’on est physiquement en possession des moyens de mener une vie adulte sans en avoir socialement la possibilité.
Les modifications multiples que subit notre corps nous sont alors imposées et c’est l’apparition des inquiétudes sur notre normalité.
Beaucoup de filles et de garçons se trouvent trop gros, trop grands, s’inquiètent de l’âge de survenue de leurs règles, des éjaculations nocturnes, de la forme ou la taille de leur verge, de leurs seins, de leur capacité à avoir des enfants, de leur appétence pour les cassettes pornos, de la fréquence de leur masturbation.
Derrière tout cela il y a les questions que se posent tous les individus :

- Suis-je normal ?

- Suis-je désirable ?

- Qu’est-ce que je vaux ?

- Quelqu’un tient-il à moi ?

C’est alors que l’adolescent va (re)découvrir la sexualité, mais cette fois avec la capacité physique de passer à l’acte

Adolescence et sexualité
La sexualité fait partie intégrante de la personnalité de tout être humain, homme, femme, enfant. C’est à la fois un besoin essentiel et un aspect de la personnalité humaine qui ne peuvent être séparés des autres aspects de la vie. Elle influence nos pensées, nos sentiments et nos actions et interactions. On peut aussi essayer de la définir comme une forme de langage pour traduire avec sa tête, son coeur et son corps ses sentiments les plus profonds, sa quête de l’autre, la recherche du plaisir.

Or le langage ça s’apprend !

Dès notre premier âge tous ceux qui nous entourent communiquent avec nous, nous stimulent et enrichissent nos capacités d’échanges. Les parents sont très fiers de découvrir les nouveaux gazouillis, puis les nouveaux mots que leur bébé puis leur enfant acquiert. L’école vient ensuite renforcer cet apprentissage.
Pour la sexualité pendant longtemps ça a été le contraire !
Quelle est cette langue qu’il faut apprendre sans qu’on nous l’enseigne, par le silence ou l’interdit entrecoupés de bribes d’informations chipées à droite et à gauche, entre copains qui n’en savent pas plus les uns que les autres, à travers des scènes de films, des conversations d’adultes ..
Tout cela fait un drôle de puzzle dans les têtes auquel il manque pas mal de pièces pour se faire une idée d’ensemble du tableau.

Le rôle des parents n’est pas le plus simple.
Ce sont eux, sans aucun doute, qui jouent le plus grand rôle dans l’éducation des enfants.
Beaucoup le remplissent très bien, mais certains n’ont pas été préparés à parler simplement de ce sujet, alors ils attendent des questions ... qui ne viennent pas, car les enfants sentent bien quand les parents sont à l’aise ou pas ! De plus, on l’a vu quand l’enfant grandit puis devient adolescent, il a sa sphère privée qui s’élargit et n’a plus envie de partager son questionnement, ses secrets avec ses parents - rien de plus normal ! C’est précisément le signe qu’on devient progressivement adulte et qu’on intègre la différence des générations.
Clairement le jeune doit être respecté dans son souhait de conserver le caractère privé et personnel de sa sexualité, de même qu’il n’a pas à partager des informations sur la sexualité de ses parents.
C’est pourquoi l’Ecole joue un rôle tout particulier pour organiser et faciliter la mise en place de programmes d’éducation à la sexualité dans lesquels les jeunes doivent pouvoir se sentir accompagnés dans leur réflexion, s’exprimer largement, échanger entre eux et avec les intervenants, se construire des représentations enrichies par l’apport de connaissances et la confrontation des points de vue et des cultures de chacun.
Le collège, puis le lycée sont des espaces de mixité et de socialisation, des lieux de repère ("re-père") intervenant comme des relais de la fonction parentale et permettant de quitter progressivement l’état de dépendance vis à vis des parents pour développer ses capacités d’altérité affective et sexuelle dans un cadre sous-tendu par les valeurs de l’école républicaine.
Cette confrontation des idées est rendue possible car la capacité à penser du jeune évolue.
Avant l’adolescence l’enfant a du mal à penser par lui même. Devant une situation complexe il exprimera plus volontiers l’opinion et l’attitude de ses parents, de sa famille, de ses proches. Il aura des difficultés à concevoir que d’autres ne pensent pas comme lui.
L’adolescence, c’est la période de maturation de la capacité réflexive et d’élaboration de réponses adaptées aux situations inter-personnelles. Cette nouvelle liberté est source de satisfaction mais aussi parfois d’angoisse devant les choix à faire. Le jeune va donc penser le monde qui l’entoure, et penser l’autre comme un sujet autonome ayant ses propres pensées. C’est là qu’il va, dans cette "nouvelle peau" se penser lui-même.

La sexualité à l’adolescence c’est d’abord la redécouverte de soi.
On l’a vu, le corps de l’adolescent se transforme et il va falloir l’apprivoiser, l’habiter et reconstruire son image.
Une partie de ce travail d’appropriation passe par l’expérience privée de la confrontation au miroir et de la masturbation.

L’adolescence c’est le squat de la salle de bain familiale, pour des interrogations sans fin sur la taille des seins (qui ne poussent souvent pas à la même vitesse l’un que l’autre, et surtout pas selon le même calendrier que ceux des copines), la hauteur des testicules dans les bourses (pas symétriques)ou encore, celle de la verge (que penser si l’on a pour seul modèle Rocco Siffredi ! Alors pour se rassurer, on scrute discrètement les copains dans les vestiaires ...).
Quand on est un peu rassuré sur la normalité apparente de ce dont nous a doté la nature, l’inquiétude demeure sur sa fonctionnalité : Comment ça marche ? Parfois un peu trop vite et de façon non maîtrisée, et ce sont les érections redoutées à la piscine soulignées par les maillots serrés au surnom évocateur ... parfois pas au-rendez-vous, et l’anxiété aidant, le garçon n’arrivera pas à conjuguer la mise en place du préservatif, son excitation sexuelle et ses sentiments amoureux.
Côté fille la crainte de la première fois, de la rupture de l’hymen avec un garçon peu attentionné est réelle ; mais aussi les interrogations sur la capacité à donner la vie, avec sous-jacent un désir d’enfant à la fois pour "tester" si l’on est en bon état de marche, parfois aussi pour s’affirmer, voire s’opposer aux parents.

La masturbation : une bonne façon de découvrir son corps sexué.
Une grande majorité des jeunes se masturbe répondant ainsi à une saine curiosité sur son fonctionnement physiologique et venant soulager ses tensions physiologiques et psychiques quand on n’a pas l’opportunité, qu’on ne souhaite pas, ou qu’on n’est pas encore prêt dans sa tête à aller à la rencontre de l’autre.
Cette masturbation est une étape constructive de la vie sexuelle, elle ne doit pas empêcher de grandir et d’aller vers l’autre et bien sûr relève de la sphère privée, mais elle constitue une forme à part entière de la vie sexuelle qui a le mérite d’être aisée à mettre en oeuvre.
C’est pour les filles l’occasion de découvrir les parties de leur corps qui les amènent au plaisir, elles pourront ainsi mieux les faire connaître ensuite à leur partenaire.
Ceci me permet de souligner combien il est important dans la relation amoureuse d’exprimer ce qu’on ressent et ce qu’on attend.

Beaucoup de malentendus et de frustration seraient parfois évités si les partenaires amoureux tout simplement se parlaient !

C’est aussi pour les garçons une belle opportunité d’essayer le préservatif ... et d’être plus détendus le jour où il faudra l’utiliser pendant la relation amoureuse !

Les premières relations :
Elles sont souvent sous le signe du narcissisme, c’est à dire que la rencontre avec l’autre a pour mission essentielle de rassurer, sur sa propre capacité à séduire, avec au collège les premiers flirts sans vrais enjeux amoureux.
On est dans le temps des "essais" pour se construire une bonne image de soi. C’est pourquoi souvent ces tentatives sont publiques, il faut montrer aux pairs qu’on sort avec la fille la plus "canon" du coin ou avec le play-boy local.
Cette publicité dénote encore l’immaturité, c’est une étape transitoire, parfois difficile avec ses épisodes chaotiques où l’on quitte un copain dont on est encore amoureuse de peur qu’il ne casse le premier !
C’est l’âge des confidences semi-publiques entre copains et copines sur ceux (celles) qu’on a séduits, ou qu’on va tenter de séduire.
La réalité des actes est très loin en deçà de tout ce qui est rapporté, destiné essentiellement à se valoriser aux yeux des pairs.
Les filles ont parfois à y redouter qu’un garçon maladroit ou indélicat se vante de prouesses souvent mythiques, mais leur fasse une réputation de "fille facile"qui leur entraînera propositions, insultes, voir harcèlement sexuel.

Rappelons que les relations sexuelles ne peuvent être imposées et que toute relation obtenue par la violence, la menace, la surprise, ou la contrainte est punie par la loi.

De même toutes formes de harcèlement moral, sexuel, d’insultes sexistes ou racistes tombent également sous le coup de la loi.

Les médecins et les assistantes sociales scolaires tout particulièrement, ont pour mission d’aider les jeunes qui révèlent ces actes et de les accompagner vers une prise en charge psychologique s’ils le souhaitent et dans les démarches nécessaires au rétablissement de leurs droits.

L’entrée dans la génitalité :
Le terme est carrément rébarbatif, je l’emploie pour différencier cette étape où interviennent les premières pratiques sexuelles, alors que la sexualité relationnelle a commencé avec nous dès la naissance et s’est développée pendant la première partie de l’adolescence.
Elle est la suite logique du processus amorcé les années précédentes.
Si les garçons pour beaucoup d’entre eux déclarent lors des études sur la sexualité avoir eu leur premier rapport sexuel "par curiosité", la rencontre amoureuse est souvent, en particulier pour les filles, sous le signe d’une recherche de la complétude des sexes, d’un rêve de fusion amoureuse.
L’autre est alors idéalisé, on est dans l’ amour-passion.
L’"élu" est vu comme un autre soi-même qui pense comme nous, exprime ce que justement on s’apprêtait à dire.
On est donc passé d’une première étape de réassurance sur soi, à une nouvelle étape où l’on projette sur le partenaire un "Moi idéal".
L’expérience de cette passion amoureuse est trop merveilleuse pour souhaiter en faire l’économie, mais puisque c’est encore soi-même qu’on croit trouver dans l’autre, elle ne peut-qu’être déçue un jour ou l’autre et c’est le premier chagrin amoureux.
Cette défusion amoureuse est d’autant plus rude qu’on a été passionné(e) !
Comme toute expérience humaine, celle-ci aide à grandir et une fois surmontés le refus d’accepter la séparation, la colère et la peine, il en restera un doux souvenir (si on est assez mature pour se quitter sans abaisser et dégrader l’autre !).

la découverte de l’autre :
Elle signe la fin des "amours adolescentes" et l’acceptation de la différence de l’autre, reconnu alors avec ses désirs, ses pensées, son identité propres.
C’est l’intégration de la loi symbolique, qui distingue l’imaginaire sur l’autre de la réalité de cet autre. Du coup l’adolescent a atteint sa dimension adulte en intégrant la différence des générations, celle des sexes et des individus et en trouvant dans l’espace de confrontation ainsi créé le plaisir et la richesse des échanges inter-humains.

Les aléas du voyage
On sait quand on se retourne vers notre enfance, quand l’adolescence est terminée, quelle image de la sexualité infantile on s’est construite.
Cette image ne prend de sens qu’une fois sortie de la période, comme dans certains tableaux où le peintre a glissé une anamorphose, sorte de figure imprécise et indéchiffrable qui ne se révèle qu’en quittant le tableau et en le découvrant sous l’angle de sortie.
Il est donc plus facile devenu adulte d’analyser avec le recul ces temps de la vie sexuelle et sexuée ; à l’inverse quand on est face à l’anamorphose du tableau, la lecture en est impossible et si l’on sent parfaitement que ce qui est donné à voir est "sexuel"on n’en comprend pas toujours le sens et on n’en apprécie pas toutes les dimensions. Je vais donc essayer d’éclairer quelques unes des préoccupations des ados qui me sont souvent rapportées.

L’attrait homosexuel :
Il n’est pas rare que des jeunes se sentent attirés par des camarades du même sexe qu’eux, certains le disent, d’autres non. Certains partageront des expériences d’amitié intense et privilégiée, ou d’amour platonique avec tel ou tel, d’autres auront des expériences sexuelles entre filles ou entre garçons.
L’orientation sexuelle, c’est à dire le fait d’être attiré par un sexe ou par l’autre (homosexualité, hétérosexualité) est une expérience intérieure, c’est à dire qu’elle nous appartient en propre et que nul ne peut savoir par quel sexe on est attiré.
Toute tentative de décrypter l’orientation sexuelle d’une personne est vouée à l’échec.
Telle fille dite "garçon manqué"ou tel garçon que certains décrivent comme "efféminé" n’ont pas plus de probabilité d’avoir une orientation homosexuelle.
Les personnes qui se décrivent comme "homosexuelles" sont souvent des hommes et des femmes tout à fait représentatives de leur sexe social et affichant les caractères stéréotypes de la masculinité ou de la féminité.
On peut donc parfaitement gâcher la vie d’un camarade de classe en l’affublant d’une étiquette qu’il n’a pas revendiquée et le plus souvent de façon totalement infondée.
Même le passage à l’acte, avec une expérimentation de la relation sexuelle avec une personne de même sexe ne signe pas "un engagement" dans l’homosexualité, mais pour beaucoup une pratique d’homosexualité passagère de l’adolescence, visant à se situer dans l’éventail des possibles et aboutissant in fine à une vie sexuelle du côté de l’hétérosexualité à l’âge adulte.
A contrario pour environ 5% à 7% des adolescents, ce qui constitue une minorité importante, l’expérience homosexuelle viendra confirmer et combler l’attraction ressentie au plus profond de soi.

Notre société, qui affiche au petit écran nombre d’animateurs(trices)-vedettes, d’acteurs(trices) et de sportifs(ves) qui affirment leur orientation homosexuelle, témoigne de beaucoup moins de capacité d’accueil ou a minima de capacité de neutralité envers les personnes qui ont fait le choix de révéler leur homosexualité.
Ceci n’est pas sans conséquences, en particulier à l’adolescence.
Les jeunes garçons vont entrer dans l’adolescence au début du collège en cherchant clairement à s’identifier comme des hommes, à le montrer et le faire savoir haut et fort. (c’est l’affirmation de l’identité sexuelle, c’est à dire le sentiment d’appartenir à un sexe)..
Du coup en 6ème et 5ème on voit les dialogues entre garçons s’enrichir d’une nouvelle ponctuation où points et virgules sont remplacés par "pédé" et autre "enc..." qui n’ont pour autre but que de renforcer leur sentiment d’appartenance au club des hommes.
Ce faisant le modèle dominant permettra aux garçons hétérosexuels d’acquérir suffisamment "d’énergie pénétrante" pour rencontrer leur partenaire féminine dans les années ultérieures et de découvrir les plaisirs d’une vie relationnelle intense et partagée, si leur partenaire féminine a pu symétriquement s’affirmer pareillement dans son rôle féminin.
Malheureusement dans cette affirmation forte de la masculinité le garçon homosexuel est vécu comme une "fille" et du coup il est nié dans l’orientation sexuelle vers laquelle il se sent porté.
Non seulement il est nié dans sa dimension de sujet désirant, aux aspirations d’épanouissement personnel légitime, mais il est aussi nié dans son identité sexuelle et se fait traiter de "fille" avec tout le corollaire d’insultes sexistes, homophobes et de harcèlement sexuel. Les adolescentes, quant à elles, vivent bien le partage de l’intimité corporelle avec leurs copines.
Ces comportements sont acceptés par les pairs, filles se tenant par la main, enlacées, échangeant des baisers.

Il n’en sera pas de même de l’homosexualité féminine, mystérieuse, taboue, vécue souvent comme une sexualité "contre-nature" quand la jeune fille s’identifie à une future mère.
Les premiers émois sont alors souvent vécus dans la solitude affective et sociale, avec doute, honte et culpabilité. Le groupe des pairs va cimenter son unité autour de cette condamnation et bien entendu ne jouera pas son rôle étayant pour le jeune attiré par ses camarades du même sexe.

Parler de ses interrogations autour de son attirance homosexuelle s’avère le plus souvent impossible au collège et c’est au lycée que les plus affirmés s’en ouvriront aux amis et adultes en qui ils placent leur confiance.
Si de leur côté la famille et les adultes ne se montrent pas suffisamment chaleureux et aidants, ou tout simplement s’ils sont eux-mêmes prisonniers des stéréotypes sexuels ("alors pas encore de copain, de petite copine ?") le jeune va se désaffilier progressivement du groupe de pairs, et se refermer sur le secret qui l’habite dans l’attente interminable du "faire -semblant".

Le prix à payer est fort et on trouve beaucoup plus de jeunes homosexuels parmi ceux qui font des épisodes dépressifs et/ou des tentatives de suicide.

Le jeune hétérosexuel peut passer harmonieusement des conduites de flirt à la relation sexuelle "consommée", en ayant l’opportunité d’accumuler suffisamment d’expériences de plaisir, valorisantes pour l’estime de soi.
Le parcours du jeune homosexuel risque d’être plus chaotique, avec des expériences "volées", souvent empreintes de culpabilité, qui ne l’aideront pas à s’affirmer dans une sexualité harmonieuse et à prendre soin de lui-même et se protéger dans ses relations amoureuses.

Rappelons-le, une expérience homosexuelle ne signifie pas qu’on est en gagé dans l’homosexualité pour la vie.
Soulignons aussi qu’on ne choisit pas son orientation sexuelle, on ne décide pas d’être hétérosexuel ou homosexuel - tout au plus peut-on donner le change, mais ce n’est pas là une façon de s’épanouir.

Il faut donc que le groupe des adultes et des adolescents témoigne de suffisamment de chaleur pour accueillir et reconnaître chacun avec ses différences.

Les jeunes qui s’interrogent sur leur attrait pour l’un ou l’autre sexe, ne savent pas comment en parler , pourront utilement rencontrer le médecin scolaire, l’infirmière ou l’assistante sociale qui sont tenus au secret professionnel et pourront les écouter et les guider vers des associations, groupes de paroles etc... Des numéros verts peuvent être également appelés, des sites internet professionnels avec des rubriques-dialogue consultés ; ils figurent ci-dessous.

Se protéger... Le battage autour du préservatif et de la pilule. peut paraître un peu casse-pied, mais on n’a pas trouvé mieux !

Le préservatif, c’est 2 en 1, en protégeant contre les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) et contre les grossesses non désirées. Ce n’est pas forcément super-romantique à proposer mais c’est pire de "flipper" chacun de son côté pendant la relation amoureuse ou après en regrettant de ne pas l’avoir utilisé !
En tout cas c’est une protection totalement efficace contre toutes ces infections aux noms barbares qui peuvent entraîner gêne et désagrément, voire pire stérilité ou SIDA.
N’hésitez pas à apprivoiser l’engin en privé et à en faire un accessoire érotique dans votre relation.
Prévoyez d’en détenir plusieurs si la manipulation se termine en fou-rire et le préservatif accroché au lustre !

La pilule : Le top pour éviter les grossesses.
Efficacité 100%.
Bien sûr ça fait reposer la prévention sur la fille qui doit prévoir de commencer sa plaquette le premier jour de ses règles et pas le jour du rapport !
Pas toujours évident d’avoir un rendez-vous chez le gynécologue dans un délai court. Pensez au Planning Familial et au médecin traitant.
L’examen gynéco n’est pas obligatoire lors de la prescription de la pilule, il peut être fait plus tard quand la jeune fille revient faire le point après 3 mois.

N’oubliez pas : le pilule ne protège pas contre les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) ! donc convient bien à celles qui sont engagées dans une sexualité régulière avec un partenaire stable et fidèle..

. Et la pilule du lendemain ?
C’est la solution exceptionnelle quand on a tout oublié ... à prendre absolument dans les 72 heures (3 jours) qui suivent le rapport et le plus tôt est le mieux (dans les 12 heures).

Attention, ça ne marche pas à 100%, donc si vos règles tardent à arriver (plus de 5 jours), il faudra faire un test de grossesse.

Où trouver cette pilule ?
Elle est gratuite pour les mineures en pharmacie, au planning familial.
N’hésitez pas à vous adresser à l’infirmière de l’établissement, elle vous conseillera utilement et est autorisée à délivrer cette pilule.
Le week-end, vous pouvez aller aux urgences de l’hôpital.

Surtout cette méthode doit rester l’exception car elle bouleverse le cycle hormonal !

La pornographie et le cybersexe :
La sollicitation pornographique est probablement le phénomène le plus marquant en terme de différence entre l’adolescence qu’a connu la génération des parents et celle que connaissent les jeunes aujourd’hui.
A l’évidence cela ne va pas faciliter le dialogue entre les générations surtout quand les jeunes ne le réclament pas ("la sexualité ça se vole aux parents") et que les parents le redoutent !

Sans insister, la sollicitation est croissante, omniprésente et les adolescents maîtrisent tous les médias pour échanger en quelques secondes et à distance des images quand leurs aînés feuilletaient en cachette dans les lycées de garçons un unique exemplaire écorné d’un magazine de charme.
Si le moteur qui nous pousse vers la pornographie est une curiosité naturelle, en particulier pour le garçon pour qui la sexualité passe beaucoup plus que pour la fille par le visuel, il est plus difficile de sortir de cette consommation que d’y rentrer.
De plus en plus les jeunes commencent à s’interroger et nous interroger sur la signification de leur appétence toujours renouvelée pour les scènes pornographiques.

Quand ils se posent cette question et qu’ils trouvent des adultes référents pour en discuter, on peut considérer que visionner de temps à autres des films pornos n’a rien de bien dangereux s’ils sont en capacité de relativiser et de symboliser ce qui est donné à voir.

Au premier regard la pornographie est à la sexualité ce que Taxi II est à la conduite automobile, une série d’acrobaties éloignées de la réalité quotidienne destinées à divertir son public.

Qui est le public ?
Essentiellement les hommes car les aspects visuels prédominent chez eux en matière de sexualité et ils sont le plus souvent dans une disponibilité excitative immédiate, en tout cas à l’ adolescence.

Je ne porterai pas de jugement moral sur la pornographie d’autant que l’élaboration par étapes des différentes lois a conduit au paradoxe que la majorité sexuelle à 15 ans autorise à réaliser entre personnes consentantes (à l’exclusion des relations sexuelles avec "adulte ayant autorité") tout ce qu’il est interdit de regarder jusqu’à 18 !

Beaucoup condamnent la pornographie au nom de leur morale, c’est leur droit le plus strict et il n’est pas choquant que certains militent contre une image qu’ils estiment dégradante de la femme soumise aux exigences de l’homme, contre une sexualité souvent collective et une image de rapports humains purement instrumentale, hédoniste et finalement assez désenchantée. Nombreux sont ceux qui redoutent également, sans que ce n’aît jamais pu être prouvé que la consommation de films pornos entraîne le passage à l’acte et la multiplication des violences sexuelles.

Il nous faut donc clairement distinguer dans ces images ce qui relève de la mise en scène de fantasmes sexuels et ce qui relève de la violence.

Rappelons que cette dernière est condamnable sous toutes ses formes et en tous lieux, privés comme publics ; le visionnage de scènes à caractère pornographique constitue lui un délit dans la mesure où la loi l’interdit aux mineurs.

Est-ce à dire que la pornographie n’a aucune influence sur la sexualité ?
Probablement pas.
On rencontre de plus en plus de jeunes qui intègrent (souvent avec inquiétude) l’idée qu’une sexualité épanouie doit prendre en compte toutes les pratiques décrites dans les films, ce qui est évidemment rigoureusement faux. Les jeunes filles ont parfois un sentiment d’inquiétude et de révolte face à ces images faites pour des hommes (il commence à y avoir de films plus spécifiquement faits pour les femmes, mais beaucoup moins diffusés) et elles se demandent si "elles sont obligées d’en passer par là".
Certaines expriment parfois la déception de ne ressentir "que ça" dans la vraie vie quand les stars du porno expriment à grand cris des orgasmes quasi-immédiats et joués avec une intensité proche du tremblement de terre !
Quant aux garçons, les performances des hardeurs (gros-plans et plans-raccords sont à leur service) renforcent parfois les inquiétudes au sujet de leurs mensurations personnelles, de leurs capacités érectiles et pénétrantes.

Rappelons combien il est primordial que les partenaires soient en capacité d’exprimer leurs désirs, leurs doutes et leurs refus et que ceux-ci soient respectés.

La relation sexuelle intègre une dimension relationnelle absente du film pornographique qui ne constitue qu’une sorte de "gymnastique", un produit commercial, une fiction qui donne l’illusion d’un témoignage réel de pratiques courantes.
La relation sexuelle réunit des partenaires qui se reconnaissent en tant que personnes (sujets), elle n’est pas domination de l’un sur l’autre, où l’un devient un objet d’assouvissement du désir de l’autre.
Enfin on commence à voir des garçons qui s’inquiètent de consommer de la porno de façon répétée et finalement assez envahissante, ceci peut témoigner de difficultés à rentrer dans la "vraie vie", c’est à dire en relation avec l’autre, en tenant compte de ses pensées et de ses désirs propres.

Le goût est une expérience qui n’est pas de l’ordre du privé mais du social, il suffit de regarder comment on s’habille pour s’en convaincre.
Qu’impriment donc dans les consciences ces images où sont confondues sphère publique et sphère privée, virtuel et réel ?
Peut-être, l’imposition à bas bruit de nouvelles normes sexuelles de l’ordre performatif qui créeront, de mon avis de sexologue, de nouvelles pathologies induites : pour la femme si celle-ci n’est pas en capacité de signifier ses propres attentes, pour l’homme si celui persiste à évaluer sa satisfaction à l’aune des performances qu’il imagine devoir réaliser, et à l’évidence pour la relation entre les partenaires. La pornographie n’est sûrement pas un "modèle" pour acquérir des compétences transférables dans la vie relationnelle, plus riche, plus complexe et où chacun doit pouvoir exprimer ses émotions, ses désirs et ses refus.
Par ailleurs on peut imaginer que le risque est réel pour les individus les plus fragiles d’être en grande difficulté face à ces images avec la reconnaissance de l’autre comme une personne à par entière.
Enfin pour les plus jeunes, on ne dira pas assez combien l’irruption de ces images peut être traumatisante dans l’imaginaire de l’enfant qui ne peut les décrypter.

La pornographie épuise-t-elle le désir ?
Ce qui aurait pour corollaire une escalade dans la recherche de scénarios de plus en plus hards pour renouveler l’excitation - Ce serait sous-estimer les capacités propres de l’individu que d’établir un simple lien de cause à effet ; à l’inverse nier totalement tout lien entre image et désir serait sous-estimer le pouvoir de l’image.

Le cybersexe :
J’entends par là toutes les modalités par lesquelles on peut accéder sur le Net à une information à caractère explicitement sexuel que ce soit à type d’images, de dialogues interactifs écrits ou verbaux ("chats", forums, messageries ...).

La cybersexualité est en pleine expansion et particulièrement dans la tranche d’âge des ados qui maîtrise le mieux l’outil internet.

Les avantages semblent évidents aux utilisateurs :
- l’accessibilité "à volonté" 24h/24h,
- le langage cool,
- l’anonymat, qui donne audace et apparente sécurité,
- le "safe sex" puisqu’on reste dans la virtualité,
- le pouvoir à tout moment d’interrompre la relation,
- l’absence de discrimination, quels que soient l’âge, le sexe, l’origine, le physique, puisqu’on avance "masqué"...

On est cette fois à la frontière entre le virtuel (pas de rencontre matérialisée, pseudonyme, fausse identité, faux sexe, faux âge, photo d’un(e) autre ...) et le réel puisqu’on échange avec une ou des vraies personnes et que le support virtuel est pour certains un medium pour obtenir une vraie excitation sexuelle.

Les risques sont eux, réels !

Dilution dans la virtualité et perte des repères identitaires entraînant une cyberaddiction pour les plus fragiles, fascinés par ces rencontres si faciles.
Il y a alors repli sur soi et évitement de la vraie vie relationnelle, combien plus riche, mais plus difficile.
Cette propension au sexe compulsif, peut entraîner alors une escalade de la consommation de sites pornos (images ou web-cam) dès que la tension apparaît avec parfois des dépenses massives par rapport au budget familial, qui vont attirer l’attention des parents. Dangers liés au passage du virtuel au réel, avec on l’a vu désillusion du réel qui oblige à sortir de l’anonymat et révèle ce qu’on a caché, mais surtout danger lié aux véritables prédateurs pédophiles qui sévissent sur la toile aux adresses fréquentées par les jeunes, sous de fausses identités, en cherchant à obtenir rendez-vous et coordonnées de leurs futures victimes. Un conseil à suivre si vous surfez sur ces sites, ne jamais communiquer de renseignements permettant de vous identifier et de vous localiser.

Débattre de la pornographie et du cybersexe est une nécessité pour mieux les appréhender et comprendre leurs possibles effets.
Dans l’Académie de Grenoble de nombreux intervenants dans l’Education Nationale ont été formés et sont disponibles pour organiser ces rencontres et ces débats ; les personnels de santé pourront intervenir en accord avec le chef d’établissement pour organiser et faciliter ces échanges.

Pour finir sur une note positive je voudrais rappeler, bien qu’on aît donné la parole à un médecin, que l’adolescence n’est pas une maladie !

Beaucoup d’adolescents trouvent même une réelle source de plaisir dans l’élaboration d’une nouvelle relation aux parents moins dépendante qu’auparavant. L’adolescence c’est alors l’âge du plaisir de penser "par soi-même" et celui de l’appropriation d’un nouveau corps sexué qui ouvrent la voie vers l’autonomie et de nouvelles expériences enrichissantes.

Des adresses, des sites, des numéros utiles :

- Enfance (et adolescence) Maltraitée :

- Fil santé Jeunes :



- Sur la sexualité et le droit des femmes


- Documents sur l’amour, la sexualité, les drogues, le mal être portail d’informations et rubrique dialogue - réponses en 24h par courrier validées par un médecin


- Sur le SIDA


- Sur l’homosexualité, la bisexualité, la santé sexuelle