II - UNE AMELIORATION DE LA PREVENTION

A - UN CHOIX DE SITE IMPORTANT

Dès les premiers peuplements en altitude, les montagnards ont appris à abriter leurs constructions derrière des reliefs et cherchaient des sites protégés (un replat, un épaulement, à l'abri d'un rocher, d'une moraine) pour s'y implanter car ils ne possédaient guère de moyens de défense. Ils bâtissaient parfois à l'amont une petite tourne, enterraient l'écurie en la couvrant d'un toit à un seul versant dans le sens de la pente. Le choix était parfois restreint, vu l'exiguïté des terrains et l'obligation de conserver les meilleures terres pour les cultures. Mais bien que les habitants soient très prudents dans le choix de l'implantation d'un village, celui-ci peut être durement touché. De multiples habitations ont ainsi été déplacées pour éviter de nouvelles destructions. Comme ce fut le cas pour les Vallorcins qui quittèrent en 1624 le plan de l'Au pour le site actuel de Loriaz. Abandonner le village pour un endroit plus protégé arrivait rarement.
Quand le risque était trop grand, les maisons les plus exposées étaient évacuées et les voisins offraient l'hospitalité. Mais les habitants s'obstinaient à rester sur place. Bien souvent, les gens reconstruisaient aussitôt et au même endroit leur chalet détruit. En effet, le village vit d'un terroir et les villageois ne peuvent le délaisser. Ils construisaient leurs habitations en bas du terroir, car sur les versants raides, il est plus aisé de descendre les récoltes.
L'habitat permanent était composé de plusieurs maisons, car en cas de malheur, les familles peuvent se soutenir et s'aider mutuellement. L'esprit de solidarité était renforcé face aux dangers que présentait l'avalanche.

 

B - UN PHENOMENE MAL CONNU

L'avalanche était un phénomène peu connu. Celle-ci omniprésente dans les montagnes, a toujours était le sujet de nombreuses interrogations et chacun se demandait quelle était son origine.
Les montagnards en distinguaient deux types :
- la coulée : avalanche de printemps ne s'étendant pas sur une grande largeur et ne touchant que très rarement les habitations car son trajet, souvent le même était bien connu des habitants.
- l'avalanche proprement dite, imprévisible pouvait causer d'énormes dégâts après de grosses chutes de neige et le souffle qui le précédait était particulièrement redouté. Celle-ci ravage non seulement le versant d'où elle se détache, mais aussi quelquefois le bas du versant opposé.

Gravure du musée d'Annecy

 

Le premier à les détailler est le géographe et historien grec Strabon (63 av. JC- 24 ap. JC), qui pensait déjà à un phénomène de transformation de la neige et de stratification du manteau neigeux. Mais avant cela, Hannibal (247-182 av. JC), le général carthaginois, sondait la neige du bout de sa lance pour vérifier la stabilité du manteau neigeux et ainsi éviter à ses troupes de déclencher et de se faire emporter par une avalanche.
Au Moyen-Age et à la Renaissance, de nombreuses descriptions souvent fantaisistes de ce phénomène apparaissent, résultats des traversées plus fréquentes des Alpes en hiver. Mais on commence à mieux comprendre les causes des avalanches et dans quelles conditions elles se forment. On constate que la chaleur ou la pluie ont souvent pour effet de déclencher des avalanches de neige humide. On observe aussi lors d'une instabilité exceptionnelle du manteau neigeux, qu'un simple bruit peut le mettre en déplacement.
D'ailleurs lord Byron (1788-1824), dira dans Manfred (1817) "avalanches qu'un soupir fait descendre".
Lors de la traversée de Bonaparte au Grand-Saint-Bernard, la menace que constituaient les avalanches se fit clairement ressentir : le général Lannes ordonnait que nul ne devait crier à pleine voix de peur d'en déclencher une.
En 1880, le général Marescot confirme "Les gens du pays assurent que le plus léger mouvement, le pas des hommes, des animaux, que la voix même, suffisent pour décider de la chute d'une avalanche". Celui-ci pensait que le son du canon était un très bon moyen pour provoquer une avalanche : "Si l'on passe par temps douteux, il serait prudent de tirer quelques coups de canon, en entrant dans la région des neiges, afin de décider d'avance par l'explosion de l'artillerie, l'éboulement des avalanches qui se trouveraient prêtes à s'ébranler". Celle-ci pouvait même se révéler être une arme pour une armée lorsqu'elle était provoquée en tirant sur les versants récemment enneigés qui engloutissaient alors la partie adverse. Cette technique est à l'origine du déclenchement d'avalanches à l'aide d'explosifs.
Mais des précisions ne sont plus apportées et l'on en reste là. On ne note guère qu'une troisième forme d'avalanche existe, moins impressionnante mais plus destructrice : la plaque. Celle-ci a longtemps semé le doute chez les observateurs. On le remarque dans la littérature qui a fourni de multiples descriptions et interprétations de ce phénomène parlant de "lentilles aux bords amincis se formant au printemps sur les versants ensoleillés et lisses".

C - UNE DIMINUTION DES DEPLACEMENTS EN HIVER

On évitait de se déplacer en hiver pour limiter le risque d'être pris dans une avalanche. Pour réduire les mouvements, on multipliait les écoles dans les hameaux, pour épargner aux enfants de parcourir une trop longue distance dans un secteur risqué. De plus, si ils doivent tout de même traverser une zone trop dangereuse, ils restent chez eux.
La pratique religieuse est aussi un mobile pour se déplacer, mais ce n'est pas un péché de ne pas à se rendre à l'église les jours de danger.


Les habitants prennent de nombreuses précautions lorqu'il s'agit de se mouvoir en montagne. Dans les périodes de risque, on informe le voisin de son départ. On préfère se déplacer en groupe sur les versants les moins avalancheux et l'on s'espace dans les couloirs dangereux afin qu'il reste un survivant capable de prévenir les secours en cas de malheur. Cette prudence limite les accidents. Et les grandes catastrophes sur les voies d'accès prennent généralement des gens extérieurs à la vallée et ne connaissant pas l'existence de couloirs dangereux.

Au XIX ° siècle, des cartes topographiques sont réalisées mentionnant les couloirs d'avalanche. Celles-ci évitent aux montagnards se s'aventurer dans des zones dangeureuses.
(pour voir une carte ancienne : cliquez ici)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D - UNE PEUR QUI SUBSISTE

Jusqu'au Moyen-Age, les montagnards ne s'aventurent sur les sommets que contraints et forcés. Jusqu'au XIX siècle, on ne cherche guère à étudier ou différencier les avalanches, souvent considérées comme d'énormes boules de neige dévalant le long des pentes, bien qu'elles soient de constitutions très distinctes. Il faut attendre la fin des années 50 pour que les avalanches n'apparaissent pas comme une terrible manifestation du destin. Aujourd'hui, les avalanches pèsent moins sur la vie locale. De nombreux villages sont désormais déserts l'hiver, comme c'est le cas du hameau d'Avérole ou des Vincendières en Haute Maurienne. Le risque s'est estompé, bien qu'il ne puisse jamais être nul.

 

Retour page d'accueil