Vous êtes ici : Accueil > Lire > Activités de compréhension > La compréhension : apports théoriques
Publié : 7 avril 2015
Format PDF Enregistrer au format PDF

La compréhension : apports théoriques

Par Fabienne Vernet, professeur IUFM Bonneville

0 vote

Le point sur la compréhension est fait ici à partir d’apports théoriques que l’on retrouvera dans l’article de Michel Fayol in Le Manuel de lecture au cp, ONL, des documents de C. Totereau et de Giasson

- Lire est un processus dynamique dont l’objectif est la construction d’une représentation (parfois appelé modèle de situation).
- Cette représentation respecte ce que l’auteur du texte a effectivement rédigé + oblige le lecteur à faire appel à ses connaissances conceptuelles et langagières.
- Danger fréquent chez les apprentis lecteurs ou chez les mauvais lecteurs : construction de représentations fragmentaires juxtaposées portant sur des fragments du texte et n’aboutissant pas à une interprétation intégrée.
- Le caractère dynamique de la lecture nécessite que la construction de la compréhension s’effectue de manière continue, par mise au point ininterrompue de l’interprétation, au fur et à mesure que des informations nouvelles sont introduites (mots, phrases, paragraphes).
- Selon les obstacles ou les difficultés rencontrées, le déroulement de la compréhension peut donner lieu à des fluctuations (retours en arrière, ralentissements). C’est à ce prix que les informations sont traitées et intégrées.
- Cela suppose que la construction de la représentation intégrée ne puisse se faire que si les obstacles ne sont pas trop nombreux.

- La compréhension constitue l’objectif de la lecture MAIS elle n’est pas spécifique de celle-ci. La compréhension peut donc être travaillée avant l’apprentissage de la lecture (cycle 1), se poursuivre pendant et après.

- Il existe une forte corrélation entre décodage et compréhension. Les lecteurs doivent gérer simultanément les deux dimensions pendant la lecture.

- Conséquences pédagogiques : pendant tout le cycle 2, l’enfant peut très difficilement conduire une activité de compréhension pendant le temps de lecture lui-même. Or, les habiletés de compréhension des enfants sont déjà bien développées aussi bien à l’oral qu’en lecture d’images. Michel Fayol renvoie alors aux difficultés de construire un manuel efficace, de choisir les bons supports de lecture. Il envisage donc une possibilité qui est de concevoir des activités ayant pour dominante de travailler soit sur le code soit sur la compréhension, même si celle-ci doit passer par une écoute du texte. Il faut donc mettre en adéquation les difficultés des textes et les objectifs poursuivis. Si l’accent est mis sur la compréhension, réduire le coût des traitements de code. Si l’accent est mis sur le code, réduire au maximum les difficultés de compréhension.

- Il peut y avoir facilitation contextuelle (le contexte aide à décoder un mot). Cette facilitation s’observe chez les mauvais lecteurs, pas chez les bons pour d’évidentes raisons (rapidité). MAIS RECOURIR TROP SOUVENT A CETTE PROCEDURE DIMINUE LE TAUX DE COMPREHENSION.

- On sait que les points qui peuvent faire problème sont : les anaphores, les inférences, la syntaxe, le lexique.

- La compréhension est une activité dynamique contrôlée : un bon lecteur met en place des procédures de régulation (ralentir, revenir en arrière…). MAIS L’ACTIVITE DE COMPREHENSION N’EST PAS REGULEE PAR L’ACTIVITE METACOGNITIVE CHEZ UN FAIBLE LECTEUR.

- Du point de vue cognitif, la compréhension passe par deux types de traitement :
— le calcul syntaxique : il s’agit d’affecter un rôle aux mots dans la phrase (qui effectue l’action, qui en est l’objet. On s’appuie sur 6 types d’indices :
— - l’ordre des mots
— - la classe grammaticale des mots
— - les mots fonctionnels comme les connecteurs
— - les indices morphologiques : affixes
— - le sens des mots
— - la ponctuation
— le modèle de situation
Il faut construire une représentation du message (ce que la phrase signifie) Le lecteur doit transformer une suite de mots en ce que l’on appelle une proposition (forme symbolique). Une phrase peut comporter une seule proposition ou plusieurs selon la richesse du sens.
Comprendre une phrase c’est faire une liste mentale des propositions qu’elle comprend.

Trois niveaux de représentation sont utilisés :
- la microstructure : signification littérale, locale du texte. C’est la liste des propositions. Toutes ne peuvent être mises en mémoire
- la macrostructure : représentation hiérarchisée des propositions. Il y a hiérarchisation et sélection des propositions les plus importantes. Sorte de résumé mental conservé en mémoire.
- Le modèle de situation : les connaissances du sujet interviennent dans le processus de compréhension. Le modèle mental est une représentation où interagissent les savoirs fournis par le texte et les savoirs du lecteur. Celui-ci peut utiliser des scripts (suites d’actions propres à un objectif, ce qui peut être activé par la présence d’un titre comme « le dîner au restaurant) ou des schémas (propres aux types de textes eux-mêmes, ainsi, une fable est construite avec une récit puis une morale). Ces connaissances fournissent des modèles possibles pour la macrostrucuture.

Les difficultés de compréhension peuvent avoir des sources différentes :
- Domaine lexical : peu étendu
- Connaissances concernant le domaine abordé par le texte
- Difficultés de décodage
- Capacité de mémoire limitée
- Les processus d’inférences
- L’auto-régulation de la compréhension

D’un point de vue cognitiviste, les bons et les mauvais compreneurs ne peuvent se distinguer par des réponses à des questions portant sur le sens littéral du texte mais par des questions portant sur des inférences.

©Fabienne VERNET, IUFM de Bonneville Haute- Savoie, avril 04