Généralités

1.0 - Généralités 1.1 - Quelles classes choisir? 1.2 - Quels horaires?
1.3 - Quels correspondants?
1.4 - Quels enseignants?

Une classe collaborative se compose en fait de deux classes et deux enseignants, travaillant dans deux endroits différents du monde et reliés en permanence par les moyens qu'offrent les technologies de l'Internet. Ce type d'enseignement, guère envisageable de façon efficace il y a 5 ans, devient une alternative possible et motivante dans l'environnement actuel. Beaucoup de lycées, sinon tous, sont maintenant équipés des salles d'ordinateurs modernes qui sont une condition obligatoire pour pouvoir pratiquer une pédagogie collaborative. De plus, la mode actuelle de l'Internet en France incite les familles à s'équiper d'ordinateurs personnels et la pratique des techniques de communication facilite les échanges entre professeurs, familles, élèves et correspondants étrangers. Il n'est plus besoin d'expliquer les techniques aux familles et la compréhension par les parents et les élèves du programme proposé en est grandement facilitée.

C'est maintenant (avril 2001) la quatrième année qu'une classe du lycée Paul Héroult à Saint Jean de Maurienne participe à une classe collaborative. Le programme est maintenant bien rodé. Les améliorations apportées au programme depuis deux ans exigent une remise à jour pédagogique et technique du rapport de mai 1999. Les modules qui le composent ont évolué à cause d'ajustements pédagogiques apportés au fil du déroulement du programme collaboratif et les voyages, en particulier, ont pris une importance considérable, qui sera commentée plus loin.

Dans ce rapport, après une partie préliminaire sur les groupes en présence, les modules qui composent le programme collaboratif seront commentés et surtout les rapports qui les lient pour en faire une pédagogie cohérente. Ces liens seront illustrés dans un diagramme. Ces modules fonctionnent circulairement et dans un ordre bien défini: d'abord le courrier électronique, puis les NetMeetings, avec préparation et synthèse orale après analyse des scripts de la discussion, les essais et leur correction, la publication dans un site Internet commun, le "feedback" à partir de ces publications, donnant lieu à un nouveau cycle de courrier électronique, etc... Ce cycle fonctionne de façon identique pour chaque thème. Le choix des thèmes sera aussi commenté. Ensuite, les commentaires porteront sur le rôle pédagogique du voyages dans le pays étranger (visite des étudiants américains, suivi de la visite aux USA des étudiants français), pour montrer comment la vraie fonction du voyage est de "revisiter" ce qui a été fait, d'où l'importance du choix des thèmes de travail, pour aboutir à un verrouillage des connaissances (locking process) et une dévirtualisation totale du travail accompli en classe. Paradoxalement, c'est l'ordinateur, outil du virtuel, qui amène à cette dernière possibilité. La conclusion de travail annuel se concrétise par une dossier de recherche dont le thème, très spécialisé et ancré profondément sur le lieu visité, a été choisi bien avant le voyage, préparé jusqu'au voyage et composé à sa suite. Tous ces modules sont intégrés les uns aux autres et interdépendants. Aucun ne peut être supprimé sans bloquer le cycle. L'élément intégrateur global est le voyage.

Autre point important: ce programme ne fonctionne pas comme une addition au cours traditionnel. On ne peut le faire deux heures dans la semaine et ensuite revenir aux pratiques traditionnelles. C'est un package pédagogique complet qui ne fonctionne pas s'il n'est fait qu'à moitié.

This program cannot work as an 'add-on' to a program already existing. Ie., if you have a TL class, you can't do this program for the 2 hours of langue-renforcée and keep going like for the past 5,10, 20 years for the other hours. It's a complete shift. If it's only done half-way, it's not being done and it won't work. It's a strong statement but I really think that this can't be partial - either the teachers do it, or don't. It's not a complementary structure - it is a structure in itself. (Helene Gresso)

Quelques citations choisies parmi les écrits des élèves des deux bords seront utilisées pour illustrer certains points précis. Elles seront anonymes. Il est à signaler que le projet dans son ensemble a fait l'objet d'une thèse d'université américaine (à paraître) dont certains extraits seront aussi cités.

Les classes en présence

1.1 - Quelles classes choisir?

Le programme collaboratif est en théorie applicable à n'importe quelle section de première et terminale. Il est cependant préférable de choisir une classe de terminale si les échanges se font avec une classe étrangère de niveau universitaire, pour des raisons évidentes de maturité. L'élève sera amené à s'interroger sur les processus mis en œuvre, devra aussi montrer qu'il intéresse à son environnement pour pouvoir en informer l'autre, devra faire preuve d'autonomie dans son travail et surtout devra se montrer responsable, en particulier pendant le voyage dans le pays étranger.

Il est très important de bien connaître à l'avance la classe qui va suivre le programme. Il est encore plus important qu'une relation de confiance solide existe entre l'enseignant et la classe dans sa totalité, principalement pendant les périodes des deux voyages. Si cette relation est impossible, il faudra prévoir un encadrement serré dans le pays étranger, ou simplement s'abstenir de voyager, tout en appliquant les autres modules du programme. Cette dernière option est fortement réductrice, comme il sera expliqué plus loin dans la partie consacrée aux modules. La meilleure solution pour l'enseignant de langues semble être de repérer une classe "prometteuse", et de la demander et la suivre en première et terminale. Ces élèves doivent aussi savoir qu'ils vont suivre un programme spécial, sans parler de l'administration, dont la collaboration et l'aide s'avéreront indispensables.

Dans la mesure où le voyage va coûter de l'argent et qu'il faudra éventuellement héberger des étudiants visiteurs, il est très important de prévenir les familles au moins un an à l'avance, en tout cas, avant la rentrée de septembre pour un voyage en avril de l'année suivante. Cette démarche est nécessaire pour permettre aux étudiants de réfléchir longtemps à l'avance afin de traiter les problèmes financiers qui pourraient se poser, par exemple en travaillant l'été.

Dans ma pratique de 4 ans du programme collaboratif, j'ai utilisé le programme avec trois classes de terminale L et une classe de terminale LV2 anglais. Si les classes de terminale L étaient de niveau plus homogène, la classe de TLV2 (1 TL, 5 TS, 3 TES et 4 TSTT) s'est montrée très intéressante par sa diversité de points de vue. De plus, une classe à effectif réduit facilite le voyage.

1.2 - Quels horaires?

La tendance actuelle à diminuer le nombre d'heures de cours joue en défaveur du programme, pour lequel il faudrait au minimum 3 heures par semaine pour la simple application du programme, et 4 heures pour inclure la préparation au bac dans le cas d'une classe passant le bac écrit (ce qui n'est pas le cas des LV2, sauf section L). L'élément central étant les NetMeetings (voir modules), il faut une heure de préparation de la séance, une heure d'échange si les heures coïncident, ce qui est rarement le cas, et une heure d'exploitation du script, d'écriture et correction des essais, sans parler du travail fait en autonomie comme la mise en format Internet des essais, la gestion du courrier électronique et autres tâches ponctuelles qui seront évoquées plus loin.

Par exemple, pour la classe de TLV2 2000/2001, une heure lundi après-midi de préparation, deux heures mardi de 15h30 à 17h30 pour vérifier les éléments de l'échange, faire un NetMeeting de 16h10 à 17h00 (dans notre cas, la classe américaine a cours de 10h10 à 11h00 avec un décalage négatif de 6 heures) et une demi-heure de synthèse orale, scripts de l'échange sous les yeux, et enfin une autre heure jeudi matin pour le travail sur les essais.

1.3 - Quels correspondants?

Selon la langue enseignée, le programme est applicable avec n'importe quel pays du monde dont les fuseaux horaires permettent un recouvrement d'au moins une heure, c'est-à-dire plus ou moins la durée totale d'un jour de classe en France moins une heure. Avec les pays européens, il n'y a aucune difficulté. Mais nous parlerons ici de langue anglaise et, là, des problèmes peuvent se poser. La Grande-Bretagne a peu de décalage horaire. Ce n'est pas le cas des Etats-Unis, de la Nouvelle-Zélande ou de l'Australie. Ces deux derniers pays sont hors limites horaires, ce qui élimine d'entrée une des briques les plus importantes du programme, le chat en direct. Les USA sont possibles à condition de rester dans la partie est du pays. Par exemple nos correspondants de Pennsylvanie (qui seront appelés keypals) ont six heures de retard sur nous. Leur première tranche horaire de cours universitaires correspond à nos deux dernières. Si l'échange se fait avec une high school, qui commence deux heures plus tôt, on peut s'éloigner de deux time zones vers l'ouest.

Pourquoi des keypals américains?

Pour de multiples raisons, le choix d'un échange avec les Etats-Unis offre le plus de richesse.

1) la majorité des etudiants que nous avons en Fr 1,2,3 pense que les Français sont des snobs grossiers qui détestent les Americains, et en plus ils sont sales. (J'en passe et des meilleures.) La vision de l'autre est très stéréotypée. (seulement au debut de l'annee pour les étudiants de notre programme. Quant aux autres, je n'en sais rien, mais je suppose que cela a un peu changé, sans être vraiment 'incarné' puisqu'ils ne connaissent personne qui puisse infirmer ou confirmer leurs préjugés.)
2) definitions de ce qu'est l'etude de la culture française dans le cours de français, selon eux (mais au tout début de année seulement chez les étudiants de notre programme): un truc décoratif qu'on fait quand on est fatigué de travailler vraiment; ou: quelque chose qu'on étudie quand on a tout appris de la langue francaise et qu'on sait parler couramment, par exemple, le dernier cours qu'on suit pour son 'major'. Exemples: faire un sketch sur une hôtesse de l'air dans un avion d'US Airways (l'hôtesse de l'air parle français.) Regarder "le roi lion" (traduit en français). Manger dans un restaurant (pas forcément un restaurant français, mais comme ce n'est pas de la grammaire et que le prof de français nous y emmène, eh bien quelque part, manger dans un resto indien ça doit être ca, étudierr la culture française. Chanter "como flotan los cadavres".
Tu me diras, ça n'a rien a voir. Ma réponse: exactement. Ils n'ont aucune idée de ce que ca peut bien être, et en tout cas, ils ne voient pas du tout le lien que ça peut avoir avec un cours de LV.
3) un cours de LV ne sert à rien, sinon à avoir son diplôme. (la question du sens du cours, son but... n'entre pas en jeu.)
4) savoir le français, avoir une bonne note = faire beaucoup de devoirs (=si on écrit beaucoup, on est sûr d'avoir un A, quelle que soit la qualité effective du devoir rendu. Usage dit du "A for Effort". effort= A et A= parfait) -- Note que la phrase n'est *pas* "si on sait bien le français, on aura une bonne note." Le savoir n'est pas pensé.
5) étudier = mémoriser.
6) parler français, c'est remplir des trous avec les bons mots (la dimension de communication avec un autre n'entre pas en jeu.)

Quel niveau de keypals?

Il semblerait logique d'apparier des tranches d'âge semblables et des établissements équivalents (high school dans le cas des USA). Cela est vrai en première, mais beaucoup moins en classe de terminale. Le choix d'un établissement universitaire, même s'il empêche les jumelages officiels d'établissement à établissement, offre de nombreux avantages pour l'étudiant de terminale.

Les enseignants en présence

1.4 - Quels enseignants?

Pour faire ce programme de façon efficace, il vaut mieux être formé aux diverses techniques de l'Internet, non seulement le côté utilisateur, mais aussi le côté créateur. Autres alternatives: un responsable de salle ordinateurs coopératif, ou, le mieux, un élève compétent dans la classe du programme. De plus en plus d'élèves sont très au fait des techniques du HTML, et il suffit de leur demander leur collaboration. Ils aimeront qu'on leur demander d'exprimer leurs capacités créatrices. Une dernière solution est de confier le travail de gestion de site au partenaire étranger, et de lui envoyer par courrier électronique les textes à mettre en forme et "poster" (publier sur Internet).

Les professeurs responsables du programme doivent être prêts à communiquer très souvent (en pratique, presque tous les jours) pour coordonner leur travail. Cela peut se faire parfois longtemps à l'avance, puisque les enseignants américains par exemple doivent proposer un syllabus (programme détaillé des cours qui a valeur de contrat) bien avant le début de leur term (trimestre). Pour les futures classes du programme 2001-2002 (Terminale L et FR201/FR3) le programme simplifié a déjà été établi.

(retour - suite)