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STAGE INTERDISCIPLINAIRE* SUR L'ECJS DU 4 OCTOBRE 2000

Rapporteur : Elisabeth David

Professeur de SES au lycée Champollion de Grenoble

      ( * histoire-géographie, lettres, philosophie, SES)

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Synthèse de l'intervention de Dominique Rousseau ( professeur du droit public à l' Université de Montpellier et membre du Groupe de Travail Disciplinaire pour l'ECJS )

 

Introduction : lorsque se met en place l'ECJS, les termes de camarades, classes sociales ont disparu. On parle de « catégories ». La réintroduction du terme de « citoyen » sonne mieux aux oreilles de la bourgeoisie; faut-il en déduire la réinstallation d'une domination sociale à travers l'ECJS ? L'ECJS n'est en tout cas, ni une matière ni une discipline, ne relève ni de l'instruction, ni de la morale et ne peut être réservée à un corps spécifique d'enseignants. Il constitue un espace où les savoirs des élèves doivent être mobilisés pour penser une question. Exemple : réfléchir sur le PACS ou la censure ne relève pas simplement d'une discussion frontale pour ou contre, mais d'une mise en commun de savoirs acquis individuellement ou en groupe pour se forger une opinion.

Etre « citoyen » c'est devenir un être de droit , pour qui l'intérêt général est supérieur aux intérêts particuliers, Le citoyen prend alors la dimension sociale en compte : on ne naît pas citoyen , on le devient.

 

 

Quelle est la place du droit dans cet enseignement ?

 

1 / Le droit est partout :

Les élèves doivent réaliser qu'il entoure chacune de nos activités sociales quelles qu'elles soient . ( la relation consommation/ vendeur est codifiée, la place du parent d'élève dans un établissement aussi) Il faut donc objectiver la droit : cela ne signifie pas enseigner son contenu niais sa signification. C'est-à-dire montrer qu'il est un instrument , un moyen de régler les relations entre les hommes ; il faut donc montrer le sens de son utilisation.

 

2 / Le droit est au cœur de la définition et de la discussion sur la citoyenneté

Le citoyen se définit comme un « être de droit », c'est-à-dire un être abstrait, dépouillé de ses caractéristiques concrètes. C'est à cette condition que l'Egalité entre citoyens est organisée.

Exemple de débat que cela soulève la parité : Badinter affirme que le citoyen est sans sexe, sinon on ouvre le risque d'une bascule dans le communautarisme. Agazinski dira que la citoyenneté a peu existé pour les femmes, qu’en réalité il y a toujours eu une domination masculine, il faut donc faire sauter ce particularisme. On voit ainsi réapparaître le questionnement : le citoyen est-il un être abstrait universel ou un être universel concret

 

3 / Comment enseigner le droit ?

Comment le définir ?

Le droit est interprétation, il relève de l'Ecole de l'imagination.

 

Le droit est alors une médiation nécessaire entre les hommes; c'est un acte de langage , dont il faut rappeler l'évolution du sens.

                      1789 égalité pour les hommes, car les femmes n'ont pas d'âme

                      2000 égalité pour les deux sexes

                      2050 égalité entre français et immigrés, il sera impensable qu'elle soit limitée aux seuls nationaux. Conclusion : enseigner le droit c'est mettre en évidence l'interrogation permanente sur ce qui lie les hommes, une médiation, un acte de langage.

 

a ) il est une médiation : donc il faut mener le réflexion sur le rapport entre le droit , la morale et l'organisation démocratique d'une société. Il nécessite des intermédiaires, un corps de représentants, brouillant les rapports entre les hommes ; la relation n'est donc pas transparente.

b) il est un intermédiaire : cela pose la nature de la relation démocratique : ce qui distingue une organisation démocratique et celle qui ne l'est pas : c'est l'écart entre les représentants et les représentés. Si l'on nie cet écart il y a fusion, pas de distinction entre les corps ( exemple le corps du Roi est le corps de la Nation , il ne peut se glisser une médiation, c'est la Monarchie absolue, une organisation fusionnelle, autoritaire et totalitaire ) : médiation et différenciation sont liées et compromettent la démocratie.

c) le droit permet de montrer et de faire vivre l'écart : c'est un espace qui empêche le citoyen d'être absorbé par ces représentants. Il lui permet de dire non à la fusion et de faire vivre l'écart. exemple : le droit est un miroir : on a besoin de cet intermédiaire pour ce voir en entier c'est par lui la société se voit et se pense c'est par lui que la société organise la citoyenneté.

d) le droit est un instrument qui passe par des mots : ce mot n'est pas toujours compris, de la même façon il rate ses objectifs. Il s'agit alors de s'entendre pour trouver la méthode pour s'entendre sur la signification des termes juridiques; par exemple les trois sens du terme Egalité.

 

B / Il faut montrer que le sens des mots est hors des mots, hors de la phrase qui le contient : c'est la fonction du débat argumenté ‑‑> réfléchir au sens des mots d'un énoncé juridique. Il faudrait montrer l'évolution du sens d'Egalité depuis de 18ème :

* en quoi suis-je tenu de comprendre l'Egalité ?

* puis-je lui faire dire n'importe quoi ?

le Conseil d'Etat a dû définir ce qu'est un film pornographique : les scènes de sexe sont-elles dissimulées ou non simulées ?!!

 

L'unique source de légitimité aujourd'hui c'est le débat : le droit est alors le lieu où s'affrontent des arguments sur la pertinence ou non d'une règle : démontrer que ce film est pornographique; c'est construire un raisonnement, et son contraire . ( cf. Hector dans « la guerre de Troie n'aura pas lieu » : « Dis-moi ce que tu veux que le droit te dise »)

 

C / Enfin :

-> Le droit se moque de la morale : exemple fumer ou mentir ; le droit ne les interdit pas, il ne les sanctionne pas ). La morale demande pour sa part, une adhésion de la personne ( aimer le code de la route !!)

 


Questions du centre de Chambéry : A propos de l'Etat de droit.

 

Pour D.Rousseau, il n'existe pas , par contre il faut opposer :

*Etat de droit de procédure : garant de la démocratie, où la légitimité fait que la question du droit est en suspend. Le droit n'est alors jamais acquis - « le droit doit avoir des droits » cf. A.Harendt

Exemple : évolution des besoins puis droit au logement : la société civile se mobilise : les mots changent, le droit fait naître une obligation de donner un logement social, sa construction est née d'un débat.

 

*Etat de droit de contenu, cf., l' Allemagne nazie : quelle légitimité d'un droit non discuté ? le débat n'existe pas dans le droit totalitaire ‑ par contre il réenchante le monde puisqu'il affirme ce qui bien et mal .

 

 

Question 1 – comment faire du droit sans morale ni valeur ?

D.R : Peut-on encore prétendre que des valeurs sont supérieures à d'autres, et qui ? puisque Dieu n'existe plus, le socialisme non plus -> qui peut alors se targuer de dire ce qui est juste ? Il ne reste que la valeur procédurale ( cf. Habermas ), c'est-à-dire l'échange argumenté; la production humaine à un moment donné, historiquement daté. Il faut aussi montrer aux élèves que la morale peut être disjointe du droit ( on ne pardonne jamais aux femmes de laisser mourir leurs enfants, quelles que soient les circonstances atténuantes - enfance malheureuse, contexte culturel favorisant les manques de repères ).

 

Question 2 : sans valeurs, peut-on en conclure auprès des adolescents que toutes les opinions se valent-elles ?

 

D.R.: Prenons l'exemple de l'avortement : il ne s'agit pas de dire s'il l'on doit être pour ou contre, mais de réfléchir à propos de : quand et pourquoi la loi surgit-elle ?

 

Les élèves doivent réaliser que le droit est un instrument de domination sociale ambivalent ( il sert les gros ou les faibles, il renforce ou affaiblit l'exploitation ), qu'il est instrumentalisé par des groupes et que donc il fait l'objet de rapports de force ( c'est en quoi devrait consister le travail de recherche documentaire : repérer les acteurs partie prenante d'un débat, les causes de leur prises de position, leurs arguments et les enjeux de leurs prises de position ).


Question 3 : Comment réfléchir sur la règle juridique avec les élèves ?

 

D.R.: par trois approches

 

1 - la genèse de la règle

2- l'usage de la règle

3- l’analyse du discours rationnel

réfléchir au lien société et norme

 

la société est productrice de normes

 

qui produit la règle ?

‑ un mouvement social ?

‑ un ministre '?

‑ le parlement ?

‑ la mobilisation de la

société civile est-elle alors plus influente que la mobilisation politique ?

ex PACS : qui ? nombre ?

ex 35 h : modification de la gestion des vacances ?

modification de l'investissement dans des associations ?

ex IVG : qui y recourt ?

 

quelle modification de l'organisation du travail dans les hôpitaux ?

IVG quel discours ont tenu les femmes ?

35 h, fin du travail ? l'individu « complet » ?

PACS : * le mariage homo est-il acceptable '?

*la filiation est-elle pour autant acceptée ?

 

Il s'agira de faire identifier par les élèves les acteurs qui sont partie prenante d'un débat, repérer leurs arguments puis rechercher les raisons qui les poussent à entrer dans le débat.

 

 

Question 4 : qu'est-ce qu'éduquer au politique ?

 

·          C'est éduquer à l'autonomie, donc analyser le langage et les lieux où cette autonomie se construit. (les institutions)

·          C'est renverser la représentation en montrant que la société « fait du droit » en formation constante (en démocratie on prend au sérieux ce qui vient de la base).

·          C'est montrer que dans l'espace civil publique, l'Etat est le lieu de Raison, dans le sens où il défend l'intéret général au‑delà de nos passions et nos désirs individuels.

C'est donc comprendre la coupure entre la raison et la passion.

C'est apprendre au cours du débat que la discussion est le fondement de le règle démocratique

( donc pour D. Rousseau la finalité du débat est la discussion en elle même ).

 

synthèse des travaux du stage de Valence : 5 Octobre 2000

 

Propositions et questions : à propos du programme de première ES

 

Thème 2 : formes de participation politiques et d'actions collectives

1 ) phase de sensibilisation : utiliser un mouvement social médiatisé exemple la grève des chauffeurs routiers du mois de Septembre

Objectifs de l'enseignant : mettre en évidence la dimension politique de ce mouvement ‑par une identification des acteurs qui en sont partie prenante: catégories sociales des grévistes, partis politiques, syndicats, membres du gouvernement, médias eux-même.

‑ par le repérage de leurs arguments respectifs

‑ par le recherche des raisons qui les poussent à intervenir dans le mouvement

 

‑ amener les élèves à identifier ce qui est débattable dans le cadre de l'ECJS

« toute action collective est-elle une action citoyenne ? »

question : faut‑il amener les élèves à identifier ce qui est débattable ? faut-il l'imposer ?

 

‑ retour sur les manuels : tous les sujets proposés par les manuels ne sont pas formater pour un débat éducateur à la citoyenneté : tour de table afin de se mettre d'accord sur des critères identifiant les intitulés de débats acceptables, exploitables dans l'esprit de l’ECJS évoqué par Dominique Rousseau.

 

‑ guider les élèves durant la recherche documentaire ?

-          quels sont les critères de réussite d'une recherche efficace ?

distinction du fait relaté de son interprétation

‑ la réflexion critique sur la nature des informations disponibles : comparaisons entre les interprétations diffusées par les médias : interviews, synthèse par les journalistes etc. .........

‑ la compréhension des raisons qui poussent les acteurs à prendre partie.

    - une éducation à l'autonomie passe par le questionnement par l'élève des conditions dans lesquelles il a la conviction de se faire une opinion : quelle information y participe ?

 

thème

Concepts-clefs

notions liées

débats envisageables

activités des

élèves

 

 

 

 

 

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