Le Grand Lemps - Ecole élémentaire

poésies sur la différence

dimanche 7 avril 2013

- L’autre

L’autre, femme ou homme, de la même espèce que moi, et pourtant différent, comment le regarder ? Comment me comporter face à lui ?

Si je vois en lui un ennemi qui me menace, qui me fait peur, je ne songe qu’à me défendre contre lui, et pour mieux me défendre, à l’attaquer. C’est cela le racisme.

Si je vois en lui un obstacle qui gêne ma progression, je ne cherche qu’à le dépasser, à l’éliminer. C’est cela la compétition qui transforme la vie de chacun en une suite de batailles parfois gagnées, en guerre toujours perdue.

Pour être réaliste, je dois voir en l’autre une source qui contribuera à ma propre construction. Car je suis les liens que je tisse ; me priver d’échanges c’est m’appauvrir. Le comprendre c’est participer à l’Humanitude.

La poésie est le plus mystérieux et parfois le plus efficace moyen d’échange. Les poèmes sont des sources convergentes apportant au lecteur la douceur de l’eau et la violence du torrent.

Albert Jacquard


- L’homme qui te ressemble

J’ai frappé à ta porte pour avoir un bon lit j’ai frappé à ton coeur pour avoir un bon lit pour avoir un bon feu pourquoi me repousser ? Ouvre-moi mon frère...!

Pourquoi me demander si je suis d’Afrique si je suis d’Amérique si je suis d’Europe ? Ouvre-moi mon frère...!

Pourquoi me demander la longueur de mon nez l’épaisseur de ma bouche la couleur de ma peau et le nom de mes dieux ? Ouvre-moi mon frère...!

Ouvre-moi ta porte Ouvre moi ton coeur Car je suis un homme L’homme de tous les temps L’homme de tous les cieux L’homme qui te ressemble...! René Philombé (Yaoundé,1977)


- La différence

Pour chacun, une bouche deux yeux deux mains deux jambes

Rien ne ressemble plus à un homme qu’un autre homme

Alors entre la bouche qui blesse et la bouche qui console

entre les yeux qui condamnent et les yeux qui éclairent

entre les mains qui donnent et les mains qui dépouillent

entre le pas sans trace et les pas qui guident où est la différence la mystérieuse différence ?

Jean Pierre Siméon


- Cher frère blanc,

Quand je suis né, j’étais noir, Quand j’ai grandi, j’étais noir, Quand je suis au soleil, je suis noir, Quand je suis malade, je suis noir, Quand je mourrai, je serai noir. Tandis que toi, homme blanc, Quand tu es né, tu étais rose, Quand tu as grandi, tu étais blanc, Quand tu vas au soleil, tu es rouge, Quand tu as froid, tu es bleu, Quand tu as peur, tu es vert, Quand tu es malade, tu es jaune, Quand tu mourras, tu seras gris. Alors, de nous deux, Qui est l’homme de couleur ?

Léopold SEDAR SENGHOR


- Le moqueur moqué

Un escargot se croyant beau, Se croyant gros, se moquait d’une coccinelle. Elle était mince, elle était frêle ! Vraiment, avait-on jamais vu un insecte aussi menu ! Vint à passer une hirondelle Qui s’esbaudit du limaçon. Quel brimborion, s’écria-t-elle ! C’est le plus maigre du canton ! Vint à passer un caneton. Cette hirondelle est minuscule, Voyez sa taille ridicule ! Dit-il sur un ton méprisant. Or, un faisan aperçut le canard et secoua la tête : Quelle est cette si minime bête Au corps si drôlement bâti ! Un aigle qui planait leur jeta ces paroles : Êtes-vous fous ? Êtes-vous folles ? Qui se moque du précédent sera moqué par le suivant. Celui qui d’un autre se moque A propos de son bec, à propos de sa coque, De sa taille ou de son caquet, Risque à son tour d’être moqué !

Pierre Gamarra


- Portrait de l’autre

L’Autre : Celui d’en face, ou d’à côté, Qui parle une autre langue Qui a une autre couleur, Et même une autre odeur Si on cherche bien…

L’Autre : Celui qui ne porte pas l’uniforme Des bien-élevés, Ni les idées Des bien-pensants, Qui n’a pas peur d’avouer Qu’il a peur…

L’Autre : Celui à qui tu ne donnerais pas trois sous Des-fois-qu’il-irait-les-boire, Celui qui ne lit pas les mêmes bibles, Qui n’apprend pas les mêmes refrains…

L’Autre : N’est pas nécessairement menteur, hypocrite, vaniteux, égoïste, ambitieux, jaloux, lâche, cynique, grossier, sale, cruel… Puisque, pour Lui, l’AUTRE… C’est Toi

Robert Gélis


- D’ailleurs et d’ici

Ali bafouille son français Giuseppe rêve du soleil Kasongo agite une amulette Amalia rit de ses lèvres de poivron Dans la cour ils éclatent en rires clairs sur la marelle dessinée Et moi Benoît seul dans mon coin où l’ombre devient fraîche je déballe une sucette parce que mon papa croit que les rois sont blancs
Michel Voiturier


- Pour toi qui est différent

J’avais peur, je dois le reconnaître, Mais ça, c’était avant, avant de te connaître, J’avais peur comme on craint ce qu’on ne connaît pas, J’avais des préjugés, toi tu n’en avais pas.

Je ne savais pas ce qu’il fallait te dire, Si tu me comprenais, les gestes à proscrire, Si tu étais, pour moi, un adulte, un enfant, Mais j’ai compris très vite : tu es toi, simplement.

Tu es venu vers moi, visage souriant, Tu m’as pris par la main, d’un geste rassurant, Moi, je voulais t’aider, c’est toi qui m’a guidée Et notre « différence » s’est, très vite, effacée.

Si tes yeux sont bridés, je le sais aujourd’hui, C’est d’offrir, tout le temps, ce visage ravi, Si ton cœur est si gros, c’est pour mieux contenir, Tout cet amour, immense que tu veux nous offrir.

Veux-tu que je te dise où est la différence ? Toi, tu sais tout donner, sans pudeur , sans méfiance, Moi, de mon côté, j’apprends à regarder, Derrière le handicap, ta belle humanité.

La tolérance, vois-tu, c’est quand l’intelligence, Pas celle de l’esprit, mais bien celle du cœur, Réussit à gommer toutes les différences, A reconnaître, chez l’autre, sa véritable valeur.

Massannie


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