Notes prises lors de la rencontre avec monsieur Dominique Borne sur
patrimoine et identité, le 04 octobre 2000

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L'enseignement de l'histoire- géographie a pour finalité une réflexion sur l'universel en partant du local . La finalité civique est une des finalités.

Le patrimoine a été introduit même si le patrimoine a une dimension mythique. Enseigner les mythes , c'est être capable de les démonter. Un des problèmes a été celui du choix des objets patrimoniaux. Par exemple , le baptême de Clovis a fait l'objet d'un débat, à cause de l'actualité de l'époque (la visite du pape à Reims, la laïcité comme valeur de la république) et du choix de la date (496? fin du Ve siècle?). la date retenue a été la date mythique. Il y aurait eu un problème si seul Clovis avait été retenu comme mythe des origines de la France ; mais Vercingétorix figure aussi dans les programmes, comme incarnation de la résistance. Que faut-il faire en classe? Expliquer aux élèves ce qui relève de l'histoire et ce qui relève de la légende. Tout le problème est dans la relation entre mythe et histoire.

L'histoire a toujours eu une comme objectif de façonner une communauté : elle a été chrétienne et eschatologique, puis républicaine. Aujourd'hui, on a encore besoin de l'histoire pour fabriquer des citoyens français. C'est pourquoi il faut apprendre aux jeunes issus de l'immigration que "nos" ancêtres étaient les Gaulois. Devenir français, c'est adopter une mémoire et intégrer une communauté nationale. Mais en même temps, la mosquée doit faire partie du patrimoine français, traduction de la notion de pays d'accueil. Il y a un patrimoine commun, qui sert à expliquer où on habite. Il faut éviter le localisme, le communautarisme.

Quelle est la place du local ?. Il n'apparaît pas explicitement dans les programmes mais il peut être introduit tout le temps dans la mesure où il renvoie à d'autres lieux ou d'autres notions régionales, nationales, européennes, et même mondiales. La géographie, et notamment l'entrée par les paysages, permet de compléter ce qui n'est pas vu en histoire, le programme étant nécessairement partiel. Le programme laisse du temps pour enseigner le local.

Le document, c'est l'histoire. Le choix des documents est discutable et il a fait l'objet de discussions. Serge Berstein et Dominique Borne ont co-présidé le GTD. Les IA-IPR ont été consultés, ainsi que l'APHG. Le travail de Nora sur les lieux de mémoire a été une source d'inspiration, mais le texte final est le résultat de compromis et il y a des manques et des oublis (architecture du XXe siècle). Le document patrimonial est différent des autre documents en ce sens qu'il se suffit à lui-même. Un autre document doit nécessairement être confronté à d'autres sources. Le document patrimonial obéit à deux ensembles de finalités :

- une finalité culturelle. Quelle culture donne-t-on aux élèves de collège? Les documents patrimoniaux sont des monuments, mais aussi des textes et la finalité culturelle interpelle aussi les professeurs de lettres. Le document patrimonial est au coeur de la transmission d'une culture. Il est enseigné pour lui-même. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est centrale par rapport à l'enseignement de la Révolution.
- une finalité pédagogique : le document patrimonial peut être une clé pour l'enseignement d'une question d'histoire (comme le paysage est le point de départ de l'enseignement d'une question de géographie). Ainsi, en partant de la basilique Sainte-Sophie, on peut évoquer l'héritage romain, la culture de l'empire d'orient (artistique, religieuse), évoquer les tensions avec l'empire musulman qui s'achève par la prise de Constantinople, (les minarets en sont la trace visible ) Une approche de cet ordre permet de traiter la question en deux/trois heures et les élèves savent tout ce qu'il est essentiel de savoir sur cette période dans cette partie du monde.


L'histoire de France pose un problème particulier car c'est aussi l'histoire des
représentations qu'on se fait de l'histoire de France. Il ne s'agit pas de se contenter d'une histoire des représentations, mais l'enseignant peut jouer sur les deux registres, celui des certitudes et celui des mythes ou des représentations.
Par ailleurs, les connaissances scientifiques évoluent. Sur le communisme, on a dit beaucoup de choses fausses. Il y a eu beaucoup d'aveuglement sur la Révolution culturelle. Pendant longtemps, les enseignants ont voulu voir le déroulement de l'histoire comme une marche vers le progrès, le communisme étant une étape de cette progression. La fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin permettent de relativiser tout ce qui a pu être dit sur cette période et d'avoir une approche plus interrogative.
Il n'est pas toujours facile d'analyser avec objectivité certaines périodes récentes ; ainsi l'enseignement de Vichy, de la guerre d'Algérie, des rapports entre la France et l'Afrique. Le rapport entre histoire et mémoire est psychanalytique. l'histoire est là pour chercher ce qui a été caché. Les politiques font la mémoire ; ils créent des images destinées à devenir de l'histoire , comme la photo de Mitterrand et de Kohl à Verdun main dans la main.

Les repères ne sont pas les documents patrimoniaux. Il s'agit de moments que les élèves doivent connaître et qui servent de cadre à cette culture que les élèves sont censés avoir en sortant du collège : l'histoire de l'Egypte a duré 3000ans (pas la succession des empires), mais la découverte de l'Amérique et le siège de Grenade datent de 1492. Cette préoccupation culturelle, croisée avec le programme de lettres a conduit à faire des choix de textes discutables au plan purement historique.

La place des érudits locaux : il faut les reconnaître, mais faire comprendre qu'ils ne sont que des témoins. La confrontation d'un chercheur et d'un érudit local peut se révéler passionnante pour les élèves (exemple du travail sur le baron des Adrets à Villard-Bonnot).

Le programme national est indispensable pour des raisons idéologiques. l'école doit contribuer à l'intégration. En éducation civique, la distinction est très nette entre la personne et le citoyen : chaque personne a droit à son identité, à sa différence en tant que personne. En tant que citoyen, on obéit aux mêmes lois. Pour éviter la montée du communautarisme, et parce que la France est plurielle , il faut un programme national. L'utilisation du patrimoine peut être un outil pour prendre en compte les personnalités particulières.

compte-rendu MF Bacuvier