Justice et torture : Lettre du procureur général J. Reliquet au garde des sceaux
F. Mitterrand , avril 1957 , apports et limites d un document
Université d'été sur la Guerre d'Algérie et le Maghreb Contemporain
Compte-rendu de Mme Loschi
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:
Le procureur
général J.Reliquet et F.Mitterrand , garde des sceaux ont entretenu
une correspondance étroite .Dans cette lettre le procureur demande au
garde des sceaux , quelle attitude doit- il adopter ?.Le journal le
Monde a publié cette lettre le 13/05/2001.
Elle provient d
un mémoire de DEA de Sandrine Reliquet la petite fille du procureur.
Il s agit d un document privé.
Aucun autre document
de ce type n a été retrouvé dans les archives publiques.
J. Reliquet
est procureur général d Alger de 1956 à 1958. Il
est nommé par F . Mitterrand. Cest un magistrat métropolitain
étranger au contexte, contrairement à son prédécesseur
.
La nomination deJ.
Reliquet représente une volonté de rupture. Il est vu comme l
homme de F. Mitterrand
Contexte : avril 57
Robert Lacoste
demande des renforts pour Alger pour lutter contre le terrorisme très
actif.
Les pouvoirs de police
sont délégués aux autorités militaires.
En janvier 1957 on
assiste à un tournant de la guerre d Algérie avec le changement
du général en chef et l arrivée de Salan.
De janvier à
fin mars la guerre est menée en dehors des droits. L armée
fait régner la terreur. Le gouvernement doit réagir. Il est interpellé
par le parlement et l ONU.
La lettre de J.Reliquet
s inscrit dans ce tournant , dans cette volonté de rupture.
J.Reliquet et la torture
Il ne sait
pas grand chose. Il connaît une dizaine de noms , trois lieux ,
un régiment. Il a une idée des pratiques. Il ne connaît
que le haut de l iceberg.
Il sait que tout le
monde est touché même les européens, même les femmes
(ligne 31)
Certaines tortures
sont standardisées : torture à l électricité.
Les lieux peuvent
être des villas privées , mais aussi des bâtiments militaires
officiels. L autorité civile , la justice ne sait pas ou sont précisément
ces lieux. Les algérois eux le savent.
La notion de suspect
est extensive. Les personnes arrêtées disparaissent définitivement
comme Audin , ou sont libérées ,ou sont assignées à
résidence dans des camps gérés par des militaires ou ils
sont interrogées, ou elles sont remises à la justice , inculpées
pour " atteinte à la sécurité de l état "
Dans ce cas les victimes se disent en sécurité : pas de torture
, pas de représailles possibles. Elles peuvent porter plainte , des médecins
peuvent être nommés.
Les plaintes
sont donc faibles. Elles constituent la source de J.Reliquet
L autorité
militaire détient le pouvoir de décider si elle remet ou non un
détenu à la justice.(ligne38)
J.Reliquet ne sait
pas qui est détenu et ou. Il essaye de se tenir informé des arrestations
par les parachutistes.
Il s oppose
à la délégation des pouvoirs à l armée
( ligne 61 à 64 )
Normalement un officier
de la police judiçaire doit accompagner les militaires pour pouvoir utiliser
les informations recueillies en justice et dresser un procès verbal.
Ces officiers de police
judiciaire risquent de diffuser des informations.
Massu vient voir J.Reliquet
et lui demande de donner aux officiers parachutistes la qualité d
officier de police judiciaire en prétextant le manque de personnel .
J.Reliquet refuse
et propose de recourir si besoin à la gendarmerie.
Les relations
entre les deux sont tendues.
Un arrêté
du 11 avril 1957 demande aux autorités militaires de déclarer
aux autorités civiles qui est arrête et ou.
J. Reliquet n
a pas de réels moyens de vérification.
Face aux plaintes reçues , J.Reliquet est prudent , (ligne 7) Les prisonniers font l objet d un examen de la part d un médecin.
Il évoque
dans cette lettre le problème des responsabilités. Il propose
comme solution la transmission du problème entre ministres ( lignes 25/256
, lignes 103/104)
Il veut mettre le
pouvoir politique face à ses responsabilitées.
Il veut se protéger
.Il ne veut pas être accusé de mettre l armée en difficultés
( lignes 54 à 59 , et 84/85)
Quand F.Mitterrand quitte le ministère en 1957. J.Reliquet a peu de correspondance avec son successeur. Il est par la suite rappelé à Paris par M. Debré et rétrogradé.( affaire des bazooka)
Cette lettre
s inscrit dans un moment de cohésion fort entre Paris et Alger.
Il existe deux autres
procureurs généraux à Oran et Constantine.
A Constantine Bertrand
est opposé à J. Reliquet , il fait corps avec les accusations
de l armée pour la répression.
A Oran le procureur
est plus proche de Reliquet , mais nous avons peu de documents sur lui.
Cette lettre s inscrit
dans un moment de retour de la légalité , d intervention
de la justice.
Fin 1957 Massu
obtient de R..Lacoste ce qu il demande à J.Reliquet , il obtient
le statut d OPJ pour les officiers parachutistes. Ce statut est étendue
à toute l Algérie.
Le maintien de l
ordre est mené par l armée en dehors du droit .