La pluie
Paule Lavergne

La pluie, la pluie
Dans la bassine
La pluie, la pluie
Dit sa comptine

La pluie, la pluie
Au contrevent
Dit sa comptine
Contre le vent

La pluie, la pluie
En bas percés
Perce la terre
De mille pieds

 

 

 

L'hirondelle et le poète
Michèle Beau

"Bonjour, bonjour"
dit l'hirondelle
qui revient nicher
sous mon toit.
"J'ai du printemps
au bout des ailes
et t'apporte des fleurs nouvelles ;
je te suis fidèle"
"Merci, merci,
dit le poète,
de revenir auprès de moi
de l'autre bout de la planète."
et j'avais du bleu plein la tête
car l'hirondelle c'était toi.

 

 

L'école
Jacques Charpentreau

Dans notre ville il y a
Des tours, des maisons par milliers,
Du béton, des blocs, des quartiers,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Tout bas.

Dans mon quartier, il y a
Des boulevards, des avenues,
Des places, des ronds-points, des rues
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Tout bas.

Dans notre rue il y a
Des autos, des gens qui s'affolent,
Un grand magasin ; une école,
Et puis mon cœur, mon cœur qui bat
Tout bas.

Dans cette école, il y a
Des oiseaux qui chantent tout le jour
Dans les marronniers de la cour.
Mon cœur, mon cœur, mon cœur qui bat
Est là.

 

 

 

Sept couleurs magiques
Mymi Doinet

Rouge comme un fruit du Mexique
Orangé comme le sable d'Afrique
Jaune comme les girafes chics
Vert comme un sorbet de Jamaïque
Bleu comme les vagues du Pacifique
Indigo comme un papillon des Tropiques
Violet comme les volcans de Martinique
Qui donc est aussi fantastique ?
Est-ce un rêve ou est-ce véridique ?
C'est dans le ciel magnifique
L'arc aux sept couleurs magiques.

 

 

 


La musique pour Aurélien
Jean-Pierre Siméon

Ecoute
Ecoute la musique :
Dans la prairie du silence
Court un lièvre blanc

Une ombre se défait
Et cherche sa douceur
A l'épaule du vent

Un vol de cailles s'évapore

Ecoute
Ne bouge pas :
Un homme marche
Et se repose
Dans le fossé de sa douleur

Et voici que tu entends
Sur ses lèvres qui s'ouvrent
Le chant revenu

C'est la musique
C'est la musique qui monte en toi
Comme une jeune source.

 

 

 

Les chemins
Rainer Maria Rilke

Chemins qui ne mènent nulle part
entre deux prés,
que l'on dirait avec art
de leur but détournés,

chemins qui souvent n'ont
devant eux rien d'autre en face
que le pur espace et la saison.

 

 

 

 

 

L'albatros
Charles Baudelaire (1821-1867)
(Recueil : Les fleurs du mal)

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers .

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

 

 

 

 

Avril
Gérard de Nerval (1808-1855)
(Recueil : Odelettes)

Déjà les beaux jours, - la poussière,
Un ciel d'azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ; -
Et rien de vert : - à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m'ennuie.
- Ce n'est qu'après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l'eau.

 

 

 

 

Le coucher du soleil
Gérard de Nerval (1808-1855)
(Recueil : Odelettes)

Quand le Soleil du soir parcourt les Tuileries
Et jette l'incendie aux vitres du château,
Je suis la Grande Allée et ses deux pièces d'eau
Tout plongé dans mes rêveries !

Et de là, mes amis, c'est un coup d'œil fort beau
De voir, lorsqu'à l'entour la nuit répand son voile,
Le coucher du soleil, - riche et mouvant tableau,
Encadré dans l'arc de l'Etoile !

 

 

 

 

Les noisettes
Tristan Klingsor

Trois noisettes dans le bois
Tout au bout d'une brindille
Dansaient la capucine vivement au vent
En virant ainsi que des filles
De roi

Un escargot vint à passer :
"Mon bon monsieur, emmenez-moi
dans votre carrosse,
je serai votre fiancée"
disaient-elles toutes trois.

Mais le vieux sire sourd et fatigué,
Le sire aux quatre cornes sous les feuilles
Ne s'est point arrêté,
Et, c'est l'ogre de la forêt, je crois
C'est le jeune ogre rouge, gourmand et futé
Monseigneur l'écureuil
Qui les a croquées.

 

 

 

 

 

Dans les cavernes...
Georges Jean
(Recueil : Le plaisir de mots - Editions Gallimard)

Dans les cavernes nous voyons,
Nous dit le maître d’école,
Les pipistrelles, les ours,
Le philosophe Platon,
Nos parents préhistoriques,
Ali Baba, des démons,
Quelques détrousseurs de bourse
Tous les gens que nous appelons
Animaux cavernicoles !

 

 

 

 

 

 

En forêt
Germain Nouveau
(Recueil : Premiers poèmes )

Dans la forêt étrange c’est la nuit ;
C’est comme un noir silence qui bruit ;

Dans la forêt, ici blanche et là brune
En pleurs de lait filtre le clair de lune.

Un vent d’été qui souffle on ne sait d’où,
Erre en rêvant comme une âme de fou ;

Et, sous des yeux d’étoile épanouie,
La forêt chante avec un bruit de pluie.

 

 

 

 

 

 

 

Iles
Blaise Cendrars
(Recueil : Du monde entier au coeur du monde - Editions Denoël)

Iles
Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétation
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller jusqu’à vous

 

 

 

 

 

 

 

Je me croyais riche
Jean-Louis Vanham
(Recueil : Nid d’étoiles - Editions Nathan)

Avec un franc, qu’achète-t-on ?
Même pas un gros macaron.

Avec deux francs, qu’achète-t-on ?
Même pas un sac de bonbons.

Avec trois francs, qu’achète-t-on ?
Même pas un beau mirliton.

Pour quatre francs, que reçoit-on ?
Peut-être un petit cornichon.

Et pour cinq francs, que reçoit-on ?
Peut-être un gramme de charbon.

Je me croyais riche, pourtant,
Avec ma pièce de cinq francs.

 

 

 

 

L’hippopotame
Jean-Luc Moreau
(Recueil : L’arbre perché - Editions ouvrières)

Par la Seine un hippopotame
S’en vint un jour jusqu’à Paname.
Il descendit dans le métro,
Changea même à Trocadéro ;
Mais quand il fut à la Concorde,
Il s’écria : Miséricorde !
Et par la porte des Lilas

s’en alla.

 

 

 

 

 

Solitude
Edmond Jabes
(Recueil : Petites poésies pour jour de pluie et de soleil - Editions Gallimard)

Une parole sans musique
Une musique sans paroles
Une parole de silence
Un silence sans parole
Et puis
rien, vraiment
plus
rien.

 

 

 

 

 

 

 

Triangle équilatéral
Eugène Guillevic
(Recueil : E uclidiennes - Editions Gallimard)

Je suis allé trop loin
Avec mon souci d’ordre.

Rien ne peut plus venir.

 

 

 

 


 

 

Triangle isocèle
Eugène Guillevic
(Recueil : E uclidiennes - Editions Gallimard)

J’ai réussi à mettre
Un peu d’ordre en moi-même.

J’ai tendance à me plaire.

 

 

 

 


 

 

Triangle scalène
Eugène Guillevic
(Recueil : E uclidiennes - Editions Gallimard)

 

Bon pour danser,
Virevolter

Sur ma base, sur mon sommet,
Sur mes côtés, mes autres angles.

C’est que je suis toujours
Agité, tiraillé,

Par des angles, par des côtés
Assemblés au hasard
Et sans égalités.