Vous êtes ici : Accueil > Dire > La philosophie à l’école primaire > L’atelier de philosophie
Publié : 28 avril 2015
Format PDF Enregistrer au format PDF

L’atelier de philosophie

0 vote

Les ateliers de philosophie pour construire la pensée, le langage et la culture

Mettre en place un atelier philosophique à l’école maternelle, alors que les élèves n’ont pas connaissance des doctrines philosophiques et un niveau langage en construction, peut surprendre. A l’origine le terme « Atelier » signifie : « l’ensemble des artisans travaillant dans le même lieu » cette définition a évolué depuis la seconde moitié du XXème siècle pour devenir « un groupe de travail ». Le terme « Philosophie » signifie étymologiquement : « amour du savoir » et renvoie à « un ensemble de considérations et de réflexions générales sur les principes fondamentaux de la connaissance, de la pensée, de l’action humaine »…c’est
à dire la recherche de l’essence des choses.
Les activités de philosophie en milieu scolaire se sont développées à partir de recherches canadiennes, avec les travaux de Matthew Lippman (1) , philosophe américain et concepteur d’un programme de philosophie pour les enfants.
Notre démarche s’appuie sur les travaux de Jacques Lévine (2) . Le projet ici décrit se situe dans une approche favorisant la construction de la personne et de la citoyenneté où le langage est un outil au service des apprentissages : il s’agit de mettre en place les conditions favorisant la pensée de l’enfant, afin qu’il puisse, dans un cadre précis, la livrer au groupe s’il le souhaite.

• L’orientation des ateliers de philosophie selon Jacques Lévine

L’atelier de philosophie selon l’orientation de Jacques Lévine, n’est pas un débat. Même si les enfants ne sont pas d’accord et confrontent des points de vue, cet aspect n’est pas la dominante de l’atelier. Philosopher, c’est d’abord réfléchir. C’est faire un retour sur ses propres représentations, les prendre pour objet d’étude, pour savoir ce que l’on pense et en prendre conscience. C’est savoir d’où on tient ce que l’on pense et enfin jusqu’où ce savoir vaut comme savoir véritable et reconnu.
L’atelier est mené dans un cadre précis et l’enseignant en est le garant. Il donne les règles, rappelle le sens de l’atelier, mais n’intervient pas pour exprimer sa propre pensée ou orienter la teneur de ce qui se dit. C’est un moment de classe où l’enseignant met en place les conditions nécessaires afin que les enfants puissent s’exprimer oralement et co-construire leur pensée avec leurs pairs. L’enseignant adopte une posture spécifique :

  • - se mettre en retrait,
  • - favoriser l’expression de la pensée de tous,
  • - avoir une attitude bienveillante,
  • - se montrer ouvert à ce que disent les élèves,
  • - accueillir la pensée de l’enfant à travers sa parole, ou son silence.

Cette posture favorise une attitude réflexive des élèves et leur permet de prendre conscience de leurs potentialités.
Le rappel systématique du cadre avant le début de chaque atelier permet aux jeunes élèves de s’approprier le fonctionnement et le sens de leur participation à cette activité. Ils savent que chacun participe à la coconstruction de l’élaboration de la pensée du groupe, mais aussi de l’individu.
Les objectifs de l’atelier de philosophie selon la conception de Jacques Lévine. :

  • - faire participer les enfants au grand débat humain sur les questions essentielles de la vie (3) ,
  • - faire prendre conscience aux enfants qu’ils peuvent produire de la pensée, par eux-mêmes.

Les questions posées lors de l’atelier représentent des enjeux pour l’humanité, en y réfléchissant, les élèves changent de statut. Ils ne sont plus des élèves qui apprennent ce que l’enseignant a décidé et prévu, mais deviennent des élèves qui élaborent ensemble une réflexion sur un thème. L’enseignant en imposant pas son savoir, les autorise à exprimer leur pensée. Les élèves développent alors des qualités d’écoute et rebondissent parfois sur la pensée de l’autre. Ils deviennent ainsi ce que Jacques Lévine appelle des « co-réfléchisseurs »
des problèmes de civilisation.

• Inscription de l’atelier de philosophie dans les nouveaux programmes

« L’école maternelle a pour mission d’aider chaque enfant à grandir, à conquérir son autonomie et à acquérir des attitudes et des compétences qui lui permettront de construire les apprentissages fondamentaux… » (4)
Prendre conscience de sa propre capacité à réfléchir, écouter l’autre et accepter des points de vues différents du sien, sont des attitudes et compétences propres à l’atelier de philosophie susceptibles de participer au développement de l’enfant apprenant.
Dans le domaine du « vivre ensemble », les textes rappellent qu’un des objectifs de l’école maternelle est d’aider l’enfant à « construire sa personnalité au sein de la communauté scolaire ». L’atelier de philosophie participe à cette construction où l’enfant est considéré « …comme sujet, capable de se positionner, de s’affirmer en se respectant et en respectant l’autre.. »
Les ateliers de philosophie à l’école primaire s’inscrivent dans plusieurs domaines d’activités de l’école maternelle.
- Le langage au cœur des apprentissages
 :
En s’ouvrant aux usages et aux fonctions du langage l’enfant peut non seulement communiquer mais aussi accéder à une culture commune dont le vecteur est la langue. Celle-ci lui permet d’apprendre et de comprendre le monde dans lequel il vit. A l’école maternelle l’enfant va « former sa personnalité et conquérir son autonomie au sein d’une communauté qui n’est plus celle de sa famille… ». L’appropriation active du langage oral permet de développer « des compétences décisives pour tous les apprentissages : comprendre la parole de l’autre et se faire comprendre, se construire et se protéger… ».
Les fonctions les plus complexes du langage se découvrent aussi « dans des situations organisées qui permettront à chacun de découvrir, de structurer des manières neuves de comprendre la parole d’autrui ou de se faire comprendre » comme dans les situations d’échanges et de communications. Communiquer…. ! Attention, « la communication est loin d’être seulement verbale. Elle s’inscrit aussi dans les gestes, les attitudes… ». Les attitudes de l’enfant qui réfléchit sont lisibles à travers ses différentes « postures physiques »…Le recours
à la parole n’est pas toujours nécessaire. L’atelier de philosophie développe des compétences de communication à travers la participation à « un échange collectif en acceptant d’écouter autrui, en attendant son tour de parole et en restant dans le propos de l’échange ». Nous avons pratiqué des ateliers de philosophie en moyenne section, mais cela ne nous paraît pas adapté. Le langage étant encore en cours l’élaboration, l’atelier peut s’avérer trop difficile pour certains enfants dont la maîtrise du langage est encore insuffisante.
- Vivre ensemble  :
Construire sa personnalité au sein de la communauté scolaire c’est : avec l’aide des adultes, pouvoir se repérer dans le groupe, y trouver sa place.
Cette construction en tant que sujet a pour objectifs de rendre l’enfant capable de se positionner, de s’affirmer en se respectant et en respectant les autres. Lors de l’atelier, chaque enfant sera ainsi nommé et reconnu. L’adulte est présent pour l’encourager à travers son regard bienveillant, et lui permet de bénéficier d’un espace de pensée et d’expression. « En trouvant la distance qu’il convient
d’établir dans ses relations à autrui, il se fait reconnaître comme sujet et construit progressivement sa personnalité. »
- Découvrir les usages de la communication réglée :
« Dépassant progressivement la dimension de l’expression ponctuelle et individuelle, la communication au sein du groupe participe à l’élaboration d’une réflexion qui intègre les apports de chacun. » Chaque élève peut prendre sa place dans les discussions à propos de « notions ou des valeurs comme la vie, le respect de l’autre, la prise de conscience du danger, la protection de la nature ou l’amitié sont examinées. » L’école est un lieu où l’on peut s’écouter…Les règles est mises en place, les droits de la personne y sont préservés. Familiarisé avec ses droits et ses devoirs, l’enfant est en confiance.

• Les priorités de l’enseignant, construire l’individu-élève :

L’école doit aider les élèves à prendre conscience de leur capacité à réfléchir. Le langage oral est, bien sûr, privilégié lors de l’atelier de philosophie, mais le langage véhiculé par les regards, les silences, les mimiques ou toutes formes d’expressions corporelles sont autant de signes pour s’exprimer. Favoriser les situations réflexives dès la petite section, permet d’envisager dans une continuité, l’atelier de philosophie avec les grandes sections. Le langage devenu plus élaboré est un « outil » au service de la pensée.
Prendre conscience de sa capacité à penser aide à grandir. Ce sentiment de compétence est décisif dans l’investissement de l’acte d’apprendre. Il est d’autant plus important à développer qu’il est inégalement partagé selon l’histoire familiale des élèves.

• L’atelier de philosophie en GS : dispositif et posture de l’enseignant

L’importance du rituel de l’atelier de philosophie
La présentation, à chaque séance, toujours selon le même rituel donne le cadre.
L’adulte annonce le thème de réflexion : « aujourd’hui, nous (est-ce l’enseignant et le élèves pour justifier le nous oui, car l’enseignant réfléchit en silence avec ses élèves ou est-ce vous allez…) allons réfléchir ensemble à ce que veut dire, le bonheur, le courage… ».
A l’école maternelle, je redonne les conditions de fonctionnement de l’atelier et rappelle systématiquement, quelques règles avant d’annoncer le thème. Je dis aux enfants que :

  • - « chacun pense dans sa tête,
  • - « chacun peut penser différemment du copain…c’est comme dans la vie.. ».

Les rituels sont très importants avec les jeunes enfants, notamment dans l’élaboration de la construction du temps. L’atelier doit être intégré à l’emploi du temps de la semaine et l’adulte redonne le contrat de durée à chaque séance. La périodicité est d’une fois par semaine, et la durée de l’atelier de dix minutes. Il se déroule en groupe classe ou demi groupe selon les organisations possibles dans l’école (échanges de services ou décloisonnement). Les groupes (s’il ne s’agit pas du groupe classe), sont hétérogènes, car la capacité à réfléchir sur des questions philosophiques n’a rien à voir avec les compétences scolaires.
La co-construction de la pensée et l’étayage
Les idées de chacun sont accueillies et non critiquées au sens de la raison critique. La parole des uns fait écho à la pensée des autres et permet à la pensée de chacun de progresser. Tous ces cheminements individuels constituent un motif représentant la pensée du groupe.
Plus les enfants sont jeunes, plus l’étayage post ateliers est nécessaire. L’adulte n’éprouve ainsi, aucun sentiment de frustration ou de culpabilité liés à sa non intervention durant l’atelier de philosophie.
Ce dispositif n’exclut pas que l’enseignant puisse, à d’autres moments, « nourrir, alimenter » la réflexion des enfants sous d’autres formes. La lecture d’albums, de récits, de poèmes, le visionnement d’un film reprenant le thème d’un atelier sont des étayages possibles.
L’écoute et la réécoute : développer et construire un langage clair et précis
L’enseignant peut enregistrer l’atelier. On aide ainsi élèves à prendre conscience que leur pensée chemine. En se réécoutant, il perçoivent peu à peu que la pensée n’est pas figée et évolue au fil du temps.
Les jeunes enfants prennent beaucoup de plaisir à s’écouter parler dans le micro ou sur une cassette enregistrée après l’atelier. L’enregistrement les incite à s’exprimer le plus clairement possible car ils ont plaisir à se réécouter en différé. Ainsi la réécoute participe à développer un langage clair et précis
La posture de l’enseignant
L’intervention de l’enseignant a toujours un effet modélisant et ne peut avoir lieu que pour rappeler ou clarifier le sujet de l’atelier. L’adulte est celui qui donne le cadre et qui génère les conditions favorables pour que l’enfant puisse et ose penser.
Durant les dix minutes de l’atelier, l’enseignant :

  • - fait respecter les règles de prise de parole,
  • - contrôle le temps,
  • - recentre les interventions.

L’expérience montre que l’adulte peut être très présent sans avoir besoin de parler, ou d’intervenir. Il doit uniquement permettre aux enfants de revenir au sujet de réflexion s’ils s’en écartent trop. Toute autre intervention risque d’interrompre ou d’entraver le processus d’élaboration de la pensée. La présence active de l’enseignant sera lisible par sa capacité d’écoute et dans la confiance qu’il témoigne à ses élèves. Ceux-ci en ont besoin pour s’autoriser à « philosopher ».
Le silence ne doit pas être pesant, ni pour les enfants, ni pour l’adulte. Il est une des
conditions nécessaires favorisant l’attitude de penseur.
Philosopher à l’école maternelle, la lisibilité de l’atelier philo pour les familles
Un travail de lisibilité de l’atelier de philosophie doit être fait auprès des familles. La
philosophie est généralement l’apanage des classes de terminale, les parents pourraient se demander quelle réforme, texte nouveau ou lubie a encore traversé l’école primaire, et d’autant plus l’école maternelle pour faire de la philosophie en grande section maternelle ?!
Souvent les parents devancent les enseignants par leur questionnement…. « Mon fils m’a dit qu’il faisait de la philosophie…. » ou « l’autre jour, à table ma fille nous a demandés ce qu’était le bonheur… ».
Les enfants parlent de l’atelier à leurs parents, mais il est nécessaire d’expliquer à tous les parents ce qu’apprennent les enfants à l’atelier de philosophie. Ils sont ainsi surpris de découvrir les potentialités de leur enfant qui prend alors un statut d’être pensant et questionnant. Parents et enfants construisent de nouveaux échanges en abordant des sujets universels. Cet atelier développe l’estime de soi chez l’enfant et un sentiment de fierté est amorcé ou renforcé chez les parents. Il s’agit d’une double prise de conscience : la capacité à penser pour l’enfant et la découverte de celle-ci chez leur enfant pour les parents.

• L’atelier philo : les « faits frappants », les effets constatés…

Les enseignants qui pratiquent « l’atelier philosophie » sont unanimes : c’est un moment particulier de la vie de classe. Le climat est « magique » disent certains. Ce terme est loin de toute notre éthique ! Mais, certains enfants se révèlent vraiment différents lors de cet atelier. Pour une fois, l’école, ou l’enseignant n’attend pas la « bonne réponse »… Il n’y a donc pas de bons et de mauvais élèves. L’élève en difficulté par rapport aux attentes de l’école, a le pouvoir de s’essayer, de se livrer tel qu’il est, tel qu’il pense. Il sait qu’il ne sera ni jugé, ni évalué. Il est en situation de réussite et valorisé dans ce qu’il est. L’enfant qui a l’habitude de prendre la parole, pour la monopoliser, ou montrer qu’il sait, se trouve parfois déstabilisé.Le silence est aussi essentiel que ce qui se dit. La pratique des ateliers de « philosophie », permet de découvrir la valeur de l’intériorité dans l’élaboration de la pensée. Un enfant a dit un jour, à l’issue d’un atelier, alors qu’il n’avait pas pris la parole : « c’est dur de
penser ! ».
Après quelques séances, et lorsque le rituel de l’atelier est installé, les enseignants observent chez les enfants une qualité de concentration exceptionnelle qui rend souvent superflu le travail habituel de régulation des prises de paroles. Les élèves qui ont l’habitude de se précipiter dans la parole apprennent à réfléchir, donc à intérioriser leur pensée. Ceux qui ne parlent pas sont très attentifs et ont une écoute active. Leur pensée résonne en écho à ce qui se dit.
A l’atelier philosophie il n’y a pas celui qui sait et celui qui ne sait pas. Chacun est, et a la possibilité d’être ce qu’il est avec les autres, tout en acceptant les autres et en se construisant avec eux.

Construire la pensée - L’atelier de philosophie en GS

Dispositif et déroulement de l’atelier
« L’école vise l’intégration à la société grâce à l’apprentissage des règles et des lois, avec les contraintes qu’elles imposent et les libertés qu’elles ménagent ; en même temps, l’école participe à la construction de la personne et favorise la conquête de l’autonomie. » (5)
Favoriser l’émergence de la pensée de l’enfant, c’est se mettre en retrait, c’est s’abstenir de toute intervention et permettre à l’enfant de devenir autonome. C’est adopter une attitude d’écoute active et construire avec les élèves les règles de prise de parole.
L’atelier de philosophie fait réfléchir à sa propre posture d’enseignant en classe. Pour comprendre ce qui se joue, ou ce qui se passe pendant un atelier de philosophie avec les enfants, il est nécessaire d’en vivre au moins un soi même entre adultes. L’expérience est intéressante à proposer en réunion d’équipe enseignante.
Objectifs de l’enseignant :

  • - Présenter l’atelier : les mots utilisés par l’enseignant sont très importants.
  • - Faire comprendre le sens de ce moment bien particulier de parole dans la classe.
  • - Susciter l’investissement des élèves.

Objectifs d’apprentissages pour l’élève :

  • - Avoir confiance dans ses potentialités.
  • - Avoir confiance dans sa capacité à exprimer sa pensée.
  • - Prendre la parole.
  • - Ecouter l’autre sans l’interrompre.
  • - Accueillir les temps de silence et se laisser pénétrer par ses pensées.
  • - Pouvoir se taire ou pouvoir parler sans être jugé.
  • - Ne pas juger ses camarades.
  • - Accueillir la pensée de l’autre pour ce qu’elle est.
  • - S’exprimer de plus en plus clairement pour être compris.

La posture de l’enseignant :
L’enseignant :

  • - n’intervient absolument pas, sauf pour faire respecter le thème de réflexion et les règles de fonctionnement.
  • - s’autorise une relance si les élèves s’écartent trop du sujet en reformulant le thème de réflexion : « …je rappelle, aujourd’hui : nous sommes entrain de réfléchir à ce que signifie être heureux… » ou, à un autre moment « nous réfléchissons ensemble à ce que veut dire …être heureux…
  • - ne se pose pas en tant que modèle de pensée, ses interventions peuvent interrompre ou entraver le processus d’élaboration de la pensée des élèves.
  • - réconforte les enfants les plus timides en leur signalant leur appartenance au groupe. Par exemple : « on est là pour réfléchir ensemble, on peut réfléchir dans sa tête et garder pour soi ce que l’on pense, ou le dire avec ses mots… »
    Déroulement et organisation  :
    Périodicité de l’atelier : une fois par semaine
    Durée de l’atelier : dix minutes
  • - Ritualiser l’atelier (comme beaucoup d’activités avec les jeunes enfants la notion de rituel est importante) :
  • - l’atelier est inscrit dans l’emploi du temps,
  • - les élèves savent le moment où il a lieu,
  • - l’atelier est présenté à chaque séance pour mobiliser l’attention des enfants.
  • - Constituer des groupes : en grande section, la demi classe est à privilégier. Les groupes sont hétérogènes car la capacité à réfléchir sur les questions philosophiques n’a rien à voir avec les compétences scolaires.
  • - Mettre en place des règles de fonctionnement : seul celui qui a en main le bâton de parole ou le micro (les séances étant enregistrées la plupart du temps) peut prendre la parole.
  • -Rappel systématique avant le début de chaque atelier :
  • -Présenter l’atelier

L’enseignant a la parole et demande aux élèves de rappeler ce qu’est l’activité « atelier de philosophie » :
« Nous sommes à l’atelier de philosophie, que faisons-nous à l’atelier de philosophie ? »
Expliquer et ré expliquer au début de chaque atelier ce que l’on fait à l’atelier de philosophie :

  • - On va faire de la philosophie : on va apprendre à réfléchir sur des questions importantes pour tous les hommes.
  • - Il n’y a pas une bonne réponse mais plusieurs réponses possibles.
  • - On va apprendre à réfléchir : on va prendre le temps de penser dans sa tête, tout en écoutant les autres.
  • - On peut penser tout seul, mais parfois les idées des autres peuvent nous aider.
  • - On dit son idée quand on est prêt à la dire, on n’est pas pressé.
  • - Tout le monde n’est pas obligé de prendre la parole.
  • - La réflexion peut se faire sans parler.
  • - Annoncer le thème de réflexion de l’atelier :

L’enseignant prend la parole pour donner le thème de la réflexion, par exemple :
« Aujourd’hui, nous allons réfléchir ensemble sur ce que veut dire : ….
La façon de formuler, voire de reformuler est essentielle pour éviter que les élèves ne partent sur un contresens.
A l’école maternelle, les thèmes sont imposés par l‘enseignant en fonction d’évènements survenus dans les médias, la classe, l’école, ou à partir de thèmes évoqués dans des récits (ex : la peur, le courage, la fierté...)

Les enfants qui le souhaitent s’expriment à tour de rôleUn bâton de parole peut aider à faire circuler la parole
L’enseignant par son regard ou à l’aide du bâton :

  • Donne la parole aux élèves
  • Est le garant du respect de la parole de chacun, mais n’exprime pas sa pensée
  • Enregistre l’atelier
  • Peut aussi, écrire toutes les interventions des élèves dans un cahier

Les séances sont enregistrées.
L’enregistrement peut être soit écouté à la fin de l’atelier, ou au cours de l’atelier pour
relancer les échanges qui se tarissent, mais ce n’est pas systématique, soit mis à la disposition des élèves qui ont toujours un vif intérêt et un grand plaisir à l’écouter dans la classe.
Prolongements
On peut reprendre le thème de l’atelier à d’autres moments et l’aborder par :

  • - la lecture d’albums,
  • - la lecture de poésies,
  • - des discussions,
  • - des apports scientifiques, documentaires, articles de presse traitant de sujets similaires.

  • Ces temps d’étayage post ateliers réactivent la pensée de l’enfant. Ces temps permettent aussi à l’enseignant de supporter la frustration des dix minutes « d’abstinence langagière »…Bien que silencieux, l’enseignant est totalement présent, par son écoute bienveillante et la confiance qu’il a dans le potentiel de ses élèves.
    Faits frappants  :
    Si les enfants sortent du sujet, l’adulte fait une relance, en formulant autrement le thème de la réflexion : « Que pensez-vous de… ? », « Qu’est ce que c’est pour vous que… ? », …
    Avec les jeunes enfants il peut y avoir des confusions lexicales. L’enseignant doit s’assurer au préalable, lors d’une séance de langage que le mot utilisé pour lancer le thème de réflexion est connu de tous, et n’est pas propice à confusions.
    Par exemple :
    si l’on veut faire réfléchir les enfants sur « le courage », on peut avoir lu des histoires au préalable montrant des personnages courageux. L’atelier peut alors faire réfléchir les enfants à ce que veut dire « être courageux », le transférer à leur vécu ou mettre leurs mots à eux pour en donner leur définition (Des élèves avaient confondu courage et courir, lors d’un atelier, ils étaient partis sur « être courageux c’est quand on court vite…. » et leurs interventions étaient toutes autour de la course et de la rapidité à courir…). Il est indispensable de reformuler et de signaler la confusion lexicale si les enfants ne partent pas sur le bon axe de réflexion…
    Exemples de confusions fréquentes :
  • - Le bonheur : « C’est quand on se lève tôt » : confusion avec de « bonne heure » !
  • - Le courage : « C’est quand on court vite, il faut aller vite, on fait la course » : confusion entre courage et courir !

Activités pour une lecture réflexive - L’amitié

Plus les enfants sont jeunes, plus il est nécessaire d’alimenter leur réflexion avec des entrées variées. L’étayage de la pensée, de philosophie, à partir d’albums de littérature de jeunesse permet de réactiver la pensée chez l’enfant. La construction de sa pensée s’élabore ainsi par touches successives et par une mise en liens à partir de différentes entrées sur le thème de réflexion. Des albums de littérature de jeunesse abordent des sujets de réflexion très riches à partir des caractéristiques des personnages et à travers les situations vécues. Ils peuvent être d’excellents supports dès le cycle 1. Certains albums ciblés pour le cycle 3 peuvent également faire l’objet
d’un travail de réflexion dès le cycle 1. L’enseignant adapte alors l’approche qu’il en fait avec ses élèves.
Objectifs d’apprentissages pour l’élève :

  • - Construire le cheminement de sa pensée à partir de différentes approches.
  • - Réagir et s’exprimer sur les thèmes abordés.
  • - Entrer dans la littérature.
  • - Entrer dans une démarche de lecture réflexive. 6
  • - Réfléchir autour de la personnalité des héros ou des différents personnages de l’album.
  • - Comparer des personnages.
  • - Mettre en lien différents personnages et leurs caractéristiques communes.
  • - Comprendre les situations, l’objet de la quête éventuelle, les enjeux de l’histoire.
  • - Analyser l’œuvre et son thème au sein d’échanges et de discussions dans la classe.

Objectifs de l’enseignant :

  • - Enrichir la réflexion des élèves par des entrées différentes en dehors de l’atelier « philosophie ».
  • - Utiliser des albums de littérature de jeunesse pour étayer les thèmes de réflexion abordés à l’atelier de philosophie

Déroulement et mise en œuvre
Exemple d’étayage sur le thème de l’amitié

  • - « L’amitié » a été le thème de réflexion d’un atelier de « philosophie »

Le thème peut être repris dans la semaine, hors atelier philo, une réflexion sur le même thème, mais à partir de lectures d’albums de littérature de jeunesse traitant du thème concerné.

  • - L’enseignant cherche et sélectionne des albums sur le thème de l’atelier« philosophie ».
  • - Il propose différentes approches pour réfléchir à nouveau sur le thème : lecture de l’album par l’enseignant, narration de l’album, choix d’albums par les élèves dans une sélection pour raconter l’histoire, la commenter…

Travailler en partenariat et rendre lisibles les apprentissages :

  • - Ecrire sur la porte de sa classe le thème abordé à l’atelier de philosophie.
  • - Ecrire et scanner la couverture des albums abordant le même thème et l’afficher sur la porte de sa classe, ainsi que dans le cahier de vie des élèves.
  • - Solliciter des échanges avec les familles autour de ces albums et l’intérêt qu’ils ont.
  • - Proposer des livres aux familles leur enfant.
  • - Utiliser les ressources de la bibliothèque municipale.
  • - Inciter les familles à aller à la bibliothèque.

Construire sur la durée
Ce travail d’étayage permet de faire des liens et de construire sa pensée sur la durée.
Bibliographie d’albums sur le thème de l’amitié

  • - Malarguette. Marie Colmont, Père castor, Flammarion, 1952.
  • - Bonjour tous mes amis. Shigeo Watanabe, Editions du sorbier, 1980.
  • - Un copain pour de bon. Christiane Renauld Corderoc’h, Casterman, 1988.
  • - A... Ami ? Didier Lévy, Cécile Guyot, Nathan, 2001.
  • - Ami ! Ami ? Chris Raschka, La joie de lire, 1993.
  • -AMI-AMI, Rascal et Cirel, Pastel, 2002
  • - L’Afrique de Zigomar. Philippe Corentin, Ecole des loisirs, 1990.
  • - Chien bleu. Nadja, Ecole des loisirs, 1989.
  • - Je connais mes amis. Myche Wynants, Ecole des loisirs, 1968.
  • - Tu seras funambule comme Papa. Frédéric Sther, Ecole des loisirs, 1990.
  • - Drôles d’amis. Christine Dauvister, Editions Emma, 1981.
  • - Trois amis. Helme Heine, Folio benjamin 1982.
  • -J’ai un ami, Fuchshuber, Schenk de Regniers, Casterman, 1986
  • - Animaux entre amis. Emma Lafon, Faisons connaissance, Nathan, 1982.
  • - La brouille. Claude Boujon, Ecole des loisirs, 1989.
  • - Si si si....c’était un ami ? Albertine Deletaille, Les albums du père castor Flammarion, 1962.
  • - Cherche amis. Audrey Poussier, Ecole des loisirs 2004.
  • -Je connais mes amis.. Miche Wynants, Ecole des loisirs, 1968
  • -Tout seul, Gérard Franquin, Milan, 1995
  • -Laurent tout seul, Anaïs Vaugelade, Ecole des loisirs, 1996

Quelques exemples d’albums pour réfléchir :

  • - Moun, Rascal, école des loisirs, 1994
  • - Fanchon, Rascal, école des loisirs.
  • - Pied d’or, Rascal, école des loisirs.
  • - Le voyage d’Oregon, Rascal, école des loisirs, 1993
  • - Le petit lapin rouge, Rascal, Claude K Dubois.
  • - Une histoire à quatre voix, Anthony Brown, école des loisirs.
  • - Moi et rien, Kitty Crowther, école des loisirs.
  • -C’est moi le plus fort, Mario Ramos, Ecole des loisirs, 2001
  • -Le rhinocéros Arc-en-ciel, Peter Sis, Grasset jeunesse, 1987
  • - Yakouba, T Dedieu, seuil jeunesse.
  • - Fils du vent, T Dedieu, seuil jeunesse.
  • - Zappe la guerre, Pef, rue du monde.
  • - Les Philofables, Michel Piquemal, P Lagautrière, Albin Michel, 2003 (citations pour
  • réfléchir, commenter, mettre en lien).
  • - Mon premier livre de sagesse, M Piquemal, Albin Michel, 2001(citations, proverbes…).
  • Des albums qui favorisent la prise de parole et de l’apprentissage :
  • -C’est pas possible…, Rémi Brissiaud, André Ouzoulias, Retz, 2002
  • -Il croit que…, Rémi Brissiaud, André Ouzoulias, Retz, 2002

Bibliographie d’ouvrages pour l’enseignant

Construire les conditions de l’apprentissage : favoriser l’émergence de la pensée

  • - L’éveil de la pensée réflexive à l’école primaire. Michel Tozzi, Hachette éducation, 2001.
  • - Des enfants qui philosophent. Pierre Laurendeau, éditions logiques, 1996.
  • - La lecture réflexive. Michel Tozzi.
  • -Faire de la philosophie à l’école élémentaire. Anne Lalanne, ESF 2002.
  • -Comment les enfants découvrent la pensée, -théorie de l’esprit chez l’enfant- J Wilde Astington, Retz 1993.
  • - Les intelligences multiples - Pour changer l’école : la prise en compte des différentes formes d’intelligence. Howard Gardner, Retz,1996.
  • -L’intelligence et l’école - la pensée de l’enfant et les visées de l’enseignement. H Gardner, Retz, 1991.
  • - Philosopher sur les mathématiques et les science. MF Daniel, Le loup de gouttière,1996.
  • - Je est un autre - Pour un dialogue pédagogie-psychanalyse. J Lévine, J Moll.
  • - Je est un autre. Revue de l’AGSAS (abonnement, 2 place du général Koenig 75017 Paris, 01-45-74-03-51).
  • - Freud et la pédagogie. Mireille Cifali, Francis Imbert, éducation et formation PUF,1998.
  • - L’enfant et la peur d’apprendre. S Boimare, Dunod,2004

Construire les conditions de l’apprentissage : développer l’estime de soi

  • - L’estime de soi, un passeport pour la vie. Germain Duclos, Hôpital Sainte Justine,2004.
  • - Quand les tout-petits apprennent à s’estimer. Germain Duclos, Hôpital Sainte Justine1997.
  • - Pour favoriser l’estime de soi des tout-petits, guide pratique à l’intention des parents d’enfants de 0 à 6 ans. Daniel Laporte, Hôpital Sainte Justine,1997.
  • - Estime de soi et des autres : dossier dans la revue de l’OCCE -Animation et Education- n °186, mai/juin 2005.

Construire les conditions de l’apprentissage : développer la co construction des savoirs :

  • - Les petits groupes d’apprentissage dans la classe. J Reid, P Forrestal, J Cook, collection Agora Beauchemin, 2000.
  • - La Multiclasse, outils, stratégies et pratiques pour la classe multi-âge et multiprogramme. Colleen Politano, Anne Davies, Chenelière/Didactique, 1999.
  • - Vers une pédagogie interactive, on n’apprend pas tout seul. CRESAS, INRP.
  • - L’école mosaïque, apprendre ensemble et se construire par des pratiques solidaires. Ecole ouverte des Bourseaux, SCEREN, CRDP de l’académie de Versailles, CDDP Val d’Oise, 2005.
  • - On n’enseigne pas tout seul, CRESAS, INRP,2000.
  • - Echangeons nos savoirs Claire Héber-Suffrin, Syros,2001.

Enseigner

  • - Réussir l’école, revue - Fenêtres sur cours- n°262, 15/11/04.
  • - Se donner les moyens de Réussir l’école, revue –Fenêtres sur cours n°276, 03/11/05.
  • - Comment l’enfant devient élève - les apprentissages à l’école maternelle. R Amigues, MH Zerbato-Poudou, Retz, 2000.
  • - Plaisir de connaître, Bonheur d’être. Antoine de la Garanderie, Chronique sociale, 2004.
  • - Pour une anthropologie des savoirs scolaires, de la désappartenance à la réappartenance. J. Lévine, M. Develay, Pratiques et enjeux pédagogiques, ESF 2003.
  • - Apprendre. André Giordan, débats Belin.
  • - Apprendre…c’est un beau jeu. M Baulu, R Samson, Chenelière/Didactique.
  • - Le goût d’apprendre. Les entretiens Nathan Actes XIV 2004, Nathan.
  • - L’école pour apprendre. Jean Pierre Astolfi, ESF.
  • - L’apprentissage de l’abstraction, méthodes pour une meilleure réussite de l’école. B.M. Barth, Retz.
  • - Interdisciplinarité et situations d’apprentissage. Antonio Valzan, Hachette éducation.
  • - Faire construire des savoirs. Gérard de Vecchi, Nicole Carmona-Magnaldi, Hachette
  • éducation.
  • -Remédiation, soutien et approfondissement à l’école. Jean-Marie Gillig, Hachette éducation.
  • - Le savoir en construction, former à une pédagogie de la compréhension. BM Barth, Retz.
  • - Donner du sens à l’école. Michel Develay, ESF 1996.
  • - Première école, Premiers enjeux. Anne Marie Gioux, Hachette éducation.
  • - Les chemins des savoirs en maternelle. M Libratti, C Passerieu, chronique sociale.
  • - A la maternelle…voir GRAND ! MC Poisson, L Sarrasin, Chenelière/Didactique.
  • - Faire l’école, faire la classe. Philippe Meirieu, ESF.
  • - L’erreur, un outil pour enseigner. J P Astolfi, ESF,1997.
  • - Le pourquoi des choses. J Billard, Nathan pédagogie.

 [1]

Télécharger le document au format pdf

Notes

[11 Matthew Lippman : Philosophe américain, professeur de philosophie à l’université Columbia dans le New Jersey. « L’un des objectifs du programme de philosophie pour enfants est d’aider ceux-ci à voir des liens entre les divers aspects de leur vie et à trouver des moyens de rassembler ces liens en une trame cohérente, harmonieuse. » Des enfants qui philosophent, chapitre 1, page 33, éditions logiques 1996.
2 Jacques Lévine : Docteur en psychologie, psychanalyste, il est à l’origine de l’Association des Groupes de Soutien au Soutien (AGSAS) qui réunit des pédagogues et des psychanalystes. Il publie la revue Je est un autre Voir : Les ateliers de philosophie dans l’ouvrage Je est un autre de Jaques Lévine et Jeanne Moll, page 228, « Une communauté de philosophes de six ans », classe d’Agnès Pautard.
3 (fiche atelier phil et, liste de thèmes possibles…).
4 (B.O n°1 du 14/02/02HS)
5 IO2006-2007 « Qu’apprend-on à l’école maternelle »page11
6 voir les ouvrages de l’Association Française pour la Lecture (AFL), Lectures expertes, n°2, 2002 et La leçon de lecture, cycle 2, AFL 65 rue des cités 93308 Aubervilliers cedex, af.lecture@wanadoo.fr, tel : 0148110230, fax : 0148110239