Création de chansons : quelques pistes

mardi 26 mars 2013, par Emmanuel Burlat

Créer des chansons est une activité complexe, mettant en jeu des compétences multiples et pouvant être abordée par des chemins variés. Mais avant tout, c’est une activité de création dans laquelle le résultat ne se décrète pas à l’avance. Cela reste pour autant un domaine que l’on peut aborder modestement et avec enthousiasme à tous les niveaux de la scolarité. Le cheminement y est toujours passionnant.

Les lignes qui suivent proposent quelques indications d’activités qu’il faut prendre comme points de départ : une façon d’induire l’exploration sensible qui développe le goût de créer chez les enfants. La plus grande liberté est encouragée vis à vis de ces premières pistes : on peut les croiser, passer de l’une à l’autre, les tordre ou les abandonner au gré des propositions naissantes de la classe.

La compétence supposée de l’enseignant en musique n’est pas une porte d’entrée obligée : moyen d’expression populaire, la chanson - comme le dessin ou la danse - est accessible à tous.

Vous trouverez ci-dessous une version téléchargeable de ce document, sous la forme d’un pdf interactif (utilisateurs Mac Os : utiliser Adobe Reader au lieu d’Aperçu pour ouvrir le document), ainsi qu’un petit tutoriel Audacity pouvant être utile en pour des manipulations de sons.

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Création de chansons : quelques pistes
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Petit tutoriel Audacity
I. Qu’est-ce qu’une chanson ?

Une chanson croise deux éléments : un texte, les paroles (qui peuvent être composées d’onomatopées) et une mélodie. Généralement, cette mélodie comprend des éléments rythmiques. Autour de cette base peuvent s’ajouter des éléments d’habillage, mais ils ne sont pas obligatoires :

- un arrangement harmonique

- une instrumentation

Ces deux derniers éléments ne seront pas abordés ici.

Deux grandes voies sont possibles lorsqu’il s’agit de créer une chanson : commencer par les paroles ou commencer par la musique. Lorsqu’on pense créer les deux simultanément, on passe en fait rapidement et alternativement de l’une à l’autre.

II. Créer une mélodie à partir de paroles existantes

a. utiliser la similitude des langages parlé et chanté

Lorsque l’on parle, les modulations de la voix forment une véritable mélodie. Ce qui nous fait percevoir une émission vocale comme chantée ou parlée, c’est d’abord le contexte. Entre ensuite en ligne de compte le cadre rythmique, et notamment la présence ou non d’une pulsation.

Dans l’exemple ci-dessous, un texte est d’abord lu en anglais. Un segment de phrase est ensuite répété, mis en boucle, et sa mélodie naturelle apparaît progressivement à l’oreille. Pour nous en convaincre, un accompagnement musical vient souligner cette mélodie naturelle...

parlé-chanté
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Pour faire apparaître cette « mélodie naturelle », on peut ainsi à partir de l’enregistrement d’une phrase la reproduire en boucle : sa mélodie semble alors se révéler, et des répétitions orales amplifieront alors son contour.

b. travailler sur de courts segments

La répétition des phrases pour en révéler la mélodie demande de se limiter à de courts segments, afin que la mémorisation mélodique soit facilitée. Les textes poétiques en vers, qui possèdent déjà un rythme propre, sont également plus simples à mettre en musique.

Voici un court segment poétique dit par un enfant. La musique qui vient ensuite permet de bien réaliser le côté mélodique de la répétition.

Segment en boucle
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c. travailler sur des strophes poétiques

On a vu qu’une des caractéristiques de la mélodie, c’est son cadre rythmique : il sera ainsi plus facile de faire émerger une mélodie d’un texte dont la prosodie est mesurée (nombre de vers, nombre de pieds). Ainsi, lorsqu’un enfant apprend une poésie, les multiples répétitions qu’il est amené à faire en fixent souvent le cadre rythmique. On peut se servir de cette base pour basculer vers la mélodie, en exagérant les mouvements de la voix.

d. explorer des pulsations et des rythmes différents

Toutes ces explorations trouveront une aide précieuse dans la tenue d’une pulsation (elle peut provenir d’un métronome ou être tenue par un élève « maître du temps »), éventuellement d’un ostinato rythmique. Cette pulsation est inductrice : la faire varier, c’est souvent changer d’esthétique. Le même texte interprété sur des pulsations lentes ou rapides n’emmènera pas sur les mêmes chemins.

Ce court segment poétique est répété en boucle sur deux pulsations différentes : le contour mélodique induit est différent dans les deux cas.

Modifier le tempo
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e. la question de la trace, de la mémoire

La mélodie, on l’a vu, pré-existe souvent dans la version parlée du texte. Le travail de répétition permet d’en fixer les contours sur le moment, mais la conservation d’une trace est nécessaire : un enregistrement (micro intégré d’un ordinateur, enregistreur numérique). Cette trace permettra d’avancer de séances en séances et de fixer la création.

III. Créer une mélodie sans le soutien des paroles

a. la notion de phrase mélodique

Une mélodie, c’est une suite de notes sur un rythme donné : tout comme le langage parlé et écrit se structure en phrases, avec des respirations, la mélodie a un début, une fin et nécessite des respirations. On parle ainsi de phrases mélodiques.

Ici une personne siffle plusieurs phrases mélodiques, séparées par des respirations. On peut demander au élèves de les compter...

Phrases mélodiques
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b. accumulation progressive

Lors de la création de la mélodie, on peut jouer à un jeu d’accumulation progressive : un élève fait une première note, reprise par l’ensemble de la classe. Puis l’élève suivant reprend cette note en en ajoutant une seconde et tout le monde reprendra ce motif. Puis une troisième note pour le troisième élève... et ainsi de suite. Cette méthode ludique va créer des mélodies sans rythme particulier, uniquement basées sur la pulsation.

On peut varier les règles du jeu : autoriser ou non les répétitions, etc... La même démarche peut être adoptée pour une création instrumentale à partir de quelques lames sonores.

Exemple de jeu d’accumulation progressive avec des élèves conduisant à une petite phrase mélodique.

Jeu d’accumulation
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c. transposition de motifs

Lorsque un premier motif mélodique est créé, on peut le répéter en modifiant simplement son point de départ : c’est ce qu’on appelle la transposition. Là encore, la chanson se nourrit de ce type de procédé propre à marquer l’oreille de l’auditeur...

Voici le court segment mélodique issu de l’accumulation précédente, transposé à différentes hauteurs : l’ensemble constitue un véritable couplet ou refrain.

Transposition de motif
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IV. Partir d’une chanson existante

Partir d’une chanson connue de tous et la transformer, la modifier au point de la rendre méconnaissable et d’en faire ainsi une création nouvelle : c’est une approche souvent rassurante qui évite l’angoisse de la page blanche. Les différentes approches ci-dessous peuvent bien sûr être croisées, cumulées... on aura en définitive une œuvre totalement nouvelle dans laquelle il sera souvent impossible de reconnaître l’original !

a. modification des paroles : détournement

Une première création simple consiste à modifier uniquement les paroles d’une chanson. Ces modifications peuvent intervenir à la marge, concerner quelques mots ou expressions seulement de façon à rappeler la chanson originale ; elles peuvent également s’appliquer à l’ensemble du texte pour une création nouvelle. Ce type de jeu se prête bien à une appropriation par la classe d’une chanson, en mettant par exemple en scène des éléments ou événements de sa vie collective...

Toutes les mélodies créées de cette façon n’auront pas le même intérêt : à partir des enregistrements, un travail d’écoute critique est à réaliser par les élèves. Il conduira à des choix liés à des critères sensibles.

b. modification du rythme

Une autre façon de procéder consiste à modifier le rythme de la chanson originale. Le rythme, c’est la succession des durées propres à chaque note : il ne s’agit pas ici de varier le seul tempo, qui représente en fait la vitesse à laquelle on chante la chanson. La modification du rythme est souvent difficile : il est conseillé de changer les choses très progressivement (changer la durée d’une seule note pour commencer) et de bien prendre le temps de mémoriser la phrase mélodique ainsi modifiée avant d’aller plus avant.

c. modification de la mélodie

Le même jeu peut s’appliquer à la mélodie : cette fois-ci, on conserve le rythme mais on change les notes (hauteurs). Là encore, il est sage de changer une seule note à la fois, même si ce jeu rencontre moins de difficultés chez les élèves (c’est un peu comme si on jouait à « chanter faux » la chanson).

On a changé les paroles de la chanson traditionnelle J’ai du bon tabac, puis le rythme. Dans cette dernière étape, les élèves changent la mélodie en modifiant quelques notes : difficile désormais de reconnaître l’original !

Chanson modifiée
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V. Jouer avec le hasard

S’en remettre au hasard, c’est encore un point de départ qui peut permettre de dépasser les inhibitions. Lorsque les élèves seront amenés à valider ou non ces productions aléatoires, ils se situeront alors véritablement dans le domaine sensible de la création : ce que l’on élimine par ce procédé, c’est l’aspect technique. Là encore, ces procédés peuvent être enrichis d’autres approches : il n’y a pas de mode d’emploi à suivre scrupuleusement, mais un grand nombre de possibles, une soupe créative dans laquelle il fait bon touiller !

a. un dé musical

La première mélodie peut être obtenue en utilisant un dé, sur lequel on aura affecté une note à chaque face, selon une gamme pentatonique (à 5 tons) : do, ré, mi, sol, la, do. Les lancers du dés écriront une première mélodie que l’on validera ou non. On utilise également pour concrétiser les lancers du dé un clavier (sur lequel on aura inscrit au feutre le nom des notes) ou des lames musicales.

Exemple de petit jeu avec un dé musical : une petite phrase mélodique est rapidement créée. On pourra jouer ultérieurement à en modifier le rythme...

Le dé musical
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b. découpage et collage

Découper et prendre des fragments mélodiques (les premières ou dernières phrases de couplets ou refrains par exemple) de différentes chansons et les accoler de différentes manières : pour peu que l’on ait changé les paroles, les résultat peut être tout à fait surprenant ! Là encore on s’autorise bien sûr toutes les modifications ou aménagements qui nous semblent pertinents.

Exemple de collage constitué de phrases issues de (saurez-vous les reconnaître ? les voici dans le désordre) : J’ai du bon tabac, A la claire fontaine, Au clair de la lune, Aux marches du palais.

Collage musical
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Ces quelques techniques permettant de créer des chansons avec les élèves ne se veulent pas exhaustives : les chemins de la création sont bien sûr multiples et ne peuvent être réduits à quelques trucs. L’objectif ici était avant tout de dépasser l’idée d’une création qui ne serait basée que sur l’inspiration, notion mystérieuse, difficile à expliquer et potentiellement paralysante. À travers ces différents exemples, c’est une démarche artistique basée sur l’exploration qui est défendue : à la suite de ces jeux qui se veulent inducteurs de différentes explorations, c’est un travail d’analyse, de choix et de structuration qui sera mené pour aboutir à la création finale.

Un dernier conseil pour terminer : votre première création de chanson en classe peut être très simple et modeste. Une simple comptine est bien sûr plus simple à créer qu’un opéra, et elle n’en reste pas moins une œuvre dont les élèves seront probablement fiers !

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