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La laïcisation du département de l’Isère sous la Troisième République



Le rapport de la commission Stasi et la loi réaffirmant la laïcité scolaire qui s’en est partiellement inspirée mais aussi le centenaire de la loi de séparation de décembre 1905 ont ravivé dans les médias et l’opinion publique les questions autour du modèle laïque français, des liens entre religion et État, de la place des religions dans la vie sociale et politique. Ce travail est également l’occasion de replacer dans son contexte historique national et local cette laïcisation, afin de lui redonner du sens et d‘éviter de faire de ce processus l’expression du simple refus de signes religieux ostentatoires dans les établissements scolaires et les services publics de la république.
En France, la question des rapports entre l’Église et l’État prend au XIXème siècle une tournure conflictuelle. Cet affrontement, particulièrement virulent jusqu’en 1914, est étroitement lié à l’établissement du régime républicain. Cette lutte se cristallise autour du thème des rapports entre pouvoirs temporel et spirituel, des liens de subordination établis en France entre l’Église catholique et l’État, de l’idée que certains se faisaient des composantes de l’identité de la France. Elle oppose la gauche et la droite, ceux qui souhaitent que le régime s’affranchisse du cléricalisme et ceux qui ne conçoivent la France que comme la fille aînée de l’Église. Cette lutte est révélatrice d’un fossé qui n’a eu de cesse de se creuser depuis la Révolution de 1789 entre deux visions du modèle français. Elle prend une acuité particulière au cours de deux crises, la première qui a pour cadre la laïcisation de l’enseignement en France entre 1879 et 1886 et que l’on peut associer à la mise en place du régime républicain et la seconde entre en 1896 et 1906 qui correspond à la séparation des Églises et de l’État et que l’on peut lier à l’affaire Dreyfus et aux conséquences de l’engagement d’une grande partie du clergé et de la presse catholique aux côtés des nationalistes anti-dreyfusards. Au-delà même de ces deux épisodes de crise, la question religieuse demeura toujours présente dans les luttes politiques de la Troisième République.
En Isère, la dispute devient centrale dans la vie politique du département dès la défaite de 1870 et la chute du Second Empire. Comme ailleurs, la lutte a pour enjeu la place du catholicisme dans la nation française et la nature du régime politique, comme ailleurs, la laïcisation du département se fait de façon progressive et elle a des répercussions sur la vie politique iséroise. Mais du fait des spécificités locales tant politiques (le département est républicain et penche ensuite vers la gauche radicale et socialiste), que religieuses (la pratique est modérée mais le département est le siège d’un ordre monastique prestigieux), les temps forts semblent décalés et l’apogée des tensions se situe assurément plus au moment de l’expulsion des Chartreux en 1903 que durant la querelle des inventaires.

1) Retour à la république, école et laïcisation (1870-1901).

Dans l’Isère comme partout en France, le Concordat organise les relations entre l’Église et les institutions politiques depuis 1801. Dans la tradition gallicane d’autonomie de l’Église de France vis à vis de Rome et de soumission du clergé au pouvoir politique, il réserve à l’État la prérogative de confirmer les évêques choisis par le pape et veille à ce que l’Église soit cantonnée à sa mission spirituelle. La loi reconnaît officiellement que le catholicisme est la religion de la majorité des Français et en même temps elle rétablit une dépendance de l’Église envers l’État (en particulier financière puisque l’État assure le traitement des ministres du culte). Cette loi s’applique dans un département qui, tout au long du XIXème siècle, voit sa pratique religieuse décliner. Si les signes d’appartenance à la communauté chrétienne restent forts (ainsi la quasi-totalité des enfants est baptisée tout au long du siècle et les mariages civils sont très rares), la fréquentation des lieux de cultes, que cela soit à l’occasion des temps forts du calendrier liturgique à Pâques ou plus routiniers lors des messes dominicales, est souvent l’apanage des femmes seulement et relève plus, comme l’écrit Pierre Barral, d’ « un conformisme saisonnier » que d’une foi profonde. Dans les cantons de montagne, la pratique semble plus intense que dans les villes où la sécularisation des couches populaires inquiète les autorités ecclésiastiques.
En application du Concordat, les évêques grenoblois sont nommés jusqu’en 1905 en accord avec le ministère de l’Instruction publique et des Cultes (document 1 : nomination au poste d’évêque de Grenoble de Monseigneur Fava par le Ministre de l’Instruction publique et des cultes Henri Wallon en 1875 ADI 2V3). Ils sont, par exemple, dans l’obligation de solliciter l’autorisation de leur ministère de tutelle avant de quitter le territoire national, en particulier pour se rendre auprès du souverain pontife à Rome. En 1888, Monseigneur Fava voit son traitement suspendu pour avoir accompagné sans autorisation un pèlerinage à Rome. Les prélats font aussi l’objet d’une surveillance constante des services de police et de la préfecture qui veillent à ce que les mandements et prêches de l’élu se cantonnent au domaine spirituel. En 1911 encore, les obsèques du successeur de Fava, Monseigneur Henry, donnent lieu à un rapport très circonstancié (document 2 : rapport de police sur l’enterrement de l’évêque Henry en 1911 ADI 2V3). Sous la plume du commissaire de police on devine le souci de vérifier que les allocutions prononcées en hommage au défunt n'étaient pas le prétexte à dénigrer la république et ses lois laïques. L’Église catholique resta donc entachée longtemps du soupçon de refuser le régime républicain et d’œuvrer au retour des forces cléricales de la réaction.
Durant ces premières décennies de la Troisième République, c’est autour de la question scolaire que l’affrontement entre les républicains et l’Église catholique atteint son paroxysme. L’école, l’enjeu majeur de cette lutte, est conçue par les deux camps comme un moyen de former les esprits et de préparer l’avenir. Du côté républicain, il faut que l’école puisse dispenser une morale civique démocratique afin de consolider le sentiment national alors que le contrôle de l’école par les congrégations doit permettre aux catholiques de lutter contre la diffusion des idées libérales. Tout au long du XIXème siècle, ce refus du libéralisme s’est doublé dans l’Église catholique de France d’une alliance marquée avec les régimes politiques anti-républicains, que ce soit sous la Restauration ou le régime de Napoléon III. Depuis l’épisode révolutionnaire, l’Église de France assimile le libéralisme et la république à la Terreur et à la « déchristianisation » et elle espère garantir le maintien de son influence par un soutien bruyant aux forces conservatrices voire réactionnaires. Il ne fait donc nul doute pour les républicains de la décennie 1870 que l’église catholique est l’ennemi principal.
Dans le département on assiste à la montée en puissance des républicains anticléricaux dès le début de la décennie 1870 (document 3 Le patriote du village, journal de Voiron 16 avril 1871 publié par l’anticlérical Alexis Favre ADI J516). Le combat en vue d’instaurer un régime républicain viable s’accompagne de la volonté de soustraire la vie politique et l’instruction des enfants à l’influence des clercs. La république à venir ne saurait être que laïque. A la chute de l’Empire, l’enseignement public reste sous le contrôle du clergé dont la domination était symbolisée par la présence du crucifix dans les salles de classe et les cours de religion. En outre, une partie du personnel appartient aux congrégations religieuses. Celles-ci tiennent dans le département 53 écoles de garçons sur 575 et 226 écoles de fille sur 473. Les anticléricaux dénoncent alors violemment cette situation et multiplient les tentatives visant à laïciser l’école. Ainsi à Grenoble dès 1871, la commission municipale décide de voter la laïcisation des écoles congréganistes (document 4 : lettre de la commission de l’instruction publique de la municipalité de Grenoble au Directeur des écoles chrétiennes ADI J516). Mais en ces temps de république précaire, le préfet de l’Isère refuse de tenir compte de ces votes. Après la victoire républicaine de 1877, la politique officielle se renverse. Comme sur le reste du territoire national, l’application très progressive des lois scolaires en Isère allait se poursuivre jusqu’à la veille de la Première Guerre mondiale. De multiples facteurs peuvent expliquer cette relative lenteur dans la mise en œuvre des décisions prises par la Représentation nationale, en particulier l’absence de locaux pour des écoles laïques. En effet, les bâtiments scolaires appartenaient à l’Église ou ont été loués sous condition d’enseignement congréganiste. Il faut noter également le peu de confiance manifesté par les villageois isérois et leurs élus à l’égard du dévouement des institutrices laïques et de leur capacité à concilier leur vie conjugale et l’exercice efficace de leur « sacerdoce ». Enfin, ce retard résulte aussi du combat mené par l’évêque de Grenoble Fava contre cette laïcisation. A l’instar du reste de sa hiérarchie, française ou romaine et de l’immense majorité des clercs et catholiques pratiquants, il refuse cette « école sans Dieu », et considère que cette séparation de l’éducation et de la religion a pour objectif la « destruction de tout le christianisme… on renouvelle la criminelle folie de la Révolution… » (document 5 : Semaine religieuse 3 novembre 1887). Pour l’Église, les principes mêmes de l’organisation de la société voulue par Dieu et en particulier la répartition sexuelle des rôles est remise en cause dangereusement par la laïcisation de l’école et l’acquisition très progressive de l’égalité scolaire en faveur des filles. Lorsqu’en 1882 la ville de Grenoble procède à la création d’un lycée de filles, l’hebdomadaire officiel du diocèse grenoblois réagit vigoureusement en publiant deux articles qui soulignent les risques de confier des adolescentes à une école « athée ». Ces filles qui suivent les mêmes cours que les garçons perdent leur morale, glissent vers la dépravation, la violence politique (document 6 : Semaine religieuse 20 avril 1882), ou pire encore ne se distinguent plus du genre masculin. Les catholiques craignent que l’égalité accordée aux filles ne sape la structure familiale traditionnelle fondée sur l’obéissance de la femme à l’égard de son mari. (document 7 : Semaine religieuse 27 avril 1882). Plus largement, la résistance catholique vise à retarder l’adoption de toutes mesures entraînant la limitation de l’influence de l’Église et à attaquer de front ceux qu ‘elle considère comme les ennemis de la religion, en particulier les francs-maçons. A partir de 1885, l’organe d’information de l’évêché se permet quelques incursions dans les élections en donnant des consignes de vote par l’intermédiaire du ban et de l’arrière-ban de la vieille noblesse française (document 8 : Semaine religieuse 20 août 1885). Soutien fut donc offert aux candidats « républicains catholiques ». Si l’acceptation du régime républicain progresse peu à peu, c’est toujours sous conditions que la république ne soit pas entre les mains des ennemis de la religion, restriction lourde d’hypothèques pour la fin du siècle. C’est ainsi que l’on peut comprendre la position de l’évêque de Grenoble quand il déclare « La république est une forme de gouvernement que l’Église admet, nous l’admettons tant qu’il plaira à la France de la conserver (…) Mais (…) si quelqu’un s’avisait de dire que la république doit être nécessairement maçonnique, il prononcerait sa condamnation, car la France sera chrétienne ou elle ne sera plus. » La semaine religieuse, 12 février 1891. La position de la hiérarchie ecclésiastique grenobloise anticipe alors de quelques mois le tournant diplomatique pris par le Vatican, puisqu’en 1892 le pape Léon XIII conseille aux catholiques de se rallier aux institutions de la république.
La mise en place de cette laïcisation s’accompagne dans le département d’un certain nombre de provocations et d’échauffourées. Des conflits locaux éclatent entre partisans de l’école laïque et défenseurs des congrégations, l’objectif étant de déconsidérer l’ « ennemi » dans l’opinion publique locale afin de lui ôter sa clientèle scolaire. Ainsi, à Saint-Antoine-l’Abbaye en 1885, une véritable guerre de rumeurs et de propagande oppose le maire et ceux qu’il désigne sous l’expression de « frères ignorantins » (document 9 : texte lu par le maire à ses administrés et compte rendu du sous-préfet de Saint Marcellin ADI 15M26). La question du crucifix dans la salle de classe suscite également la querelle. L’affaire de Gières, en 1881, aboutît à la révocation du maire de la commune après qu’il eût jeté dans une fosse d’aisance le crucifix qu’il venait de décrocher dans la salle de classe. En 1894, le marquis de Monteynard, maire de Tencin et catholique intransigeant, profita des vacances scolaires pour rétablir le crucifix dans la classe (document 10 : ADI 1T15). Outré par les protestations de l’instituteur qui démissionne de son secrétariat de mairie, il exige par la suite le remplacement de celui-ci au motif que ses élèves obtiennent de piètres résultats au certificat d’études. Finalement, l’instituteur est déplacé pour ne pas avoir enlevé les emblèmes religieux avant qu’ils n’aient été vus par les élèves. Lors de ces affaires, les autorités ont eu le souci d’éviter que les querelles à propos de crucifix ou de manuels scolaires ne s’enveniment et ne s’étendent à tout le territoire. Cette prudence que l’on retrouve dans les instructions transmises aux préfets, aux inspecteurs et aux instituteurs, explique la lenteur de l’application de la loi.
Au total, avant le déclenchement de l’affaire Dreyfus, la dispute autour de la laïcisation du département de l’Isère semble perdre en intensité. Dans le contexte de l’apaisement des esprits des années 1890, des écoles privées, écoles dites libres, avec du personnel religieux ou laïc, proposent aux familles catholiques un enseignement religieux en accord avec leur croyance. Mais ce statu quo est remis en cause à partir de 1898, lorsque les écrits de Zola transforment une affaire de justice militaire en affaire d’État. Une grande partie du clergé, des congrégations revenues et tolérées après les expulsions de 1880 et de la presse catholique se rangent aux côtés des anti-dreyfusards. En Isère, le quotidien La Croix de l’Isère, supplément à La Croix organe de la congrégation des Assomptionnistes, fondé en 1888 par l’abbé France et soutenu par Monseigneur Fava, se lance dans la dénonciation systématique de la culpabilité du capitaine Dreyfus (document 11 : La Croix de l’Isère 9 octobre 1898), de l’influence juive et franc-maçonne sur le régime républicain, des caractères raciaux des juifs qui en feraient des hommes inassimilables par la nation française. Ces positions sont assorties d’un soutien appuyé aux officiers de l’armée française compromis soit dans l’affaire d’espionnage soit dans la fabrication de faux visant à établir la culpabilité d’Alfred Dreyfus (document 12 : La Croix de l’Isère 16 janvier 1898). La république radicale redevient un régime à abattre car nombre de ses membres soutiennent, ce qui reste pour nombre de catholiques et d’hommes d’Église de la fin du XIXème siècle l’archétype de l’ennemi de la religion catholique, le juif (document 13 : La Croix de l’Isère 20 février 1898). Le journal tente d’influencer les élections législatives de mai 1898 en appelant à voter systématiquement contre les candidats radicaux et socialistes coupables selon le rédacteur de promouvoir la franc-maçonnerie, le dreyfusisme et la laïcisation (document 14 : La Croix de l’Isère 8 mai 1898). L’initiative n’est guère plus couronnée de succès en Isère avec l’élection de six candidats radicaux ou socialistes, qu’à l’échelle nationale puisque cette assemblée investit en 1899 le gouvernement de « Défense républicaine » de Waldeck-Rousseau. Ce ministère mène alors une politique visant à rétablir la cohésion de la nation qui passe par le renforcement de la législation laïque afin d’exclure les factieux de la nation.

2) La rupture 1901-1906.

Au moment où se déclenche cette nouvelle crise, l’évêché grenoblois change de titulaire. Monseigneur Henry apparaît plus pragmatique que son prédécesseur, plus à même d’apaiser les tensions avec les autorités politiques. Dès son arrivée il déclare être « aussi libéral qu’un prêtre peut l’être ». Il multiplie les actes conciliants à tel point qu’il est attaqué par les « feuilles catholiques » hostiles à la laïcisation comme Le Clairon des Alpes à qui l’on doit le 20 novembre 1900 la charge suivante : « A tel évêque ont doit le respect et l’obéissance dans les questions purement religieuses, mais lorsqu’ils sortent de leurs attributions pour s’occuper de politique ou de propagande en faveur de l’enseignement laïque, ils ne doivent plus être écoutés ».
Mais cette volonté de conciliation ne résiste pas à la politique du gouvernement Waldeck-Rousseau. En application de la loi sur les associations votée en 1901, les congrégations religieuses doivent obtenir une autorisation des députés pour rester en France, en particulier celles qui étaient revenues plus ou moins discrètement depuis leur expulsion en 1880. C’est le cas à Grenoble des Capucins et des Jésuites. Mais c’est autour du sort des frères de la Grande Chartreuse que la lutte et les tensions s’exacerbent. La congrégation des Chartreux s’estimait autorisée implicitement par des textes de 1816 et 1857. En outre, elle bénéficie vers 1900 dans une partie de l’opinion publique dauphinoise d’une popularité certaine. Celle-ci s’explique par la rigueur de la règle bénédictine qui confère aux moines un prestige spirituel indéniable parmi les croyants mais aussi par sa remarquable réussite économique construite autour de la liqueur qui permet à l’ordre d’exercer une générosité très appréciée en direction des pauvres et des malades de la région. Mais, dans le même temps, la congrégation des Chartreux symbolise pour beaucoup de libéraux locaux la résistance des catholiques aux lois de la république. Si Waldeck-Rousseau a fait preuve de souplesse et de tolérance à leur égard en leur promettant l’autorisation, son successeur à la tête du gouvernement du Bloc de Gauches en 1902, Emile Combes, adopte une attitude plus intransigeante. Au niveau local les élections législatives de mai 1902 ont été favorables aux partisans de l’expulsion avec 6 députés radicaux élus dans l’Isère. Combes fait classer les Chartreux dans la catégorie des congrégations commerçantes et s’appuie sur le rapport du député radical de La Tour-du-Pin, Rajon, qui soutient qu’ « il n’est pas d’ordre plus ancien, plus animé du vieil esprit de suprématie religieuse et d’autorité ecclésiastique, plus puissant, plus militant que les Chartreux ». L’ordre cartusien est ainsi présenté comme une organisation militante, donc dangereuse. Dans la capitale des Alpes, le débat prend une tournure inattendue lorsque le 5 novembre 1902, le journal radical et anticlérical Le Petit Dauphinois commence une campagne de presse en faveur du maintien des Chartreux au nom d’intérêts économiques régionaux. C’est dans ce climat animé que s’ouvre le débat à la Chambre sur la demande d’autorisation. Conformément aux décisions prises pour de nombreuses autres congrégations, les Chartreux voient leur demande refusée le 26 mars 1903 par 338 voix (dont les 6 députés radicaux du département) contre 221. Lors des discussions, Combes fustige la richesse de l’ordre : « la conscience publique serait douloureusement affectée si vous accordiez à la richesse ce que vous avez refusé à la pauvreté ». Le père général des Chartreux refusant d’obtempérer, la décision est prise par la justice grenobloise de procéder à l’expulsion manu militari des moines. L’assaut par les militaires est donné le 29 avril sous le regard de milliers d’Isérois venus manifester leur soutien aux expulsés et qui multiplient les quolibets à l’adresse des hommes politiques responsables de la loi mais également les coups sur les journalistes jugés complices de la « persécution » (documents 15 et 16, cartes postales). Cet évènement ne met pas fin à la querelle, elle l’envenime, cristallisant la vision que chacun des deux camps a du comportement de l’autre, car le conflit oppose les plus fervents. Les radicaux et les socialistes voient dans cette expulsion la preuve du refus catholique d’appliquer les lois de la république : c’est pour eux une rébellion que seule peut apaiser l’application juste mais ferme de la loi. Les catholiques se posent quant à eux en victimes sacrificielles du complot maçonnique et des laïques les plus intransigeants. Ils réclament une liberté de culte totale et acceptent de n’obéir qu’aux lois « légitimes » c’est-à-dire celles qui respectent la religion. Le contenu de la presse locale est révélateur de ce fossé qui se creuse à nouveau entre les deux France. Le quotidien socialiste isérois Le Droit du Peuple publie le 30 avril un compte rendu de l’expulsion dans lequel, en référence à la guerre civile vendéenne, les Chartreux, chouans du Dauphiné, menacent l’unité de la nation. En revanche, Le Petit Dauphinois, peu fidèle à son habituelle inclination radicale, mais dans la droite ligne de son positionnement depuis 1902, décrit une foule dauphinoise tout entière recueillie derrière les pères Chartreux et insiste sur la violence et l’injustice qui leur est faite (document 17 : Le Droit du Peuple 30 avril 1903 et document 18 : Le Petit Dauphinois 30 avril 1903).
Les expulsions de congrégations font directement ressurgir la question scolaire puisque les écoles libres étaient en grande partie des écoles congréganistes. En quelques mois, 10 000 écoles congréganistes sont fermées en France. Au-delà se pose la question pour les républicains de la compatibilité entre la fonction enseignante et le sacerdoce ecclésiastique : l’école doit-elle transmettre une morale et en particulier celle d’une religion en exclusivité ou doit elle au contraire permettre aux élèves de faire librement des choix de pensée? (Document 19 : Le Droit du Peuple 13 mars 1903) Face à cette interrogation le gouvernement Combes tranche le 7 juillet 1904 en interdisant à tout congréganiste d’enseigner ou de diriger un établissement scolaire. Les répercussions sont immédiates en Isère. Malgré le délai de 10 ans prévu pour la mise en œuvre de cette loi, toutes les écoles de garçons du département sont dès 1905 laïcisées (il faudra attendre 1912 pour que le processus soit mené à son terme pour les écoles de filles).
Les radicaux au pouvoir poursuivent la laïcisation de l’État, qui touche bientôt les asiles de vieillards, l’hôpital ou le tribunal de Grenoble à l’intérieur duquel les crucifix sont décrochés des murs (avril 1904). La rupture diplomatique entre la République et le Vatican le 31 juillet 1904 rend rapidement inévitable le débat sur la question des liens entre l’État et l’Église donc sur la survie du régime concordataire. Ce dernier apparaît anachronique pour nombre de républicains alors que l’essentiel des institutions ou de l’espace public ont été laïcisés depuis la décennie 1880. Le projet de loi en discussion à la Chambre en 1905 (document 20 : La Croix de l’Isère 12 février 1905), même s’il est le fruit de travaux préparatoires conduits par un courant modéré, inquiète gravement les milieux catholiques du département, déjà sur la défensive depuis l’expulsion emblématique des Chartreux. Pour l’évêque Henry, la Séparation relève d’une volonté de persécution de la part du gouvernement, d’une négation des liens qu’il estime indissociable entre le christianisme et la nation française. Le catholicisme est un élément constitutif de ce qu’est la France, aucun régime politique ne peut couper ces liens au risque de détruire la France elle-même (document 21 : La dépêche dauphinoise, 23 mars 1905). L’évêque fait part de sa volonté de ne pas accepter la loi et de s’en remettre à l’autorité du souverain pontife. Selon lui, les associations cultuelles représentent une mise sous tutelle des affaires religieuses par les autorités civiles. A l’instigation d’un pharmacien grenoblois et grâce à l’appui de l’hebdomadaire La Croix de l’Isère une pétition est lancée pour montrer le soutien des populations iséroises au maintien du Concordat. Mais peu à peu la séparation apparaît inéluctable et soulève dans le département beaucoup moins les passions que l’interdiction de certaines congrégations. Au sein même du camp catholique, certains pensent que la séparation permettrait à l’Église de retrouver sa liberté. L’éditorial d’Albert de Mun dans La semaine religieuse du 16 février 1905 (document 22) se fait l’écho de ce débat et des profondes divergences qui divisent le camp catholique entre ceux qui en espèrent une libération, une indépendance à l’égard d’un État devenu persécuteur et ceux qui restent attachés au concordat comme à une bouée de sauvetage et craignent que l’objectif final des républicains ne soit « la destruction du christianisme ». D’ailleurs, à partir de 1906, Monseigneur Henry reprend à son compte l’argumentaire selon lequel la séparation représente une occasion unique pour l’Église de sortir de la tutelle de l’État. Tout en soutenant les encycliques de 1906 de Pie X Vehementer nos qui rejette la séparation et Gravissimo qui condamne toute association cultuelle, il se contente d’une opposition de principe, ce qui explique en partie la faiblesse des troubles engendrés par les inventaires dans le département. En effet, lorsque au début du mois de février 1906 commencent les inventaires des biens ecclésiastiques, dans l’immense majorité des cas les prêtres se contentent de lire, entourés de quelques fidèles membres des conseils de fabrique, un message de protestation. A quelques exceptions près, l’usage de la force n’est pas nécessaire à l’application de la loi. A la chapelle du Vieux-Temple à Grenoble, les gendarmes viennent protéger un serrurier dépêché sur les lieux afin d’ouvrir le bâtiment que le clerc tient cadenassé (document 23 : carte postale Vieux Temple). Se saisissant de ces rares évènements, la presse catholique du département a beau jeu alors de railler les forces de l’ordre en les assimilant à de vulgaires malfrats (document 24 : dessin de presse La Croix de l’Isère 11-12 février 1906 et document 25 : dessin de presse La Croix de l’Isère 4-5 mars 1906). Mais si les inventaires en Isère ne donnent pas lieu aux violences que l’ouest de la France connaît au même moment, il n’en reste pas moins que les catholiques du département ressentent très douloureusement ce qu’ils considèrent comme une humiliation parachevant leur mise à l’écart de la nation.

3 : L’apaisement 1906-1940.

Les élections législatives de 1906, qui voient triompher la gauche tant au niveau national que local, témoignent de la large ratification par l’opinion publique de la politique de laïcisation. Elles marquent également un tournant car désormais la question laïque cesse pour un temps d’occuper le centre de la vie politique française et a fortiori iséroise. Cet apaisement est symbolisé en particulier par la décision prise par la rédaction de La Croix de l’Isère de cesser toute action électorale. La Première Guerre mondiale et l’Union sacrée sont l’occasion d’une réconciliation entre la république et nombre de catholiques. Les soldats qui partent au front font le plein de chapelets, les églises se remplissent à nouveau de fidèles priant pour eux-mêmes ou pour le salut d’un proche plus exposé. A Grenoble, les Chartreux font leur réapparition en venant s’engager dans l’armée. Ce retour est salué triomphalement par la foule grenobloise et marque la réintégration dans la communauté civique de catholiques naguère exclus. Au sortir du conflit, beaucoup de Français souhaitent prolonger cet esprit d’Union sacrée et expriment leur refus de voir ressurgir les querelles du passé. Tout se passe comme si le combat autour de la question laïque apparaissait aux Isérois de 1918 comme la querelle d’une autre génération.
Mais la victoire du Bloc national aux élections législatives de 1919 (en Isère 4 députés sur 8 sont issus de la liste de droite Union nationale et républicaine) et les entorses au principe de laïcité commises par ce gouvernement font bien vite ressurgir le conflit. La cicatrice laissée par ces luttes est finalement plus profonde que ne l’escomptaient ceux qui voyaient dans le débat contradictoire un facteur d’affaiblissement de la France. Monseigneur Caillot, évêque depuis 1917, perpétue la tradition cléricale des appels au vote en faveur des candidats respectueux des intérêts de l’Église et La Croix de l’Isère salue avec ferveur l’avènement de la chambre bleu horizon en 1919 (Remercions Dieu qui vient, une fois de plus, de nous montrer qu’il était « bon Français », en faisant triompher le parti de la France. 8 novembre 1919). En Isère la querelle porte symboliquement sur les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Les républicains de gauche sont particulièrement attentifs à ce qu’aucun symbole chrétien ne soit apposé sur ces monuments puisqu’ils sont en partie financés par des deniers de l’État et étaient érigés sur des espaces appartenant à la collectivité publique. Dans la commune de Charavines, le Préfet de l’Isère refuse d’inaugurer le monument portant une croix que le député de droite Dugueyt avait cru bon d’autoriser (document 26 ADI 13T18). Mais l’intensité du conflit est loin d’atteindre le niveau de la période précédente.
La victoire du Cartel des gauches en 1924 permet aux radicaux d’envisager de revenir sur le rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican ou le Concordat maintenu en Alsace et en Moselle. Mais, en Isère comme ailleurs, la politique d’Herriot apparaît comme une forme de jusqu’au boutisme peu légitime face aux sacrifices consentis par les catholiques pendant la Première Guerre mondiale pour réintégrer la communauté.
En fait la question qui anime dans les années 20 et 30 le débat sur la place des catholiques en Isère reste liée au retour possible des Chartreux. Les frères qui sont venus combattre entre 1914 et 1918 ne sont pas repartis. Ceux qui sont restés en Italie n’obtiennent pas le droit de rentrer. Les hommes de droite font campagne durant l’entre-deux-guerres afin que « la Chartreuse soit rendue aux Chartreux ». Finalement c’est le contexte de la Seconde Guerre mondiale qui permet aux Chartreux de reprendre définitivement pied en France. En mai 1940, à la suite de la déclaration de guerre italienne contre la France, les moines sont expulsés d’Italie. Mandel, ministre de l’Intérieur, les autorise alors à rentrer dans leur couvent puis le régime de Vichy, par une loi du 20 février 1941, autorise définitivement leur présence.

La Troisième République meurt en 1940 et avec elle une certaine forme de combat autour de la laïcité. Jamais plus la laïcité de l’État n’est ensuite remise en cause, prouvant a posteriori que la loi de 1905 avait eu un effet apaisant sur la querelle. En effet, les soubresauts autour de la question reste étroitement confiné au domaine scolaire. Que cela soit en 1945 lorsque les députés votent la suppression de toute aide à l'école confessionnelle ou en 1951 quant à l'initiative des démocrates chrétiens du MRP sont votées les lois Marie et Barangé accordant les mêmes droits aux bourses et aux allocation scolaires à tous les enfants qu'ils fréquentent des établissements publics ou privés, le débat n'entraîne jamais de contestation de du principe de séparation des Eglises et de l'Etat. Par contre, après avoir empoisonné la vie de la IVème République, la bataille autour des liens entre l'Etat et les écoles privées tourne à la guerre scolaire à deux reprises après 1958. Ainsi en 1959, la loi Debré rétablit des subventions aux écoles privées en échange de la signature d'un contrat. Cette disposition provoque la colère de la gauche française qui parvient à réunir la signature par 10 millions de personnes d'une pétition appelant à son retrait. En 1984, Alain Savary tente d'unifier les deux institutions, mais les imposantes manifestations de juin 1984 ont raison de son projet.
En France, c'est donc autour de l'école que la laïcité est demeurée un enjeu politique. Les deux dernières décennies qui ont vu s'épanouir des conflits autour du port de signes religieux ostentatoires ou du refus au nom de dogme religieux de connaissances scientifiques se sont terminées par une réforme de loi de 1905 visant à en réaffirmer les grands principes mais aussi à apaiser les tensions à l'intérieur de l'institution scolaire.

La séparation de l'Egliset et de l'Etat en France Pendant ce temps...en Isère.
1869 : Programme du comité électoral de Belleville (pour le candidat L. Gambetta) demandant : « la suppression du budget des cultes et la séparation de l'Église et de l'État. »
29 mars 1880 : Un décret de J. Ferry ordonne la dissolution et la dispersion de la Compagnie de Jésus. Toutes les congrégations doivent demander l’autorisation de l’État.
16 juin 1881 : loi établissant la gratuité de l’instruction publique.
29 juillet 1881 : Loi sur la presse supprimant le délit d’outrage à la morale religieuse.
28 mars 1882 : La loi sur l'instruction laïque obligatoire. L’instruction « morale et civique » remplace l’instruction « morale et religieuse ».
30 octobre 1886 : Loi sur la laïcisation du personnel enseignant de l'enseignement public.
20 février 1892 : Par l’encyclique Au milieu des sollicitudes le pape Léon XIII conseille aux catholiques français de se rallier aux institutions républicaines. Il s’agit d’« accepter la constitution pour changer la législation ».
2 juillet 1901 : Loi Waldeck-Rousseau sur les associations. Les congrégations religieuses rentrées depuis 1880 doivent obtenir une autorisation à la chambre.
Mai 1902- janvier 1905 : Ministère Combes. Interdiction et expulsion des congrégations non-autorisées, refus d’autoriser de nombreuses autres congrégations
7 avril 1903 : Proposition de loi de séparation des Églises et de l'État, de dénonciation du Concordat et de suppression du budget de cultes, présentée le par MM. Francis de Pressensé, A. Briand, J. Jaurès, A. Millerand, F. Buisson etc.
17 mai 1903 : Tenues de réunions dans plus de mille communes en France pour réclamer la séparation des Églises et de l'État.
Mars 1904 : Loi interdisant aux congréganistes d’enseigner.
30 juillet 1904 : Rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.
4 mars 1905 : Rapport fait par M. Aristide Briand, sur le projet de loi et les diverses propositions de loi concernant la séparation des Églises et de l'État.
9 décembre 1905 : Loi concernant la séparation des Églises et de l'État. (Journal Officiel du 11 décembre 1905.
11 février 1906 : L'encyclique Vehementer nos de Pie X condamne le principe de la séparation et encourage les catholiques français à s'opposer aux inventaires des biens ecclésiastiques.
17 avril 1906 : Décret en vue de la liquidation de l'administration des cultes
10 août 1906 : Encyclique Gravissimo offici. Le pape interdit la formation d'associations cultuelles catholiques pour l'administration civile des biens de l'Église. Création du "Denier du culte" pour subvenir aux besoins des membres du clergé.
Décembre 1921 : Rétablissement des relations diplomatiques avec le Saint-Siège.
18 Janvier 1924: L'encyclique Maximam gravissimamque autorise les évêques à créer des « associations diocésaines » (cultuelles)
1871 : La commission municipale de Grenoble décide de voter la laïcisation des écoles congréganistes.
Août 1875- décembre 1899 : Episcopat de Mgr Fava.
Décrets de 1880, qui décident de la dispersion des congrégations masculines non- autorisées. Les Chartreux et les Trappistes sont tolérés, quelques congrégations quittent le département d’elles-mêmes.
1885 : Affaire de la chapelle privée de Châteauvillain et mort d’une ouvrière catholique.
Octobre 1888 : Mgr Fava voit supprimer son traitement pour avoir accompagné un pèlerinage à Rome sans autorisation.
1899- 1911: Episcopat de Mgr Henry.
26 mars 1903 : La demande d’autorisation des Chartreux est rejetée par la chambre des députés.
29 avril 1903 : Expulsion manu militari des Chartreux. D’autres cas de résistance à Grenoble. A Crémieu, les Ursulines ne partent qu’après sommations.
10 août 1914 : Des chartreux rentrent en France pour participer au conflit
29 mai 1940 : une communauté de pères chartreux, chassés d’Italie, rentrent discrètement en France, en pleine débâcle. G. Mandel, ministre de l’Intérieur, autorise leur installation.
20 février 1941 : Loi qui autorise explicitement le retour des chartreux. 1871 : La commission municipale de Grenoble décide de voter la laïcisation des écoles congréganistes.

Les fonds aux ADI :

Série V (cultes : depuis an VIII):
1V9 : Menées cléricales (1895-1905).
1V11 : cultes autorisés (1904-1935).
7V1 Congrégations.
7V2 : Chartreux.
8V : Séparation de l’Église et de l’État


Pistes d'exploitation pédagogique du dossier documentaire

Nous avons fait le choix de présenter les documents dans leur intégralité afin de ne pas en dénaturer le sens. Les collègues qui souhaitent venir avec leurs classes aux Archives Départementales de l'Isère pourront consulter les originaux et travailler sur des extraits sélectionnés afin de gagner en rapidité.
La laïcisation de la Troisième République étant abordée dans les différents cycles, des écoles élémentaires jusqu'au lycée, nous avons proposé des pistes d'exploitation plutôt que des fiches d'activité « toutes prêtes)} afin que chacun puisse adapter le travail aux différents programmes d'histoire ou d'éducation civique.

Documents 1 et 2
A partir du document 1, montrer en quoi au début de la troisième République l'Eglise est subordonnée à l'Etat. Faire des recherches sur le Concordat napoléonien.
Avec le document 2, faire comprendre pourquoi l'Etat surveille l'Eglise catholique et pourquoi les rapports entre la République et celle-ci sont autant conflictuels.
Documents 3 et 4
Montrer que dès ses origines la Troisième République est voulue par ses partisans comme devant être séparée de l'Eglise et l'école laïque. Il pourrait être intéressant de mettre en rapport le document 3 avec le programme de Belleville de 1869. Noter à l'aide du document 4 que dans l'esprit des républicains, l'Eglise apparaît comme perdante dans la mise en place de ce nouveau régime.
Documents 5, 6, 7, 8
Faire travailler les élèves sur l'argumentaire de l'évêque de Grenoble Fava pour refuser les lois de laïcisation scolaire. En particulier sur l'assimilation de cette nouvelle législation avec la déchristianisation révolutionnaire (p 139 document 5) ou le bouleversement des rapports sociaux et familiaux qu'entraîne l'accès des filles à la scolarité. Faire comprendre pourquoi la main mise sur l'esprit des femmes apparaît autant primordial aux hommes d'église. A partir de l'appel au vote publié en 1885 travailler sur les liens que tentent de maintenir l'Eglise entre politique et religion. Faire noter aux élèves la catégorie sociale au quelle les signataires appartiennent donc les liens entre forces réactionnaires et Eglise que les républicains soupçonnent qui rendent à leurs yeux inévitable à terme la séparation.
Documents 9 et 10
Travailler sur les querelles qui naissent de l'application de la législation laïque en Isère. Relever l'argumentaire du maire de Saint Antoine sur l'ignorance des enseignants congréganistes.
Documents 11. 12, 13. 14
Travailler sur la une du journal et ses symboles. Montrez le positionnement de ce journal catholique local dans l'affaire Dreyfus, la virulence et les théories raciales qui imprègnent l'argumentaire. Insistez sur les liens faits par ce journal entre le régime républicain et les dreyfusards donc la nécessité ressentie par les républicains d'aller plus loin dans la laïcisation du régime.
Documents 15.16, 17, 18, 19
Faire travailler les élèves sur le déroulement de l'expulsion des Chartreux et sur les différences de positionnement entre les 2 récits en insistant sur le vocabulaire mais aussi la façon dont les troubles sont soit vilipendés d'un côté et approuvés de l'autre. Montrez que l'expulsion des congrégations fait ressurgir la guerre scolaire et relevez les arguments d'un républicain en faveur d'une laïcisation complète du personnel enseignant.
Documents 20, 21. 22, 23, 24, 25
Montrez que la loi ne remet pas en cause la liberté de culte. Faire noter aux élèves les articles de loi qui mettent fin de concordat. Travailler sur les différences de réaction des catholiques face à cette loi et comparer l'intensité des troubles durant les inventaires en Isère et dans les départements de l'ouest de la France.
Document 26
Montrez sur quel sujet la querelle rebondit au sortir de la Première Guerre mondiale mais également sa moindre ampleur.

Ce recueil peut être exploité d'une façon thématique.
Frise chronologique à construire: trois périodes peuvent être distinguées: 1870-1901, 1901-1906, après 1906 Laïcisation, conflits, apaisement et mise en application.
Documents exploitables: 13,6, 12, 15, 17,20,23,26.

République et religion: La laïcisation est un des fondements de la république: celle-ci se met en place en luttant contre le cléricalisme. La république s'installe durablement avec la Séparation. Les documents permettent de montrer que le combat laïque est mené non pas contre la religion mais contre l'influence de celle-ci sur le domaine public.
Documents exploitables: 1, 2,3,5,8,11,12,13,14,15,16,17,18,20,21,22,23,24,26.

Cléricaux/anticléricaux: Les arguments les références de chacun. La presse permet de souligner une certaine violence verbale banalisée.
Documents exploitables: 3, 5, 8, 9, 11, 13, 15,16,17,18,19,21,24,25.

Ecole et religion: L'école est un des piliers de la république. Montrer comment et pourquoi les écoles confessionnelles ont été laïcisées ou confinée dans le domaine privé.
Documents exploitables: 3, 4, 6, 7, 9,10,19

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