La marmotte des alpes

Rescapée de la faune glacière préhistorique, la marmotte des Alpes vit en colonies parfois nombreuses en bordure des forêts dans les régions montagneuses. Autrefois elle vivait en plaine et sur les premiers contreforts montagneux. C'est un rongeur aux formes lourdes que l'on trouve maintenant entre 1000 et 3000 mètres sur les terrains ensoleillés des versants dénudés exposés à l'adret, dans la zone de la haute prairie alpestre et des rochers, au dessus de la limite des forêts. On la rencontre le plus souvent en terrain mixte où les plages d'herbe sont parsemées  d'arbres nains et d'arbustes comme les rhododendrons de notre histoire.  Elle peut s'y nourrir, s'y cacher et passe les 3/4, de sa vie  dans des terriers. Aussi la marmotte creuse trois terriers différents : un terrier d'hiver où elle hiberne, un terrier  d'été où elle a ses petits, et un terrier de fuite. En cas d'alerte, pour se protéger des hommes, des renards et surtout des aigles, la marmotte s'y réfugie . Pour donner l'alerte elle pousse un cri strident mais bref quand le danger est proche (aigle) et un cri répété quand le danger est encore loin (pour signaler l'approche d'un homme par exemple). Chaque couple creuse donc sous les rochers un terrier très profond à plusieurs ouvertures qui comprend une ou plusieurs chambres garnies de foin dans laquelle la femelle met au monde ses petits. Mais c'est encore plus en profondeur qu'elle se retirera à l'automne, dans un dernier terrier desservit par une grande galerie de trois à dix mètres,  fermée par plusieurs bouchons de terre, de graviers, de foin et de poils. Ce couloir la mènera dans  une chambre principale de 40 par 80cm  où se trouve le nid garni de foin, puis vers une chambre particulière pour faire les besoins. Quelque fois, si la colonie est nombreuse, des chambres secondaires sont aussi aménagées car contrairement au terriers d'été ici c'est toute une tribut de 6 à 15 individus qui passera l'hiver .

Hibernation 

Vers mi-septembre, les marmotte se mettent fébrilement à préparer leur terrier d’ hiver . Les chambres d’ hibernation sont nettoyées et tapissées de foin propre qu’elle laissent sécher sur place, avant de le rentrer par brassées ( fig 6) . Cette corvée menée à bien , les marmottes s’accordent quelques jours de distraction avant de prendre définitivement leurs quartiers d’ hiver, habituellement entre 25 septembres et le 15 octobre. C’est la baisse de température extérieure qui détermine le début de l’hibernation. Alors que les premiers froids surviennent, les animaux deviennent de plus en plus calmes, cessent de se nourrir, vident progressivement leur intestin et sortent de moins en moins du terrier. Finalement, celui-ci est obturé.

Les réflexes sont supprimés et le rythme respiratoire se ralentit. Cependant elle se réveillera à plusieurs reprises pour faire ses besoins ; le temps de chaque veille peut varier de 12 à 30 heures et sa température qui était supérieure de 2 ou 3 degrés à la température ambiante remonte alors à 32-35 degrés.

Au printemps le réveil est déclenché par l’épuisement de ses réserves de graisse, amaigrie par son long jeûne, la marmotte fait alors preuve d’une énergie surprenante pour déboucher le terrier. Cette sortie du terrier s’échelonne généralement entre les derniers jours de mars et les premiers d’avril.

Reproduction

Les parades nuptiales débutent une quinzaine de jours après la sortie du terrier lorsque les rayons du soleil commencent à se faire ardents. Après une gestation de 34 jours naissent 3 ou 4 petits, rarement 5 ou 6, généralement entre le 20 mai et le 10 juin. D’un poids de 30 g environ, les nouveau-nés ont les yeux clos et le peau nue, ils sont de couleur gris-rosé. La mère les allaite pendant huit semaines. Ils resteront deux ans dans le cercle familial, jusqu’à l’âge adulte.

Les colonies 

Un territoire sur lequel vit un grand nombre de marmottes abrite, le plus souvent, plusieurs colonies séparées par un espace libre. La colonie est une unité sociale et les habitants d'une colonie sont des étrangers pour ceux d'une autre famille. Mais, en cas de danger, une marmotte qui se trouve en dehors de son territoire familial est accueillie par les habitants du  terrier le plus proche ; union et solidarité complète sont de mise.

Sur le territoire familial qui peut occuper une surface d'environ 2500 m² se trouvent des trous principaux, particulièrement fréquentés, et généralement situés au voisinage immédiat d' un promontoire servant de place de repos ou de plate-forme d'observation. La plupart de ces trous sont reliés les uns aux autres par des sentiers caractéristiques, résultant d'allées et venues continuelles. D'autres voies conduisent aux emplacements des bains de poussière, aux places de jeu des jeunes et aux territoires des familles voisines.

 

Morphologie

Avec une longueur de 57 à 73 cm, voire 90 cm pour certains sujets de taille exceptionnelle, queue comprise, la marmotte est, après le castor, le plus gros rongeur de notre faune. Son corps est ramassé, puissant, portant de courtes pattes et une petite queue touffue dont la longueur représente environ le quart de celle du corps.

Fin septembre, avant son entrée en léthargie, le poids des adultes varie de 4,5 à 7 kg, voire davantage. Mais après le sommeil hibernal, il n’est plus que de 2,8 à 3,3 kg.

La tête de la marmotte est large et aplatie sur le dessus, elle porte deux petites oreilles arrondies et s'achève avec une bouche garnie de longues moustaches noires. Les mâchoires sont pourvues d'incisives puissantes qui servent à couper et ronger. Ces dents sont revêtues sur le devant d'une couche d'émail très dur s'usant  moins que la partie intérieure, elles ont ainsi toujours une arête aiguë car elles poussent au fur et à mesure qu'elles s'usent. 

La fourrure est épaisse laissant entrevoir un duvet noir sous les longs poils de jarre. La couleur, du gris au roux, varie avec l'âge et selon les individus. Les flancs sont plus clairs.

Les pattes arrières possèdent cinq doigts tandis qu'il n'y en a que quatre sur celles de devant qui sont recourbées et mobiles pour pouvoir jouer le rôle d'une main. En effet pour manger la marmotte s'assoit sur son derrière et amène ainsi la nourriture à sa bouche.

Activité de la marmotte

Exclusivement diurne, l’activité de la marmotte est invariable durant tout l’été. Le soleil est à peine levé qu'avec lenteur et circonspection elle met le nez à la fenêtre. Elle observe, écoute, et ce n’est qu’une fois rassurée qu’elle prend son petit déjeuner, ne perdant guère de vue son terrier, même si elle s’en éloigne d’une centaine de mètres. Si aucun incident ne vient la troubler, elle finit son repas vers 9-10 heures et prend son bain de soleil sur une large dalle plate près de son trou, attentive au moindre bruit ou au moindre mouvement, tandis que ses petits jouent ou creusent un peu plus loin. La forte chaleur de midi l’incite à se retirer à l’ombre de son logis, d’où elle ne ressort guère avant 14 ou 15 heures pour une seconde séance de farniente. Le repas du soir, comme celui du matin, peut durer plusieurs heures et ne se terminer que quelques instants avant la tombée de la nuit.

 

Alimentation 

A cause de leur dentition les marmottes s'en tiennent aux plantes tendres et laissent intact le foin dur de leur litière. Mais il en va différemment lors du réveil hivernal où, en l'absence d'herbe naissante, elles peuvent se contenter de restes de foin. Bien qu'avant tout herbivore, la marmotte est omnivore et peut manger, brouter ou ronger tout ce qui lui tombe sous la dent. Elle n'emmagasine jamais de provisions dans ses terriers. Elle fait deux repas par jour, le matin et le soir, absorbant une quantité de nourriture pouvant être évaluée entre 400 et 500 g, elle broute ou grignote des tiges, des feuilles, des fleurs, des rameaux, des graines, des bourgeons, des racines, des bulbes, des tubercules, des fruits, des baies, des écorces...

Elle est accessoirement carnivore et ne néglige pas les vers, les insectes et leurs larves, surtout les sauterelles. La marmotte boit exceptionnellement; elle peut vivre sans eau, dans un territoire parfaitement sec, l'eau des plantes et la rosée, semblent lui suffire.

Les sens

L 'ouïe de la marmotte est assez fine, vraisemblablement plus perfectionnée que la vue. Celle-ci lui permet de contrôler le voisinage en permanence et de distinguer les bruits inoffensifs des bruits alarmants. Son odorat est vraisemblablement assez développé. Il lui sert à reconnaître les individus d’une même colonie ainsi que les limites de son territoire qu’elle marque avec deux sortes d’organes odorants : les glandes jugales, au niveau des joues et les glandes anales on prête à la marmotte une vue extraordinaire ;elle peut toutefois remarquer un objet mobile de la grandeur d’un mouchoir de poche à plus de 150 mètres de distance .En revanche, elle aurait un champ visuel très vaste, et cela sans remuer sa tête. Sa vue est également très bonne vers le haut, c’est-à-dire d’où vient son plus grand ennemi, l’aigle.

Ennemis

Le comportement de la marmotte à l'égard de ses ennemis, le chien, l'aigle et le renard, voire le grand corbeau, le faucon pèlerin, la martre et la fouine, est pratiquement identique. C'est néanmoins l'aigle son plus grand ennemi, la marmotte étant la base de sa nourriture. Le rapace la chasse par surprise, en volant en rase-mottes derrière une crête et l'enlève avec ses serre.

Quant aux chiens, lorsque l'un d'eux se promène, même tenu en laisse, à une centaine de mètres d'un territoire habité par des marmottes, celles ci , après avoir émis un sifflement d'alerte bref et strident, rentre dans leurs terriers pour n'en ressortir qu'une heure plus tard.

 

Un animal protégé

Autrefois chassées pour leur fourrure et leur graisse, les marmottes sont aujourd'hui protégées. Pourtant elle a bien failli disparaître de nos montagnes, tant elle a été chassée et piégée autrefois. On en déterrait par milliers pendant l'hiver ,ou on les tuait à la sortie des terriers. Des manteaux et des couvertures étaient confectionnés avec leur fourrure. On mangeait leur chair et on utilisait leur graisse pour cirer les meubles ou pour faire de la pommade soi-disant efficace contre les rhumatismes!

 

Montage réalisé par PaulineM, Celine M. et Angélique A. (élèves du CE1 en 2002/03) après la visite du  Centre d'Initiation à la Nature Montagnarde - château des Rubins  de Sallanches.

Sources : documentation distribuée ou achetée après la visite : Publications du Comité Scientifique des Réserves Naturelles de Haute Savoie.

 Photos : x  

Dessins : Marie D. , William O. et Louis S.

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