Les sociétés face aux risques.

 

Bernard Ducret.

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Cette question du programme est nouvelle dans la géographie scolaire et même dans la géographie française. Elle n’est évoquée que dans Enseigner les risques naturels, Economica, (collection Anthropos) qui est le fruit d’une Université d’été tenue à Chamonix. En revanche ce sujet est traité depuis longtemps aux Etats-Unis où les premiers travaux de White datent de 1934 ! Les géographes de l’université de Chicago et de Boulder s’en sont faits une spécialité. Leurs ouvrages ont une diffusion mondiale…. sauf en France. Kates, White, Saarinen et Geipel sont largement méconnus malgré les efforts du Festival International de Géographie de Saint-Dié.

C’est en utilisant ces sources qu’il m'est venu à l’idée la progression suivante. Pour satisfaire la tradition scholastique, chaque leçon a trois parties !

Les zones de risques naturels majeurs.

Leçon 1 : Du mécanisme naturel à la catastrophe.

Qu’est ce que le risque ?

1°) A l’origine : une menace.

Une menace s’évalue par sa magnitude et sa fréquence. Ex : une crue décennale de 3 mètres : c’est-à-dire qu’il y a une possibilité sur 10 chaque année que la rivière monte de 3 mètres. C’est de la géographie physique pure.

Document possible : la faille de San Andreas dans le désert californien : analyse géologique, séismique, géophysique….

2°) La menace devient risque.

C’est parce qu’il y a implantation humaine que l’on peut parler de risque.

Document possible : image satellite de la faille de San Andreas traversant San Francisco.

3°) Le risque est modifié par l’homme.

J’évite le mot "représentation " car il est généralement incompris. Le risque est limité ou amplifié par les comportements humains : information ou ignorance, aptitude ou non à suivre les conseils donnés, habitude plus ou moins forte des habitants, niveau d’instruction.

Document possible : séisme de San Francisco de 1989 où les dégâts sont minimes ; la moitié des tués provenant de l’effondrement d’un seul immeuble.

Cette leçon doit beaucoup à la formule suivante : catastrophe = menace * densité de population * représentation. La catastrophe peut être énorme si un seul des facteurs est puissant. Le risque est une notion facile à saisir et impossible à quantifier. Le risque de séisme est-il plus fort à Tokyo qu’à Los Angeles ? réponse ? ? ? ? car il n’y a pas d’unité de risque ; les seules unités de mesure sont des mesures de fréquences ou de puissance du phénomène naturel. La seule unité presque indiscutable est (hélas) le tué. Les chiffres de blessés recouvrent des réalités très diverses ; la valeur des dégâts souffre de la plus grande fantaisie. La mesure de la catastrophe est donc la seule valeur du risque déduite a posteriori.

Leçon 2 : Les grands risques naturels dans le monde.

Quels sont les différents risques ?

1°) La diversité des risques.

Exemple : présentation des risques aux Etats-Unis : séismes, volcanisme (Mt St Helen), cyclones, chutes de neige, inondations (Mississipi…), tornades (Middle West), pluies verglaçantes, incendies de forêt, plus les centrales nucléaires (Three miles island), risque chimique (explosion d’un bateau d’ammonitrate à Houston en 1948)

2°) Les risques concentrés

3°) Les risques diffus.

Reprise de l’opposition classique de White

Crue alpine ou séisme

rare

court

très limitée dans l’espace

très rapide

concentré

espacement régulier

sécheresse

fréquent

longue durée

vaste étendue

lent

diffus

espacement aléatoire

Cette différence de perception des risques fait que l’on ne réagit pas de la même manière ; l’opinion est plus sensible aux risques concentrés.

 

Implantations humaines, activités et risques.

Leçon 3 :L’activité humaine augmente les risques.

1°) L’homme est imprudent et crée ses propres risques.

Exemple des accidents de la route. Exemple : différence de tués sur les routes entre des pays où le niveau d’équipement routier, les automobiles sont semblables.

2°) La densité augmente l’effet d’un aléa.

Banalité : plus il a densité est forte, plus le risque est grand et devenir monstrueux. Cela permet de mieux comprendre les travaux contre l’inondation entrepris en amont de Paris (barrages sur l’Aube…), en aval de Londres (Thames Barrier), les dépenses de déneigement à Quebec…

3°) La protection augmente le risque final.

Reprise des analyses de White sur les crues du Mississipi : l’évolution des destructions est égale aux sommes dépensées pour la protection. Plus on se protège (digues..), plus on est en sécurité. Plus on est en sécurité, plus on s’installe. Plus on s’installe, plus on s’expose. Plus on s’expose, plus on prend le risque d’une catastrophe. Le risque est plus rare mais beaucoup plus destructeur.

Exemple : le lotissement détruit à Vaison-la-Romaine était dans un secteur protégé par une digue.

Leçon 4 : L’activité humaine crée de nouveaux risques.

1°) L’homme crée des activités dangereuses.

Les risques technologiques.

2°) Les flux rendent les risques lointains proches.

On peut exploiter les exemples fournis par la diffusion du virus de Marburg (sorte de virus Ebola venu d’Afrique centrale en Allemagne avec des singes destinés à un zoo, de la fièvre aphteuse arrivée en Angleterre depuis l’Asie centrale….).

3°) Aspects sociaux du risque.

Ce sont presque systématiquement les plus pauvres qui sont le plus exposés. Les exemples sont très faciles à trouver. Les pauvres s’installent dans les derniers espaces laissés vacants par les autres, les pauvres savent moins lire, savent moins se protéger…, les pauvres sont souvent étrangers et ne comprennent pas la langue du pays… exemple de Bhopal qui a surtout tué dans le bidonville voisin,

Reprise des apports de Benge, Geographical expeditions. C’est un géographe américain de Detroit, touché par le gauchisme en 1968, qui vit comme exilé politique au Canada. Il a lancé des missions d’explorations à Detroit comme on explorait l’Afrique en 1880. Il a montré la similitude de diffusion entre pauvreté, population noire et fréquence de morsure des nourrissons par des rats… Ses ouvrages sont malheureusement introuvables en France.

Leçon 5 : Un risque : deux bilans.

Les régions sont-elles toutes également concernées ?

1°) La menace cyclonique

ex : étude du trajet des cyclones sur le golfe du Mexique (souvent passage sur Haïti, Cuba, Floride) ;

2°) Le cyclone tue chez les pauvres

Absence de système de prévention, ou de système d’alerte ; Faiblesse des installations de protection. Dans les pays riches, les tués sont des étrangers à la région (touristes…) qui ne savent pas ce qu’il faut faire ou bien qui veulent filmer un souvenir. (Dans le cas des inondations, la moitié des tués du sud de la France furent des touristes hollandais qui pensaient que le débit des rivières du Midi augmentait à la même allure que la Meuse, à condition… qu’on ait eu l’idée de leur traduire le message en hollandais)

3°) Le cyclone détruit chez les riches.

Le cyclone ne peut détruire des objets de valeur que là où ils existent.

L’étude des cyclones est la plus pratique car c’est une menace très fréquente, bien relatée en France grâce à l’intérêt porté aux DOM. Le même cyclone passe sur des régions pauvres et des régions riches. Toutes les années, des coupures de presse permettent de vérifier ce qui précède.

Leçon 6 : Les réactions des sociétés.

Est-ce que tout le monde réagit de la même façon au risque ? Quelles conséquences sur les paysages ?

1°) Adaptation dure dans les pays riches (lutter contre)

Les pays riches cherchent à affronter la menace : ex : contre la sécheresse, construction de barrages, de digues, de réseaux d’irrigation, déviation de fleuves…. Ex : Middle West

2°) Adaptation molle chez les pauvres (fuir).

L’éleveur sahélien fuit avec ses troupeaux les régions trop sèches.

3°) Adaptation souple (vivre avec). 

On utilise l’espace menacée comme un secteur d’utilisation extensif en dehors des périodes de danger : ex : zone inondable utilisée en parkings (quais de la Seine à Paris), terrains de sport, immeubles construits sur pilotis, pâturages vers lesquels on déverse l’excédent d’eau pour éviter la crue.

C’est la synthèse des travaux de Kates et Saarinen.