Document 1 : L'EPO

   

 

L'EPO, contexte d'apparition dans le monde du sport.

 

"Il est possible de gagner des courses sans se doper, je le sais, je l'ai fait, écrivait l'ancien cycliste professionnel Gilles Delion en 1999. Mes succès et mes places d'honneur, je les ai acquis alors que certains de mes adversaires se dopaient. J'en étais conscient, mais j'avais le choix personnel de rester propre."......Longtemps, les terrains de sport furent donc des lieux plus ou moins sains, où des gens propres en côtoyaient d'autres qui l'étaient moins, sans que cette dichotomie n'hypothéquât l'esprit du sport cher à Pierre de Coubertin, car le dopage ne garantissait pas le succès.

Puis vint l'EPO, hormone magique qui rendit le dopage efficace. Pour la première fois, un apport exogène assurait au sujet entraîné une amélioration de ses performances. Une révolution. Dès 1989, un professeur suédois évaluait le gain à 10%. Il était sans doute en deçà de la réalité. Dix ans plus tard, le triathlète Olivier Hue rapportait au journaliste belge Gilles Goetghebuer son expérience de l'EPO, menée à des fins scientifiques avec le professeur Audran de l'université de Montpellier : "L'efficacité de l'EPO est vraiment extraordinaire. Quinze jours après le début des infiltrations, j'ai eu subitement l'impression d'avoir effectué plusieurs mois d'entraînement. A vélo, j'enclenchais les grands développements avec une surprenante facilité. Ma course à pied était également d'un meilleur confort. Et je nageais plus longtemps en apnée."

En 1984, le cycliste Francesco Moser battait deux fois le record de l'heure à quatre jours d'intervalle. C'est à peu près le laps de temps qu'il avait fallu à son prédécesseur sur les tablettes, le Belge Eddy Merckx, pour pouvoir remarcher après son exploit de 1972........

Les victoires de Greg Lemond dans les Tours de France 1989 et 1990 peuvent également susciter l'interrogation. En 1987, l'Américain échappa de peu à la mort dans un accident de chasse. Le coureur perdit un rein, or l'érythropoïétine est notamment utilisée pour compenser les déficiences rénales.

La plupart des "héros" de cette saison "paranormale" ne feront plus parler d'eux par la suite, mais l'engrenage du dopage a commencé à faire tourner ses roues. Surtout, le sportif éprouve pour la première fois la curieuse sensation qu'il n'a plus le choix s'il veut maintenir son rang et son statut, s'il veut continuer à s'assurer un salaire. C'est un cercle vicieux, car l'EPO coûte très cher. Il faut compter environ 50 000 francs par an pour le traitement de base, dix fois plus pour le traitement de pointe. L'effort athlétique se banalise au profit des plus riches. Ceux qui ont moins de moyens se dopent pour suivre et les nouveaux préparateurs se bâtissent des petites fortunes...

En 1997, un test sanguin préventif et non répressif est instauré (cyclisme, ski de fond): il est décidé que tout coureur dont l'hématocrite dépassera les 50 % (47% pour les femmes) sera mis en arrêt de travail.

 

 

L'EPO, mode d'action et risques

 

  L’érythropoïétine (EPO) est apparue dans les cercles sportifs dès 1987, alors qu’elle était encore en expérimentation clinique. Naturellement produite par les reins [et le foie], cette hormone gagne la moelle osseuse où elle stimule la production des globules rouges et la production d'hémoglobine. Issue du génie génétique et utilisée pour les insuffisants rénaux dialysés qui souffrent d’anémie chronique, l’EPO est réservée, en France, à l’usage hospitalier. Sa fabrication augmente avec l'hypoxie (celle de l'altitude en particulier). Mais son action sur les globules rouges en fait un dopant de premier choix, surtout pour les disciplines d’endurance (courses ou ski de fond). L'augmentation de ces globules rouges amène une élévation de l'hématocrite qui désigne le pourcentage des globules rouges par rapport au volume sanguin total. Il s'agit en quelque sorte de la concentration des globules rouges, qui facilite et augmente le transport du dioxygène des poumons vers le muscle et améliore la VO2max. Toutes ces modifications, bien connues, sont quasiment automatiques, prévisibles et rapidement ressenties par le sportif. Le nouveau statut globulaire de l'athlète lui permet d'espérer un gain de performance significatif : jusqu'à 20% selon certains.

            Les risques les plus répertoriés qui découlent de ces effets sont les embolies, mais ils sont aussi hépatiques (cancer) et cardiaques (encore incomplètement connus). Ils expliquent certains décès la nuit, sachant que la circulation d'un sang rendu très visqueux est physiologiquement ralentie pendant le sommeil. On a tenté de remédier à ces risques des réveils nocturnes avec des exercices physiques pour relancer la circulation, et par l'utilisation de médicaments fluidifiants le sang.