Université d'été: Comprendre et enseigner la guerre d’Algérie et le Maghreb contemporain -(29 août 2001).

Atelier n"2 : Les femmes dans le Maghreb contemporain et dans la guerre d'Algérie.

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Question présentée par Diane SAMBRON, professeure au collège Blaise Cendrars de Boissy-St Léger et Hanifa CHERIFI, chargée de mission à la direction des affaires juridiques au ministère de l'éducation nationale.

Problématique générale: Quelle est la place de la femme maghrébine dans la construction nationale et quels sont ses droits ?

I - Evolution du statut des femmes :

Le statut de la femme maghrébine est conditionné par la tradition anté-islamique et la sharia introduite au Maghreb dés le VII" siècle. Dès les temps anciens, elle est soumise au pouvoir patriarcal.

Lors de la pénétration coloniale, face aux valeurs de la société occidentale elle devient le symbole de la civilisation arabo-musulmane et de la résistance à la politique d'assimilation française.

Au XX" siècle, elle devient un emblème de la lutte anti-coloniale.

Après les indépendances, leur statut est différent dans les trois pays :

- Au Maroc, dés 1958, le code de la famille confirme la loi islamique et la soumet au pouvoir de l'homme.

- En Tunisie, la guerre de libération s'inspire des Droits de l'Homme. L'égalité est inscrite dans la constitution de 1958. Suppression du tutorat, de la polygamie, recul de l'âge du mariage...l'émancipation des femmes est reconnue comme facteur de modernité.

- En Algérie, une évolution considérable au niveau de la scolarisation, du travail (pas de discrimination) et de la contraception, mais le patriarcat subsiste. Les années 1980-90 y sont marquées par un net recul : malgré les manifestations des femmes algériennes le pouvoir finit par imposer le code de la famille en 1984 : Avec la montée des intégrismes, les femmes deviennent a nouveau un enjeu entre le parti au pouvoir et le FIS ; entre les islamistes et les anti-islamistes (apparition des 1ers mouvements féministes)

II - Les femmes dans la guerre d'Algérie :

Dés 1954, le gouvernement français et le FLN prennent conscience du poids que représentent les femmes (]es archives militaires françaises sont très riches sur la question). Plusieurs mesures sont prises en faveur de leur émancipation, afin d'obtenir leur adhésion :

- L'ordonnance du 4 février 1954 instaure le mariage judiciaire (inscription des époux auprès du cadi ou de l'officier d'état civil), ce qui est un moyen de supprimer la répudiation.

- Avec la loi de 1957, la femme devient tutrice Iégale de ses enfants aprés la mort de son mari .

- En 1958, les femmes votent pour la première fois (droit inscrit dans les textes depuis 1947, mais non validé par 1'Assemblée d'Algérie)

- Des équipes médico-sociales itinérantes sont régulièrement envoyées dans les douars où elles constituent des groupes de réflexion permettant à la fois de faire " passer " des directives ministérielles et de se renseigner sur I'état d'esprit des populations.

De son côté, le FLN met en place des stratégies identiques de manière à sensibiliser les femmes sur leur rôle dans le conflit.

La Femme devient alors I'enjeu de cette guerre: elle est un référent identitaire majeur; toucher à son statut équivaut à trahir les fondements de I'identité nationale.

Sur la participation effective des femmes dans la guerre d'Algérie, lire la thèse de Djamila AMRANE qui recense 11 000 participantes, dont 18 % de maquisardes et 82 % qui participent au soin, à l'intendance, aux renseignements...(leur rôle est déterminant car facilité par le port du voile).

Après la guerre, les hommes confisquent le pouvoir et ne confèrent pas aux femmes un statut de citoyenne à par entière.

III - Quelle place pour ces questions dans les programmes d'enseignement ?

- Premier constat : dans les manuels scolaires, rien sur la participation des femmes dans la guerre d'Algérie; elle semble rarement évoquée par les enseignants (niveau 3° et Terminale) ; par contre le statut des femmes dans la société du Maghreb contemporain est plus largement abordé par les enseignants.

- Veut-on inclure cette question dans l'enseignement ?

L'ampleur des programmes et le fait que la guerre d'Algérie soit étudiée dans les classes d'examen laissent peu d'espoir de voir développer la question de la participation des femmes dans les cours des professeurs. Au mieux sera-t-elle évoquée sous la forme d'une phrase mentionnant la dite participation.

Un certain nombre d'enseignants trouve que les questions des droits des femmes dans le Maghreb contemporain, du statut des femmes issues de I'immigration dans la société française s'inscrivent parfaitement et peuvent être étudiées dans le cadre de l'éducation civique en collège et de I'ECJS au lycée.

Brigitte RAMBAUD

Professeur au lycée Boissy d'Anglas

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