Visiter : Le Musée de la Révolution Française
au château de Vizille

ou

La Révolution Française par les Arts

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Aborder la période révolutionnaire sous l’angle de la production plastique, découvrir les évènements, les personnages, l’enchaînement des faits à travers des tableaux, des sculptures ou des objets de la vie quotidienne, c’est l’originalité du Musée de Vizille abrité dans le cadre exceptionnel d’un château à l’architecture imposante.

Venir à Vizille où s’est déroulée le 22 juillet 1788 l’Assemblée des Trois ordres du Dauphiné, c’est entrer de plein pied dans un moment fort de notre histoire.

L’accès à la période révolutionnaire passera donc dans ce lieu de mémoire par un parcours à travers les arts.

Comment utiliser ces productions iconographiques de l’époque révolutionnaire et du XIXe siècle que vous propose le Musée ?

Peindre l’histoire immédiate a toujours été difficile et pendant la Révolution l’instabilité des gouvernements, la radicalisation des partis rendirent périlleux toute illustration de l’actualité récente. Peu d’épisodes importants ont été peints car à cette  époque toute scène d’actualité s’apparentait à une scène de guerre, considérée comme une catégorie subalterne. En effet la hiérarchie des genres sur le plan esthétique privilégiait le néo-classicisme avec des scènes imitant les anciens ainsi les allégories se prêtaient bien à ce genre.

Il y avait donc un risque flagrant à peindre des scènes de l’actualité. Il a fallu en fait le génie de David pour introduire avec le Serment du jeu de Paume la Révolution dans l’art.

Cependant durant cette période, répondant à des commandes privées nombreuses, la production de portrait d’hommes plus ou moins célèbres fut particulièrement fructueuse.

La Révolution devient dès la Restauration un sujet d’études privilégié pour les historiens ainsi qu'un mythe dont s’emparèrent artistes, critiques et théoriciens de l’art .

Si dans le panthéon royaliste les ultras brandissent le spectre de la Terreur et honorent les martyrs, la Monarchie de Juillet elle, ravive les sentiments d’unité nationale. La Seconde puis la Troisième République installent les mythes fondateurs occultant la Terreur mise en avant par les légitimistes, célèbrent les trois couleurs, l’enthousiasme national et l’unité afin de renouer les fils de l’histoire et rétablir la France dans la continuité de la Révolution et de l’Empire . Les œuvres du XIXe siècle témoignent de la vitalité de la référence à 1789 dans le mouvement qui a conduit à l’établissement définitif de la République française.

Ainsi les peintures, sculptures et objets exposés dans les salles du musée datent et de la période révolutionnaire et du XIXe siècle, illustrant ainsi les transformations culturelles en Europe, des Lumières au Romantisme, nous obligeant sans cesse à adopter une double lecture.

 

Pour décrypter cette histoire avec vos classes vous pouvez parcourir le Musée au gré de vos besoins : différents outils vous sont proposés comme par exemple ces nouveaux parcours  à thèmes :

Vous pouvez également travailler plus en profondeur sur une ou deux œuvres à partir d’un questionnaire d’analyse d’une œuvre d’art.

Le site permet également de traiter, grâce à la famille Périer propriétaire du château de 1780 à 1895, les débuts de la révolution industrielle et l’arrivée de la bourgeoisie d’affaires au commande de l’État.

Voici à titre d’exemple un parcours à thème ( les autres sont à votre disposition au Service Educatif : tel 04 76 78 71 81, et bientôt sur le site du Musée :www.musee-revolution-française.fr.

N’hésitez pas à me consulter :

Nicole Jacquier-Roux-Thévenet, enseignante au service éducatif

 

PARCOURS A THEME : LES ACTEURS DE LA REVOLUTION

1- Jean-paul MARAT

Vous pouvez retrouver ce personnage au fil des salles :

-salle de la république : 4 plaques commémoratives pour le socle d’un monument en l’honneur de Jean-Paul Marat à Bourg en Bresse,1793-1794 ; enrôlements volontaires (22 juillet 1792) peinture d’Auguste Vinchon (1789-1855),1853.

- le grand escalier : le serment du jeu de paume , peinture d’Auguste Couder (1789-1873),1848

- salle du XIXe siècle : Marat , peinture de Luc-Etienne Mélingue( 1841-1889),1879. Dans cette même salle vous trouverez des œuvres évoquant Charlotte Corday dont : Charlotte Corday dans sa prison, peinture de Mélina Thomas, 1836.

 

Voici quelques indications pour vous aider à mettre en place l’analyse de ces tableaux datant d’un siècle qui proposait une vision peu élogieuse de l ‘Ami du peuple comme en témoignent les écrits de quelques écrivains de ce XIXe siècle.

Chateaubriand "  L’ancien médecin des gardes du corps du Comte d’Artois, l’embryon suisse Marat, les pies nus dans des sabots ou dans des souliers ferrés, pérorait le premier, en vertus de ses incontestables droits. Nanti de l’office de fou à la cour du peuple, il s’écriait avec une physionomie plate et ce demi sourire d’une banalité de politesse que l’ancienne éducation mettait sur toutes les faces : " peuple il te faut couper deux cent soixante dix mille têtes ! " ( Scènes et portraits historiques)

Mme de Stäel : "  Marat, dont la postérité se souviendra peut-être afin de rattacher à un homme les crimes d’une époque. Marat se servait chaque jour de son journal pour menacer des plus affreux supplices la famille royale et ses défenseurs. Jamais on n’avait vu la parole humaine aussi dénaturée : les hurlements des bêtes féroces pourraient être traduits dans ce langage. " ( Considérations sur les principaux évènements de la Révolution Française)

Lamartine : "  Marat semblait avoir absorbé en lui toutes les haines qui fermentent dans une société en décomposition ; il s’était fait l’expression permanente de la colère du peuple. En la feignant il l’entretenait : il écrivait avec de la bile et du sang. Il s’était fait cynique pour pénétrer plus bas dans les masses. Il avait inventé la langue des forcenés. Comme le premier Brutus, il contrefaisait le fou, mais ce n’était pas pour sauver sa patrie, c’était pour la pousser à tous les vertiges et pour la tyranniser par sa propre démence " (Histoire des girondins)

Michelet dans son Histoire de la Révolution française dépeint l’ami du peuple ainsi :"  ses cheveux gras, entourés d’un mouchoir ou d’une serviette, sa peau jaune, ses membres grêles, sa grande bouche batracienne ne rappelaient pas beaucoup que cet être fut un homme ".

Cette présentation de Marat sous ces traits peu ragoûtant fut celle que la IIIe république,à ses débuts, authentifia. Michelet par cette description fige pour un bon siècle l’image historique et mythique de Marat. Ainsi dans la plupart des histoires rédigées au XIXe siècle la même image est reprise : de Thiers, à Buchet ou à Taine : Marat est un fou , un monstre, un criminel démagogue.

Cependant en contrepoint on trouve Victor Hugo qui dans ses textes préparatoires à son ouvrage " Quatre vingt treize " fait de Marat un géant à l’égal de Danton et Robespierre " Création difforme de la société, Fille sourde de cette mère aveugle. Lie de ce pressoir, Marat c’est le mal souffert devenu le mal vengeur… "

C’est dans cette optique qu’il faut aborder le portrait de Marat peint par Mélingue et insister sur la vision qu’il offre ( à comparer avec le Marat de David)

MARAT par Luc Etienne MELINGUE (1841-1889)

Peinture à l’huile, 1879.

Reproduction avec l'accord du musée.

Le chromatisme des couleurs dans une gamme sourde empruntée à l’école réaliste fait penser à la peinture victorienne d‘outre-manche

Cette représentation traitant Marat avec sympathie est étonnante quand on sait que les idéologues du centenaire de 1889 ne furent pas tendres avec l’Ami du Peuple : c’est Danton, l’homme du 10 Août qui triomphera sur la place de l’Odéon

Le tableau peint par Mélingue résiste à l’imaginaire dominant, la baignoire est absente, ce qui écarte toute allusion à sa mort violente et à sa maladie. Même s’il affirmait avoir contracté sa maladie de peau durant de longues semaines de cachette dans les caves humides de la capitale, il ne parvint jamais à se faire passer auprès de la postérité comme une victime souffrante, au contraire il fut représenté comme le propagateur du mal qui le rongeait. La figure de Mélingue paraît réfléchir avant d’écrire dans une attitude qui est traditionnellement celle de l’inspiration. L’accent est mis sur l’écrivain et le journaliste dévoué à la cause du peuple. Mélingue ne craint pas de souligner le dénuement et le débraillé qui caractérisent le personnage comme autant de signes de la vertu de Marat et de sa solidarité avec les sans-culottes. Figure emblématique de la violence révolutionnaire Marat fut un des personnages de cette période le plus souvent représenté.

 

Questionnaire sur les œuvres présentant Marat

( au préalable pour préparer la visite, cerner le personnage en dressant une rapide carte d’identité : nom, date et lieu de naissance, date et lieu de décès, profession, le groupe politique auquel il appartenait, le nom du journal dont il était le rédacteur)

Les réponses sont guidées par les cartels d’explications disponibles dans les salles

SALLE de la République :

. étude du monument à Marat

- De quelle époque datent ces plaques de marbre ?

- Présente le personnage avec la plaquette mise à ta disposition

- Pourquoi dit-on que Marat est " l’ami du peuple " ?

- Qu’est-ce que " L’Ami du Peuple " ?

- Qui a tué Marat et pourquoi ?

- Pourquoi dit-on que Marat est devenu le " martyr de la Liberté ".

. étude du tableau : enrôlements volontaires (22 juillet 1792 )d’Auguste Vinchon

- A quelle date a-t-il était peint ?

-Où se trouve Marat ?

-Pourquoi n’est-il pas représenté avec le groupe de gauche ?

- Que veut mettre en lumière ce tableau ?

SALLE du XIXe siècle

.étude du tableau : Marat de Lucien-Etienne Mélingue, 1879 :

-comment Marat est-il représenté ?

-Connais-tu un autre tableau le représentant ? Par qui a-t-il été peint ?

Quelle est la différence majeure entre les deux ?

-Quel rôle joue la plume que tient Marat ?

.étude du tableau : Charlotte Corday dans sa prison de Mélina Thomas, 1836

-Qui était Charlotte Corday ?

-quelle rôle a-t-elle joué pendant la Révolution ?

-comment Charlotte Corday est-elle représentée ? pourquoi ?

-quelle vision le peintre propose-t-il ?

 

2- Maximilien ROBESPIERRE

Vous pouvez retrouver ce personnage au fil des salles :

- salle de la République: Buste réalisé par Claude André Deseine (1740-1823), 1791.

- Salle du XIXe siècle : la séance du 9 thermidor, peinture de Quinsac-Monvoisin (1794-1870),1837 ; le matin du 10 thermidor An II, peinture de Luc-Etienne Mélingue (1841-1889) 1877 ; un médaillon de bronze de Ruhierre (1808-1884) ; une esquisse de M. Faivre (1856-1941)

- salle des tapisseries : le 10 thermidor  peinture de Charles Auguste Durand (1827-1870)1869

Vous pourrez également repérer l’Incorruptible en montant le grand escalier sur le Serment du Jeu de paume peint par Auguste Couderc et en traversant la salle de la République sur le tableau d’Auguste Vinchon : enrôlements volontaires

La vision que l’on a de Robespierre à travers ces salles est différente de celles inventées ou instaurées depuis Thermidor et qui défigurent souvent le personnage.

- Salle de la République :

-Buste en terre-cuite  réalisé en 1791 par Claude André Deseine (1740-1823)

Reproduction avec l'accord du musée.

L’artiste réalisa en même temps un buste de Petion et de Mirabeau, il offrit celui de Robespierre au Club des Jacobins. L’artiste a voulu montrer un jeune homme au le visage tendu et mobile exprimant la vivacité de la pensée. Ce portrait surprend car il propose un Robespierre séduisant, se démarquant radicalement des images proposées par la suite.

En fait il semble appartenir aux quelques rares portraits authentiques de l’Incorruptible.

Les 3 tableaux suivants retracent les dernières heures tragiques de la vie de Robespierre

-La séance du 9 Thermidor : huile sur toile peinte par Quinsac-Monvoisin (1794-1870) vers 1837.

Ce tableau peint sous la Monarchie de Juillet comme bon nombre à cette période retrace les séances historiques de la Convention nationale, aussi les critères sont-ils plus politiques qu’artistiques. Le régime fondait une part de sa légitimité sur une lecture de la Révolution Française favorable à la famille d’Orléans et au parlementarisme. Ainsi tout ce qui touchait à la Révolution était un domaine réservé et soumis à un contrôle strict.

La séance du 9 Thermidor de Monvoisin qui évoque la chute de Robespierre et la fin de la terreur présente une image de l’assemblée en convulsion, minant l’idéal parlementaire promu par la Monarchie de Juillet et le parti-pris de la grisaille, technique austère et peu courante, accentue le caractère dramatique et l’ambiance nocturne . Ce tableau remporta peu de succès à cette époque et fut écarté des expositions auxquelles l’auteur le présenta .

- le matin du 10 Thermidor An II  huile sur toile de Luc Etienne Mélingue (1841-1889) peinte en 1877

Ce portraitiste et paysagiste a, sous la IIIe République, peint des scènes de l’Histoire de France dont plusieurs ayant trait à la révolution française.

Robespierre est représenté après son arrestation à l’Hôtel de ville dans la nuit du 9 au 10 Thermidor. Etendu sur une table, la mâchoire fracassée, dans l’antichambre du Comité de Salut Public, il est entouré de son frère cadet Augustin et de Saint-Just dans l’attente de leur exécution qui aura lieu dans la soirée.

- le 10 Thermidor : huile sur toile peinte par Charles Auguste Durand ( 1827-1870) en 1869 : Robespierre et Saint-Just transportés de l’Hôtel de Ville à la Convention

L’artiste s’est inspiré d’un travail important d’Ernest Hamel : Histoire de Robespierre ( publié en 3 volumes) entre 1865 et 1867.

Chaque élément du récit d’Hamel est repris par le peintre jusqu’aux détails vestimentaires des protagonistes.

Cet épisode  évoque le transfert vers la convention Nationale ( palais des tuileries) , à l’aube du 10 Thermidor An II ( 28 juillet 1794), de Robespierre et de ses amis arrêtés à l’Hôtel de ville. "Ils furent 22 à comparaître devant le tribunal révolutionnaire : après un interrogatoire rapide à la fin de la journée avec 21 de ses compagnons Maximilien Robespierre fut conduit à l’échafaud au milieu des manifestations de joie des quartiers riches de l’ouest de Paris. 86 " robespierristes " le suivirent les jours suivants "( Histoire de Robespierre par E.Hamel)

Le tableau propose un Robespierre allongé sur un brancard, la mâchoire fracassée par un coup de pistolet. Derrière lui se trouve son jeune frère, Robespierre Jeune, grièvement blessé lui aussi des suites d’une défenestration volontaire. Au centre Saint-Just, debout et plein de dignité, véritable héros de ce tableau. Couthon, également grièvement blessé à la tête après être tombé dans les escaliers de l’Hôtel de ville, est porté par deux hommes. Toisant les vaincus du haut de leurs montures Barras, précédant de peu Bourdon, les émissaires de la Convention.

Les deux tableaux illustrant la journée du 10 Thermidor présentent un Robespierre devenu victime, les auteurs valorisant le sacrifice du révolutionnaire pour la nation et les idéaux révolutionnaires .

Questionnaire sur les œuvres présentant Robespierre

( comme pour Marat, au préalable pour préparer la visite, cerner le personnage en préparant une rapide carte d’identité de Robespierre)

-salle du XIXe siècle

- Etude du tableau : la séance du 9 thermidor  peint par Quinsac-Monvoisin

- comment cette séance à la Convention est-elle représentée ?

-quelle est l’atmosphère qui règne à ce moment-là ?

-que va-t-il arriver à Robespierre ?

-Pourquoi l’artiste a-t-il fait le choix de la grisaille plutôt que la couleur ?

- Etude du tableau :le matin du 10 thermidor An II peint par Luc-Etienne Mélingue)

-Où se passe la scène ?

--Comment est représenté Robespierre ?

-Que s’est-il passé entre le 9 et le 10 ?

-Que lui est-il arrivé ?

-A votre avis qui sont les victimes et les bourreaux sur ce tableau ?

-Quelle vision de la révolution offre-t-il ?

- salle des tapisseries

-Etude du tableau : le 10 Thermidor peint par Charles-Auguste Durand

- comparer ce tableau avec le précédent

- Comment est représenté Robespierre ?

- Où se trouve Saint-Just ? Quelle place lui est accordée dans le second tableau ?

-Quelle vision de Robespierre et de ses compagnons les 2 peintres veulent-ils donner ?