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Histoire à lire couché(e) car elle ne tient pas debout.

(texte rédigé avec les élèves l’an dernier pour travailler en vocabulaire sur les notions 1/2/3/4)

1 Expressions
2Homonymes
3 rimes
4 jeux de mots

Ma mère dit à mon père : « Je suis fatiguée, j’étouffe ! Partons voir la mer, manger des glaces sur le port, changer d’air pour que je puisse enfin dormir sur mes deux oreilles. » Si tu étouffes, il suffit de respirer. Et je t’assure ma chérie qu’il est impossible de dormir sur deux oreilles à la fois, même à la mer ! »

Il faut dire que ma grand-mère était morte hier. Au fil des ans elle était devenue toute petite, la maladie l’ayant tassée, elle n’avait plus de grand que son nom. Ma mère qui venait de perdre la sienne voulait à présent, peut-être pour la remplacer un peu voir la mer.

Mon père qui ne comprenait jamais rien dit alors : « J’ai pas le temps, va au lac à côté, il y a des bateaux, c’est comme une petite mer. » « Oui mais moi, je veux voir une grande mer, parce que je viens de perdre ma petite ! »

Pour ne rien arranger à cette histoire à dormir debout, il faut préciser que ma mère était maire de sa commune dénommée Mens. Ce charmant petit village ne contenait pas de R, même si les gens y respiraient pourtant très bien. Mon père qui était avocat tenta de plaider sa cause : « Mince alors, c’est toujours toi qui décide tout ! » Mais rien n’y fit. Il dut poser deux jours de congés, il les ramasserait au retour.

Piquenique dans le coffre, direction la mer. « Je ne te supporte plus dit ma mère, tu prends tout au pied de la lettre ! » « Ça a des pieds une lettre ? » « Tu vois, tu viens encore de le faire. C’est simplement une image ». « C’est simplement compliqué dit mon père, moi je ne vois pas d’image, seulement le paysage. » « Tu as une cervelle de moineau, voilà tout. » Mon père remonta du doigt sa paire de lunettes qui glissait sur son nez sans oser commenter cette dernière réflexion.

Mes parents ne se comprenaient plus car ils ne parlaient pas la même langue.
Ma mère voulut s’arrêter piqueniquer dans un champ, mon père refusa car il n’aimait pas la musique. Lassée de sa bêtise, ma mère démarra comme une balle et passa devant un radar à toute vitesse. Le gendarme lui mit une prune, une amende de 150 euros pour être précis. Quand finalement ils firent une pause sur une aire de piquenique ma mère sidérée dit à mon père : « Mais qu’est-ce que tu manges ? »
« Ben l’amende et la prune mais elles sont un peu trop salées ».


Ma mère avait un chat dans la gorge, elle murmura simplement d’un air
désespéré : « J’ai fait une salade d’avocat, laisse tomber ta salade de fruit ! » Mon père jeta la contravention à moitié grignotée par terre, et il eut une pensée émue pour son confrère décédé.

Ils finirent par atteindre la mer dans un silence de cathédrale. Ma mère sembla très déçue. Sur les quais, des dizaines de poubelles éventrées gisaient. « Elles doivent beaucoup souffrir ! » pensa mon père qui se garda de le dire.

« Que ce port est sale ! » déclara ma mère. « C’est un peu normal ! » ne put s’empêcher de rétorquer mon père. Pour une fois ma mère rit. L’air de la mer, qui en contenait un d’ailleurs, commençait à faire effet.

Le soir venu, ma mère déclara avoir l’estomac dans les talons. Cette faim de loup ne pouvait être apaisée que dans un bon restaurant. Ils jetèrent l’ancre sur le port, ce qui est somme toute assez normal. Enfin, pour ma mère car mon père trouvait cela étrange. « Jetons un œil au menu dit elle ! » « Cela va être très douloureux ! »rétorqua-il. Une fois attablés, ma mère décida de prendre le taureau par les cornes et de mettre les pieds dans le plat, ce qui était dangereux et sale.

« Ecoute, les mots ne veulent pas toujours dire une seule chose. Il faut que tu cherches le sens figuré pour comprendre ce que l’autre te dit. Par exemple, jouons avec une devinette : « Une paire de pères, cela fait combien de pères ? » « Euh, mon père sentait qu’il y avait un piège, un paquet dit-il car il n’y comprenait rien. »

« C’est faux, dit ma mère, comment une paire peut-elle faire un seul paquet ? »C’était du chinois mais il se força à sourire pour ne pas la vexer. Toute la nuit il réfléchit, puis il se dit qu’il fallait essayer pour ne pas la perdre.

Au matin, il posa à ma mère cette question : « Si notre histoire n’a ni queue ni tête et qu’elle fait un tête à queue, est-ce qu’elle marchera sur la tête ? » Ma mère rit franchement cette fois, il avait enfin compris.

Maman a finalement vu la mer, elle n’y trouva pas la sienne mais elle y fit son deuil et y retrouva son mari.

Depuis ce jour, ils marient les mots et les couples pour le meilleur et pour le rire, au sens propre et figuré.
(Enfin, maman les marient et papa les aides à divorcer pour être précis.)


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