Sonnay - Ecole de Sonnay

Qu’est-ce que le fantastique ?

vendredi 21 mars 2014

- Grâce à la lecture de différents récits fantastiques et de l’étude de la fabuleuse découverte des îles du dragon de Kate Scarborough, nous avons pu comprendre ce qu’est un récit fantastique.

Un récit fantastique est un texte inscrit dans la réalité. On a l’impression que tout ce qui est écrit, s’est réellement passé. Soudain, des éléments irréels (des créatures fantastiques , dont on n’a pas de preuves scientifiques de leur existence), des phénomènes étranges, bizarres, se produisent.
Pourtant, malgré tout, on ne cesse de croire à la réalité de l’histoire.

Souvent, on retrouve des mots évoquant la peur (on appelle un champ lexical) qui augmente le suspens.

Lorsqu’on a lu un texte fantastique, le doute plane toujours : on ne sait jamais si ce qu’on a lu est vrai ou faux.

Les textes fantastiques sont différents des textes merveilleux car dans ces derniers, on sait dès le début que tout ce qui est écrit n’existe pas. En plus, ça se passe dans un passé très lointain , dans un "royaume" où tout est possible.

- Pour écrire un récit fantastique, il faut 4 parties :
 L’introduction présente les personnages, le lieu et l’époque. C’est une situation initiale.
 L’élément perturbateur introduit un phénomène bizarre, inexplicable…
 Le déroulement de l’action contient différentes étapes de plus en plus inquiétantes et donne du suspens.
 La fin est mystérieuse. C’est la situation finale.

Pour écrire un récit fantastique, je me demande :
- Quels sont les personnages de l’histoire ?
- Quand se déroule l’histoire ?
- Où se déroule l’histoire ?
- Quel est le phénomène inexplicable, étrange ?

- Voilà quelques exemples de récits fantastiques qui vous feront frémir ....

La main
Leïla est assise sur son lit. Elle regarde la nuit emplir sa chambre peu à peu. Elle s’étonne de la voir ramper, froide et cruelle, sur le plancher, sur les murs. Dehors, la nuit est vivante, traversée de bruits, de lumières et d’odeurs. Ici, à l’intérieur, elle est muette et noire comme un drap mort.
Leïla frissonne quand elle sent la nuit s’enrouler autour de ses pieds, de ses genoux, puis monter, monter encore ... Elle pourrait se lever, allumer la lumière, mais c’est plus fort qu’elle, quelque chose la paralyse, la cloue sur son lit, assise, mains jointes, le dos raide. Sur le bureau, les aiguilles phosphorescentes du réveil marquent l’heure : six heures cinq. Plus que vingt-cinq minutes, au pire.
C’est quand même long. Leïla a l’impression que sa chambre rétrécit et l’emprisonne. Elle fixe le mur en face d’elle et la tache de lumière pâle et trouble qu’y découpe la fenêtre. Tout à coup, une ombre griffue glisse en tournoyant sur le mur, dans un mouvement hésitant et inquiet.
« C’est une feuille de platane, se dit Leïla. Je n’ai pas peur. »
L’ombre disparaît un instant. Puis réapparaît, plus grande, plus lente. On dirait qu’elle tâtonne le long du mur, cherchant une proie. « C’est une feuille », répète Leïla. Mais elle sait bien que ce n’est pas vrai, elle voit bien que c’est une main qui tend ses doigts pointus, prête à les resserrer autour de son cou trop fragile, prête à les planter dans son cœur trop vibrant.
Sur le bureau, le réveil indique six heures seize. « Mon Dieu, pense Leïla, pourvu qu’il n’y ait pas d’embouteillage ce soir ! »
Soudain, le carré de lumière sur le mur s’éteint. La nuit s’abat sur la chambre entière. Leïla, d’instinct, se plaque contre le mur, souffle coupé. Neuf minutes seulement. Mais elle sait maintenant qu’elle ne tiendra pas aussi longtemps. Elle se résigne, elle est prête à avouer sa défaite, elle ouvre la bouche pour crier à la nuit qu’elle se rend, qu’elle ne se défend plus, que la main d’ombre peut l’emporter tout entière ...
Mais au dernier moment, alors que déjà un froid de plomb se coule dans chaque pli de sa peau, un bruit métallique brise net l’épouvante, le bruit d’une clé qui tourne dans la serrure, et l’éclat de voix animées, d’un coup, repousse la nuit.
Des pas dans le couloir, la porte s’ouvre, et :
- Mais, Leïla, qu’est-ce que tu fais dans le noir ? Pourquoi n’as-tu pas allumé ?
Leïla regarde la silhouette de sa mère découpée dans la lumière.
- Je jouais, maman, dit-elle.
Et elle ajoute, tout bas, comme pour elle-même :
- J’ai gagné.
Bernard Friot, Encore des histoires pressées, Milan

Le tableau
M. Douybes était richissime, obèse et très vieux. Il fumait des cigares, cela va de soi, mais ce détail n’a aucune importance pour la suite de l’histoire.
Il possédait des tableaux de grand prix, des œuvres célèbres que les plus grands musées auraient souhaité présenter. Lui ne les montrait à personne. Il les conservait dans son musée privé qui occupait les trois étages supérieurs de l’immeuble dans lequel il habitait.
Parmi tous les tableaux de sa collection, le plus célèbre était le fameux Cavalier noir de Tarto Sicabio. Le chef-d’œuvre du peintre, d’après les spécialistes, mais surtout un tableau entouré de mystère et d’effroi : tous ceux qui l’avaient possédé, en effet, étaient morts de mort violente. Cette malédiction qui semblait peser sur le tableau avait fait, curieusement, du Cavalier noir la peinture la plus chère du monde. Le vieux Douybes l’avait acquise, disait-on, à un prix exorbitant.
C’est sans doute pour cela que Le Cavalier noir était protégé plus étroitement qu’un chef d’État. Il était accroché dans une salle blindée dont seul M. Douybes connaissait le code d’accès. Pas d’autre tableau dans la pièce ; seul un dessin d’enfant était scotché sur le mur d’en face, un dessin aux couleurs hésitantes dont on identifiait mal le sujet : un singe, semblait-il, énorme et ricanant, un cigare au coin de la bouche, qui lançait derrière lui des cartes à jouer (ou étaient-ce des billets de banque ?). C’était le vieux Douybes lui-même qui avait accroché ce dessin d’un de ses petits-fils, un enfant de cinq ans à peine. Une façon pour lui de se moquer de Sicabio et de son Cavalier noir. Car même s’il avait dépensé une fortune pour l’acquérir, le vieillard n’aimait pas le tableau : il l’avait acheté par défi, pour prouver qu’il était l’homme le plus puissant du monde, et qu’il n’avait pas peur de la malédiction liée au tableau.
Un soir, quelques jours avant ses quatre-vingt-six ans, il pénétra dans la salle du Cavalier noir. Il venait rarement le voir, une ou deux fois par an, pas plus. Ce jour-là, étrangement, il avait pensé plusieurs fois au tableau ; plus que cela : il en avait été comme obsédé, et c’est poussé par une force irrésistible qu’il était monté dans la salle du musée pour le contempler.
Il s’assit sur un tabouret devant la toile, qui était de dimension moyenne, et colorée violemment de rouge, de violet et de vert cru. Pourquoi Sicabio l’avait-il intitulée Le Cavalier noir ? On distinguait bien dans l’entrelacs de couleurs une forme humaine, mais nullement celle d’un cheval. Alors, pourquoi Cavalier ? Et pourquoi noir ? C’était, une fois de plus, ce que se demandait le vieux Douybes, tassé sur son tabouret, intrigué malgré lui par la brutalité du tableau, par la violence des formes et des couleurs.
Soudain, il eut l’impression que le tableau bougeait. Non pas la toile ou le cadre, mais les couleurs et les formes, comme si elles prenaient vie. Il se raidit, attendit.
L’impression se dissipa presque aussitôt, le tableau retrouva son immobilité, et le vieil homme douta de ses sens.
Il guetta encore longtemps Le Cavalier noir. Mais celui-ci semblait perdre peu à peu de sa force, de sa violence. Il n’avait pas l’air si inquiétant, vraiment : au contraire, il était presque apaisant, une fois qu’on l’avait dompté.
Le vieux Douybes, cependant, n’était pas à l’aise. Il sentait une présence, une menace dans la pièce. Il était seul, pourtant, et Le Cavalier noir était vaincu, il en était certain maintenant. Il se leva de son tabouret et, lentement, tourna sur lui-même. Les murs étaient nus, comme d’habitude, hormis le singe grimaçant barbouillé par une main d’enfant !
Le vieil homme se rassit. Il n’était pas rassuré, malgré tout. Il pensa à partir. Quelque chose le retint.
Trois heures plus tard, quand le système de sécurité déclencha l’ouverture automatique des portes, on découvrit le vieux Douybes étendu, mort, devant Le Cavalier noir, une liasse de billets de banque dans la bouche. Sur le mur d’en face, le dessin d’enfant avait disparu. Mais cela, personne ne le remarqua, et la réputation maléfique du tableau de Sicabio grandit encore. Sa valeur aussi.

Bernard Friot, Encore des histoires pressées, Milan

Panique à la télé

Après le repas, il alluma le téléviseur et s’installa dans son fauteuil, se préparant à savourer un spectacle agréable. Mais lorsque l’écran s’alluma et qu’apparurent les images, au lieu des acteurs, il vit quelque chose qui le laissa abasourdi : c’était lui-même qui venait d’apparaître sur l’écran, lui-même, assis exactement dans la position qu’il avait devant le téléviseur. Voyons, c’était impossible, absurde : il ne pouvait s’agir que d’un sosie, d’un acteur qui lui ressemblait comme une goutte d’eau ressemble à une autre goutte d’eau.
Déconcerté par cette extraordinaire ressemblance, il se gratta instinctivement la tête, et voilà qu’il se produisit quelque chose d’encore plus bouleversant : le personnage de l’écran se grattait lui aussi la tête, exactement avec le même geste. Alors ce n’était pas un sosie, c’était vraiment lui, d’ailleurs il portait la même robe de chambre et le décor était rigoureusement identique à celui de la pièce où il se trouvait : il reconnaissait très bien le fauteuil, le divan, le tableau accroché au mur.
« Restons calme » pensa-t-il. S’il apparaissait ainsi à l’écran, il ne pouvait y avoir qu’une seule explication une caméra cachée en train de le filmer.
Il la chercha partout et, tout en farfouillant dans les moindres recoins, du coin de l’œil il continuait de se voir exécutant tous ces gestes à la télé. Force lui fut d’admettre qu’il n’y avait pas de caméra cachée et pourtant il se voyait toujours sur l’écran. Il frissonna.
Une pensée soudaine accrut sa panique : s’il apparaissait ainsi à l’écran, ça voulait dire qu’en ce moment même la nation tout entière le voyait. A cette idée, il se sentit nu comme un ver devant des millions de personnes.
Il courut éteindre son téléviseur et se blottit dans son fauteuil. Il n’osait plus bouger, angoissé à l’idée que l’on puisse encore le voir. Pour en avoir le cœur net, il prit son courage à deux mains et ralluma l’appareil. L’écran s’éclaira et y défila cette inscription : « Veuillez nous excuser pour cette interruption. La suite du programme dans quelques instants ». L’inscription disparut, faisant place à l’image : toujours la même, c’est-à-dire lui, blotti dans son fauteuil.
-  Enfin quoi, c’est impossible ! balbutia-t-il.
Mais il ne fut pas le seul à dire cela, son image à l’écran le dit aussi. Alors, cédant complètement à la panique, il perdit la tête. Il empoigna un marteau et son image aussi l’empoigna.
-  Assez ! cria-t-il.
-  Assez ! répéta en écho la télé."
Il brandit le marteau pour détruire cet appareil infernal et son image le brandit également mais ce marteau qui s’abattait sur l’écran, il ne put le voir. En effet, il sentit un grand coup sur la tête et s’écroula par terre.

Argilli, Marcello in Nouvelles d’aujourd’hui Père Castor


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