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Source: BO n°: 10 du 15 oct.1998
Présentation
générale des programmes de Troisième
Histoire et géographie
Education civique
Document d'accompagnement
Présentation
générale des programmes d'histoire-géographie
I - La place de la classe de troisième dans l'enseignement
de l'histoire et de la géographie au collège.
L'enseignement de l'histoire et de la géographie en classe
de troisième s'inscrit dans les finalités intellectuelles, civiques, patrimoniales
et culturelles définies en introduction des programmes de sixième.
Ces finalités prennent, au terme du collège, toute leur signification. En fin
de troisième les élèves doivent être capables de donner du sens au monde dans
lequel ils vivent. Le programme en offrant des clés de lecture et de compréhension
critique est, avec l'éducation civique, un outil de formation du futur citoyen.
Enfin le programme de troisième prépare les élèves à aborder l'enseignement
en lycée.
Le programme de troisième s'appuie sur les acquis des élèves. Ceux-ci ont, en
histoire, mémorisé les principaux repères chronologiques et culturels de l'histoire
de la France, de l'Europe et du monde jusqu'au début du XX e siècle .
Ils ont acquis le vocabulaire essentiel de la discipline. Ils ont été entraînés
à donner sens à des documents patrimoniaux.
L'étude de l'histoire leur a donné une mémoire nationale et européenne, critique
et ouverte aux autres cultures. En géographie, après une première approche,
en sixième, des cartes et des paysages du monde à l'échelle du globe, les classes
de 5ème et de4 ème ont leur a permis un parcours géographique qui les a familiarisés
avec les différents territoires, continents et Etats. En quatrième, ils ont
étudié l'Europe et la France.
Le programme de troisième, au terme du collège, lie étroitement l'histoire et
la géographie. L'histoire a l'ambition de faire comprendre l'histoire du monde,
de 1914 à nos jours ; la géographie de démonter les principaux mécanismes de
son organisation actuelle et d'expliquer la place de la France. Ainsi s'éclairent
les finalités critiques et civiques de l'enseignement de l'histoire et de la
géographie et leurs liens étroits avec l'éducation civique.
II - Le programme de troisième
Les indications horaires proposées par le programme permettent
d'apprécier l'importance relative de chaque thème d'étude. Elles représentent
80 % de l'horaire de référence afin de rendre possible une autonomie plus grande
des enseignants, une adaptation aux caractères spécifiques de leur classe et
donc aux besoins des élèves.
Cependant la cohérence exige que le programme soit étudié dans sa totalité.
Dans un premier temps, quelques cartes du monde actuel permettent des constats
simples sur le monde et son organisation actuelle. Le programme explique ces
constats. Sans nier la spécificité de chaque discipline, et sans imposer une
progression annuelle, la présentation retenue souligne la complémentarité des
deux disciplines. La première partie est historique. Son titre oriente l'étude
autour des deux guerres mondiales, des totalitarismes et des difficultés des
démocraties. La deuxième partie propose de croiser les approches historiques
et géographiques pour expliquer le monde d'aujourd'hui. La troisième partie
est plus spécifiquement géographique mais l'étude de trois puissances économiques
majeures prend en compte les éléments d'histoire indispensables à l'explication
de leur rôle. La quatrième partie consacrée à la France croise enfin étroitement
l'histoire et la géographie. Mais l'ordre proposé n'est pas un ordre imposé,
d'autres
parcours sont possibles. Les enseignants, s'ils respectent les thèmes majeurs
du programme, sont libres d'organiser leur progression annuelle.
Comme pour la 5ème et la 4ème la liste des documents a un caractère indicatif.
Il est toujours loisible aux professeurs de proposer, en fonction des situations
locales, de la nature des fonds documentaires disponibles ou des possibilités
de coopération interdisciplinaire, d'autres documents que ceux qui sont suggérés
par le programme, à condition que leur valeur signifiante soit attestée.
Afin que l'enseignement de l'histoire et de la géographie soit véritablement
construction d'une culture et non juxta-position de périodes ou de territoires,
le programme de troisième reprend quelques-uns des repères chronologiques et
spatiaux des programmes de sixième, de cinquième et de quatrième. Ces repères
ne prennent sens que dans leur relation à une période, à une culture, à une
mémoire collective, à un territoire.
On vérifiera donc leur acquisition en évitant tout contrôle simplement mécanique
de leur mémorisation.
III - Approches et méthodes
Les enseignants sont donc libres de leurs itinéraires, de
leurs problématiques et de leurs méthodes ; ils doivent cependant veiller à
respecter la cohérence d'ensemble de l'enseignement des deux disciplines : de
la sixième à la troisième les élèves ont acquis progressivement des connaissances
et des notions, ils ont pris l'habitude d'utiliser les démarches intellectuelles
propres à l'histoire et à la géographie. La classe de troisième est un aboutissement,
il est donc essentiel de s'appuyer sur les acquis clairement identifiés des
classes précédentes.
Les grands axes d'une pédagogie de l'histoire et de la géographie ont été précisés
dans les précédents programmes et développés dans les documents d'accompagnement.
En classe de troisième, comme dans les classes précédentes, les élèves doivent
être capables de pratiquer différents types de lecture (documentaire, analytique,
cursive). Face à un document (texte ou image) en histoire, face à une carte
ou à un schéma en géographie, ils ont appris à identifier des informations.
En troisième ils peuvent repérer des informations plus nombreuses, les mises
en relation sont plus complexes : les élèves confrontent et classent les données
rassemblées. Ainsi apprennent-ils la construction critique du savoir historique
et géographique.
Depuis la classe de sixième les documents patrimoniaux sont "au coeur des
programmes". En classe de troisième les propositions sont plus diversifiées
et donc la latitude de choix des professeurs est plus grande.
L'étude des oeuvres et plus particulièrement des images (photographies, films,
affiches...), si envahissantes au XXe siècle, constitue un moyen privilégié
de l'apprentissage de l'esprit critique et de la citoyenneté.
Les élèves, depuis la sixième, ont été entraînés à élaborer, de manière autonome,
quelques phrases simples. En classe de troisième ils sont progressivement capables,
à partir ou non de documents, de rédiger un paragraphe cohérent, de quinze à
vingt lignes, impliquant la mise en ordre de connaissances et la recherche de
facteurs d'explication. En géographie ils apprennent à construire, à partir
d'un fond de carte, un croquis explicatif et sa légende. L'histoire et la géographie
mettent en relation, de manière raisonnée, différentes informations, contribuant
ainsi à la formation intellectuelle d'ensemble des élèves.
IV - Convergences avec les autres disciplines
L'enseignement de l'histoire et de la
géographie rencontre naturellement les objectifs de l'enseignement du français
: lecture documentaire et cursive, écriture de textes narratifs ; pratique,
à l'écrit comme à l'oral, de l'argumentation raisonnée. En histoire et en géographie
comme en français, l'apprentissage de la lecture de l'image doit développer
l'esprit critique. Sur ce dernier thème l'enseignement de l'histoire et de la
géographie rencontre également les arts plastiques.
L'éducation civique, enseignée par le même professeur, doit être étroitement
coordonnée avec l'histoire et la géographie : l'apprentissage de la citoyenneté
responsable s'appuie nécessairement sur la compréhension du monde actuel. On
veillera donc à croiser les deux programmes, en particulier l'étude de l'histoire
et de la géographie de la France doit être articulée avec les approches de la
citoyenneté, de l'organisation des pouvoirs de la République, de l'inscription
de la France en Europe proposées par le programme d'éducation civique. De même
on coordonnera l'étude des relations internationales depuis 1945 et de la carte
politique
du monde actuel avec la cinquième partie du programme d'éducation civique consacrée
à la défense et à la paix. Enfin en histoire et en géographie, comme en éducation
civique, l'apprentissage du débat démocratique est une finalité permanente.
Les convergences avec les autres disciplines ne doivent pas être négligées :
l'histoire des sciences et des techniques, les problèmes de l'en-vironnement,
l'approche de cultures étrangères peuvent être coordonnées avec la physique-chimie,
les sciences de la vie et de la Terre, les langues vivantes. La programmation
annuelle doit être suffisamment souple pour permettre la construction convergente
des savoirs.
Enfin les professeurs d'histoire et de géographie s'appuient sur les ressources
du CDI ; en liaison avec les documentalistes, ils initient à la recherche documentaire
autonome et à l'usage des technologies de l'information et de la communication.
HISTOIRE
- GEOGRAPHIE 3ème : LE MONDE D'AUJOURD'HUI
On part de cartes du monde
actuel pour montrer, à partir d'exemples choisis par les enseignants, comment
l'histoire et la géographie peuvent conjointement aider à le comprendre. (2
heures)
I - 1914-1945 : guerres, démocratie, totalitarisme
(17 à 21 heures)
| Histoire | Géographie | Commentaire |
| 1.
La Première Guerre mondiale et ses conséquences (4 à 5 heures) |
Après
avoir situé chronologiquement les grandes phases militaires du conflit, on insiste sur le caractère total de cette guerre (économie, société, culture),sur les souffrances des soldats et les difficultés des populations. Le bilan de la guerre inclut les révolutions de 1917 en Russie, la vague révolutionnaire qui suit et son écrasement. |
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| 2.
L'URSS de Staline (2 à 3 heures) |
L'étude
porte sur la naissance de l'URSS et la construction d'un régime totalitaire qui impose la collectivisation de l'économie et l'encadrement de l'homme et de la société. |
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| 3.
Les crises des années 1930, à partir des exemples de la France et de l'Allemagne
(6 à 7 heures) |
L'étude
de l'Allemagne nazie met en évidence la substitution à une démocratie d'un régime de type fasciste. On insiste sur les pratiques totalitaires d'un régime fondé sur le mythe d'une "race pure" et sur la volonté d'expansion qui conduit à la guerre. Pour la France, dont la tradition démocratique est plus ancienne et plus solide, on montre la remise en cause du régime parlementaire, la violence de l'opposition droite-gauche, et l'expérience du Front populaire. Ces deux exemples permettent, dans le cadre européen, de présenter une vue d'ensemble des crises des années 1930 (aspects économiques, sociaux, politiques et culturels). |
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| 4.
La Seconde Guerre mondiale (5 à 6 heures) |
Les
phases militaires de la guerre sont analysées à partir de cartes. L'étude de l'Europe sous la domination nazie conduit à décrire les formes de l'occupation, la politique d'extermination des Juifs et des Tziganes et à définir collaborations et résistances. Une place particulière est faite à l'histoire de la France : analyse du régime de Vichy, rôle de la France libre et de la Résistance. Le bilan de la guerre conduit enfin à en évaluer les conséquences politiques, matérielles et morales et à expliquer la naissance de l'ONU. |
Cartes : l'Europe et
le monde en 1914. L'Europe dans les années vingt. L'Europe en 1939. La France
en 1940. L'Europe et le monde en 1942. L'Europe et le monde en 1945.
Documents : extraits du traité de Versailles. Un roman ou un témoignage
sur la guerre de 1914-1918. Des affiches politiques et de propagande en France,
URSS, Allemagne. Filmographie : Jean Renoir -S.M. Eisenstein. Discours du Maréchal
Pétain du 17 juin 1940. Appel du Général de Gaulle du 18 juin. Extraits du statut
des juifs (1940). Témoignages sur la déportation et le génocide. Témoignages
sur la Résistance.
II - Élaboration et organisation du monde d'aujourd'hui
(19 à 23 heures)
| Histoire | Géographie |
Commentaire |
| De 1945 à nos jours
: croissance, démocratie, inégalités (10 à 12 heures) |
Géographie du monde d'aujourd'hui (9 à 11 heures) |
La liaison étroite entre le programme d'histoire et celui de géographie constitue la spécificité de cette seconde partie. |
| 1. La croissance économique, l'évolution démographique et leurs conséquences sociales et culturelles (3 à 4 heures) |
1. Les échanges,
la mobilité des hommes, l'inégale répartition de la richesse et l'urbanisation (7 à 8 heures) |
La croissance économique
et ses fluctuations, les évolutions démographiques contrastées depuis 1945
ont des conséquences sociales variables selon les Etats et les continents
: transformation du travail, des niveaux et des modes de vie. Ces évolutions ont aussi des conséquences géographiques à différentes échelles : - l'accroissement de la circulation des hommes et des biens est étudiée à l'échelle mondiale ; - en utilisant différents critères pour définir richesse et pauvreté, des cartes permettent de présenter et d'expliquer les contrastes entre les continents, entre les Etats (grandes puissances, pays émergents, pays pauvres) et au sein des sociétés ; - l'accélération de l'urbanisation est étudiée à l'échelle de la planète et, à d'autres échelles, à partir de quelques exemples de paysages urbains. |
| 2. De la guerre
froide au monde d'aujourd'hui (relations Est-Ouest, décolonisation, éclatement du monde communiste) (7 à 8 heures) |
2. Géographie politique
du monde (2 à 3 heures) |
Les principales
étapes de l'évolution des relations internationales depuis 1945 (monde bipolaire,
décolonisation, construction de l'Europe, dislocation des blocs) sont présentées
en mettant en évidence les facteurs qui conduisent de la bipolarisation
au monde d'aujourd'hui. L'étude ne peut être exhaustive, pour les affrontements Est-Ouest on se limite à l'exemple de l'Allemagne et de Berlin ; pour la décolonisation aux exemples de l'Inde et de l'Afrique française. Pour l'étude de la géographie politique du monde actuel, la notion de frontière (politique ou culturelle) sert de fil conducteur : multiplication des frontières d'une part (résurgence des nationalismes et des conflits locaux), tendance à l'effacement des frontières d'autre part dans le cadre des organisations régionales et mondiales. |
Cartes
: le monde bipolaire. La décolonisation. La population mondiale. Les échanges
mondiaux. Les inégalités dans le monde. Géographie politique du monde actuel
et de ses zones de conflit.
Documents : extraits de la doctrine Truman et de la doctrine Jdanov.
Discours de J.F. Kennedy devant le mur de Berlin : "Ich bin ein Berliner"
(23 juin 1963). Un témoignage sur la décolonisation.
III - Les puissances économiques majeures (15
à 19 heures)
| Histoire | Géographie | Commentaire |
| L'étude des puissances économiques majeures est essentiellement géographique. Elle utilise cependant les éléments historiques indispensables à la compréhension de la situation actuelle. | ||
| 1. Les États-Unis
(6 à 7 heures) |
Une présentation
de l'immensité, du poids démographique et de la métropolisation du territoire
introduit l'étude. L'analyse porte sur quelques éléments qui rendent compte
de la p u i s s a n c e mondiale des Etats-Unis (ressources, technologies,
poids économique, puissance militaire, rayonnement culturel). Le rôle joué par ce pays dans l'organisation du monde depuis 1945 permet d'éclairer quelques origines de sa puissance. |
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| 2. Le Japon (3 à 5 heures) |
La présentation des caractères géographiques dominants du pays (insularité, exiguïté, concentration des hommes et des activités, faiblesse des ressources naturelles) introduit l'étude. L'analyse porte sur la place et le rôle du Japon dans le monde (puissance industrielle, maritime, financière et commerciale, capacités innovatrices). L'étude prend en compte la reconstruction politique sur le modèle américain de ce pays après sa défaite de 1945, son évolution originale entre tradition et modernisation rapide et l'influence qu'il exerce en Asie. | |
| 3. L'Union européenne (6 à 7 heures) |
Après l'étude, au
chapitre précédent, de l'origine et des grandes étapes de la construction
européenne, on insiste ici sur l'originalité de ce pôle constitué d'une
association d'Etats indépendants. S a n s décrire les institutions de l'Union
européenne, on présente sa puissance économique et commerciale, sa volonté
inégalement partagée d'élargissement et d'approfondissement, le rayonnement mondial des Etats qui la composent, les limites de son poids politique. |
Cartes
: l'organisation spatiale des Etats-Unis et du Japon. L'Union européenne (carte
politique).
IV - La France (15 à 19 heures)
| Histoire (6 à 8 heures) |
Géographie (9 à 11 heures) |
Commentaire |
| 1. La France depuis 1945 |
1. Les mutations de l'économie française et leurs conséquences géographiques |
On part des acquis de la classe
de quatrième. On présente les composantes et les mutations du système productif, agricole, industriel et de services, en soulignant le rôle des pouvoirs publics. On analyse les grandes phases de la vie politique depuis 1945 en relation avec les transformations matérielles et culturelles de la société, de ses modes et cadres de vie, de ses aspirations. Les institutions de la Cinquième République et les questions de défense sont étudiées en éducation civique. |
| 2. La France puissance
européenne et mondiale.
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L'histoire de la politique européenne
de la France et des transformations de son rôle dans le monde introduit son étude géographique comme puissance largement ouverte sur l'Europe et le monde. Les investissements, letourisme, les liens établis par les mouvements migratoires, l'influence politique et culturelle permettent de caractériser la place de la France en Europe et dans le monde. |
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Cartes
: les activités économiques. La France en Europe. La France dans le monde.
Documents : préambule de la Constitution de 1946. Extraits du Discours
de Bayeux (1946). Documents sur la décolonisation française. Photos du général
de Gaulle et de Konrad Adenauer à Reims (1963) et de François Mitterrand avec
Helmut Kohl à Verdun (1984). Documents sur les mutations de la société.
ANNEXE : REPÈRES CHRONOLOGIQUES ET SPATIAUX
Histoire
Le programme de troisième constitue l'aboutissement
de l'enseignement de l'histoire au collège. Pour être étudié dans de bonnes
conditions, il suppose acquis un sens de la durée sur le long et sur le court
terme. Dans cet esprit, un certain nombre de repères chronologiques et culturels
mis en place les années précédentes doivent être connus.
| Programme de sixième |
VIIIe millénaire
av. J.-C. : naissance de l'agriculture (Mésopotamie). IVe millénaire av. J.-C. : naissance de l'écriture. IIe - Ier millénaire av. J.-C. : le temps de la Bible. Ve siècle av. J.-C. : apogée d'Athènes (Périclès, le Parthénon). 52 av. J.-C. : victoire de César sur Vercingétorix à Alésia. Ier siècle : début du christianisme. IIe siècle : apogée de l'Empire romain. Ve siècle : dislocation de l'Empire romain. |
| Programme de cinquième |
496 : baptême de
Clovis. 622 : l'hégire (début de l'ère musulmane). 800 : couronnement de Charlemagne. 987 : avènement d'Hugues Capet. XIIIe siècle : Louis IX (Saint Louis) - le temps des cathédrales. 1453 : chute de Constantinople. Milieu du XVe siècle : naissance de l'imprimerie en Occident (Bible de Gutenberg). 1492 : prise de Grenade - découverte de l'Amérique. XVIe siècle : Réformes protestantes (Luther, Calvin). |
| Programme de quatrième |
1661-1715 : Règne
personnel de Louis XIV (Versailles). Milieu du XVIII e siècle : l'Encyclopédie. Deuxième moitié du XVIIIe siècle : machine à vapeur (James Watt) - début de l'âge industriel. 1789 : prise de la Bastille - Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. 1792 : proclamation de la République. 1804-1815 : premier Empire (Napoléon Ier). 1815-1848 : monarchie constitutionnelle en France. 1848-1852 : seconde République (suffrage universel - abolition de l'esclavage). 1852-1870 : second Empire (Napoléon III). 1870-1940 : troisième République. 1885 : Pasteur découvre le vaccin contre la rage. 1898 : Affaire Dreyfus. |
| Programme de troisième |
Août 1914, début
de la Première Guerre mondiale. 1917 : révolutions russes. 11 novembre 1918 : armistice. 1929, collectivisation des terres en URSS. Janvier 1933 : Hitler, chancelier. 1935 : lois de Nuremberg 1936-1938 : grands procès de Moscou. 1936 : lois sociales du Front populaire. Septembre 1939 : invasion de la Pologne. 18 juin 1940 : Appel du Général de Gaulle. 1944 : droit de vote des femmes. 1945 : Sécurité sociale. Mai 1945 : capitulation allemande. Août 1945 : Hiroshima. 1947 : Plan Marshall; indépendance de l'Inde. 1947-1958 : IVe République. 1949 : République populaire de Chine. 1954-1962 : Guerre d'Algérie. 1957 : Traité de Rome. 1958-1969 : les années de Gaulle. 1981-1995 : les années Mitterrand. 1991 : éclatement de l'URSS. 1992 : Traité de Maastricht. |
Géographie
Le programme de troisième constitue l'aboutissement
de l'enseignement de la géographie au collège. Pour être étudié dans de bonnes
conditions il suppose acquise la maîtrise de localisations fondamentales sans
lesquelles l'étude de l'organisation du monde n'aurait pas de sens. Les élèves
doivent donc être capables d'identifier en les nommant ou en complétant une
légende, ou de localiser sur un fond de carte les repères spatiaux suivants
:
| Grands repères terrestres
: |
équateur, tropiques,
cercles polaires. Zones chaude, tempérées, froides. Continents et océans. Grandes chaînes de montagnes : Himalaya, Andes, Rocheuses, Alpes. Forêts denses (Amazonie, Afrique centrale). Déserts (Sahara). Les grands fleuves : Nil, Congo, Gange, Yangzi, Amazone, Mississippi. Les isthmes de Suez et de Panama ; le détroit de Gibraltar. |
| Population, États
et villes d'Afrique, d'Asie et d'Amérique : |
les foyers de très
fortes densités humaines, les mégalopoles américaines et japonaises. Les États du Maghreb, l'Égypte. L'Union indienne, la Chine, le Japon, les États-Unis, le Canada, le Mexique, le Brésil. Le Caire, Pékin (Beijing), Shanghai, Bombay, Calcutta, Tokyo, New-York, Los Angeles, Sao Paulo, Mexico. |
| L'Europe : |
les mers principales
: Méditerranée, mer du Nord, mer Noire, mer Baltique. Les grands fleuves : Volga, Danube, Rhin. Les États de l'Europe. Les États de l'Union européenne et leur capitale. |
| La France : |
les fleuves : Garonne,
Loire, Rhône, Rhin, Seine. Les montagnes : Alpes, Jura, Massif central, Pyrénées, Vosges. Les grandes agglomérations : Bordeaux, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Nantes, Nancy, Nice, Paris, Strasbourg, Rennes, Rouen, Toulouse. Les régions administratives, les DOM-TOM. |
EDUCATION
CIVIQUE 3ème
La classe de troisième marque la fin d'un cycle d'enseignement.
En éducation civique, les programmes sont construits, depuis la classe de sixième,
sur une progression qui part de la personne pour aller vers le citoyen. Le programme
de la classe de troisième s'appuie donc sur les acquis antérieurs, principalement
la première partie, qui approfondit des notions clés abordées les années précédentes.
Les thèmes étudiés visent à éduquer le jugement tant par la connaissance des
institutions politiques que par la compréhension des logiques à l'oeuvre dans
la vie politique et sociale. Ils favorisent l'appréhension concrète des valeurs
et des
principes qui fondent une démocratie vivante.
PRINCIPES ET OBJECTIFS
Une question fédère les thèmes du programme de la classe
de troisième : que veut dire "être citoyen" aujourd'hui dans notre
démocratie républicaine ? La première partie, "Le citoyen, la République,
la démocratie", explicite les fondements de notre vie politique ; elle
le fait en reliant entre eux des éléments déjà étudiés dans les classes précédentes.
La seconde partie, "l'organisation des pouvoirs de la République",
présente les institutions et l'administration du pays. La troisième partie,
"la citoyenneté politique et sociale", met l'accent sur la vie collective,
les acteurs, les modes et les lieux de la participation politique et sociale.
Une quatrième partie, propose quelques thèmes d'actualité dans le débat public
: le premier sur l'opinion publique et les médias est obligatoire, un autre
thème peut être abordé au choix du professeur. Une cinquième partie, "
La défense et la paix ", définit les responsabilités de la France au moment
où l'évolution du contexte mondial et européen change les données de la défense
nationale.
DÉMARCHE
Les approches et les méthodes de l'enseignement d'éducation
civique ont été précisées dans les précédents programmes et développées dans
les documents d'accompagnement. Les démarches pédagogiques privilégient l'exercice
de l'esprit critique et la pratique de l'argumentation. Un travail est mené
sur les représentations initiales que les élèves ont des notions étudiées. L'étude
de cas suscite la réflexion à partir de la commémoration d'événements historiques
ou de faits tirés de l'actualité (élections, émissions
télévisuelles, articles de presse, ...).
La maîtrise du vocabulaire de la citoyenneté, la connaissance des principales
institutions politiques, la compréhension des articles essentiels de textes
de référence et de la Constitution, la capacité d'argumenter et de mener une
enquête, l'analyse de documents, écrits ou audiovisuels, la faculté d'argumentation,
constituent les objectifs de la fin de troisième. Ils déterminent le type d'évaluation
organisée dans cette classe, particulièrement pour la préparation du brevet.
A partir d'un document simple (étude de cas, extrait du
préambule de la Constitution, article de la Déclaration des Droits de l'homme
et du citoyen, résultats d'élections...), les élèves répondent à deux ou trois
questions permet-tant d'évaluer la connaissance et la compréhension des questions
traitées dans le programme.
L'éducation civique suppose une démarche de projet qui répond à des missions
cognitives et éducatives se donnant mutuellement sens. Elle s'articule avec
d'autres disciplines. C'est pourquoi, il est souhaitable qu'en début d'année
scolaire, une réflexion et une concertation de l'ensemble des enseignants et
de l'équipe éducative, est organisée.
En classe de troisième, plus encore que dans les classes précédentes, le programme
d'histoire et de géographie est un appui indispensable. La crise des démocraties
dans l'entre-deux guerres intéresse la vie de notre démocratie contemporaine.
La dimension internationale, privilégiée en histoire et géographie, permet de
situer dans son contexte la partie du programme portant sur la défense et la
paix. Les institutions de la Vème République sont analysées sous deux aspects
: une présentation en éducation civique, nécessaire au développement logique
du programme pour les élèves, et en histoire, plus en avant dans l'année scolaire,
dans leur contexte historique.
D'autres convergences s'imposent. Avec les sciences de la vie et de la Terre,
pour évoquer les problèmes posés par les progrès de la science dans une démocratie.
La liaison avec l'enseignement du français va de soi pour des textes qui offrent
un intérêt commun ; quant à la formation à l'argumentation et à la maîtrise
du discours, elles sont inscrites dans le programme de français et participent
à l'éducation du citoyen. Les langues vivantes donnent l'occasion d'étudier
dif-férents types de systèmes démocratiques. L'étude du vote favorise un travail
avec les mathématiques, sur les notions de majorité, de proportionnalité, d'égalité.
Les médias prenant une part grandissante dans le monde actuel, la forma-tion
à la connaissance et à la maîtrise des techniques d'information et de communication
souligne la nécessité des apprentissages documentaires, particulièrement au
CDI.
Produits de l'histoire, les principes de la morale civique et du droit sont
nécessairement impliqués dans l'exercice du pouvoir. Dans une démocratie, ils
en imposent les règles et fixent des limites à ce qu'il est légitime ou non
de faire. Le respect de ces principes distingue l'éducation du citoyen dans
une démocratie de l'endoctrinement idéologique dans les États où ils sont bafoués.
I - LE CITOYEN, LA RÉPUBLIQUE, LA DÉMOCRATIE (6
à 8 heures)
La citoyenneté
La citoyenneté se définit par l'appartenance à une communauté
politique et par l'allégeance à un État. En France, elle est liée à l'idée de
démocratie et elle s'inscrit dans l'histoire de la construction de la nation.
Dans une démocratie, chaque citoyen est détenteur d'une part de la souveraineté
politique ; directement ou par ses représentants, il participe aux choix et
aux décisions qui concernent l'intérêt général. Le citoyen est titulaire de
droits et d'obligations, qui obéissent au principe d'égalité, indépendamment
de ses appartenances particulières ou de ses convictions. Dans chaque Etat,
la loi détermine les conditions qui définissent le statut de citoyen. Dans L'Union
européenne, le traité de Maastricht donne une première approche de la définition
des droits des citoyens européens. Les valeurs, principes et symboles
de la République En France, les principes républicains et les valeurs auxquelles
ils se rattachent sont énoncés par la Constitution : "Une République indivisible,
laïque, démocratique et sociale". Ils sont le produit d'une élaboration
historique et inspirent les lois et l'organisation des pouvoirs. La République
française a ses symboles : une devise (liberté, égalité, fraternité), un hymne
national (la Marseillaise), un drapeau, une effigie (Marianne).
La démocratie
La République française est une démocratie. Comme les autres
Etats démocratiques (par exemple l'Allemagne et le Royaume Uni), elle respecte
les principes suivants : la garantie des libertés fondamentales, la séparation
des pouvoirs, le pluralisme politique, la règle de la majorité, les voies de
recours contre un excès de pouvoir.
Documents de référence
La Constitution de 1958 (Préambule, article 1er, titre premier), Loi de 1905
sur la séparation des Églises et de l'État, Loi sur la nationalité - 17 mars
1998, Traité sur l'Union européenne - deuxième partie : la citoyenneté de l'Union,
(articles 8, 8A, 8B, 8C, 8D ) , Convention européenne (préambule) - 1950.
II - L'ORGANISATION DES POUVOIRS DE LA RÉPUBLIQUE
(8 à 10 heures)
Les institutions de la Vème République
La Constitution est la loi suprême. Elle organise les pouvoirs.Toutes
les lois doivent être conformes à la Constitution, sous le contrôle du Conseil
Constitutionnel. Le rôle des différents pouvoirs est illustré par l'étude du
chemine-ment de la loi, à partir de son élaboration (parlementaire, gouvernementale
ou référendaire) jusqu'à sa mise en oeuvre. Le régime politique de la Vème République
allie un pouvoir exécutif (le Président de la République et le Gouvernement)
et un Parlement composé de deux assemblées (l'Assemblée Nationale et le Sénat).
L'articulation de ces pouvoirs est expliquée. N.B. : L'autorité judiciaire a
été étudiée en classe de 4ème.
L'administration de l'État et les collectivités territoriales
La France est un Etat unitaire. On présente l'administration
centrale, les magistratures (Conseil d'État, Cour des Comptes), l'administration
territoriale (les préfets). Les lois de décentralisation de 1982 et 1983 ont
modifié les responsabilités et les fonctions respectives de l'État et des collectivités
territoriales (communes, départements, régions). Ces différents niveaux de compétence
sont distincts.
Les institutions françaises et l'Union européenne
Les principales institutions européennes sont présentées
(Conseil des ministres, Commission européenne, Parlement, Cour de Justice).
À l'aide d'un exemple (politique agricole commune, politique de l'environnement,
etc.), les étapes de la construction européenne sont mises en évidence.
Les élections
Le sens des élections et des modes de scrutin fait l'objet
d'une réflexion. On étudie quelques exemples de mode de scrutin (élection présidentielle,
élections législatives, élections municipales, cantonales, régionales, élections
européennes).
Documents de référence
La Constitution de 1958 (Titre II), Les lois
de décentralisation du 2 mars 1982 (notamment article 59), du 7 janvier et du
22 juillet 1983 (Titre I, articles 2 à 26).
III - LA CITOYENNETÉ POLITIQUE ET SOCIALE (4 à
6 heures)
Les acteurs
La connaissance des acteurs de la vie politique et sociale
(partis poli-tiques, syndicats, associations ainsi que groupes de pression)
met en évidence le pluralisme propre à une société démocratique.
Le citoyen dans la vie sociale
Aujourd'hui, dans une démocratie, l'exercice des droits
économiques et sociaux fait partie de la citoyenneté (droit du travail, libertés
collec-tives, droit syndical, droit d'association).
Documents de référence :
La Constitution de 1958 (article 4), Déclaration
universelle des droits de l'Homme de 1948-(articles 22- 23 et 24), La loi du
1er juillet 1901 sur les associations
IV - LES DÉBATS DE LA DÉMOCRATIE (4 heures)
L'opinion publique et les médias (thème obligatoire)
La notion d'opinion publique est une notion couramment utilisée.
Son sens est précisé par une réflexion sur le rôle des médias et celui des sondages.
Un débat est mené sur l'éthique de l'information, les chances et les risques
d'une connexion planétaire, les pratiques d'information et la différence entre
le monde réel et le monde virtuel.
L'État en question (au choix)
La place et le rôle de l'État dans l'économie et la société
sont un objet de débat permanent. Les termes de ce débat sont expliqués en prenant
un ou deux exemples (la protection sociale, le service public, la décentralisation...).
L'expertise scientifique et technique dans la démocratie
(au choix)
Les progrès de la science et de la technique donnent une place accrue aux experts.
Les comités d'éthique et les commissions multiples jouent un rôle important.
Les débats qui concernent la gestion des déchets radioactifs et la recherche
biologique et médicale permettent de comprendre l'enjeu démocratique que représente
l'information des citoyens et la prise de conscience de leurs responsabilités.
La place des femmes dans la vie sociale et politique (au
choix)
L'égalité entre les hommes et les femmes est un principe
républicain. Les différenciations sociales et politiques qui existent nourrissent
un débat sur la notion de parité.
Documents de référence :
La loi du 1er juillet 1881 sur la liberté de la presse, La Constitution de 1958-
Préambule et titre premier, Les lois du 29 juillet 1994 sur la bioéthique, La
loi du 30 décembre 1991 : la recherche sur la gestion des déchets radioactifs,
La Constitution de 1958- article 3.
V - LA DÉFENSE ET LA PAIX (4 heures)
La Défense nationale, la sécurité collective et la paix
Les missions de la défense nationale sont étudiées, dans
le nouveau contex-te mondial et européen. Aujourd'hui, la sécurité collective
est organisée au service de la paix définie par les principes de la charte des
Nations Unies.
La solidarité et la coopération internationale
La responsabilité des États, le rôle des Nations Unies et
de ses agences (pour les réfugiés, pour l'enfance, pour le développement), l'action
des ONG sont mis en évidence.
Documents de référence :
La Constitution de 1958 (articles 5 - 15 - 21 - 34 et 35), Charte des Nations
Unies de 1945 (article 1 et chapitre 7), Traité sur l'Union européenne
du 7 février 1992 - Titre V : Dispositions concernant une politique étrangère
et de sécurité commune.
DOCUMENT
D'ACCOMPAGNEMENT HISTOIRE ET GEOGRAPHIE CLASSE DE TROISIEME
I. L'HISTOIRE ET LA GEOGRAPHIE EN 3e
II. EXEMPLES D'APPROCHE DU
PROGRAMME
Le point de départ du programme : cartes du monde actuel
Partie I : 1914-1945, guerres, démocraties et totalitarisme
I.1 La Première Guerre mondiale et ses conséquences
I.2 L'URSS de Staline
I.3 Les crises des années 1930
I.4 La Seconde Guerre mondiale
Partie II : élaboration et organisation du monde d'aujourd'hui
Partie III : les puissances économiques majeures
Partie IV : la France
III. ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET TRAVAIL
DES ELEVES
1 . La progression des apprentissages en histoire et géographie au collège
2 . Faire travailler les élèves
3 . Faire la classe avec le document
4 . Faire mémoriser des repères chronologiques et spatiaux
5 . Utiliser le cahier et le manuel
6 . Evaluer le travail et les connaissances des élèves
CONCLUSION : FAIRE DE L'HISTOIRE ET DE LA GEOGRAPHIE,
UN PROJET CIVIQUE ET CULTUREL
I. L'HISTOIRE ET LA GEOGRAPHIE
EN 3e
Le programme d'histoire et de géographie de la classe de
troisième s'inscrit dans la continuité de l'enseignement de ces disciplines
au collège. Il est construit en fonction des finalités civiques, patrimoniales,
culturelles et intellectuelles qui ont guidé l'élaboration de l'ensemble des
programmes depuis la classe de sixième.
Consacré à l'histoire du XXe siècle et à la compréhension du monde d'aujourd'hui,
le programme de troisième doit être une contribution majeure à la formation
du citoyen.
Tout programme suppose des choix. Pour la classe de troisième, ces choix ont
été raisonnés en fonction de cinq principes :
- aller à l'essentiel plutôt que d'accumuler les connaissances factuelles
Les repères chronologiques et spatiaux indiqués par le programme sont les seuls
qui doivent être rigoureusement mémorisés. Cette mémorisation doit prendre sens
dans une période pour l'histoire, dans un territoire pour la géographie. Cette
prescription précise et donc limite les exigences et permet d'ancrer l'essentiel.
- favoriser le choix raisonné non seulement des exemples et des documents mais
aussi des itinéraires et des démarches pédagogiques
Ce principe doit lui aussi permettre d'aller à l'essentiel et de construire
un enseignement qui puisse répondreaux besoins des élèves. Il définit les contours
de la liberté pédagogique des enseignants. Les repères mémorisés fixent le cadre
de l'étude de chaque thème ; il s'agit ensuite, à partir des documents fondamentaux
et d'exemples, de montrer les caractères spécifiques soit d'une évolution historique
soit d'un espace géographique. Pour ce faire il n'est pas obligatoire de suivre
l'ordre des thèmes indiqué par le programme. Ces documents d'accompagnement
indiquent quelques itinéraires possibles, il y en a d'autres. Enfin, le choix
des démarches pédagogiques est de la responsabilité des professeurs. Elles sont
construites en fonction des finalités de l'enseignement de l'histoire et de
la géographie et des caractères spécifiques de chaque classe.
- s'appuyer sur les acquis des élèves
La mise en oeuvre de ce programme n'est possible que si les acquis des élèves
sont réellement utilisés. Les repères historiques des classes précédentes enracinent
le XXe siècle dans un temps plus long. Les répères géographiques sont d'autant
plus indispensables que l'étude du monde d'aujourd'hui conclut un parcours géographique
entrepris dès la sixième. Plus précisément encore l'étude géographique de la
France commencée en quatrième se poursuit en troisième. S'appuyer sur des acquis
c'est aussi utiliser tout le travail conduit pour apprendre aux élèves à utiliser
un document, élaborer un croquis simple, rédiger de manière autonome.
- affirmer la cohérence d'un enseignement conjoint de l'histoire et de la géographie
Pour la première fois un seul programme réunit les deux disciplines. Ce doit
être l'occasion non seulement d'affirmer la similitude des démarches et des
finalités, mais encore de montrer rigoureusement comment le croisement de l'approche
historique et de l'approche géographique permet une compréhension plus approfondie
du monde dans lequel nous vivons.
- permettre aux élèves de donner sens au monde dans lequel ils vivent et donc
les préparer à l'exercice de la citoyenneté
Donner sens au monde c'est comprendre, de 1914 à 1945, le rôle des guerres et
les enjeux des affrontements entre la démocratie et les totalitarismes ; c'est
comprendre comment, de 1945 à nos jours, s'est construit le monde d'aujourd'hui,
c'est être capable d'analyser son organisation et son foctionnement. C'est,
enfin, mesurer, à son échelle, l'évolution de la France et son insertion actuelle
en Europe et dans le monde.
Ce parcours est inséparable du parcours proposé en éducation civique. En 3e,
comme pour l'ensemble du collège, les programmes lient étroitement l'instruction
du citoyen et son éducation.
II. EXEMPLES D'APPROCHES
DU PROGRAMME
Le point de départ du programme : cartes du monde actuel
La cohérence de l'enseignement conjoint de l'histoire et
de la géographie est affirmée clairement dès le début du programme puisqu'il
s'agit de partir de cartes du monde actuel pour montrer comment l'histoire et
la géographie peuvent aider à le comprendre. Selon les finalités choisies par
les enseignants, des planisphères simples, présentant le "pavage"
politique du monde, les contrastes de développement, les organisations régionales
etc... constituent un bon point de départ. La carte politique du monde actuel
est une première approche des problèmes géopolitiques. Une carte des contrastes
de l'indice de développement humain dans le monde met en évidence les phénomènes
d'inégalités de développement et de pauvreté. Elle peut être confrontée à une
carte des zones de tensions et de conflits pour faire apparaître les liens entre
ces zones et les problèmes de développement. Une carte des puissances économiques
et des organisations régionales permet de souligner la place de premier plan
de la triade Etats-Unis-Japon-Union européenne dans le maillage économique du
monde. Ce ne sont là que des exemples parmi d'autres. Ces cartes doivent amener
les élèves à se poser des questions : quelle est l'organisation du monde actuel
? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont ses déséquilibres ? Est-il construit
par l'histoire ? Dans ce monde, quelle est la place de la France ?
Partie I. 1914-1945, guerres, démocraties et totalitarisme
Cette période est marquée par deux guerres mondiales et
par la montée du totalitarisme dans le monde. Mais la démocratie résiste et,
en 1945, le totalitarisme nazi est vaincu. Cette défaite est-elle pour autant
une victoire de la démocratie ? La présence de l'URSS stalinienne dans le camp
des vainqueurs rend cette question pertinente, d'autant plus que, bientôt, dans
le cadre de leur affrontement avec le monde communiste, les Etats-Unis n'hésitent
pas à soutenir des dictatures. Les rapports entre guerre, démocratie et totalitarisme
sont donc bien le fil conducteur de cette période.
I.1 La Première Guerre mondiale et ses conséquences
On doit renoncer au récit chronologique des phases du conflit
et privilégier la mise en évidence de ses grandes caractéristiques : son aspect
total et la brutalisation des rapports humains qu'il a impliquée. Cela permet
de faire comprendre, par delà les conséquences plus immédiates de la guerre,
étudiées dans son bilan, sa résonance profonde et traumatique sur le siècle
qui commence. La notion de brutalisation (mal traduite du terme anglais "brutalization"
que le néologisme "ensauvagement" aurait mieux fait comprendre) reflète
la place fondatrice de la violence liée à la guerre. Des recherches récentes
ont mis en évidence cette violence d'un conflit marqué par le premier génocide
du siècle, celui des Arméniens, et pendant lequel, pour la première fois en
Europe, s'ouvrent des camps de concentration ; cette pratique, partagée par
tous les belligérants pour les ressortissants des pays ennemis, atteint des
groupes entiers de population (tels ces Français et surtout ces Françaises de
la région de Lille qui ont été déportées en Prusse orientale). Si l'extermination
des Juifs et des Tziganes n'est pas directement issue de la Première Guerre
mondiale, certains des hommes qui ont vécu ce conflit deviennent capables d'appliquer
une haine exterminatrice : à deux reprises, en 1931 et en 1939, Hitler invoque
la déportation des Arméniens pour juistifier sa politique antisémite. Il faut
donc envisager le conflit dans son aspect fondateur d'une violence totale (totalitaire
?) qui marque le XXe siècle.
I.2 L'URSS de Staline
L'histoire chronologique "classique" a montré
ses limites. Comment est-on passé de la grande espérance de 1917 à la construction
d'un type de régime totalitaire ? C'est la question majeure qui centre l'étude
sur cette construction. Le choix de la collectivisation forcée et de la planification
impérative (qui permet l'industrialisation du pays et de grandes mutations sociales
et culturelles),
débouche sur la mise au pas d'une paysannerie réticente, sur un durcissement
des contraintes de travail jusqu'à la forme extrême de l'exploitation de la
main d'oeuvre au sein du Goulag, sur un encadrement de l'individu et de la société
par le parti unique, sa propagande et sa police politique. On peut se rappeler
que, si les grandes purges de 1936-38 ont été spectaculaires parce qu'elles
ont frappé de vieux bolcheviks et des intellectuels, la répression massive contre
la paysannerie a été plus meurtrière mais s'est faite à bas bruit (les paysans
"dékoulakisés" n'ont pas pu décrire leur martyre). Sur tous ces points,
l'ouverture récente des archives soviétiques a permis d'ouvrir de nouveaux chantiers
historiographiques.
I.3 Les crises des années 1930
La crise de 1929 ne doit pas être étudiée en détail en tant
que telle. Les crises des années 30 sont multiformes : elles sont présentées
à travers deux exemples : celui de la France, une démocratie qui résiste malgré
des remises en cause, et celui de l'Allemagne, pays qui sombre dans la dictature.
Ces exemples permettent de montrer ce qu'ont été les crises des années 30 en
Europe dans toutes leurs dimensions : économiques, sociales, culturelles et
politiques. Une approche technique (l'effondrement de Wall Street, ses conditions,
ses facteurs et les détails de l'enchaînement mondial de la dépression) ne rendrait
pas compte de la complexité des crises qui ont marqué les années 30. Les aspects
économiques, sociaux, politiques, culturels de ces crises sont
interdépendants : il faut expliquer, par exemple, les effets de la montée du
chômage et de la misère en Allemagne (6 millions de chômeurs au début de 1933
soit 33% de la population active) dans la crise politique qui amène Hitler au
pouvoir, comment cette crise débouche sur un totalitarisme fondé sur le mythe
de la race pure et l'expansion guerrière. Il faut montrer la façon dont, en
France, l'enlisement dans les difficultés débouche sur une poussée d'antiparlementarisme
et une crise des valeurs et comment le Front populaire a pu donner une brève
impression d'embellie au cours de ces "années tristes". Mais, en France,
la démocratie résiste. Cette histoire alimente notre mémoire collective et rejoint
les préoccupations du présent.
Une fois ces deux exemples analysés, on peut proposer, dans le cadre européen,
une vision plus globale de ces années 30. Partir d'exemples permet d'éviter
les démarches abusivement déterministes.
Il faut noter que le professeur, qui doit traiter l'intégralité du programme,
est libre de choisir ses itinéraires. Ainsi il peut opérer un rapprochement,
autour du thème du totalitarisme, entre l'étude de l'URSS stalinienne et celle
de l'Allemagne nazie. Il s'agit de faire réfléchir les élèves sur ces deux grands
types de totalitarisme, les modalités de leur mise en place, leurs buts et leurs
pratiques.
Dans la quatrième partie, un rapprochement avec la politique d'extermination
des Juifs et des Tziganes, permet de bien montrer que comparaison ne signifie
pas identification et que cette politique d'extermination est une sinistre singularité
du totalitarisme nazi. Comme l'a montré H.Arendt, le concept de totalitarisme
ne vise pas à banaliser le nazisme mais à souligner le caractère criminel du
stalinisme.
I.4 La Seconde Guerre mondiale
L'étude de la Seconde Guerre mondiale, comme celle de la
Première, ne doit pas se perdre dans un récit chronologique. Elle doit insister
sur les catastrophes qu'ont engendrées la domination nazie et tout particulièrement
la politique d'extermination des Juifs et des Tziganes, sur les résistances
et les collaborations face à cette domination, en insistant notamment sur le
cas de la France. Un second thème permet de mettre en évidence le rôle des Etats-Unis
et celui de l'URSS. L'étude débouche donc naturellement sur un bilan de la guerre
et une présentation du monde en 1945 sui sert de point de départ à l'étude de
l'élaboration du monde d'aujourd'hui depuis cette date.
Partie II : Elaboration et organisation du monde d'aujourd'hui
Cette partie affirme la cohérence de l'enseignement conjoint
de l'histoire et de la géographie. Pour comprendre le monde d'aujourd'hui, son
organisation et son élaboration, la complémentarité des deux disciplines s'avère
particulièrement éclairante. On peut commencer par l'étude géographique de ce
monde puis passer à l'étude historique pour l'expliquer ou, inversement, partir
de cette étude historique pour aboutir au tableau géographique du monde actuel.
Quel que soit l'ordre adopté, c'est la mise en évidence des phénomènes historiques
depuis 1945 qui permet de comprendre ce monde : la croissance économique et
démographique, les transformations sociales et culturelles accompagnent les
bouleversements du paysage géopolitique mondial : depuis la constitution des
blocs, puis l'émergence du Tiers-Monde, et enfin la dislocation du monde communiste,
on arrive, au terme du parcours, à
un nouveau "paysage" du monde sous l'influence plus ou moins contestée
des Etats-Unis.
Cette partie II est fondée sur un double constat incitant à une confrontation
féconde entre l'histoire et la géographie :
1) Premier constat : l'extraordinaire croissance qu'a connue le monde depuis
1945, tant sur le plan économique que sur le plan démographique. Ce phénomène,
inégalement distribué et réparti, débouche sur le maillage géographique actuel
: échanges, mobilités, inégalités de développement, métropolisation (Partie
II.1 en histoire et en géographie). Cette période d'accélération technologique
explique qu'à la fin du siècle, on puisse partager les mêmes informations et
les mêmes images, d'un bout à l'autre de la planète. La vitesse et la mondialisation,
caractéristiques de notre époque, sont le fruit de cette "accélération"
historique qui a été qualifiée de "plus grande révolution depuis le Néolithique".
Cette révolution des mobilités et des communications repose sur
des éléments aussi divers que l'audiovisuel, l'informatique et Internet, le
téléphone portable, le tourisme de masse, le TGV et la navette spatiale...
2) Le constat que le paysage politique du monde a été bouleversé en un demi-siècle
par une remise en cause de la hiérarchie des puissances issues de 1945 ( II.2
en histoire et en géographie). Il faut éviter une étude chronologique de la
période qui juxtaposerait les crises successives. Cela ne signifie pas que l'analyse
soit abstraite : pour appréhender globalement ce que fut le monde bipolaire
et l'affrontement Est-Ouest, une carte, qui en précise l'extension mondiale,
suffit. Ensuite, l'exemple de l'Allemagne est plus particulièrement analysé.
Il permet de voir concrètement ce que fut cette bipolarité, marquée dans le
territoire même et dans cette ville symbole qu'est Berlin. Il offre l'exemple
d'une succession de crises, du blocus de 1948-49 à la chute du mur en 1989,
qui rythment l'affrontement Est-Ouest et il symbolise sa fin, avec le démantèlement
du mur, qui précipite la dislocation du bloc soviétique avant que l'URSS n'implose
elle-même.
De même une étude chronologique détaillée de la décolonisation n'est pas possible.
Deux cartes suffisent pour présenter globalement le phénomène, avant de centrer
l'étude sur deux exemples particulièrement significatifs de la fin des deux
grands empires coloniaux :
- celui de la décolonisation de l'Inde, représentatif des modalités du désengagement
britannique et des conséquences post-coloniales de ce désengagement.
- celui de la décolonisation de l'Afrique française qui montre bien que la France
a rompu avec son passé colonial, progressivement et sans conflit sanglant en
Afrique noire, mais difficilement en Algérie où l'affrontement s'est accompagné
d'un drame national. Ces difficultés ont joué un tel rôle dans la vie politique
de notre pays depuis 1945 qu'un rapprochement entre ce thème, prévu dans la
partie II, et celui de la vie politique française, prévu dans la partie IV,
semble tout à fait souhaitable : une mise en perspective des conséquences de
la guerre d'Algérie sur l'évolution de la IVe République et sur celle du début
de la Ve est tout à fait pertinente.
La comparaison de cartes de l'Europe et du monde de la fin des années 1970 et
d'aujourd'hui permet d'aborder la géographie politique du monde. Elle montre
comment l'éclatement du monde communiste a conduit à un nouveau "pavage"
du monde sous l'égide des Etats-Unis, dont l'hégémonie tend à se diffuser partout,
mais qui rencontre des réticences et des oppositions. Certes, la globalisation
semble confirmer le succès des Etats-Unis qui n'ont plus d'adversaire précisément
désigné à combattre. Mais, dans la mesure même où l'ennemi n'est plus clairement
identifié, des menaces ponctuelles peuvent surgir là où on ne les attend pas.
La carte de la géographie politique du monde actuel met en évidence zones de
fractures, lieux centraux et regroupements régionaux. Le paradoxe, à mettre
en évidence, est que les phénomènes liés à la mondialisation, le rôle croissant
des organisations internationales vont de pair avec la naissance de nouvelles
nations et, parfois, l''exacerbation de nationalismes agressifs. C'est pour
cela que le programme propose de prendre pour clef d'explication les fontières
qui, simultanément, s'effacent et se multiplient.
Partie III : les puissances économiques majeures
La troisième partie du programme invite à changer d'échelle
et à réfléchir sur les caractères essentiels de trois puissances économiques
majeures. Il n'est pas question de faire un inventaire géographique de ces trois
puissances mais de mettre en évidence l'originalité de chacune d'entre elles
en fonction des formes, des fondements et des manifestations de la puissance.
Cette étude des puissances économiques majeures doit, bien entendu, s'appuyer
sur les acquis des années antérieures. L'Asie et l'Amérique figurent au programme
de la classe de 5e, l'Europe est abordée en classe de 4e (caractères généraux
et étude de 3 Etats). L'uitilisation de ces acquis permet d'organiser la réflexion
autour de la notion de puissance, en mettant l'accent sur l'originalité de chaque
entité. On peut ainsi donner du sens à cette étude à partir de trois problématiques
:
III.1 : la puissance hégémonique des Etats-Unis, qui s'appuie sur les aptitudes
à valoriser les potentialités d'un vaste territoire et à exercer un leadership
mondial, qui n'est pas seulement économique ou militaire, mais aussi culturel.
III.2 : la puissance japonaise, qui repose sur une puissance moins extravertie
qu'on veut bien le dire, mais qui doit, du fait de son histoire (la défaite
de 1945), limiter ses ambitions à l'économique.
III.3 : la puissance européenne, réelle mais inachevée dans la mesure où elle
demeure encore une addition de nations au poids, à l'influence et au rayonnement
très inégaux. L'Europe a presque tous les éléments de la puissance (économique,
monétaire, culturel...), il lui manque l'élément stratégique.
Le point de vue adopté dans cette troisième partie permet d'aller à l'essentiel
plutôt que d'accumuler les connaissances factuelles. Il s'agit, dans chacun
des trois cas, de mettre en évidence les éléments qui rendent compte de la puissance,
qui l'expliquent et qui lui donnent une dimension originale. Tout inventaire
trop précis qui s'écarterait de ces objectifs fondamentaux, est à proscrire.
Ainsi, une analyse régionale de l'agriculture américaine n'est pas dans le programme
alors que l'étude des fondements de l'"agri-power" en fait partie.
De même une revue de détail de l'agriculture japonaise et des ressources du
sous-sol de l'archipel est superflue. Il vaut mieux caractériser sa situation
de dépendance sur ce double plan.
La part de l'histoire, ici, est mineure, elle ne doit pas cependant être absente.
La puissance américaine s'est construite dans une histoire : les Etats-Unis
ont choisi, dès 1941, d'assumer le leadership de l'Occident. Les grandes orientations
de la puissance japonaise s'expliquent en partie par les effets durables de
la situation de l'archipel en 1945. L'inachèvement de la puissance européenne
doit être naturellement mise en relation avec l'étude de la construction européenne,
prévue dans la deuxième partie.
Partie IV : la France
Cette quatrième et dernière partie, consacrée à la France,
est l'aboutissement logique du programme. Qu'est devenue cette démocratie qui
a résisté aux crises des années trente mais qui a été mise à mal par le régime
de Vichy ? Comment a-t-elle évolué depuis 1945 ? Qu'est devenue la puissance
française ébranlée par la guerre et la décolonisation ? Quelles ont été les
raisons et les conséquences de son orientation européenne ? Quelle place peut-elle
revendiquer en Europe et dans le monde ? Le regard complémentaire de l'histoire
et de la géographie (et de l'éducation civique) est ici à nouveau nécessaire.
La démarche peut être historique, dans un premier temps, pour déboucher ensuite
sur une étude géographique ou au contraire s'attacher d'abord au présent, c'est-à-dire
à la géographie, avant d'aborder la perspective historique explicative. Ainsi,
le premier chapitre d'histoire de cette partie (la France depuis 1945) peut
introduire au chapitre de géographie (les mutations de l'économie française
et leurs conséquences géographiques) mais la démarche peut aussi être inverse.
Le chapitre 2 (la France puissance européenne et mondiale) est commun aux deux
disciplines. La construction européenne a déjà été évoquée, il suffit de souligner
les
permanences d'une politique comme la volonté de maintenir, malgré la décolonisation,
une présence dans diverses parties du monde. Cette articulation avec la géographie
ne doit pas faire oublier le lien également fondamental avec l'éducation civique
: des citoyens responsables doivent comprendre le pays dans lequel ils vivent.
Cependant, il n'est pas inutile de souligner que, si les deux enseignements
sont convergents, leur nature est différente. L'éducation civique en abordant
les institutions de la France et les questions de défense vise à former le citoyen,
la perspective historique est plus attentive à l'inscription dans une époque.
Comment aller à l'essentiel dans cette partie ? Présenter les grandes phases
de la vie politique ne doit surtout pas reposer sur une étude chronologique
détaillée de cette évolution politique : il faut montrer comment s'est reconstruite,
à partir de 1944, une vie politique démocratique, comment et pourquoi le régime
est entré en crise, quelle nouveauté politique a représenté la Ve République
et comment elle a duré. L'étude précise des institutions de la IVe République
n'est pas nécessaire. Il suffit de faire comprendre ce qu'était l'instabilité
gouvernementale. Inversement, en liaison avec l'éducation civique, doivent être
analysées les institutions de la Ve Répblique et leur évolution. On peut se
limiter pour cela à une étude de la période gaulliste (1958-1974) et à une étude
des années
Mitterrand (1981-1995). Cela permet de montrer aux élèves en quoi le régime,
même s'il est juridiquement parlementaire (l'article 49 de la Constitution prévoit
la responsabilité du Gouvernement devant le Parlement), laisse de grands pouvoirs
au Président de la République et fait de l'élection présidentielle, depuis la
réforme constitutionnelle de 1962 et l'élection de 1965, le temps fort de notre
vie politique. La cohabitation n'a pas remis en cause fondamentalement ce fonctionnement
des institutions.
Outre l'analyse des instittions et l'examen de deux temps forts, l'évolution
des grandes forces politiques peut constituer un troisième thème d'étude. En
liaison avec l'éducation civique, cela peut être l'occasion de montrer comment
s'articulent, dans une démocratie, les affrontements politiques, et quelles
sont les règles et les enjeux du débat.
Cette étude de l'évolution de la France depuis 1945 doit aussi porter sur les
grandes mutations de l'économie et de la société française depuis la Libération.
Au partage binaire entre les "Trente Glorieuses" et la longue crise
depuis le milieu des années 70, on préférera l'idée d'une reconstruction économique
jusqu'au début des années 50, suivie d'une phase de croissance rapide avec ses
déséquilibres, débouchant à partir du milieu des années 70 sur une période de
croissance ralentie, commodément baptisée crise, et au cours de laquelle la
France a continué à se transformer très rapidement. Les mutations sociales et
culturelles qu'a connues notre pays depuis la guerre se poursuivent à un rythme
qui s'est encore accentué à partir du milieu des années 70.
L'étude géographique de la France n'est pas redondante avec celle qui a été
faite en quatrième. Elle est complémentaire dans la logique d'un changement
d'échelle : en quatrième on a étudié un Etat et ses régions, en troisième on
étudie cet Etat en Europe et dans le monde. La problématique adoptée se situe
aussi dans la cohérence du programme d'histoire et de géographie de troisième
: dans le monde actuel quelle est la position de la France ? Il faut donc aborder
l'étude géographique de la France sous un angle global, en éclairant sa position
de puissance européenne et mondiale. Il n'est pas opportun de se lancer dans
de fastidieux inventaires et de longues descriptions. Il faut là aussi dégager
les points essentiels en termes d'atouts (et de limites) de puissance et d'originalité
de cette puissance : la place de la France en Europe, le dynamisme de certaines
filières productives (nucléaire, agricole, aérospatiale...), certaines faiblesses
structurelles de l'industrie (notamment par rapport au voisin allemand), les
mutations financières, etc...
Au total, le professeur veille en permanence à donner du sens à l'enseignement
qu'il dispense. Chaque élève doit se sentir directement concerné par cet enseignement
et, grâce à lui, mieux armé pour affronter, en citoyen responsable, la nation,
l'Europe et le monde où il vivra sa vie de citoyen. Cela suppose que le travail
des élèves, seule voie de l'appréciation raisonnée des savoirs, soit médité
et souvent repensé.
III. ENSEIGNEMENT DE
L'HISTOIRE ET DE LA GEOGRAPHIE ET TRAVAIL DES ELEVES
Les méthodes pédagogiques relèvent de la libre appréciation
des professeurs. En histoire et géographie, ces méthodes permettent aux élèves
d'acquérir une culture mais aussi de comprendre les processus par lesquels s'élabore
la connaissance et de découvrir que le discours historique, comme le discours
géographique, tend vers la vérité sans en être l'expression avérée : le développement
de l'esprit critique - fondé sur des savoirs - et la formation du jugement personnel
- fondée sur des mécanismes intellectuels - sont des objectifs permanents dans
une perspective d'éducation civique au sein d'une cité démocratique. Naturellement
l'enseignement de l'histoire et de la géographie ne vise pas à introduire en
tout jugement une distance qui proscrirait l'engagement et réduirait la
liberté individuelle à un principe. Comme tout enseignement, il permet la confrontation
des faits, des choix et des comportements humains, individuels ou collectifs,
aux valeurs universelles, référence intangible. Si l'histoire et la géographie,
pas plus que les autres sciences, ne sont morales en elles-mêmes, elles ont
une finalité civique et portent des valeurs ; l'exigence d'esprit critique ne
conduit pas au relativisme.
Au collège, complément essentiel des objectifs spécifiques
à l'histoire et à la géographie, l'enjeu de la maîtrise de la langue doit mobiliser
les professeurs : la lecture sous toutes ses formes et sur tout type de support,
comme l'expression orale et écrite des élèves, sont le dénominateur commun de
tous les choix pédagogiques.L'apprentissage de l'argumentation, nourrie par
des connaissances scientifiques diverses, s'impose par ailleurs comme une préccupation
partagée par différentes disciplines. Les professeurs d'histoire-géographie-éducation
civique doivent placer cet apprentissage au premier plan de leurs pratiques
pédagogiques : forme élaborée de l'expression, la capacité à argumenter donne
du sens à l'effort personnel exigé des élèves ainsi qu'une dimension concrète
aux finalités civiques et culturelles de l'enseignement de l'histoire et de
la géographie. La pratique de
l'argumentation et du raisonnement paraît enfin l'outil privilégié de l'acquisition
des connaissances et de la mémorisation.
Il résulte de ces considérations d'ensemble que le travail personnel des élèves,
en classe et hors de la classe, s'inscrit comme une composante nécessaire des
enseignements d'histoire et de géographie ; le temps de l'effort intellectuel
ou de l'exercice ne peut être dissocié du temps de la prise d'information. Les
examens - le diplôme national du brevet d'abord, mais aussi le brevet d'étude
professionnelle, le baccalauréat professionnel et le baccalauréat général -
reposent désormais sur des épreuves conformes aux méthodes d'apprentissage qu'implique
cette orientation pédagogique : elles permettent l'expression des compétences,
connaissances et savoir-faire combinés, patiemment acquises par l'exercice individuel,
guidé et autonome.
1. La progression des apprentissages en histoire et géographie
au collège
En sixième, une maîtrise suffisante de la lecture et de
l'écriture par les élèves est la condition nécessaire de l'appropriation des
connaissances et donc d'une culture : le temps de la classe doit être celui
du travail des élèves. La pratique de la lecture, notamment silencieuse, de
l'écriture de quelques phrases simples, de l'exposé oral d'une idée ou d'un
fait, sont consubstantiels à l'acquisition des savoirs. Ces pratiques, par l'utilisation
d'un type de vocabulaire et de notions particulières ainsi que par un usage
spécifique du temps des verbes et de la langue française parlée et écrite, appartiennent
fondamentalement à l'enseignement de l'histoire et de la géographie.
En fin de sixième, les élèves devraient être capables de rédiger une phrase
simple pouvant servir de conclusion à une séquence de classe, de transcrire
une information tirée d'une image ou d'une carte, de mettre en relation deux
documents. Ils devraient également être capables d'élaborer un croquis élémentaire
mettant en jeu ces mêmes opérations intellectuelles de confrontaton ou de transcription.
Au cycle central ces démarches pédagogiques fondamentales demeurent, mais les
élèves sont conduits à plus d'autonomie et donc à un travail personnel plus
exigeant. Le travail en classe - cours du professeur et exercices - leur permet
d'acquérir les connaissances fondamentales et d'identifier les démarches propres
à l'histoire et à la géographie ; en dehors de la classe, ils effectuent des
exercies d'application, ils exercent leur mémoire, ils approfondissent aussi
leurs connaissances, en toute liberté, mais selon des pistes tracées par le
professeur. Dans ce projet pédagogique, la transmission de savoirs et l'acquisition
des savoir-faire ne sont pas dissociées : l'accession à l'abstraction et au
sens, puis, au bout du compte, la mémorisation durable et
l'acquisition de réflexes intellectuels, impliquent la pratique simultanée de
l'exercice et de la documentation sous ses différentes formes.
Au cycle central, les élèves doivent commencer à s'exercer à la synthèse dont
la première étape est le croisement de quelques informations tirées de documents,
d'une leçon, d'un chapitre du manuel. Les élèves doivent par ailleurs apprendre,
dans le cadre linguistique précédemment évoqué, à exposer les étapes de leur
raisonnement : sans formalisme superflu, on les entraînera à la conception d'une
phrase par idée et au classement logique de ces phrases. L'expression de cette
synthèse peut être écrite (texte ou croquis) ou orale. Dans cette démarche,
une attention particulière devra être accordée aux repères chronologiques et
spatiaux : trame de l'écriture, comme de l'exposé oral, ces repères font de
l'expression historique et géographique un genre bien spécifique. Sans cette
mise en situation et sans ce lien signifiant avec le travail personnel, leur
mémorisation s'avérerait difficile et pourrait paraître vaine aux élèves.
En troisième ces apprentissages progressifs et cette attention pédagogique portée
aux différentes formes d'expression, doivent permettre une meilleure mobilisation
des connaissances acquises. Le sens de la durée et de l'espace que donne la
maîtrise de repères permet d'envisager des activités qui conduiront en fin d'année
les élèves à une certaine maîtrise du discours historique et géographique :
l'écriture d'un récit ou d'un paragraphe argumenté, d'une page environ, mettant
en jeu des connaissances et des attitudes intellectuelles acquises depuis la
sixième est un objectif à atteindre.
Ces exigences de l'enseignement de l'histoire, de la géographie et de l'éducation
civique, comme cela a été précisé dans les documents d'accompagnement des programes
de sixième et du cycle central rencontrent les objectifs d'autres enseignements.
La progressivité des acquisitions en matières d'aptitude à la communication
écrite et parlée tient compte du rythme des apprentissages en français : programme
après programme, la formulation d'exigences en termes communs doit faciliter
la concertation entre professeurs et une meilleure répartition des tâches. Derrière
les spécificités de chaque discipline, les élèves sont en mesure dans ces conditions
de ressentir un projet fondamental commun.
2. Faire travailler les élèves
L'expression orale
La participation des élèves au cours d'histoire et géographie est une exigence
pédagogique désormais courante : lecture de texte, réponses volontaires à des
questions posées à la classe, brèves sollicitations de la mémoire, etc... forment
la trame du cours dialogué. Dans cette pratique, quand elle est la mieux réussie,
seuls quelques élèves prennent une part continue à la construction
du sens ; le professeur guide les réponses, conduit les élèves aux éléments
nécessaires à sa progression, choisit a priori le contenu à privilégier dans
un document, écarte le plus souvent sans explications approfondies les réponses
qui s'éloignent de ses attentes immédiates. Le professeur a généralement le
monopole des questions quand il n'effectue pas lui-même, par le jeu des
interrogations, le travail de sélection et de classement des informations qui
forment en histoire et géographie la base de l'exercice intellectuel. La contribution
de certains élèves peut être très riche et le dialogue très profitable ; le
sens global de l'échange échappe néanmoins à beaucoup de ceux dont les apports
se limitent à des réponses brèves ne nécessitant pas toujours la construction
d'une phrase complète.
L'expression orale des élèves en classe ne peut se limiter à la forme du dialogue
du professeur avec sa classe. Certains moments, précédés du temps nécessaire
à la réflexion, en silence, doivent permettre une expression plus complète des
élèves, prenant à l'occasion la forme du débat nourri d'arguments puisés dans
le cours, d'informations tirées d'un document, de connaissances
personnelles. Dans cette situation pédagogique, l'erreur de jugement, d'interprétation
ou même de lecture prennent toute leur place dans la construction du sens ;
le document ou le fait retenu n'authentifient pas la parole de celui qui s'expriment
mais fondent une argumentation ; l'acquisition d'une culture historique ou géographique
ne paraît pas une nécessité abstraite, distante et décontextualisée, mais s'avère
un outil quotidien pour la pensée ; la mémorisation de repères s'inscrit dans
un processus de formation.
Loin de se réduire à une pratique informelle et spontanée, l'expression orale
des élèves s'inscrit donc comme une nécessité pédagogique de premier plan :
la lecture à haute voix, le dialogue (formulation de questions et de réponses),
l'argumentation, le récit et la description, le compte-rendu et l'exposé, doivent
logiquement devenir des situations pédagogiques courantes. Ce passage du
visuel et de l'écrit au verbal caractérise les formes d'énonciation propres
à l'enseignement de l'histoire ou à la géographie et doivent faire l'objet d'apprentissages
progressifs et d'évaluation.
L'expression écrite
La prise de notes, liée à la densité accrue des cours d'histoire et de géographie,
retient prioritairement et traditionnellement l'attention des professeurs en
classe de troisième, tandis que, de loin en loin, les évaluations constituent
l'entraînement principal aux différentes épreuves de l'examen final. Dans ce
contexte pédagogique général, les insuffisances de l'expression écrite des élèves,
constatées année après année par les correcteurs du diplôme national du brevet,
ont conduit à de nouvelles orientations portées par les programmes du collège
: l'expression écrite des élèves doit devenir une pratique courante en classe
d'histoire et géographie. La synthèse d'informations principalement tirées d'un
dossier documentaire, en réponse à un sujet donné, aboutissant à la rédaction
d'un paragraphe argumenté, est désormais une exigence de l'examen.
La maîtrise requise de l'argumentation écrite repose sur les apprentissages
progressifs des années précédentes et relève donc de la responsabilité pédagogique
collective des professeurs depuis la classe de Sixième ; elle fait néanmoins
l'objet en Troisième d'entraînements spécifiques à l'écriture, en classe et
hors de la classe. Les exercices possibles sont nombreux et ne peuvent être
détaillés dans ce cadre. Ce nonobstant, la mise en ordre des notes de cours
complétées par des informations tirées de la lecture d'un paragraphe du manuel
ou d'un document, la rédaction d'un texte dans l'ordre chronologique ou organisé
par une thématique déduite de la mise en relation de deux ou trois documents,
l'explication des éléments saillants d'une carte, la présentation de deux opinions
relatives à un événement ou enfin l'exposé de leur propre opinion, constituent
de grandes catégories d'exercices auxquelles les élèves doivent être régulièrement
confrontés. La transposition d'un langage à l'autre, le passage du verbal et
du visuel à l'écrit, l'acquisition de la notion de paragraphe (texte construit
en réponse à une question, très brièvement introduit et conclu), le passage
de la carte de référence au croquis explicatif correctement légendé, constituent
des savoir-faire régulièrement évalués tout au long de l'année scolaire.
Ces exigences méthologiques sont constitutives des savoirs historiques et géographiques
qui ne sont maîtrisés que s'ils sont exprimables et transposables d'une situtaion
de communication à une autre. La pratique de l'écrit qui oblige à choisir, à
organiser puis à hiérarchiser ses connaissances est fondamentale dans le processus
de mémorisation. D'autre part, l'exercice écrit
mobilise les notions et les repères mémorisés, mais active aussi les attitudes
intellectuelles fondamentales - ou connaissances procédurales - comme les réflexes
liés à l'étude de document (examen de la date, de la source, examen de l'échelle,
etc...) Les connaissances et les attitudes acquises ou en cours d'acquisition,
aussi bien que les automatismes résultant du travail effectué au
cours des années antérieures sont sollicités.
La lecture
Depuis la classe de sixième, la lecture est normalement placée au coeur des
pratiques quotidiennes des élèves : le nouvel usage du document, proposé par
les programmes, implique en effet un entraînement continu à la lecture de cartes,
d'images et de textes ne se limitant pas aux supports habituels du cours dialogué.
Ils ont peu à peu établi la différence entre lecture documentaire
- recherche d'une information dans un manuel, un atlas ou un ouvrage de référence
- et lecture analytique - recherche plus précise du sens d'un texte, du contexte,
des techniques de l'argumentation - A côté de ces pratiques pédagogiques guidées
par le professeur en classe, les élèves ont été habitués à lire des extraits
plus longs d'oeuvres essentielles, fréquemment abordées
par ailleurs en français, et placées au coeur des programmes.
En troisième, l'objectif est que les élèves maîtrisent la lecture cursive et
silencieuse afin qu'ils puissent accéder, seuls, à des récits historiques et
des descriptions géographiques, à des textes documentaires variés (ouvrages
de référence, articles de revues ou de journaux, banques de données, etc...),
mais aussi à des textes argumentatifs montrant comme se bâtit un raisonnement,
s'établit une réfutation. Les supports de l'argumentation, le passage d'un langage
à l'autre, le lien entre texte et image si fréquemment utilisés dans les manuels
ou les outils documentaires multimédias, feront l'objet d'une attention particulière.
La lecture des cartes enfin dont le langage de base (projection et échelle,
signes et couleurs) est normalement connu en troisième, doit prendre une dimension
nouvelle et amener les élèves à saisir que, pas plus que d'autres documents,
les cartes ne disent le vrai : elles mettent en évidence, démontrent, expriment
un point de vue.
La pratique de la lecture personnelle doit par ailleurs aider les élèves à approfondir
les notions et le vocabulaire abordés en cours. Elle donne aussi le sens du
contexte indispensable à l'activation de la mémoire profonde : mobiliser une
notion d'histoire pour la compréhension d'une situation romanesque ou inversement
saisir une situation fictive pour donner sens à un concept ne deviennent
des automatismes intellectuels que progressivement. La pratique de la lecture
individuelle est la condition nécessaire de cette acquisition fondamentale qui
aboutit à une véritable appropriation des savoirs permettant une réutilisation
ultérieure. Dans cette perspective, là encore en liaison avec le programme de
français, le contact avec des oeuvres littéraires du XXe siècle contemporaines
des moments historiques étudiés, s'impose : la lecture de la Ferme des animaux
de George Orwell, ferait saisir aux élèves ce que fut le stalinisme, celle de
l'Ami retrouvé de Fred Uhlman ou des Guichets du Louvre de Roger Boussinot ce
que furent le nazisme et l'occupation, etc... Il s'agit au total de convaincre
les élèves que l'accès à la culture n'est pas une démarche d'érudition réservée
à un petit nombre mais qui résulte du plaisir de lire.
La documentation
Les documents d'accompagnement du cycle central affirment que, si l'aptitude
à réunir une documentation concerne différentes matières, l'acquisition de cette
compétence est indissociable de l'enseignement de l'histoire et de la géographie,
notamment à cause de la place des documents dans ces disciplines : les recommandations
formulées concernant le CDI et l'utilisation des outils
actuels de la communication demeurent fondamentales.
En troisième, on insistera sur le développement de la capacité d'autodocumentation
des élèves, mise en action directe de connaissances assimilées en histoire et
géographie et mesure de l'autonomie acquise. Cependant la documentation est
une activité pédagogique exigeante requérant l'intervention du professeur spécialiste
de la discipline comme des objectifs et des contenus des
programmes : le travail de recherche des élèves doit donc être préparé en amont
et donner lieu à des consignes précises ; il doit en aval déboucher sur une
production, orale ou écrite, dans le cadre des exigences détaillées précédemment.
L'activité de documentation valorise l'écrit sous toutes ses formes et sollicite
toutes les formes de lecture : les élèves qui maîtrisent mal la lecture l'associent
souvent à un parcours - subvocalisé le plus souvent - linéaire et continu. Le
travail du professeur, avec l'aide du documentaliste est d'abord de les convaincre
que parcourir la table des matières, les introductions et les conclusions des
chapitres d'un livre c'est aussi lire et prendre rapidement de l'information.
Il faut conduire les élèves à oser cette pratique ! La manipulation rapide des
ouvrages, pour peu qu'elle soit fondée sur une méthode élémentaire de recherche
et associée à des objectifs précis (Que recherche-t-on ? A quels outils recourir
d'abord ?) rapproche des livres et développe la confiance en soi. Quelles que
soient les insuffisances techniques ou cognitives maintenues à l'issue de la
classe de troisième, le livre ne doit
pas rester pour l'élève en difficulté le symbole de ses incompétences.
L'activité de documentation met enfin les élèves en contact régulier avec tous
les outils actuels de la communication. Le projet n'est certes pas celui d'une
mise à jour technique, vouée à la fuite en avant, mais d'une mise en oeuvre
des aptitudes intellectuelles développées par l'enseignement de l'histoire et
de la géographie : l'exigence absolue de la localisation des sources, la mise
à distance critique de l'information, la capacité à trier et à hiérarchiser
sont des qualités indispensables dans un monde où l'accroissement exponentiel
des informations disponibles se double de la difficulté croissante à identifier
les émetteurs. Toutes les questions au programme se prêtent à une recherche
documentaire autonome et à l'élaboration avec les élèves d'une méthode conforme
aux exigences scientifiques de l'histoire ou de la géographie.
Le travail en classe et le travail autonome
Les exercices quotidiens en classe et hors de la classe sont la traduction concrète
des objectifs fondamentaux du collège et des objectifs propres de l'enseignement
de l'histoire et de la géographie qui allient projet culturel et acquisition
d'attitudes intellectuelles. Ce travail exigé des élèves, selon les directions
suggérées ci-dessus, prépare aussi, directement, aux épreuves du dipôme national
du brevet : cette assurance peut être en soi une motivation.
Au CDI, en étude surveillée ou à la maison, le travail des élèves doit faire
l'objet d'un suivi et s'inscrire clairement dans une progression : le soutien
constant de l'effort doit accompagner la formulation des exigences en des termes
précis. Cela suppose du travail encadré et du travail autonome. En classe principalement,
le travail encadré permet essentiellement d'aborder les contenus et savoire-faire
principaux exigibles à l'examen. En ce sens la différenciation des travaux proposés
selon le niveau des élèves ne peut conduire à différer pour certains un exercice
essentiel. A la maison, en étude ou au CDI, le travail autonome est un entraînement
ou une reprise d'exercices du type de ceux que les élèves ont effectués en présence
du professeur ; il peut être aussi, en fonction
des projets d'orientation de chacun, un approfondissement. Dans tous les cas
le lien avec le cours, qui donne le sens et oriente la pensée, doit apparaître
dans les cahiers de textes de la classe et des élèves.
3. Faire la classe avec le document
Le programme de troisième comporte, comme ceux du cycle
central, une liste de documents et de cartes à étudier. Son caractère indicatif
préserve la liberté de choix des professeurs. Cependant les documents finalement
retenus, dans l'esprit et dans le cadre tracés par le libellé des différentes
questions d'histoire et de géographie, doivent avoir "une valeur signifiante
attestée" : indispensables à la fondation d'une culture, leur statut scientifique
reconnu les place au coeur du programme et ils constituent en eux-mêmes un élément
de la connaissance. En d'autres termes, ils ne sont pas de simples outils pédagogiques
; leur valeur patrimoniale et leur portée universelle impliquent qu'ils soient
mémorisés. Naturellement le professeur est libre de valoriser des atouts de
proximité : il peut, dans le cadre du programme et de son cours, consacrer le
temps nécessaire à toute forme d'exploitation des ressources locales, avec le
souci de ne pas en rester à la singularité.
Les documents ne sont donc pas utilisés pour rendre le passé plus présent ou
les territoires plus concrets. La volonté de leur donner dans l'enseignement
de l'histoire et de la géographie une place plus conforme aux exigences scientifiques
suppose que l'aggiornamento pédagogique initié au cours des premières années
du collège soit poursuivi en troisième. Le foisonnement documentaire ne fait
pas la richesse d'un cours, au contraire il entraîne les élèves à la confusion.
La vérité historique ou géographique ne résidant pas dans les sources, on admettra
également que, contrairement à un fréquent usage, la parole du professeur n'a
pas à être authentifiée, à chaque étape du raisonnement ou de l'exposé des faits,
par un document.
Les documents d'accompagnement des programmes de sixième et du cycle central
rappellent les passages obligés de toute pédagogie de l'histoire et de la géographie
: "lire, observer, identifier (apprendre à s'informer) - mettre en relation
(apprendre à relativiser et à compléter l'information reçue et à croiser les
différents langages) - rédiger et cartographier (apprendre à restituer une information
en utilisant différents langages) - mémoriser pour réutiliser des notions".
La liberté des approches est tout à fait compatible avec le caractère obligatoire
de ces fondements pédagogiques qui doivent orienter le travail en classe de
troisième. En fin de quatrième les élèves maîtrisent des notions et un vocabulaire
spécifique, ils ont pris l'habitude de lire un texte en le confrontant à sa
date et à son auteur, ils savent puiser des informations dans une image en réponse
à une question précise, ils ont
été entraînés à l'écriture et à l'exposé oral en sollicitant leur mémoire.
Sans oublier ces compétences de base, les professeurs orientent en troisième
leurs efforts et le travail en classe et hors de la classe vers la rédaction
d'un paragraphe argumenté. Les élèves doivent en particulier apprendre à établir
le lien entre documents et intitulé d'un sujet et donc à dégager les informations
utiles au raisonnement ; ils doivent apprendre à mettre celles-ci en relation
avec le contenu du cours. Cette démarche qui conduit du particulier au général
permet l'argumentation en histoire et en géographie. Processus ordinaire de
la pensée, elle ne paraît difficile que parce qu'elle se heurte aux difficultés
d'expression d'élèves trop habitués à un enseignement qui privilégie encore
la transmission orale de connaissances.
4. Faire mémoriser des repères chronologiques et spatiaux
Un travail rigoureux de mémorisation de connaissances factuelles
est indispensable au développement d'une mémoire sans laquelle le raisonnement
tourne à vide faute de contenu mobilisable. Le constat de cette évidence a conduit
à l'idée d'organiser les programmes d'histoire et de géographie du collège autour
de quelques repères chronologiques et spatiaux, instruments de la mémoire des
élèves et points d'ancrage des connaissances exigibles à l'issue de quatre années
d'étude. Ce choix repose sur la certitude que la difficulté à mobiliser des
connaissances acquises tient à une maîtrise insuffisante de la trame chronologique
et spatiale : ne pas savoir situer Louis XIV peut induire l'impossibilité de
répondre à une question sur le XVIIe siècle ; ne pas savoir placer sur un planisphère
les grands repères terrestres rend vaine toute référence à une aire bioclimatique,
etc... L'absence de repères rend inopérantes les connaissances acquises et impossible
l'accès à un niveau supérieur du savoir. En outre, toute connaissance ne peut
être mémorisée à long terme.
Les repères chronologiques retenus dans le programme sont des durées ou des
événements clés : ils ne prennent sens que dans l'association avec une époque.
Les exercices qui en facilitent la mémorisation font réfléchir les élèves aux
différentes valeurs du temps historique, à la simultanéité des faits ou des
phénomènes. Les repères géographiques sont des lignes ou des localisations fondamentales
par rapport auxquelles peuvent être situés des territoires et des étendues ;
au fil des programmes, leur mémorisation suppose non seulement le recours systématique
à la carte pour toutes les explications, mais aussi la réalisation de croquis
simples les mettant en relation avec les phénomènes étudiés. Ainsi la mémorisation
mécanique des repères chronologiques et spatiaux ne saurait être acceptable.
Conçus comme des outils destinés à faciliter la mobilisation des connaissances
historiques et géographiques, ces repères ne doivent pas occasionner, faute
d'organisation pédagogique, une surcharge de dernier moment de la mémoire :
en perdant leur efficacité mnémonique, ils perdraient leur sens. Cela implique
obligatoirement que les repères des programmes de sixième, de cinquième et de
quatrième inscrits au programme du diplôme national du brevet sont acquis à
l'entrée en troisième.
5. Utiliser le cahier et le manuel
Le manuel, quand il n'est pas devenu pour l'élève un recueil
documentaire ou méthologique inextricable dans lequel le professeur seul se
repère, demeure le premier ouvrage de référence : livre de lecture il apporte
l'essentiel des connaissances exigibles sur le programme et, même quand le volume
du texte des leçons est réduit, il vaut mieux qu'un cours photocopié ou que
des notes éparses ; premier instrument de l'accès à l'autonomie, il peut prolonger
l'enseignement reçu en classe et il offre l'essentiel des références de recours
quotidien indispensables au travail personnel. Chaque heure de cours doit pour
le moins se prolonger par la lecture, hors de la classe, de la leçon du manuel.
Cette utilisation élémentaire paraît trop irrégulièrement encouragée, d'où peut-être
les dérives constatées vers le recueil documentaire et méthodologique. Enfin,
malgré les insuffisances soulignées, le manuel
représente pour la majorité des élèves la seule lecture accessible d'histoire
ou de géographie.
Paradoxalement, tandis que le manuel perdait sa fonction première qui est d'abord
de mettre la connaissance à la portée de l'élève, le cahier personnel a progressivement
connu la dérive inverse. Devenu un substitut du manuel, il contient généralement
le résumé du cours complété par la photocopie des principaux documents. Condensé
du savoir historique et géographique jugé indispensable, il trouve sa justification
essentielle au moment des révisions. Quelle partie de la durée disponible d'enseignement
de l'histoire et de la géographie prend la copie d'un cours somme toute assez
voisin de celui du manuel ?
Si l'on admet que le travail personnel est indispensable aux acquisitions, il
faut que le cahier personnel porte la trace des différents exercices effectués.
Que, à titre d'exemple et de suggestion, le travail d'identification des documents
apparaisse, que le travail de mise en relation constitue une rubrique particulière,
que le cheminement vers la maîtrise de l'écriture d'un paragraphe soit consigné,
que divers types de croquis et de schémas permettant la mémorisation des repères
fondamentaux trouvent leur place et le cahier deviendra un véritable recueil
personnel, témoin des difficultés et des erreurs mais aussi des progrès de l'élève.
Complément personnalisé d'un manuel aux attributs restaurés, il trouverait,
sous le contrôle du professeur, une place plus conforme aux ambitions formatrices
de l'enseignement de l'histoire et de la géographie.
6. Evaluer le travail et les connaissances des élèves
Dans la mesure où le recours au travail personnel est plus
systématique, la mémorisation des repères chronologiques et spatiaux plus régulièrement
exigée, la place des exercices oraux et écrits plus importante dans l'enseignement,
l'appréciation différenciée des divers acquis devient possible. Chaque situation
de travail, dirigé ou autonome, chaque compétence, jusqu'à celle qui forme l'exigence
centrale de l'examen, doivent faire l'objet d'évaluations : aptitude à mettre
en relation, capacité à réutiliser à bon escient le vocabulaire relatif aux
notions nouvelles, maîtrise de base du croquis de géographie, etc... En effet
quelques notes trimestrielles, correspondant à un nombre forcément limité de
contrôles lourds, qui ne prennent le plus souvent en compte que les compétences
à
l'écrit alors que l'oral est peu valorisé, ne permettent pas d'apprécier les
progrès effectués. La moyenne d'histoire et de géographie indique trop rarement
à l'élève ses domaines d'excellence et, moins encore, la nature de ses insuffisances
: manque de travail ou incapacité à traduire ses savoirs en raison d'une mauvaise
maîtrise de la langue ? Connaissance limitée ou inaptitude à établir des relations
entre le général du cours et le particulier du document ? Pour qu'elle incite
véritablement au travail, l'évaluation doit permettre de pointer la nature des
échecs comme de mettre en valeur les domaines de réussite, ce qui encourage
à l'effort. La pesanteur excessive de l'examen de fin d'année conduit trop fréquemment
à des évaluations globales, entraînements indifférenciés aux épreuves et indicateurs
sommaires d'un niveau, qui enferment trop tôt les élèves dans une certitude
quant à leurs possibilités. Explication détaillée des exigences, les pratiques
d'évaluation sont le prélude indispensable du consentement à l'effort.
L'évaluation doit aussi être un contrôle du travail des élèves et une sanction
qui responsabilise, car l'élève - comme, au delà de sa personne, ses parents
- doit comprendre que ses échecs ne sont pas forcément imputables à un déni
pédagogique. L'interrogation brève de début de séance, orale ou écrite, paraît
indispensable : alerte individuelle, elle ne doit pas occasionner pour autant
la reprise du cours. De même, la fin d'un chapitre doit être l'occasion d'un
contrôle plus global, à travers notamment la vérification de l'appropriation
des repères chronologiques et spatiaux ou du sens des documents de référence.
CONCLUSION : FAIRE DE
L'HISTOIRE ET DE LA GEOGRAPHIE, UN PROJET CIVIQUE ET CULTUREL
Ces documents d'accompagnement font une place importante
à l'exercice, au travail personnel et à l'autonomie des élèves. L'expression
des exigences pédagogiques de l'enseignement de l'histoire et de la géographie
au collège, construite sur le refus de l'artificielle opposition des savoirs
et des savoir-faire, sert simplement les finalités et le projet intellectuel
de ses disciplines. Ainsi affirme-t-on que la méthode, indissolublement liée
à la connaissance, porte aussi le sens. La finalité civique de l'histoire et
de la géographie implique le développement du goût de l'effort et de la maîtrise
de la langue, inséparable de la maîtrise des savoirs ;
la finalité culturelle ne prend corps que dans la capacité à transposer les
connaissances historiques et géographiques du champ scolaire au champ social.