Baccalauréat Blanc 2003 Dissertation proposée par Pascal Binet et Pascal Bailly du lycée Ambroise Croizat

Le corrigé                                                                                                                                                         Retour


Thème : Investissement, capital et progrès technique


L’investissement est-il toujours favorable à la croissance et à l’emploi ?

Document 1 :


Dès 1987, le prix Nobel Robert Solow (…) constatait que “l’âge de l’ordinateur est arrivé partout, sauf dans les statistiques de la productivité”.
En effet, alors que la diffusion des technologies dans les entreprises auraient dû accroître la productivité du travail, les indices de productivité stagnaient. Depuis, l’évolution a été assez faible : de 1992 à 1995, la productivité a augmenté seulement de 1% aux États-Unis, et de 2,1% l’an de 1996 à 1998 alors que cette augmentation était de 3% dans les années soixante. Une révolution technologique qui n’améliore pas le rendement du travail, voilà un mystère...
On explique aujourd'hui ce paradoxe par plusieurs arguments. Certains contestent simplement les instruments de mesure officiels ; pour d' autres, les NTIC* ont initialement une faible productivité (à cause d'effet d'apprentissage, de coûts d'organisation) ; d'autres encore soulignent que le paradoxe de Solow date de 1987 et que depuis, la productivité a beaucoup augmenté.
Les appréciations globales sont cependant à nuancer, tant les différences de productivité sont énormes selon les branches. Dans certains domaines, comme les transports ou les banques, les gains de productivité sont très importants. Dans le commerce de détail, par contre, ils sont faibles.
On comprend pourquoi : l'ordinateur et Internet peuvent et ont révolutionné le travail dans la gestion des billets de train ou d'un compte bancaire. Pour le marchand de légumes, ils n'ont eu qu'un faible impact. Et comme le secteur du commerce de détail emploie beaucoup de main-d'œuvre, cela fait baisser la moyenne globale.

Jean-François Dortier, Sciences humaines, hors-série n° 28, 2000.

* Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication.

Document 2 :
Les objectifs de l’innovation technologique en France
(en % du nombre d’entreprises innovantes 1)

Maintenir ou accroître sa part de marché

 

- en remplaçant des produits obsolètes

31

- en améliorant la qualité des produits existants

56

- en étendant la gamme des produits

58

- en se tournant vers de nouveaux marchés géographiques

33

Augmenter les marges

 

- en donnant plus de flexibilité à la production

22

- en réduisant les coûts salariaux

22

- en diminuant les consommations de matériaux

20

- en abaissant la consommation d'énergie

10

- en réduisant le taux de rebut

30

- en réduisant le cycle de conception

29

Réduire les atteintes à l'environnement

24

Améliorer les conditions de travail et de sécurité

32

 

1. Le total dépasse largement 100 car les entreprises on pu indiquer plusieurs objectifs.
Source : Enquête “innovation” SESSI, Rapport du Conseil d’Analyse Economique, la documentation française, troisième trimestre 1998
Document 3 : Contributions à la croissance du PIB de certaines dépenses d’investissements selon leur objet (en variation annuelle moyenne sur la période en %)

Périodes

1969-79

1979-89

1989-95

1995-99

Produit Intérieur Brut

4,10

2,40

1,30

2,20

Contributions

 

 

 

 

Total des TIC

0,19

0,20

0,16

0,27

dont : matériel informatique

0,12

0,13

0,09

0,13

logiciels

0,03

0,04

0,05

0,09

Matériel de communication

0,04

0,03

0,03

0,05

Équipements

0,40

0,35

0,32

0,19

dont : matériel de transport

0,09

0,04

0,07

0,06

autres matériels

0,31

0,31

0,25

0,12

Recherche et développement

0,05

0,08

0,09

0,03

 

Source : TEF 2002/2003

Document 4 : Contributions à l'évolution du PIB, aux prix de l'année précédente, (en variation annuelle moyenne sur la période en %)

 

1991

1993

1995

1997

1999

2001

Dépense de consommation finale des ménages

0,4

-0,3

0,7

0,1

1,7

1,4

Dépense de consommation finale des adm. publiques

0,6

1,1

-0,0

0,5

0,3

0,6

Formation brute de capital fixe totale

-0,3

-1,3

0,4

-0,0

1,5

0,5

Formation brute de capital fixe des stés non fin. et entrepr. indiv.

-0,3

-0,9

0,2

0,0

0,9

0,3

Formation brute de capital fixe des ménages hors entrepr. indiv.

-0,4

-0,2

0,1

0,0

0,3

-0,0

Formation brute de capital fixe des administrations publiques

0,2

-0,1

-0,0

-0,2

0,2

0,2

Formation brute de capital fixe des sociétés financières

0,1

-0,0

0,1

0,1

0,1

0,0

Solde extérieur des biens et services

0,6

0,8

0,1

1,2

-0,3

0,1

Exportations de biens et services

1,2

-0,0

1,6

2,7

1,1

0,2

Importations de biens et services

-0,7

0,8

-1,6

-1,5

-1,4

-0,0

Variation de stocks

-0,2

-1,2

0,6

0,0

-0,1

-0,8

Produit intérieur brut

1,0

-0,9

1,7

1,9

3,2

1,8

 

Source : www.insee.fr INSEE. Comptes nationaux.















Document 5:

Ces nouvelles approches de l'organisation de l'entreprise, couplées à l'utilisation des NTIC, ont contribué aux gains de productivité du travail et de la productivité totale des facteurs réalisés par les entreprises américaines au cours de la dernière décennie. En France, où la flexibilité du marché du travail aurait pris de l'importance, les pratiques flexibles se diffusent elles aussi rapidement. Mais, derrière la vision idyllique - véhiculée par les sociétés de conseil en organisation - d'un monde où les employeurs trouvent de nouveaux « gisements » de productivité et où les salariés sont heureux d'être responsabilisés se cache une réalité différente. En effet, les enquêtes montrent une intensification et une dégradation des conditions de travail, ce qui explique que ce nouveau modèle productif ait été qualifié de « néo-stakhanovisme ».
(…) Ce transfert des risques sur les travailleurs se révèle être une aberration économique pour trois raisons au moins. Tout d'abord, ce sont les salariés qui assument les risques, dans la mesure où le travail est devenu la variable d'ajustement dans les entreprises. Or, selon la théorie financière la plus orthodoxe, ce rôle devrait revenir aux actionnaires. Ensuite, le taux de rendement du capital (le fameux ROE, ou return on equity) de 15 % exigé par les investisseurs * est intenable à terme : s'il était maintenu, la croissance des profits serait largement supérieure à celle du PIB, ce qui signifie que l'ensemble de la richesse nationale finirait dans les mains des détenteurs de capitaux! Enfin, le principal débouché de la production des entreprises est la consommation des ménages, qui dépend surtout des salaires (et peu des revenus financiers, comme on l'a vu) : peser en permanence sur la masse salariale et réduire celle-ci en cas de difficulté est donc le meilleur moyen de réduire la croissance économique et de dégrader, à long terme, la santé des entreprises et de l'économie.

Dominique Plihon “Le nouveau Capitalisme” Flammarion collection dominos 2001


* il s’agit de la part que doivent représenter les dividendes dans le capital investi par les actionnaires.




Document 6:

La formation, les dépenses de marketing, de recherche-développement (R-D) et de logiciels sont-elles des dépenses courantes ou des investissement? [ ... ] Selon l'OCDE, "l'investissement immatériel recouvre toutes les dépenses de long terme autres que l'achat d'actifs fixes que les entreprises consentent dans le but d'améliorer leurs résultats. En plus des investissements de technologie (R-D ou acquisitions de ses résultats), il concerne aussi les investissements dans la formation, dans les relations de travail, dans les structures de gestion, dans l'organisation de la production, l'élaboration des relations commerciales et technologiques avec les autres firmes et avec les fournisseurs et les consommateurs, l'investigation des marchés, l'acquisition et l'exploitation des logiciels."
Bien que comptabilisées en dépenses courantes, les dépenses en R-D, formation, publicité et logiciels sont aujourd'hui assimilées à des investissements, car considérées comme des dépenses consenties pour améliorer à terme les résultats de l'entreprise.
Influant sur l'efficacité de la production, sur le rythme de renouvellement des produits ou sur les ventes, les investissements immatériels apparaissent comme des éléments de la compétitivité-prix et hors-prix des entreprises. Quand elle débouche sur des innovations dans les procédés de production, la R-D permet une réduction des coûts et une amélioration de la productivité. L'introduction de nouvelles technologies fondées sur l'informatique et les télécommunications a accompagné des transformations plus profondes de la production qui reposent sur la recherche d'une plus grande flexibilité. Investissements en logiciels et dépenses de formation ont suivi ce mouvement. Par ailleurs, les investissements immatériels, en permettant l'amélioration et la diversification des gammes de produits, sont un moyen pour la firme de mieux s'adapter aux exigences des consommateurs.

Comptes de la nation 1992 dans l’Économie française, INSEE, 1993.