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RENDEZ-VOUS DE L’HISTOIRE DE BLOIS.
16/17/18/19 octobre 2003.

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Introduction par Michèle Perrot, qui justifie le thème annuel.

M. Perrot fait référence au récent livre d’Y. Lacoste (" L’Afrique, désastre du tiers monde ").

M. Perrot souhaite que les débats envisagent toutes les Afrique, abordent des questions transversales, et rompent avec les stéréotypes.

Suivent les hommages au conseil scientifique et aux partenaires de la manifestation.

M. Perrot introduit ensuite Adame Ba Konaré (épouse d’Alpha Oumar Konaré, président du Mali, puis président de l’Organisation de l’Unité Africaine) historienne et militante des droits de la femme.

Discours d’Adame Ba Konaré.

Hommage est tout d’abord rendu aux pionniers de l’histoire de l’Afrique, à ceux qui sont les premiers " Africanistes " : T. Monod, M. Griaule.

La vision que nous avons de l’Afrique est généralement marquée par le pessimisme et l’exotisme. Après 100 ans de colonisation, la France connaît mal le continent africain, en dehors du cercle restreint des africanistes. Pour A. K., l’histoire doit être une réponse aux questions du présent ( " on cite le nom des morts pour sécher les larmes des vivants ").

L’école positiviste (E. Lavisse) a diffusé l’idée d’un continent sans histoire ni culture tandis que la IIIème république menait la colonisation et son " œuvre civilisatrice " justifiée par la barbarie africaine. Une France généreuse et compatissante s’était donnée pour mission d’offrir une nouvelle nation aux Africains. L’histoire de l’Afrique a été créée avec le regard des Européens. Après 1945, naît la volonté de créer une histoire proprement africaine (pour une histoire " décolonisée ").

Le concept de préhistoire doit être remis en cause ( l’histoire ne peut commencer avec l’invention de l’écriture : les textes ne sont pas le seules sources : il faut tenir compte de l’archéologie, de la tradition orale).

Pour beaucoup, l’Afrique est le continent de tous les problèmes, de tous les maux, un " pôle du négatif " doublé d’un pôle de résistance à la démocratie : tous les mots sont à décrypter car ils ne sont pas innocents.

A.K. souhaite un processus de démocratisation endogène et non pas imposé par la force ou la pression économique qui sont des formes de paternalisme " relooké ", basé sur un passé mal revu. La mondialisation semble entraîner une nouvelle infériorisation du continent africain.

L’histoire doit jouer un rôle important au service de la paix, de la tolérance et d’un processus démocratique.

 

 

 

Quelle histoire pour l’Afrique ?
17/10/2003 :

Débat animé par Catherine Coquery Vidrovitch, avec : Sophie Dulucq, Ibrahima Thioub, Alessandro Triulzi, Lucette Valensi.

C. Coquery Vidrovitch,

La périodisation de l’histoire de l’Afrique admise par tous et centrée sur la colonisation est à revoir, de même que l’opposition entre tradition (temps long, stabilité voire immobilisme) et modernité (liée à la colonisation et aux bouleversements qui en découlent).

Une histoire ancienne marquée par le double contact avec l’Europe et l’Arabie.

L’Afrique s’est retrouvée au centre du système économique négrier.

Vision européenne entachée de préjugés (bibliothèque coloniale : ensembles des publications qui ont contribué à forgé l’image de l’Afrique). L’histoire de l’Afrique est une discipline jeune, en développement rapide depuis les indépendances. Ce continent est un laboratoire des sciences humaines. Tout est source (textes, archéologie, linguistique) pour reprendre une expression de M. Bloch .

L. Valensi.

La périodisation del’histoire de l’Afrique est différente au nord et au sud du Sahara. Le Nord a été en contact avec les civilisations méditerranéennes et celles du Croissant fertile. Les échanges sont constants entre le N et le S. (routes de l’or, du sel, routes des pèlerinages).

Islamisation et conquêtes coloniales.

Ibrahima Thioub : Quelles sont les origines de cette périodisation centrée sur la colonisation? Est-il possible de la réviser ? Pourquoi l’Afrique est-elle assimilée au peuple noir ?

S. Dulucq : La périodisation a été construite lors de la colonisation et elle est liée au découpage ethnographique de ce continent (AF noire /blanche), et aux découpages coloniaux (Est/Ouest).

A. Triulzi : L’histoire a mis l’accent sur les permanences. Il faudrait s’intéresser aux dynamismes et regarder l’Afrique au pluriel. Ce continent a montré de grandes capacités à s’adapter. Une histoire longtemps influencée par l’étude des ethnies, des royaumes, et des empires. Il faut revoir la notion de sociétés de contact, étudier les marges, les zones de transition qui sont autant de laboratoires des expériences humaines ( par exemple, il reste à étudier les créations de royaumes dans les zones de confins).

Ibrahima Thioub : s’oppose à une histoire figée, il insiste sur la mobilité des formes de construction sociale, sur l’adaptation aux circonstances, les capacités de dissidence, de contestation qui sont peu visibles dans l’histoire officielle. Il y a pourtant une dissidence inventive. Prend comme exemple le rôle de l’Ethiopie dans la naissance de l’Islam.

Les Africains se reconnaissent peu dans cette notion d’ethnie. Ils se reconnaissent avant tout par leur lieu d’origine.

S. Dulucq : L’historiographie s’est construite avec les concepts du temps (sous la IIIè République : racisme, Etat… Aujourd’hui, complexité, multiculturalisme). Peut-on parler d’une conception " post-moderne " de l’histoire ?

L. Valensi : L’Afrique a révélé une capacité de domestication des apports étrangers. Il est légitime de parler d’un christianisme ou d’un islam africains. Le christianisme importé par les Portugais a été adopté puis adapté. Mouvement identique pour la culture matérielle : acclimatation de plantes américaines (maïs, manioc, haricots). Exemple des paysages agricoles du Rwanda fondés sur des produits allogènes.

Comment écrire l’histoire de l’Afrique aujourd’hui ?

Comment dépasser l’afro-pessimisme et ne pas étudier seulement les crises ?

  1. Triulzi : il faut rejeter toute forme d’exotisme, relever les spécificités africaines et en même temps, étudier ce qui est banal, commun. L’histoire de l’Afrique doit être faite avec les Africains. Elle ne doit pas être imposée de l’extérieur.

I. Thioub : Parmi les obstacles à l’élaboration d’une histoire africaine, il y a le fait que les Africains ne regardent pas assez les autres pour mieux se connaître eux-mêmes. Jusqu’à présent, l’histoire africaine par des Africains a produit des écrits de combat contre la colonisation et contre le racisme, ou bien une histoire influencée par l’Europe ( Napoléon africain).

S. Dulucq : Toute histoire est instrumentalisable : exemples de constructions historiques au service d’intérêts politiques : il faut croiser les regards afin d’éviter le monologue colonial.

L. Valensi : le dialogue est-il possible entre les historiens ? Les historiens répondent d’abord aux questions du présent.

Le débat tourne ensuite autour de la notion de dialogue et d’échange. Tous sont d’accord pour dire que l’échange est nécessaire mais que l’élaboration d’une histoire partagée est illusoire. Collaborer signifie aussi accepter de ne pas être d’accord. Pas une mais des histoires de l’Afrique qu’il faut susciter.

Questions posées par l’auditoire

I. Thioub aborde les dangers d’un retour de la micro identité ( de nombreux sujets de recherche sont actuellement des monographies restreintes, voire " nombrilistes ").

Plaidoyer pour une histoire régionale.

 

 

 

Mondialisation et (en) Afrique.

17/10/2003.

Débat animé par Nicolas Bancel  (Association pour la Connaissance de l’Histoire de l’Afrique Contemporaine), avec : A Ba Konaré ; Sandrine Lemaire (ACHAC) ; Dominique Wolton  (dir.recherches au CNRS) ; Catherine Coquery Vidrovitch. (Paris VII).

N. Bancel présente les invités et donne la parole à D. Wolton.

D. Wolton :

Diversité culturelle et communications constituent un enjeu politique majeur de la mondialisation. La mondialisation implique-t-elle un rapprochement culturel au niveau mondial ? L’idée de " village global " relève de l’idéologie des industries de la communication. La mondialisation entraîne en fait une accélération des révélateurs de la diversité culturelle. La rapide évolution technique met l’Afrique à l’écart (continent mal équipé), et creuse le fossé entre la tradition et la culture mondialisée.

L’Afrique est actuellement pillée par les industries de production culturelle qui prélèvent une matière première (musique…), la transforme pour élaborer un produit culturel mondial. (world music).

Quelles solutions ? Une meilleure diffusion des moyens d’information (radio, presse : actuellement il n’y a qu’1 milliard d’ordinateurs essentiellement dans les pays occidentaux.

Il faut préserver les aires culturelles ( en Afrique, francophonie, lusophonie etc.).

Lutter contre les monopoles des grandes entreprises de communication/information/culture.

Les organisations internationales et le mouvement altermondialiste doivent jouer un rôle dans ce qui relève d’une enjeu politique majeur du XXIe siècle.

Adame Ba Konaré : mondialisation et diversité culturelle. En Afrique, on constate une peur de la perte d’identité culturelle. Les enfants sont très rapidement captés par le processus et assimilent la culture dominante, de consommation facile. Cela affecte les capacités d’éducation (rejet de la tradition éducative). L’Afrique cède à la tyrannie du présent et de la consommation alors qu’elle a encore besoin de son passé pour faciliter le rapprochement entre les hommes. L’économisme est en train de broyer la spécificité culturelle africaine au profit d’une culture dominante.

C.Coquery Vidrovitch :

La mondialisation est un phénomène ancien. Ce qui est nouveau, c’est la globalisation.

F. Braudel a mis en évidence un phénomène de mondialisation autour de la Méditerranée (l’Afrique a été intégrée du fait du commerce de l’or). Au Xvème siècle se met en place le " système économique atlantique " ( commerce de l’or, traites négrières) symbolisé par le commerce triangulaire. En réalité, si l’on prend en compte le commerce des esclaves de l’Océan indien, il faudrait que la carte de l’économie esclavagiste soit centrée sur l’Afrique et non pas sur l’Atlantique.

La période coloniale constitue une régression de la mondialisation car on observe un recentrage des économies sur des Etats-nations. Les indépendances sont obtenues presque simultanément à la globalisation basée sur le couple mondialisation-repli culturel. On observe des réactions de rejet violent car cette mondialisation implique une soumission.

La mondialisation du savoir a des avantages. Internet a par exemple permis de mettre en réseau le groupe des " Africanistes ". Ce réseau lancé par des historiens anglophones, notamment américains qui peuvent ainsi avoir accès aux bibliothèques étrangères ( PB : n’est-ce pas un moyen de piller les ressources scientifiques des universités européennes et africaines ?).

Sandrine Lemaire :

La mondialisation est économique, mais surtout culturelle. Pourquoi l’Afrique est-elle toujours perçue comme à la traîne ? il existe un discours (produit par les puissances dominantes) qui inclut ou exclut de la mondialisation. On retrouve en filigrane le discours colonial : " L’Afrique sombre ", " se marginalise ", alors qu’on peut constater qu’elle est au cœur de la mondialisation.

On assiste à un scénario de recolonisation, sans conquête territoriale, fondée sur la conquête de marchés, et sur la captation de richesses culturelles. L’Afrique est redevenue source de matières premières culturelles. La thèse de la réciprocité est une utopie. La culture dominante se nourrit des autres et de la diversité culturelle.

Questions du public :

La Francophonie est-elle une chance pour l’Afrique ? Liens entre démocratie et communications ?

D. Wolton, souhaite d’abord " répondre à une question qui n’a pas été posée " (sic). L’idée que l’Afrique est à la traîne dans la mondialisation est un hold-up intellectuel, car ce continent joue un rôle central. Comment argumenter pour contrer cette vision occidentale ? Comment retourner les stéréotypes au profit de l’Afrique ? Un défi pour l’avenir.

A Ba Konaré revient sur la situation concrète du continent : déclin des services publics, privatisations, ajustements structurels. La francophonie est menacée (l’Anglais est exigé pour devenir fonctionnaire ), pas assez défendue par la France. Souhait que des valeurs soient mieux défendues (respect aux aînés, hospitalité, respect du voisin).

 

Traites et esclavage.
17/10/2003.

Eliaka M’Bokolo : directeur de recherche à l’EHESS.

Introduction :

Ce sujet ne concerne pas seulement l’histoire de l’Afrique. La condition d’esclave n’est pas propre à l’Africain (rappel des esclaves chrétiens en Afrique du N.). L’esclave, d’autre part est à la fois exclu socialement et intégré à une société (proximité des maîtres).

Les traites sont plus spécifiques à l’Afrique. C’est un phénomène d’une durée exceptionnelle (du VIe-VIIe au XIXe siècle) et d’une immense ampleur géographique. Son impact a été énorme y compris sur le plan culturel (références au vocabulaire, aux expressions : " travailler comme un nègre " etc.).

Comment aborder ce phénomène, quels termes utiliser ? Traite, déportation, trafic ?

Il est difficile de s’extirper des postures morales : les Européens ont traité, tout comme les Arabes : insidieusement, resurgit l’argument principal des négriers de l’époque moderne: " si nous le faisons, c’est parce que les Africains le font eux-mêmes. Nous le faisons avec plus d’humanité que nos  concurrents ".

Le conférencier annonce qu’il va successivement porter 3 casquettes : celle de l’enseignant pour rappeler les faits, celle de l’historien pour soulever des questions, celle du militant enfin pour rappeler les enjeux de mémoire.

1 : Rappel des faits.

La traite a été pratiquée par tout le monde. Les débuts sont attribués au monde arabo-musulman (VIIe siècle). En 651-52, l’Egypte signe avec le royaume nubien un traité d’échange commercial qui prévoit l’envoi d’eunuques. La religion justifie alors la servitude (les infidèles peuvent être esclaves). Ce sont les débuts d’un esclavage à usage domestique (le conférencier ne cherche pas à sous entendre qu’il y a eu un esclavage " doux ") : les eunuques entrent dans l’intimité de leur maître, servent de soldat, peuvent parfois atteindre de hautes fonctions. On retrouve dans les écrits de ce temps, les origines du mythe de la bravoure de ces esclaves au combat, que l’on retrouve dans les paroles du général Mangin pendant la Première guerre mondiale.La mise en place d’un esclavage massif répond à des besoins économiques : du VIIe au IXe siècles, en Irak, se développent des plantations sucrières où le renouvellement fréquent de la main-d’œuvre est nécessaire.

Cette antériorité du monde musulman est utilisée pour justifier les formes modernes d’esclavage (à cela s’ajoutent les justifications religieuses et " scientifiques "). L’esclavage en Europe s’est développé dans le monde musulman (Espagne, Sicile). Amplification du phénomène avec la découverte de l’Afrique. Au début, les Européens vont en Afrique pour l’or, puis pour y puiser de la main-d’œuvre.

On assiste alors à une mise en place progressive du système.

1 : Traite locale portugaise, dans le Golfe de Guinée où un premier commerce triangulaire relie le continent aux îles Sao Tome et Principe. Des " razzias " sont menées par les Portugais au profit des plantations de ces îles.

2 : Trafic en direction de la péninsule ibérique : le nombre des esclaves y devient important.

3 : Connexions entre l’Europe et l’Amérique, puis connexion Amérique-Afrique.

Comment est-on passé de la razzia au commerce ? Les premiers rapts d’esclaves ont permis de créer des intermédiaires, qui serviront d’interprètes. Des intéressements ont été proposés aux Africains pour participer. E. M’bokolo réfute la responsabilité directe des Africains dans ce trafic. Sur la côte Est, on assiste à un partage des zones de traite entre Européens et Arabes.

A la fin du XVIIIe siècle on assiste à une remise en cause de la légitimité de ce trafic, qui jalonne la lente disparition du phénomène. Après 1848, se mettent en place des formes clandestines d’esclavage (aboli au Brésil en 1880 seulement). Au XIXe siècle, les plantations d’épices du sultanat de Zanzibar qui alimentent le marché européen fonctionnent avec des esclaves. Les formes de traite se diversifient.

2 : Questions.

- On observe dans l’utilisation du vocabulaire une banalisation de termes " révisionnistes " qui assimile ce phénomène à un commerce particulier, mais qui a toujours existé (emploi parfois du terme de " migration "pour désigner les déplacements de population).

- Le conférencier évacue le débat sur les chiffres  qu’il juge trop complexe et technique.

- Place, rôle, responsabilité de l’Afrique dans la traite : ce glissement des termes n’est pas innocent : on peut dire que des Africains ont participé, mais pas que les Africains ont participé.

Certains chefs africains ont participé, d’autres ont résisté (il y a des exemples de razzias qui ont été mise en échec). Les intermédiaires n’ont pas toujours joué le rôle qui leur avait été assigné. De plus, les esclaves n’ont pas été la " marchandise " exclusive : il y a avait parallèlement un commerce de l’or, de la gomme, de l’ivoire. Pour certains chefs, se posait la question de savoir s’il fallait participer ou subir ce commerce.

On dit souvent que les guerres alimentaient le marché en esclave. Elles n’avaient pas pour but de faire des esclaves, mais de renforcer les Etats. Les esclaves étaient en quelque sorte un " sous-produit " de ces guerres.

Les intermédiaires formés, en contact avec les cultures dominantes étaient souvent en position de retourner le discours colonial au profit des victimes (l’esclavage est-il compatible avec le christianisme, la philosophie des Lumières ?). Des intellectuels ont participé au combat idéologique : exemple d’Ahmed Baba, qui écrit au XVIIè , à Tombouctou, un plaidoyer anti-esclavagiste. Le conférencier cite plusieurs exemples de traités, d’études de l’esclavage au regard de la loi et de la morale chrétienne, musulmane.

3 : Les enjeux de mémoire.

Il y a plusieurs lieux de débat :

Europe : débat actuel autour de la construction européenne et du patrimoine commun : dans une UE fondée sur le christianisme, les droits de l’homme, que faire de la traite ? L’oublier ?

Faut-il une loi pour qualifier la traite de crime contre l’humanité ? Dans ce cas, cela pose la question du dédommagement.

Afrique : Débat entre le N et le S du Sahara, entre l’E et l’O, entre l’Afrique du littoral et celle de l’intérieur, entre ceux qui sont restés et les Africains de la " diaspora ".

Un dialogue complexe. Peut-on réparer ? Comment ?

Réparer avec de l’argent  serait accréditer l’idée d’un commerce.

Le conférencier propose de réécrire l’histoire du monde en redonnant à la traite la place qui lui revient. Surtout, il faut lutter contre les dérives du langage.

L’Eglise chrétienne, qui a pourtant nourri une tradition pour dénoncer la traite semble céder à un certain révisionnisme. En 1992, JP II visite Gorée : ce qu’il avait auparavant qualifié de " crime odieux " a été alors appelé " drame odieux ". Le crime implique l’existence d’une victime et d’un responsable. Si l’on parle de drame, où sont les victimes, les responsables ? ce glissement sémantique dilue la responsabilité européenne et renforce la responsabilité africaine.

Le rôle des historiens est important. Des questions sont encore à éclaircir et il faut contrer la banalisation d’un discours douteux.

 

 

Afrique, berceau de l’humanité.
17/10/2003.

Conférence d’Yves Coppens.

Tel un conteur, Y. Coppens a raconté une histoire de la vie (en remontant à son apparition) et de l’homme qu’il place sur l’une des plus hautes branches de l’arborescence du monde vivant. Mais Y. Coppens incarne aussi le savant par excellence, au carrefour de plusieurs disciplines (paléoanthropologie, plaéobiologie, en bref, " tout ce qui est paléo " ). L’évolution est placée sous le double mouvement de la complexification (de l’organisme unicellulaire au cerveau humain) et de l’adaptation constante des espèces aux contraintes écologiques. C’est donc une théorie évolutionniste assez traditionnelle et rassurante (puisque l’homme est nécessairement plus évolué et mieux adapté que les autres espèces animales) qui a été présentée au cours de cette narration-conférence.

La naissance et l’évolution du monde vivant présentée comme une arborescence sont replacées dans la chronologie terrestre (naissance du soleil, de la terre, apparition de la vie marine, conquête de la terre, apparition des végétaux…).

Y. Coppens aborde ensuite l’apparition des mammifères, des premiers primates. Pour lui, l’embranchement qui voit se séparer les humains et les grands singes est incontestablement africain. Les recherches actuelles visent à rechercher non pas le mais les premiers pré- humains qui pourraient être candidats au titre d’ancêtre commun aux hommes et aux grands singes.

- Les fossiles les plus anciens remontent à 10 millions d’années environ et ont été retrouvés au Kenya (kenyapithèque).

- Vers 7 millions d’années : Sahelanthropus (Toumaï), retrouvé au Tchad. (Il est à noter que depuis cette découverte à l’Ouest de la vallée du rift, la théorie de l’ " east side story " a été quelque peu remise en question. Y. Coppens ne l’a pas mentionnée. Il semble que le berceau de l’humanité se soit agrandi.

- vers 6 millions d’années : développement de la bipédie et de la station verticale, associées à une vie encore arboricole.

- Vers 3 millions d’années : australopithecus afarensis : Lucy. il y a plusieurs espèces d’autralopithèques. contrairement à l’image traditionnelle de la lignée humaine unique, ou de l’arbre généalogique, Y. Coppens préfère l’image du buisson ou du " bouquet d’espèces ". Il sera probablement bien difficile de distinguer un ancêtre parmi tant de candidats.

Contrairement à aujourd’hui (une seule espèce humaine), il y avait auparavant plusieurs espèces d’hominidés, occupant différentes niches écologiques. C’est au sein de cette variété qu’est née l’espèce homo.

Y . Coppens a cité plusieurs exemples d’australopithèques, certains exclusivement bipèdes, d’autres présentant une face plate (kenyanthropus platiops).

- Vers 3 millions d’années, l’alimentation se diversifie (végétaux et viande).

L’usage d’outils est attestée en Afrique vers 3 millions d’années. Son apparition témoigne de l’émergence de la conscience et de la culture. Un atelier daté de 2.3 millions d’années, composé d’une soixantaine de " nuclei " a permis d’étudier les techniques de taille et de débitage contrôlé. Cet atelier " humain " était associé à un autre, de la même époque, mais beaucoup plus rudimentaire. Ces découvertes prouvent la coexistence de différentes espèces, les échanges techniques, mais aussi les différences d’évolution.

La bonne adaptation des humains aux différents écosystèmes, due à leur alimentation variée, à leurs outils, est à l’origine d’une croissance démographique et de la conquête par les hommes de nouvelles niches écologiques. Description des premières migrations. L’homo erectus a conquis l’Asie et l’Europe à partir du foyer africain. L’évolution d’homo erectus semble avoir donné naissance à plusieurs espèces, en Asie et en Europe (homo néanderthalensis).

Y. Coppens revient ensuite sur l’apparition d’homo sapiens. Selon lui, l’Afrique est le berceau de cette espèce, mais rapidement, homo sapiens est parti à la conquête de nouveaux espaces. Description des migrations durant les 10 derniers miliers d’années.

 

Nouveaux regards sur la guerre d’Algérie.
18/10/2003

 

Débat organisé par la chaîne l’Histoire, avec Sylvie Thénaud, une drôle de justice ; Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN, Fayard. Benjamin Stora, La dernière génération d’octobre, Stock. Raphaëlle Branche, La torture et l’armée.

Un sujet franco-français ? Depuis le livre de B. Stora (La gangrène et l’oubli) qui revient sur la vision tronquée de cette guerre, on assiste à un tournant dans la réflexion historique. Une nouvelle génération d’historiens se penche sur la question. Quelles sont les origines de ce nouvel intérêt ? Où en est l’historiographie ?

G. Meynier : Pendant longtemps, la guerre d’Algérie a fait l’objet d’une histoire passionnelle et militante. ce conflit est vu en France comme une guerre nationale ou un conflit colonial. Le renouvellement des historiens permet, en France, d’élaborer une histoire plus sereine (c’est plus difficile en Algérie).

S. Thénaud : Le thème du refoulement est à nuancer. Des groupes (Pieds noirs, appelés) ont témoigné. Il existe une mémoire de la guerre d’Algérie. Le refoulement est plus important à propos de Madagascar. Les débats politiques depuis les années 80 (militantisme antiraciste, code de la nationalité, immigration, commémoration du 17/10/1961) renvoient régulièrement à la guerre d’Algérie et suscitent un nouvel intérêt pour la question.

R. Branche : Revient sur ses propres motivations et l’accès aux archives. Depuis la loi de 1979, la communication des archives est permise après un délai de 30 ans. Depuis peu, les archives de la guerre d’Algérie sont accessibles. Elle-même a bénéficié pour ses recherches d’un accès dérogatoire aux archives de l’armée. Pour de nombreux sujets délicats (sûreté de l’Etat) les archives sont encore inaccessibles.

B. Stora :. Aborde la question des archives pour dénoncer le fait que depuis les années 90, certaines archives se sont à nouveau refermées. Les historiens ont pu profiter d’une ouverture fugace. Pour lui, les récentes études sont aussi une réponse à certains groupes porteurs de mémoire (enfants de l’immigration) qui exigent une relecture du passé.

Aujourd’hui, en Algérie, des historiens travaillent sur des sujets jusqu’alors tabous (Harkis), dans un difficile contexte de guerre civile. Il s’agit aussi de retrouver les racines des violences actuelles en Algérie. On assiste par exemple à un retour dans les manuels scolaires des pères du nationalisme (Messali) qui en avait été jusqu’à présent éliminés.

Les études historiques répondent donc à des exigences mémorielles et citoyennes.

S. Thénaud : Les archives militaires ont été les premières accessibles dans les années 90. Mais il ne faudrait pas envisager cette histoire uniquement sous l’angle militaire. Il reste à faire des études sur les institutions civiles et politiques (justice, préfecture d’Alger, camps d’internement).

G. Meynier : Evoque les origines militantes de son intérêt pour l’Algérie (milieu libertaire anti-colonial). A commencé par sacraliser le FLN. Le livre qu’il présente est le résultat d’un travail sur les archives militaires, les archives algériennes, les archives personnelles de Mohammed Harbi.

B. Stora : parcours personnel depuis Constantine. Evoque ses premières recherches sur le MNA et Messali Hadj, sur fond de militantisme trotskiste (plutôt messaliste, et anti-FLN). Sa vocation historique reflète son attachement pour l’Algérie. Elle est aussi un retour sur ses propres origines.

S. Thénaud : Liens entre engagement militant et recherche historique. Le travail historique récent trouve un écho dans le questionnement politique actuel ( intégration). Cette histoire est brûlante parce qu’elle fait sens aujourd’hui. Cela pose la question de l’objectivité.

B. Stora ; s’intéresse à la fiction et à son fort pouvoir évocateur. Les documentaires filmés posent de nombreux problèmes de méthode.

G. Meynier : Accepte la légitimité de lier histoire et cinéma. Est plus réservé sur le contenu des documentaires de Stora.

L’histoire officielle reste pesante. Par exemple, il est toujours question à propos des événements d’octobre 54, du soulèvement généralisé, d’une " révolution ", d’un soulèvement spontané du peuple algérien alors que ces expressions relèvent de la légende. Le FLN a mené un combat anticolonial de résistance, mais il n’y a pas de remise en cause radicale de l’organisation de la société. On peut observer terme de révolution en Arabe s’apparente fort à celui de djihad.

L’organisation du FLN est différente de celle de la Résistance française (regroupement d’organisations). L’engagement y est individuel et implique une rupture avec son organisation d’origine. Le FLN, est à lui seul un Etat reconnu dans le monde, avec des cadres civils, qui représentent la Nation.

Les archives du FLN sont en grande partie dans les archives de l’armée française qui a effectué de nombreuses prises durant les combats.

Questions du public :

1 : Bruno Etienne n’est pas d’accord avec la confusion du discours politique et du discours religieux. Pour lui, le FLN est par essence laïque, sécularisé. G. Meynier répond et s’accorde pour dire que les cadres les plus élevés sont laïques, mais plus on descend dans la hiérarchie des cadres, plus le discours a recours au vocabulaire religieux. Tout dépend également du public auquel s’adresse le message (discours laïque pour l’opinion internationale, religieux pour l’opinion intérieure). Exemple d’un tract de 1946 : le message en Français dit que celui qui vote est un traître, alors qu’en Arabe, celui qui vote est désigné comme apostat.

2 : Question sur de Gaulle qui a trahi sa parole. G. meynier répond en retraçant l’évolution de l’opinion du président sur la question. Une histoire encore méconnue car les archives de la présidence ont un délai de communication de 60 ans.

3 : Quelle est la situation du FLN aujourd’hui avant les élections ?

B Stora : le FLN n’est pas seulement un parti politique comme on l’entend en France, c’est un appareil d’Etat encore important. Il ne faut pas négliger le rôle que jouent les clientèles.

4 : Pourquoi ne pas avoir invité un historien algérien ?

B. Stora se demande ce qu’est un historien algérien. Peut-on opposer les histoires nationales ? Souhaite dépasser l’obstacle national. Se méfie d’une histoire étudiée d’une seule rive de la Méditerranée.

S. Thénaud se méfie du phénomène qui consiste à faire venir l’ "Algérien de service ". D’autre part, les historiens ne sont pas libres en Algérie. Ils ont des difficultés pour travailler en France, ou pour écrire une histoire critique. Enfin, il y a aussi des historiens allemands, britanniques…

 

 

Démocratie et mutations culturelles en Afrique.
18/10/2003.

Marc Mvé Békalé (Gabon) a écrit la post-colonie en débat, L’Harmattan.

Parler de démocratie en Afrique c’est souvent évoquer les blocages au processus. L’exception culturelle africaine est l’argument souvent mis en avant par certains chefs d’Etat, par les observateurs extérieurs. Quels sont donc les aspects de cette culture qui peuvent bloquer le processus ? Quels processus mettre en place pour faire émerger une culture démocratique ?

Si la culture est un obstacle à la démocratie, cela sous –entend qu’il y a un socle culturel commun à tous les pays d’Afrique, ce qui reste à prouver. D’autre part, l’ossature des Etats et des sociétés est souvent d’origine étrangère. On observe un schisme entre les valeurs traditionnelles et les valeurs motrices de la modernité.

On retrouve certains archétypes sociaux, notamment dans le régime que le conférencier appelle " hyper-présidentiel ". Les rites traditionnels de légitimité du pouvoir sont liés au droit d’aînesse et au culte des morts. Si le régime présidentiel a pu s’implanter en Afrique, c’est qu’il pouvait s’adapter à cet archétype ; ce système présidentiel est aujourd’hui présenté comme le principal obstacle à la démocratie.

Autre phénomène, l’angoisse du lendemain liée aux effets de la mondialisation. On ne sait pas ce que l’on aura, on a oublié ce que l’on a quitté. Les jeunes souffrent d’une absence de repères : quel projet de société leur proposer ? Actuellement aucun vrai débat sur le sujet.

Il y a des entraves morales : les chefs d’Etat agissent avec l’unique but de se maintenir au pouvoir. Ils s’appuient sur des population le plus souvent résignées, fatalistes.

L’opposition politique est généralement muselée (presse). M Mvé Békalé y voit un héritage colonial mal assimilé. De plus il observe une certaine forme de nihilisme qui s’exprime au sein de l’élite qui a tendance à démissionner face au processus démocratique.

L’Afrique concentre toutes les crises de la modernité : il faut trouver un modèle de civilisation sans renier l’héritage. Les Africains doivent débattre, réfléchir pour trouver un système conforme à leurs aspirations et qui ne leur soit pas imposé. Pour y parvenir, il y a plusieurs préalables :

Questions du public :

1 : il a été question du modèle politique français, quid du modèle britannique ? A-t-il produit des effets différents ?

Il ne s’agit pas de rejeter à priori les modèles étrangers, mais d’en discuter, ne pas les transposer littéralement. Il est contre les " kits constitutionnels " pour une démocratie de pure forme, mal comprise par les populations mais il est partisan d’un modèle démocratique africain, élaboré avec les Africains.

2 : Comment faire passer cette culture du droit dans des pays où le système scolaire est défaillant ?

Les élites au pouvoir fonctionnent pour y rester, pas pour faire émerger une culture démocratique. Il faut travailler sur une culture commune, redécouvrir les cultures africaines.

3 : Existe-t-il des expériences démocratiques africaines ?

Ne voit pas émerger un modèle démocratique africain. Souhaite dans un premier temps la mise en place de l’Etat de droit. Prône la séparation du politique et du religieux (séparer par exemple la vaudou et le politique), sans rejet de la tradition.

 

De la République coloniale à la " Françafrique ".
18/10/2003.

Pascal Blanchard, ACHAC, université Paris I, dernier livre paru : La république coloniale. 

Françoise Vergès, ACHAC université de Londres (goldsmith college).

Stephen Smith, journaliste au Monde.

Introduction par S. Smith. : contradiction del’intitulé du débat qui est aussi celui du dernier livre de P. Blanchard. Comment une République peut être à l’origine d’un asservissement ?

P. Blanchard :

La République évoque l’égalité, le terme colonial désigne un assujettissement. Ces deux termes sont antagonistes pourtant, c’est bien au nom de la République que l’empire colonial français a été bâti. Les deux constructions sont intimement liées.

Mais le discours colonial est lié à l’idée de libération. La France colonise pour libérer (cf Brazza), au nom d’une mission civilisatrice. De nombreux administrateurs ont cru sincèrement à cette idée, à cette doctrine qui masque en réalité un système colonial classique. On parle peu par exemple du climat de guerre permanente qui règne dans les colonies. La République est en conflit permanent pour sauver le système et ce qui ressemble fort à une utopie.

Exemple de Blaise Diagne, utilisé pour recruter des soldats africains en 1916-17. L’engagement des colonisés est alors présenté comme une dette de sang due par les Africains à qui les Français ont apporté tous les bienfaits.

Cette République coloniale s’oppose à la République métropolitaine, plus égalitaire. " Là-bas " désigne les colonies où l’égalité n’est pas respectée, où la valeur humaine est différente.

L’acceptation des colonies a été progressive (dans les années 1870, la droite regarde la " ligne bleue des Vosges ", et il y a de fortes oppositions aux conquêtes coloniales). Mais avec l’école et l’armée, les colonies deviennent peu à peu le troisième élément d’une idée républicaine qui se structure. Car la France ne colonise pas, elle libère et les Français ont cru en cette utopie. P. Blanchard pense que cette croyance a aussi perverti la République Métropolitaine.

S. Smith :

1 : La notion de mission civilisatrice est toujours d’actualité. Le discours n’a visiblement pas beaucoup changé. L’idée qu’il faut imposer des principes de bonne gouvernance, c’est à dire lutter contre la corruption et imposer les droits de l’homme cache en filigrane l’idée d’une supériorité occidentale. Le discours est plus technique, mais il reflète le même esprit. Aujourd’hui, on ne peut parler de recolonisation mais la conquête des marchés a remplacé celle des territoires.

2 : périodisation : les indépendances sont-elles une fausse échéance pour l’Afrique ? Il y a eu certes conquête de souveraineté, mais la tutelle a changé dans le cadre de la " Guerre froide ". Aujourd’hui, ce que l’on appelle la " Françafrique ", représente une tutelle " néocoloniale " (gestion d’une souveraineté limitée). Entre1989 et 2001, on observe un désintérêt pour l’Afrique (c’est le " temps du malheur " : guerres déstructurées, épidémies…). Depuis le 11 septembre 2001, les puissances dominantes s’inquiètent des dangers que peut représenter ce continent. On observe, en Côte d’Ivoire par exemple, la mise en place d’une nouvelle tutelle politique. A nouveau l’Afrique est au centre des préoccupations géostratégiques.

3 : Mondialisation : On assiste à un double mouvement : l’émergence d’une autorité transnationale, et un repli identitaire. L’Afrique est le continent le plus mondialisé, dans la mesure ou il est le plus soumis à des autorités extérieures (anciennes puissances coloniales, FMI etc.). La Françafrique, qui désigne le plus souvent l’Afrique noire francophone, est le vestige de l’idée que la France est porteuse d’un message universel. Une influence qui s’émousse. En Côte d’Ivoire, la France n’intervient plus unilatéralement, mais avec un mandat de l’ONU.

Françoise Vergès :

Tous les empires se sentent investis d’une mission. Celle de la France est dans le prolongement d’une mission chrétienne et d’une autre née de la Révolution française. En France, on observe une difficulté à considérer l’étranger à égalité ou à assumer la diversité culturelle. On pratique toujours le régime de l’exception : ce qui est valable en France ne l’était pas dans les colonies hier, dans les départements d’Outre Mer aujourd’hui. A partir de 1848, l’abolition de l’esclavage et la départementalisation de l’Algérie ont donné naissance à une " citoyenneté colonisée ", c’est à dire à un statut d’exception, y compris dans le droit (droit colonial).

L’attitude de la France à l’égard des DOM TOM est symptomatique: on s’en occupe surtout au moment des élections. Aucun membre de la commission Stasi sur la laïcité n’est issu des DOM TOM, pourtant ces territoires sont multiculturels depuis longtemps et pourraient partager leur expérience. Tout cela est révélateur des difficultés de la France à assumer la diversité de sa population.

Questions de l’auditoire :

1 : Sur la notion de citoyen-colonisé : Voir le statut de l’indigénat, qui n’est pas officiel et qui a pour but de maintenir les colonisés dans une citoyenneté de seconde zone (Exemple des juifs algériens citoyens et des musulmans qui ne le sont pas). Un système aberrant puisqu’une Française qui épouse un indigène devenait indigène.

2 : Décalage entre l’utopie généreuse et la pratique réelle.

Pour les conférenciers, ce décalage est intrinsèque au système.

3 : Vivons-nous une nouvelle colonisation aujourd’hui ?

Aujourd’hui, personne ne souhaite recoloniser car cela n’a aucune utilité. On assiste à un vieillissement du personnel " françafricain ". J. Chirac est le dernier homme politique à conserver un lien presque charnel avec l’Afrique. P. Blanchard revient sur F. Mittérand dont l’image en Afrique est mitigée (représente le colonisateur). Il cite une phrase deMittérand après les massacres à Madagascar (" le sang malgache régénèrera le colonialisme ").

P. Blanchard revient sur le thème du débat pour évoquer le climat politique actuel. Il voit dans le regard porté sur les banlieues le même que celui qui était porté sur les colonies (le beur serait-il un nouvel indigène ?). Un discours gouvernemental ambigu : D’un côté J.P. Raffarin annonce à la grande mosquée de Paris que du Limousin ou du Maghreb, on est tous Français, de l’autre, l’armée française suit un programme de préparation pour pouvoir intervenir en cas d’émeute urbaine dans les banlieues.

L’intégration de candidats " beurs " dans les listes UMP annoncée pour les prochaines élections régionales a pour but de capter l’électorat  issu de l’immigration. On ne choisit pas les candidats pour leur valeur, mais pour ce qu'ils représentent : cela lui rappelle le rôle tenu par Blaise Diagne durant la Première guerre mondiale.

 

La colonisation est-elle responsable du sous-développement ?

Débat animé parFrançois Lebrun, avec Pierre Kipré, coauteur de l’histoire générale de l’Afrique, publiée par l’UNESCO, ministre de l’éducation de la Côte d’Ivoire entre 1993 et 1999.Jacques Marseille, Marc Ferro, Sylvie Brunel : professeur de géographie, Université de Montpellier ;

Introduction par F. Lebrun. Souhaite que les termes soient clairement définis.

M. Ferro :

la colonisation est un mouvement de populations qui prennent le contrôle d’un territoire à différencier de l’impérialisme qui peut se passer de colons. Pour définir le néocolonialisme, M. Ferro reprend la définition de N’Kruma : situation d’un pays politiquement souverain, mais dont les décisions essentielles relèvent de puissances extérieures.

Dans le monde musulman, le questionnement autour de cette question tourne autour de l’idée suivante : comment les musulmans sont devenus les esclaves de leurs anciens esclaves ? Cette idée ne doit pas être oubliée pour comprendre l’islamisme.

L’Afrique noire est en situation de faiblesse avant la colonisation (à l’exception de l’Ethiopie qui résiste mieux). Les pays colonisateurs ont profité des faiblesse, ou des crises (famines, guerres) pour établir leur domination. Pour M. Ferro, l’origine de cette faiblesse est à chercher dans l’incorporation de l’Afrique au marché mondial qui a déstructuré l’organisation économique et sociale du continent.

S. Brunel :

Le sous développement africain se mesure par rapport au développement des pays industrialisés. Il y a pourtant des critères objectifs du retard : pauvreté (PMA), IDH (capacité d’une population à prendre en main son destin), le taux de mortalité infantile (l’Afrique reste à un taux de l’ordre de 100 pour mille), espérance de vie (en recul depuis l’épidémie de SIDA), analphabétisme.

Le retard de l’Afrique est une réalité. Le décrochage économique se reflète dans les 2% que l’Afrique représente dans le commerce mondial.

MAIS : les chiffres sont à nuancer : 70% de l’activité économique est informelle, non comptabilisée. De plus, le continent a connu trois prodiges en 50 ans: la hausse des densités de population, une urbanisation et une modification des mentalités (recul de la fécondité et entrée dans la phase 2 de la transition démographique), une stabilité des frontières.

S. Brunel souligne les capacités d’adaptation, de résilience de ce continent.

Quelles sont les conséquences de la traite des esclaves sur le sous-développement ? Il faut se souvenir que le principal argument des partisans de la colonisation était la volonté de mettre fin au traumatisme dû à la traite. Les conséquences humaines de cette ponction d’environ 15 millions de personnes sont énormes. Certes, il y a eu compensation démographique, mais l’Afrique des villages a eu du mal à se remettre tandis que les royaumes organisateurs du trafic se sont renforcés. Les Etats actuels renferment parfois ensembles des peuples victimes et des peuples négriers et cette histoire marque encore fortement les mentalités.

F. Lebrun : la colonisation est-elle responsable d’un pillage de l’Afrique ? Peut-on parler d’un choc entre une économie industrielle et une économie traditionnelle ?

J. Marseille :

Pillage de l’Afrique ou échange inégal ? Est-ce l’élément déterminant du sous-développement d’aujourd’hui ? Pourquoi la question revient-elle régulièrement ?

Pour J. M., le sous-développement africain doit être comparé au développement asiatique, non pas à celui de l’Europe. L’idée que la richesse de l’Europe est liée au pillage de l’Afrique est à corriger (cf études de Paul Bairoch qui montrent que le développement de l’Europe s’est fait sur ses propres ressources et non pas aux dépens de l’Afrique).

L’idée d’une dégradation du terme de l’échange dans le cadre du système colonial est un fantasme occidental. En fait durant cette période, les colonies ont été déconnectées du système économique mondial, ce qui les a protégé. Des chiffres (cf photocopie) montrent que durant la période coloniale, la croissance de l’Afrique est supérieure à celle de l’Asie. On explique cela par la poids des investissements, l’excédent de la balance commerciale au profit de l’Afrique. Mais les richesses reçues furent souvent utilisées à l’entretien du train de vie et non à des investissements productifs dans le cadre d’une économie concurrentielle.

Pierre Kipré :

Souhaite revenir sur ce qui vient d’être dit. Si la colonisation était si heureuse, il se demande pourquoi les décolonisations ont eu lieu. Le mot de pillage ne convient pas, mais le terme de l’échange était surtout favorable aux entreprises qui exploitaient la population et les richesses. Quels sont les éléments du système colonial ?

1 : Economie de traite : matière première exploitée, avec des prix fixés à l’extérieur.

2 : orientation des échanges : les voies de communication sont orientées vers les littoraux, les échanges régionaux sont sacrifiés au profit des échanges avec la métropole.

C’était un système global, politique et économique, ressenti par la population comme un totalitarisme.

Le sous-développement n’est pas un retard par rapport à l’Europe, mais par rapport aux désirs de liberté et de dignité des Africains.

F. Lebrun :

Peut-on parler d’espoir déçu, après les décolonisations ?

M. Ferro :

Revient lui aussi sur ce qui vient d’être dit par J. Marseille, notamment sur le décalage fréquemment observé en histoire entre la réalité statistique et le sentiment des peuples. Qui profitait du terme de l’échange ? Ni la France, ni les Africains. Les colons certainement. Le système colonial était perçu comme un pillage. S’il y a eu révolte, c’est que les gens se sentaient exploités.

Après les décolonisations, la responsabilité des Africains est source d’énormes frustrations. On peut parler de colonisation par les élites. La principale industrie des pays libérés devient l’administration. La fonction publique est devenue prédatrice. L’équipement des colonies a été réel, mais il n’a pas profité aux colonisés.

J. Marseille :

Il faut comparer le développement africain au développement asiatique. La différence de taux d’analphabétisation est essentielle. L’alphabétisation est à l’origine du décollage asiatique. Ce que vend l’Afrique aujourd’hui n’intéresse plus, ce qui explique aussi la marginalisation de ce continent.

P. Kipré :

Formidables espoirs après les indépendances. La responsabilité des Africains est forte dans la déception de ces espoirs. La notion d’Etat a été difficilement assimilée. Durant la guerre froide, la tutelle s’est maintenue sous d’autres formes (" françafrique "), le système colonial s’est poursuivi au profit des élites dirigeantes et des multinationales.

Les problèmes écologiques (disparition de la forêt primaire) sont souvent dus à l’orientation des exportations que les Africains ne maîtrisent pas.

S. Brunel :

Il est frappant de constater que la question des origines coloniales du sous développement ne se pose que pour l’Afrique. Pendant la guerre froide, des dictatures ont été soutenues, car cela arrangeait tout le monde. Puis dans les années 90, au nom de la bonne gouvernance, ces régimes n’ont plus été soutenus. Depuis septembre 2001, regain d’intérêt pour l’Afrique sur le plan stratégique et économique (pétrole du golfe de Guinée), à nouveau on soutient des dictatures. L’heure de l’Afrique aurait-elle sonné ?

 

Questions du public :

1 : Question sur l’alphabétisation. Que deviennent les langues traditionnelle ? Faut-il apprendre le Français ? L’Anglais ?

2 : on parle souvent des crises de l’Afrique. Pourquoi ne pas parler des expériences positives ?

Réponses de P. Kipré qui revient sur sa propre expérience de ministre de l’éducation.

 

L’historien face aux crises du temps présent : l’exemple du Rwanda.
19/10/2003.

Communication de Jean Pierre Chrétien, directeur de recherche au CNRS, UMR de Paris.

Introduction :

J.P. Chrétien ne veut pas faire l’histoire du Rwanda, mais poser la question de l’historien face à l’actualité et le problème méthodologique que l’IHTP a déjà évoqué.

L’historien doit-il être forcément un homme d’archives, un homme du passé qui laisse le présent aux sociologues et aux journalistes ? Hérodote a fait des enquêtes sur son temps.

M. Bloch a fait une démarche semblable suite à la défaite de 1940.

Quelle est la position de l’historien africaniste ? 3 questions sont posées:

1 : Situation de la discipline sur le " terrain " africain.

2 : Confrontation de mémoire.

3 : Responsabilité intellectuelle face aux massacres de masse.

1 : Reconstruire le temps présent en Afrique : plusieurs défis.

J.P. Chrétien revient tout d’abord sur les déchirements, l’accablement qui l’ont touchés au moment des massacres qui ont fait des victimes parmi ses collègues. L’historien est alors convoqué (comme expert) par les médias pour apporter des réponses. Le travail d’explication doit être fait immédiatement. Or, il y a une différence entre expert et chercheur. On ne peut refuser et il faut répondre en 3 minutes. La difficulté consiste à éviter les réponses simples et les malentendus.

L’historien n’est pas le notaire des horreurs du Xxe siècle. Certes, il doit y avoir un éclairage historique (ruptures, permanences), mais selon les méthodes propres à cette discipline.

En Afrique, il y a l’obstacle que représente l’empreinte très forte de l’ethnographie qui a étendu le champ de la Tradition (véritable fourre-tout, piège méthodologique qui implique que toute innovation vient de l’extérieur).

Dans ce cadre, les crises rwandaises sont attribuées à la tradition : ce seraient une résurgence des guerres " tribales " ( avec les sous-entendus raciaux que l’on imagine) entre Hutus et Tutsis. Face à ce drame, le discours occidental humanitaire, met l’accent sur la réconciliation. Ce discours ethnographique a été repris par les autorités rwandaises elles-mêmes qui ont présenté un génocide préparé comme un " produit culturel " spontané.

Face à ces obstacles, l’historien dispose de ses outils et de ses méthodes : critique des sources, établissement des faits etc.

2 : Confrontation de mémoires :

Il y a des difficultés pour interpréter les événements et établir des responsabilités. Le génocide n’a pas été commis par les Hutus contre les Tutsis, mais encadré par une administration civile et par l’armée. Les tueries ont été organisées. Ce n’est pas une explosion spontanée de violence, mais l’aboutissement d’une campagne à laquelle certains médias ont participé (RTLM) et qui a été précédée de pogroms. Les tueries ont été encadrée par des personnes par ailleurs respectables, en application d’une théorie raciale. J.P. Chrétien emploie l’expression de " nazisme tropical ".

L’importance historique du clivage Hutu/Tutsi qui a été interprété selon des critères raciaux relève de l’image d’Epinal. Ce discours a été intériorisé y compris par les cadres colonisés, ce qui a alimenté les frustrations des Hutus par rapport à la République, ce qui a cantonné les Tutsis dans un statut de minorité tolérée, servant de bouc émissaire lors de chaque crise. L’obsession raciale a été récupérée, utilisée par les organisateurs des tueries. Les difficultés du chercheur européen viennent du fait que 2 sociétés se battent pour contrôler cette histoire (dans l’Afrique des Grands Lacs, le combat est aussi intense qu’au Proche Orient).Les mythologies ethniques s’enracinent dans le discours colonial. Le décryptage de cette histoire par un européen risque donc d’être critiqué par les Africains, et par les Européens. J.P. Chrétien rappelle l’assassinat d’historien africains a qui on a reproché d’avoir " changé l’histoire ". Il faudrait revenir à une histoire banale, purgée de tout exotisme.

" Nazisme tropical ". Le conférencier justifie l’expression par le contenu de la propagande qui a accompagné le génocide. Dans le " catéchisme " du parti Hutu qui date de juillet 1972, il y a une référence claire à la pureté de la race. Ces thèmes raciaux n’ont pas été puisé dans la tradition du Rwanda : par exemple les références à la race bantoue relève d’une vision pseudo savante, incompréhensible pour le simple paysan.

La préparation du génocide s’appuie sur une idéologie très construite. Le rapprochement avec le nazisme avait pour but d’extraire le débat de la grille ethnographique, d’atténuer la responsabilité des Hutus, et de mettre l’accent sur les origines de ce discours racial.

J.P. Chrétien plaide pour croiser les regards historiques, espère que les historiens européens pourront jouer vis à vis des historiens africains le même rôle que les historiens américains ont joué pour renouveler l’historiographie sur la Seconde guerre mondiale.

3 : problèmes de justice.

L’historien est aussi un acteur, il a une responsabilité intellectuelle vis à vis de la société. Il peut être convoqué dans le cadre de la justice internationale. Par exemple, J.P. Chrétien a été entendu comme témoin lors du procès des médias rwandais.

Histoire et justice ont de nombreux points communs : preuves, sources, forme des textes, liens à la vérité. Il y a une différence essentielle pourtant. La justice clôt les débat par un arrêt, tandis que l’historien ne clôt pas le débat. De nouvelles études ou de nouvelles approches sont toujours possibles.

Il faut se méfier du négationnisme et du révisionnisme. Le choix de l’échelle peut se révéler dangereux : par exemple, une série d’anecdotes individuelles peut accréditer la thèse du vent de folie spontané.

 

Les frontières en Afrique : absurdité ou enracinement ?
19/10/2003.

Animateur du débat : Pierre Boilley, professeur à Paris I.

Adovi N’Buéké Goeh-Akue : université de Lomé.

Pierre-Claver Hien : chargé de recherche au Burkina Faso.

Daniel Nordman : directeur de recherche au CNRS

Yacouba Zerbo : maître assistant à l’université de Ouaguadougou.

Introduction :

-Il n’y a pas de frontières naturelles, toutes les frontières sont absurdes, et aucune frontière n’est idéale.

- Peu de frontières ont été négociées avec les populations (2% son issues d’un référendum local).

- Les frontières sont des objets historiques, elles évoluent dans l’espace et dans les mentalités.

Plusieurs lieux communs sont attachés aux frontières africaines : Elles sont à l’origine des conflits, elles sont issues du travail de géomètres durant la conférence de Berlin, les populations, les aires linguistiques n’ont pas été prises en compte, elles sont à l’origine du sous-développement etc.

Les frontières africaine ont leurs spécificités : elles ont été tracées dans un temps très court, par des puissances extérieures.

1 : Des frontières précoloniales ont-elles existé ?

P.C. Hien : les explorateurs ont mentionné des limites. Pendant longtemps, les historiens ne se sont pas intéressés à ces frontières. Il y avait des confins, des zones de marche, pas de frontière-lignes, mais des frontières-zones.

D. Nordman : Au Maghreb, on observe une certaine continuité dans l’histoire des royaumes. Le Maroc par exemple est un Etat ancien, avec une forte identité territoriale. A l’époque turque, on trouve des éléments de frontière. Les Français sont persuadés d’avoir apporté l’idée de frontière, ce qui est faux. Le traité de 1845 (convention de Lalla-Maghnia) entre la métropole et le sultanat est un acte diplomatique et le résultat d’un travail de réflexion sur le territoire. On utilise des éléments topographiques, on tient compte des aires des tribus. Au Sud, on ne délimite pas car on considère que c’est superflu (cela prépare aussi une occupation indéfinie). Certaines zones du Sahara sont peuplées de Nomades qui ont un territoire avec des confins. Les frontières, sans être tracées, sont connues.

2 : Typologie des frontières.

P.C. Hien : on distingue des frontières intra-impériales (limites entre colonies d’une même métropole : simples limites administratives qui servent de trait d’union entre les populations. Elles reprennent parfois d’anciennes frontières. Elles peuvent être modifiées sous la pression d’une population), et les frontières inter-impériales (limites entre colonies de deux métropoles : l’impact sur les populations n’est pas le même. Elles ont un caractère immuable. Les populations les intègrent plus rapidement et les utilisent parfois pour la contrebande, pour protéger les réfractaires au travail forcé).

 

Yacouba Zerbo : Revient sur les conceptions précoloniales de la frontières. Ces frontières zones sont mouvantes en raison du rayonnement plus ou moins fort de l’administration centrale. En période d’affaiblissement du pouvoir central, ces zones peuvent être agitées par des rebellions, par la création de nouveaux royaumes. La colonisation a fixé des lignes intangibles, introduit la conception linéaire de la frontière qui délimite les souverainetés et l’appartenance nationale. La frontière a alors une fonction politique, fiscale, une fonction de contrôle (sur les exportations et les importations de marchandises). Ces conceptions nouvelles doivent être intégrées en même temps qu’une prise de conscience nationale. Les frontières " inter " étaient soigneusement tracées tandis que les " intra " étaient plus vagues. Au moment de la décolonisation, il a fallu fixer ces dernières, ce qui a créé des conflits.

EX du Mali et du Burkina : 2200 km de frontière. Les contestations concernent surtout le nord (zone désertique convoitée). Dans cette zone multiculturelle, il y a eu des affrontementst en 1975 et en 1985 : un tracé arbitraire.

M. Buaké : Les frontières ont un rôle important à jouer dans la gestion d’un territoire et de ses ressources naturelles. Les frontières sont aussi des portes qui permettent de contrôler les flux de marchandises, qui entretiennent la contrebande. Un pays a besoin de contrôler les flux de marchandises et de percevoir des ressources fiscales. Cela rend difficile les regroupements régionaux. Les frontières sont aujourd’hui acceptées, elles sont enracinées. Personne n’est prêt à y renoncer. On la dénonce souvent (elle est absurde, d’origine coloniale etc ;), mais on en profite car elle est enracinée dans les réalités politiques.

D. Nordman ; Souhaite avec l’exemple du Sahara occidental montrer que ce genre de conflit n’est pas une querelle de frontière mais un problème d’intégration d’une communauté minoritaire.

L’OUA a décidé d’en rester aux frontières fixées. La frontière est une convention et pour qu’il y a ait convention, il faut une reconnaissance mutuelle d’identité et de souveraineté. Accepter une frontière, c’est reconnaître un Etat, le territoire qui le délimite, la souveraineté d’une population sur ce territoire.

3 : Frontière et identité nationale :

P.C. Hien : Au sein de l’OUA, il y avait 2 groupes antagonistes : le groupe de Casablance partisan d’une modification des frontières, et le groupe de Monrovia, partisan du statu quo. La confrontation a débouché sur une légitimation des frontières existantes. Mais les problèmes de frontière existent toujours ou resurgissent à l’occasion de la découverte d’un gisement pétrolier par exemple.

Y Zerbo : Les conflits ont pu jouer un rôle dans la constitution des nationalismes. Aujourd’hui, les frontières ont été intégrées et toute violation est assimilée à une agression à la souveraineté.

M. Buaké : La frontière peut être vécue comme un élément d’identité. La frontière n’est pas la seule source de conflit. Il peut y avoir des clivages Nord/Sud par exemple au sein d’un même pays.

Conclusion : Les frontières reflètent les problèmes de l’Etat. Les fortes crispations sur les frontières nationales que l’on observe actuellement montrent une incapacité à construire des ensembles régionaux.