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L’histoire à l’heure européenne

Anne-Marie Thiesse, Christian Grataloup, Jochen Hook, Emelyne Balacheff

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Anne- Marie Thiesse pose la question : Pourquoi enseigner l’histoire européenne ? C’est la traduction d’une volonté de dépasser les histoires nationales pour dépassionner le débat. La chute du mur de Berlin a constitué un événement important dans cette volonté. L’Allemagne de l’est semblait sombrer dans un nationalisme terrifiant. Le conseil de l’Europe lance alors une réflexion : comment écrire l’histoire de l’Europe ? Cela s ‘inscrit dans une recherche de définition de l’identité européenne et dans un souci de formation à la citoyenneté européenne.

Mais cela pose beaucoup de problèmes ; on ne sait pas ce qu’est l’histoire européenne. L’histoire enseignée existe pour construire la nation. L’histoire doit –elle être l’instrument d’un projet idéologique ? Doit-elle servir à … ? Enseigner l’histoire européenne, cela peut vouloir dire que nos élèves non-européens d’origine en sont exclus.

En 2de, le découpage correspond aux valeurs définies par le conseil de l’Europe : citoyenneté, christianisme, humanisme, réforme, droits de l’homme…, mais cette lecture est très judéo-catholico-protestante. Elle est fondée sur l’idée que le passé détermine le présent et l’avenir. La question centrale est : le passé européen va-t-il déterminer l’avenir ? Va-t-on écrire contre quelqu’un ? conte le monde musulman ? contre la mondialisation ? L’histoire européenne permet-elle de dépasser l’impasse des histoires nationales ? Peut-on concevoir une autre manière d’écrire l’histoire ? En bref, quelle doit être la finalité d’une histoire européenne ?

Christian Grataloup se situe en géographe et affirme qu’il y a une géographie de l’enseignement de l’histoire en Europe et de l’Europe .

Nous avons différentes façons d’enseigner l’histoire en Europe. En France, l’enseignement de l’histoire est important en termes d ‘heures et couplé avec la géographie, ce qui est rare. Dans les pays anglo-saxons, la notion de discipline est plus floue. En France on enseigne beaucoup la géographie de la France. Cet enseignement est lié à la centralisation des programmes. C’est très différent en Allemagne et en Grande-Bretagne.

La question de l’enseignement de l’histoire est lié à la définition de l’identité : quelle identité veut-on transmettre ? Le modèle est celui du récit fondateur (nos ancêtres les Gaulois ) et de l’ ennemi héréditaire (les Anglais puis les Allemands) ; Alors une histoire européenne contre qui ? Les Américains ? les Musulmans ? le péril jaune ?

Autre constat : nous fonctionnons inconsciemment selon des schémas européens. Le continent est une construction européenne .Ce découpage remonte au Moyen-Age et est une construction culturelle.

Nous utilisons toujours des planisphères européo-centrés et nous donnons aux élèves une représentation du monde où l’Europe est au centre. Il faut en être conscient et leur dire.

Notre découpage chronologique n’a de sens que pour un Européen : c’est inconscient mais très structurant car cela détermine les programmes scolaires et universitaires. En plus l’histoire des autres n’est abordée que dans la mesure où elle nous concerne.

Plus généralement, toute la structure des sciences est européenne. L’opposition nature/culture est européenne. Ce qui nous semble universel est en réalité européen (dans la mesure où les USA sont un prolongement de l’Europe)

Ne faudrait-il pas plutôt faire l’histoire du monde ? et envisager l’Europe comme une étude de cas ?

Jochen Hook est juriste de formation et a enseigné en Allemagne après une thèse à Paris. Il est revenu à Paris pour enseigner l’histoire européenne. Quelques tentatives ont eu lieu : l’Europe des villes, les Européens et la mer. Mais la tendance (dans les concours par exemple) est à la juxtaposition d’histoires nationales.

Emelyne Balacheff souligne qu’enseigner l’histoire de l’Europe à des enfants qui ne se sentent pas français, pose le problème de l’identité des adolescents. Quel modèle d’intégration va-t-on offrir au niveau de l’Europe ?

Pour Christian Grataloup, le problème est majeur pour les élèves qui vivent leur identité comme une juxtaposition de mono-appartenances. Dans certains pays, la réponse est le communautarisme.

Une histoire européenne ne risque-t-elle pas d’ être une histoire des conflits ? il y a des aspects de l’histoire qui permettent d’aborder les choses autrement par exemple les échanges commerciaux.

AM Thiesse revient à la question de départ : l’enseignement de l’histoire doit-il être le support de valeurs idéologiques ? Christian Grataloup réaffirme que l’enseignement de l’histoire -géographie sert à la construction de l’identité nationale et que c’est sa finalité première, avant l’apprentissage de l’esprit critique. L’enseignement de l’histoire européenne aura donc pour objectif de construire une identité européenne.

Compte-rendu : Marie-France Bacuvier