Fiches de lecture sur la mondialisation

documents de travail du Gredi       A. Dontaine      20/09/99  

A. Chanel   15/05/2000


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La mondialisation du capital

F. Chesnais, Syros 1994

Fiche réalisée par Alain Dontaine

Le terme de mondialisation pose un problème de définition :

                C.Omahe(94): globalisation est différente de l'échange extérieur, il s'agit avant tout d'un processus industriel c-à-d de "transformation en profondeur du mode prédominant d'organisation du travail"

                Chesnais : mondialisation est un processus qui rompt avec la tendance séculaire du capitalisme dans le sens de l'intégration et la convergence, la mondialisation est un double mouvement de polarisation, interne à chaque pays avec hausse des inégalités de revenu et de la rente du capital-argent et externe avec rapport centre/périphérie.

                S. Amin (90) : l'expansion du capitalisme était fondée sur intégration simultanée dans le cadre des Etat-nation de 3 marchés : marchandise, capital et travail. La mondialisation met fin à cette intégration car le système mondial n'est pas intégré du point de vue du travail et le K joue des différences qui existent entre marchés nationaux du travail.

Hypothèse de Chesnais : la théorie traditionnelle de l'économie internationale évacue le capital productif puisqu'il ne circule pas (cf. hypothèse du modèle). Or le moteur du mouvement de mondialisation est l'IDE comme modalité d'intégration de l'économie internationale. Donc nécessité de partir du K productif. Considérant avec Marx l'existence des 3 cycles de mise en valeur du K ( capital-marchandise, capital-productif et Capital-argent qui est un Capital-productif d'intérêt dont rémunération est une ponction sur le profit industriel), Chesnais propose d'étudier la mondialisation comme internationalisation de chacun de ces 3 cycles considérés séparément car revêtant une forme particulière.

 

1. Les IDE :

 Rôle prépondérant dans l'internationalisation des services (plus de 55% des IDE = services). Parmi ces IDE, rôle des acquisition/fusions. Il s'agit surtout d'investissements croisés au sein de la triade avec marginalisation des PVD à l'exception de l'Asie du Sud-est.

2. Les EMN :

Aspect nouveau dans leur développement = augmentation participation minoritaires, cascades de participations, accords de sous-traitance et de coopération interentreprise ayant conduit à la firme réseau avec comme conséquences :                - flou et perméabilité des frontières des entreprises

                                               - incorporation dans la production de formes de revenus relevant de créances sur l'activité productive d'une autre firme sous la forme de ponctions sur ses résultats bruts d'exploitation.

Apparition de nouvelles formes d'investissement (NFI) qui diffèrent des IDE car consiste en un apport d'actifs immatériels ouvrant un droit de regard sur gestion dans le cadre de participation minoritaire, joint ventures, ...

A propos de la définition des EMN, Andreff explique qu'il y a difficulté car le concept d'internationalisation du capital poserait problème. Or selon Chesnais, le capital est une catégorie économique fondamentale pouvant se définir comme "une valeur dont l'objectif est auto valorisation, la mise en valeur avec profit". Comme il existe plusieurs formes de valorisation du capital ; mise en mouvement de la force de travail, opération sur marchés financiers et opérations offrant des profits sans passer par la production (plus values immobilières, monétaires, ...) c-à-d opération de spéculation, il apparaît une composante rentière de plus en plus importante dans le revenu des EMN.

3. la concentration du capital

"La crise a épargné les grands groupes qui ont connu au contraire une croissance soutenue"(p70). La conséquence de cette concentration est que la forme la plus caractéristique de l'offre dans le monde est l'oligopole mondial délimité par des rapports de dépendance mutuelle de marché qui lient le petit nombre de grands groupes membre de l'oligopole.

Historiquement, cf. S. Hymer (70), l'achèvement de la reconstruction du capitalisme européen et japonais constitue le passage d'une internationalisation du capital réalisée par extension mondiale de l'oligopole US (analysé comme extension internationale de ses rivalités oligopolistiques domestiques) à la constitution d'un véritable oligopole international. Toutefois ce processus diffère de ce que Porter nomme "industrie globale" car les industries comme appareil de production sont loin d'être intégrées au plan mondial, en revanche "le marché mondial l'est"(p78).

                Les causes : cf. les apports de l'économie industrielle :         

- théorie des coûts irrécouvrables (Gaffard91) c-à-d barrières à la sortie

-  théorie des avantages différentiels liés à l'apprentissage

- économie des coûts de transaction : les firmes réseau économise les coûts de transaction tout en évitant les coûts bureaucratiques.

                Relation de concurrence/coopération entre EMN et nation d'origine : si il existe "globalisation" au sens où la concurrence se fait sur tous les marchés, les EMN restent des entreprises attachées à leur pays d'origine et aux avantages qu'elles y trouvent. Les EMN US y ont une place particulière, il existe en effet une hégémonie US qui compense la perte de compétitivité industrielle US par différents facteurs :

                -financiers : rôle mondial du $, capacité de choisir sa politique monétaire, capacité à drainer l'épargne mondiale, ...

                -militaire et diplomatique

                -culturels : rôle de l'anglais et son influence sur l'industrie des médias, des télécoms, symbolique (cinéma, ...), ...

Pour les autres entreprises, originaires d'autres pays, importance de la compétitivité structurelle (attributs du cadre productif mais aussi social et institutionnel du pays).

Toutefois cette question de compétitivité diffère selon le secteur : cf. rapport Arthuis où problème de délocalisation industrielle est présenté comme le résultat de niveau de salaire qui serait donc le déterminant principal des délocalisations. Chesnais est d'accord en ce qui concerne les activités recourant à sous-traitance mais pas pour les industries à technologies avancées. La répartition internationales des IDE le montrent puisque pour l'UE, 62% du stock des IDE et 45% des effectifs correspondant sont intrazones (pour la France = 93 et 71 % dans OCDE). Il s'agit donc d'une logique d'investissements croisés triadiques offensifs.

4. Les services, "nouvelles frontières" pour la mondialisation du capital

L'accroissement des IDE dans les services est le plus rapide (50% du stock international). La déréglementation et privatisations ont fournit au K les seules chances actuelles d'expansion vu le ralentissement de la croissance des échanges du fait du chômage, marginalisation PVD, ... Difficultés d'utilisation des statistiques sur cette question car les IDE dans les services sont aussi bien réalisés par des entreprises du secondaire que du tertiaire.

5. Les échanges commerciaux dans le cadre de la mondialisation

IDE et stratégie de localisation commandent une part importante des flux de marchandises et de services.

                Comment analyser le taux de croissance supérieur des échanges au PIB? Il s'agit d'un phénomène nouveau dans l'histoire du capitalisme car avant les échanges se faisaient sur la base de la recherche de complémentarité. En 1929, US font face à baisse demande interne et cherche à exporter leur chômage par eportation tout en élevant des barrières protection. Après 2e guerre, la hausse des échanges se fait dans le but de profiter des économie d'échelles et d'accroître la spécialisation grâce à l'assurance de trouver à l'extérieur une partie du marché nécessaire pour écouler la production. Après  1975 on assiste au passage d'une économie de spécialisation internationale à la formation d'un espace de concurrence où il y a diminution des différences entre marché domestique et extérieur. Il s'agit d'un transformation de l'économie internationale désormais vue comme "espace d concurrence diversifié, mais en voir d'unification"(p186) où la concurrence est de plus en plus forte entre entreprises, ce qui accroît le problème de la compétitivité et où le gain d'une entreprise est la perte d'une autre. L'échange profitable à tous  a donc tendance à disparaître. Après la récession de 74-75, il y a recherche d'une relance économique par les exportations vers les PVD qui se sont alors endettés ... jusq'à la substitution de produits de synthèse aux produits de base plongeant ainsi ces pays dans l'exclusion et la marginalisation définitive de certains d'entre eux.

La hausse des échanges intrabranche et intrafirme accroît encore ce problème de compétitivité et remet en cause la théorie NC du CI basée sur la logique de complémentarité. C'est la fin d'une vision où l'échange est positif pour tous et passage d'un jeu à somme positive à un jeu à somme nulle.

Le mouvement propre de la mondialisation financière

Ce secteur de la globalisation est celui à être allé le plus loin ce qui montre la capacité du Capital-argent à s'autonomiser.

Causes : - après 1945, apparition aux USA d'une conception de la finance comme industrie. Celle-ci fut au coeur du big bang de 85-86. Cette conception signifie que le "commerce de l'argent et des valeurs est envisagé comme une activité transnationale, objet d'une compétition au plan mondial entre des acteurs cherchant à y exploiter au mieux leurs avantages comparatifs". La sphère financière est devenue un champ de mise en valeur du K. Vu le caractère de la monnaie il a dès lors été produit des profits venant de la spéculation. cf. Marx ce capital financier fructifie sans passer par la production. Le profit des banquiers n'est qu'une retenue sur la plus value et leur capacité à obtenir une part de cette plus value dépend du degré de centralisation et de concentration du capital argent. La globalisation financière a porté cette capacité à un niveau très élevé. Le k argent est donc capable de ponction importante sur les profits industriels, pression que les grandes entreprises font peser sur les salariés.

                                - dislocation du SMI de BW ramenant toutes les monnaies au rang d'actifs financiers. Le début du mécanisme se situe dans les déficits jumeaux US des 60' et le mécanisme d'endettement US qui a nourri le marché des euro $, 1e chaînon de la naissance des marchés financiers. Ces euromarchés ont internationalisé l'économie d'endettement et permis de placer le système mondial sous la coupe du K rentier.

Pourquoi ce retour du K rentier ? (cf. Keynes et euthanasie des rentiers) a) 70' = retour des contradictions de l'accumulation c-à-d baisse de la rentabilité du K investi dans l'industrie et ainsi recherche de nouvelles formes de mise en valeur purement financière

                                b)développement des euromarchés non du fait des mesures soviétiques mais plutôt (cf. Bourguinat) politiques des banques britanniques de travailler en $ afin de compenser la faiblesse de la £. Ces comptes sont utilisés par EMN US, puis banques US afin d'échapper au contrôle de la FED

                                c)responsabilité des Etats US et GB pour déréglementation suivie par les autres pays. En France fin 92, 1/3 dette publique est détenue par des non résidents qui n'ont même pas apporté des devises car les liquidités ont été créées par les banques françaises permettent ainsi à des investisseurs étrangers de toucher des i offerts par l'État français.

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La mondialisation n'est pas coupable.

Vertus et limites du libre échange.

P. R. Krugman, La Découverte, 1998

Fiche non exhaustive réalisée par Alain Dontaine à partir des différents articles rassemblés dans cet ouvrage.

 

1° La diminution de la part des emplois non qualifiés industriels aux USA n'est pas due à la compétitivité des pays à bas salaires.

Si on considère le différentiel d'export/import de produits industriels, les USA font apparaître un déficit qui peut être considéré comme une cause du chômage. Mais les exportations sont mesurées par le chiffres d'affaires et non par la valeur ajoutée, qui , pourtant, seule mesure le profit réalisé par le secteur industriel. En corrigeant ces données Krugman montre que l'incidence du CI sur la baisse des emplois industriels est infime. En effet même si il existait un équilibre du commerce extérieur, il y aurait eu baisse des emplois. Le CI n'explique donc qu'une toute petite partie de cette diminution des emplois.

Pourquoi cette baisse ?                 - l'évolution de la consommation intérieure US avec l'accroissement des dépenses tertiaires entraîne une diminution de la part de l'industrie

                                                               - la productivité plus forte dans l'industrie entraîne une diminution plus forte des prix dans ce secteur par rapport au secteur des services.

De ce fait Krugman conclut que la diminution des emplois dans l'industrie n'est pas due à un manque de compétitivité du fait d’une faible productivité mais bien à une productivité très forte.

Remarques : Krugman utilise comme indicateur, "pertinent " à ses yeux, le PNB commandé c-à-d le PNB réel mais en corrigeant la valeur des exports par l'indice des prix à l'import. L’intérêt en est, selon lui, de mesurer la qualité des B et S qu'une économie peut acheter sur le marché mondial et non la quantité de B et S qu'elle produit.

 

2° La concurrence internationale est-elle responsable de la détérioration du niveau de vie des travailleurs non qualifiés ?

Cette thèse s'appuie sur la théorie de l'égalisation de la rémunération des facteurs qui suppose que quand il y a un échange entre pays riches avec beaucoup de MO qualifiée et un pays pauvre avec faible MO qualifiée, il existe une hausse des salaires de la MO qualifiée aux US et une baisse pour la MO non qualifiée. En effet le pays riche se spécialisera dans une production à forte MO qualifiée, ainsi la demande de cette MO sera forte et donc les salaires augmenteront. A l'inverse, dans les pays pauvres les salaires des non qualifiés augmenteront. Dès lors, les entreprises diminueront la proportion des salariés très qualifiés, mouvement qui contrecarrera le précédent "ou presque".

Selon Krugman, si théorie est exacte alors dans l'économie US, le rapport emplois qualifiés/non qualifiés devrait baisser et l'emploi devrait augmenter plus vite dans les branches à forte qualification. Or dans la période 79-89 aux US, le salaire réel des cols blancs a augmenté plus vite que celui des cols bleux qui diminuait ! Pourtant dans presque toutes les branches on assiste à une augmentation de la proportion des cols blancs et les branches très qualifiées n'ont augmenté leur production qu'à peine un peu plus que les autres.

Ainsi Krugman en conclut que " la tendance à l'égalisation du prix des facteurs n'est pas la force motrice qui explique l'inégalité croissante entre les salaires" (p58). Au contraire, la hausse de la demande de travail qualifié a comme conséquence de modifier la demande interne à chaque secteur d'activité et non une recomposition de la structure sectorielle US pour répondre aux exigences du commerce extérieur. "La mondialisation n'a pas joué le rôle principal", d'autant plus que la plus grande part des importations US est constituée de produits de pays industrialisés à niveau de qualification et de salaires analogues.

 

3° Le développement du Tiers-Monde nuit-il à la prospérité du premier monde ?

En 1990, les pays industrialisés importent des produits manufacturés en provenance des économies émergentes 1,2 % de leur PIB.

Krugman part d'une situation où il n'existerait que 3 types de biens selon des différences technologiques. Le monde serait divisé en deux zones ; nord et sud. Au nord le travail serait plus productif pour les 3 types de biens mais surtout pour la haute technologie. Les biens produits au nord sont de moyenne et haute technologie et ceux au sud de faible et moyenne technologie. En situation de concurrence, le rapport taux de salaire au nord / taux de salaire du sud est égal au rapport productivité du Nord sur productivité du sud dans la moyenne technologie (voir page 71 pour les exemples chiffrés).
Que se passe-t-il si on assiste à une hausse de la productivité dans le Sud ? Si c'est dans la faible technologie, il y a hausse des salaires réels au Nord, si c'est dans moyenne technologie, il y a hausse des salaires au sud donc aussi des prix des biens de faibles technologie et donc baisse des salaires réels au nord. Ainsi selon les cas les conséquences sont très différentes. Si on rapporte à la réalité, dans la période 82-92, les termes de l'échange ont augmenté de 12 % en faveur de nos économies !

Krugman prend un autre exemple de risque, celui des délocalisation et des IDE : pourquoi les IDE peuvent-ils être négatifs et source de chômage ? La productivité du travail dépend en partie de la quantité de capital qui le fait travailler. Ainsi si cette quantité diminue, la productivité risque de le faire et donc les salaires réels. Si des IDE se font dans les pays du Sud, on aura ainsi une baisse des salaires réels au nord. Ainsi en théorie l'effet est négatif. Mais en réalité en 1993, les IDE des pays industrialisés dans les pays à éco émergents était de 100 milliard de $ c à d 3 % des investissements des pays industrialisés. En général, on estime qu'une baisse de 1 % des investissements entraîne une baisse de 0,3% de la productivité. Ainsi selon ces calculs, les flux de capitaux ont entraîné une baisse des salaires réels de 1 à 2 % dans les années 90 au maximum. Si dans la théorie ces flux peuvent être problématique pour l'instant dans la réalité, vu leur ampleur limitée, ils ne modifient pas profondément la situation économique intérieure des pays industrialisés. De même si en théorie il y a tendance à voir les salaires des travailleurs qualifiés augmenter et ceux des non qualifiés baisser, en réalité le commerce avec les pays à bas salaires représente à peine 1 % du PIB. L'influence sur les salaires est donc minime et ne permet d'expliquer la hausse des inégalités de salaires qu'en toute petite partie et certainement pas la stagnation du salaire moyen.

Enfin la vision de la concurrence des pays à bas salaires pouvant déboucher sur des excédents commerciaux pour eux et du chômage et des délocalisations pour nous, n'a aucun sens car en économie internationale l'équation la plus importante est l'identité comptable I-S = X-M. A partir de cette équation si il y a délocalisation, IDE, ..., cela signifie que dans ces pays I sera supérieur à S. Ainsi le premier terme de l'identité comptable sera négatif et donc les exportations ne pourront être supérieures aux importations.

Dans la réalité, au fur et à mesure que des capitaux arrivent, il y a hausse de la productivité et donc des salaires. Ainsi il n'y a pas excédent commercial mais au contraire déficit !! Enfin si les pays à bas salaires avaient un excédent, ils exporteraient vers les pays à haut salaires des capitaux !!!

 

4° L'analogie Etat-entreprise est fausse

Krugman s’attaque à l’extension de la notion de compétitivité d’une entreprise à celle d’une économie nationale. Il souligne la difficulté qu’il y a à définir la compétitivité d’un pays. Si une entreprise réalise comme ses concurrents des gains de productivité de 1 % par an et que ces derniers passent à 4 %, cette entreprise perdra des marchés, licenciera voire fera faillite.

Si la même situation se produit entre États, quelle conséquence ? Elles sont différentes. Tout d’abord contrairement à une entreprise, une économie nationale produit avant tout pour elle-même . De ce fait, le niveau de vie d’un pays dépend en très grande partie de l’évolution de la productivité interne (et non relative). En outre, "il existe des forces qui tendent à rétablir l'équilibre" ce qui n'existe pas dans une entreprise. Même si un pays a une productivité, une technologie et une qualité des produits inférieurs aux autres pays, ce pays peut continuer à exporter (cf. théorie des  avantages comparatifs). C'est déjà ce qu'avait découvert David Hume au XVIIIe (la variation des prix corrige les déséquilibres). Le taux de change est donc ce mécanisme qui permet le retour à l'équilibre. De plus, selon Krugman, sur longue période il n'y a pas de rapport entre productivité et équilibre de BP. Par exemple, les relations économiques entre les US et la GB après guerre sont marquées par une très grande différence de productivité en faveur des US. Pourtant la GB a réussi à maintenir ses exportations et ce au prix de salaires inférieurs en GB, ce qui ne veut pas dire diminution du niveau de vie. Au contraire cf. Ricardo 1817, l'échange international même avec des pays à bas salaires permet une amélioration du niveau de vie.

Krugman en donne un exemple chiffré :

 

        Productivité

 

 

 

Aéronautique

Laine

Salaires

USA

6

3

3

GB

1

2

1

       

Ainsi la laine est moins cher en GB qui va donc l'exporter et les avions sont moins chers aux US qui vont les exporter. Dans la situation où la GB a des salaires 3 fois moins élevé qu'aux US, la GB a intérêt à l'échange qui améliore le pouvoir d'achat anglais. Les US ont également intérêt à échanger bien que ce soit avec un pays à bas salaires ... Krugman en conclut qu'un pays moins productif doit faire face à la concurrence en jouant sur les bas salaires et non pas en améliorant sa productivité. Ainsi le CI apparaît bien comme un jeu à somme positive et n'a donc rien à voir avec la logique de l'entreprise.

Krugman poursuit sur le fait qu'un différentiel dans les gains de productivité peut avoir des conséquences positives ou négatives. Cela dépend de savoir si ces gains du reste du monde sont axés sur des biens qui sont également exportés par les US auquel cas cela serait nuisible pour les US ou sur des biens qui sont importés par les US ce qui serait alors bénéfique pour eux. C'est pourquoi Krugman en conclut qu’"une faible productivité ne pose pas des problèmes plus graves à un pays engagé dans la compétition internationale qu’à un pays qui ne commerce pas avec l'extérieur" (p107). Un retard de productivité ne menace pas l'équilibre des échanges extérieurs car ce sont les avantages comparatifs et non absolus qui guident l'échange. La croissance de la productivité et le progrès technique sont important pour eux-mêmes et non par rapport à la compétitivité internationale.

Il reste toutefois un problème selon lui. C'est celui de la distribution des revenus car si l'échange est globalement positif, il peut être négatif pour les branches en concurrence avec les produits importés. C'est le problème du coût de l'ajustement d'autant plus important que les avantages comparatifs peuvent changer (cf. les nouvelles théories du CI).

Pour finir cette fiche incomplète, un mot sur un Krugman "visionnaire" en ce qui concerne la crise asiatique. Selon lui, dans un article écrit en 1993, la forte croissance de ces pays s'explique par les investissements élevés grâce à l'épargne locale et aux IDE. Ainsi cette croissance a été obtenue par une augmentation quantitative des facteurs de production et non par des gains de productivité. Dès lors, Krugman prédit que l'accumulation du capital qui s'y déroule va se heurter à la loi des rendements décroissants...

 

5° A propos de l'intégration européenne

Selon Krugman dans une première phase (1982-1990), le SME a eu des effets positifs : la lutte contre l'inflation afin de protéger la fixité des parités a rencontré la confiance des marchés ce qui a permis de baisser les taux d'intérêt. "Le problème est que le SME obligeait tous les États membres à pratiquer la même politique monétaire et à en placer les commandes entre les mains des Allemands" (p138). Face à la réunification allemande la politique budgétaire expansionniste de ce pays nécessitée par la reconstruction a conduit à une politique monétaire très restrictive afin de limiter les effets inflationnistes.  "Le problème est que les autres pays ont été obligés de suivre ces restrictions, sans expansion budgétaire. Une grave récession a gagné l'ensemble du continent" (p138).

 

6. "La revanche de la technologie" (p183)

Constatant la progression des inégalités aux USA et en Europe, Krugman en fait le résultat du fait que "les employeurs sont de moins en moins enclins à payer les services de ceux qui n'ont rien d'exceptionnel à offrir" (p184). Ainsi la raison de la progression des inégalités de salaires est que "le progrès technique a augmenté la prime que le marché donne aux travailleurs hautement qualifiés" (p185). Krugman réfute donc l'idée que la croissance des inégalités proviendrait de la concurrence des pays à bas salaires et des délocalisations. Son argument tient à une question de taille : en 93, le total des mouvements de capitaux en direction des économies émergentes était de 100 milliards de dollars alors que le total de l'investissement dans les pays industrialisés était supérieur à  4 000 milliards de dollars."C'est-à-dire que moins de 2,5% de l'investissement du premier monde partait ainsi vers le Sud"(p186-187) (il fait le même développement sur l'emploi) et en conclut que la concurrence avec les pays à bas salaires "joue un rôle mineur (...) les salaires n'ont pas attendu la mondialisation pour régresser, ni le chômage pour progresser" (ibidem). Il nuance toutefois son propos en ce qui concerne l'avenir en expliquant que ces facteurs de CI et de mobilité des capitaux pourraient jouer un rôle plus important à l'avenir.

Alors comment comprendre l'accroissement des inégalités ? Krugman constate que l'écart entre salaires des qualifiés et des non qualifiés a augmenté. Or ceci signifie que le coût relatif de la main d'oeuvre qualifiée a fortement augmenté ce qui aurait dû inciter, à technologie constante, les employeurs à substituer de la main d'oeuvre non qualifiée à celle qualifiée. En réalité selon Krugman c'est exactement l'inverse qui s'est passé : le niveau moyen des qualifications a augmenté dans toutes les branches ! Donc on a assisté à une augmentation de la demande de main d'oeuvre qualifiée ce qui explique l'augmentation de son prix. Cette augmentation de la demande de main d'oeuvre qualifiée est due à l'évolution ' de la manière dont nous produisons"(p188), donc au progrès technique. Selon Krugman on assisterait au même phénomène que lors de la révolution industrielle : l'évolution technologique est pénalisante pour la main d'oeuvre non qualifiée, mais cette fois les bénéfices de cette évolution "ne vont pas au capital, mais au travail très qualifié"(p190).

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Face aux nombreux débats et analyse de la mondialisation, il nous est apparu nécessaire de défricher le terrain en proposant une grille d’analyse de deux débats :   

 

  • la mondialisation : rupture ou continuité de tendances anciennes ?

 

mondialisation continuité

mondialisation : rupture, crise, ...

Wallerstein

continuité de la logique capitaliste de soumission de toute chose à la loi de la valeur. Le système a toujours été mondial

Le capitalisme, système-monde qui existe depuis 500 ans, est axé sur la primauté de l’accumulation incessante du capital. Les entraves à cette accumulation et les contradictions qui traversent le capitalisme ont ouvert une période “ chaotique ” qui laisse augurer que, dans 50 à 75 ans, “ nous ne vivrons plus dans une économie-monde capitaliste ”. (I.W. L’histoire continue, p 102)

Adda

mondialisation comme expression  de l’expansion spatiale du capitalisme

rupture de logique avec passage d’une éco internationale fondée sur la complémentarité, l’organisation et la hiérarchie à une éco de concurrence généralisée avec déficit de règles et instabilité

Lénine

 

Le stade monopoliste étant dépassé, il y a nécessité pour le capitalisme de se tourner vers l’extérieur et donc passage au stade suprême qui est l’impérialisme

Chesnais

“phase spécifique du processus d’internationalisation du capital et de sa mise en valeur à l’échelle de l’ensemble des régions du monde où se trouvent des ressources ou des marchés”(mondia du K, p 22)

rupture de logique du capitalisme avec passage d’une tendance à l’intégration et la convergence à la mondialisation comme double mouvement de polarisation ; interne et externe.

Il s’agit donc d’un nouveau régime d’accumulation ayant pour pivot des taux d’intérêt réel positifs et l’effet boule de neige de l’endettement.

Reich

 

découplage du capitalisme US et de sa base territoriale

dévalorisation de l’instance politique

Kebadjian

poursuite d’une logique de domination au sein d’un système-monde mais ...

apparition d’une domination triadique de la structure économique et d’une hégémonie socio-politique US

Aglietta

processus d’intégration économique et généralisation du salariat mais ...

la mondialisation financière -résultat de la crise du fordisme et de l’accroissement de l’intégration économique-pose le problème d’une nouvelle régulation car il n’y a plus de régulation nationale. Tout particulièrement, la place nouvelle de la finance internationale avec logique de court terme crée des contradictions entre CT et LT et  rentabilité et profitabilité

Fitoussi

 

prise de pouvoir par les rentiers et dévalorisation du long terme

Rainelli

deux forces agissent simultanément dans la mondialisation: un mouvement d’unification (cf Boukharine et Ohmae) d’une concurrence sans entrave sur un espace de plus en plus grand mais cette concurrence entraîne aussi un mouvement de différenciation (cf P. Veltz et la différenciation des pizzas).

ce qui est nouveau = -intégration du marché mondial des capitaux

                                    - fonctionnement en réseau des FMN

Il s’agit d’un prolongement de tendances antérieures mais qui pose la question d’un saut qualitatif.

 

 

  •  quel est le phénomène marquant dans la mondialisation ? développement de l’échange, mondialisation du capital, extension d’une domination à l’échelle de la planète ou guerre économique généralisée ?

la mondialisation comme développement des échanges

La théorie traditionnelle du CI ; Smith, Ricardo, HOS :

   - échange international  jeu à somme positive,

   - l’existence de différentiels naturels de productivité nécessite et explique la spécialisation et l’échange

   - celà permet une allocation optimale des ressources

   - le consommateur y est gagnant

   - remarque : en réalité c/o Ricardo , objectif = maintenir le niveau des profits

Les nouvelles théories du CI ;

Krugman:

   - échange international jeu à somme positive mais plus pour certains que pour d’autres

   - le différentiel de productivité peut être construit (éco d’échelles et innovation) d’où concurrence mais comme imparfaite possibilité de PCS auxquelles Krugman est opposé toutefois

   - optimum de second degré

   - le consommateur est gagnant

Vernon :

Burenstam Linder :

 

la mondialisation du capital

          Chesnais :

   - “ mondialisation est un régime d’accumulation placé sous la domination du capital rentier ”

   - moteur de la mondialisation est l’IDE comme modalité d’intégration de l’éco internationale avec rôle essentiel des EMN dont la composante rentière est de plus en plus importante

   - le processus de concentration de ces EMN produit sur une offre au niveau mondial de type oligopolistique

   - les IDE se font selon une logique croisée triadique. Les stratégies de localisation  commandent une partie importante des flux de marchandises et de services avec la hausse des échanges intra-branches et intra-firmes qui échappent à la théorie standard du CI. Nous ne sommes plus dans un monde d’échange à somme positive mais bien dans un monde de concurrence où l’échange est un jeu à somme nulle.

 

mondialisation et hégémonie/

domination : Kébadjian

 

du point de vue de l’Economie Politique Internationale, l’interdépendance n’est cohérente que si elle est “ organisée ” autour d’une hégémonie

mondialisation et guerre économique

Brender :

   - la mondialisation est une mise en concurrence internationale. Mais il s’agit bien plus d’une concurrence entre les nations qu’entre les entreprises.

   - la course à la compétitivité qui en résulte met en jeu la solidarité au sein des territoires. La compétitivité apparaît comme un bien collectif que la solidarité nationale doit améliorer.

 

P-N Giraud / R. Reich : - la mondialisation est porteuse d’une redistribution des richesses à l’échelle mondiale entre nations et à l’intérieur des nations entre groupes de travailleurs de secteurs compétitifs, exposés ou protégés.    - la mondialisation est responsable de la montée des inégalités par un phénomène de polarisation (augmentation des hauts revenus et stagnation/diminution des bas revenus) et de laminage de la classe moyenne

document de travail Gredi, A. Dontaine, 20/09/


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Armand CHANEL, Fiche de lecture  à propos de la mondialisation :

L’Inégalité du monde,  Pierre-Noël Giraud, Gallimard, 1996

Synthèse de son entretien avec A. Finkielkraut dans l’ émission “Répliques” du 04 /01 /97

 

La mondialisation est grosse d’une redistribution des richesses à l’échelle du monde:

Certains PED, comme les NPI (“pays à bas salaires mais à capacité technologique”) , pourront s’en servir comme vecteur d’enrichissement, et c’est donc une évolution qui est  heureuse pour eux : cela a été vrai hier pour Taiwan, la Corée, Hong-Kong, Singapour, etc... et ce sera le cas demain pour les “poids lourds” économiques comme la Chine, l’Inde et le Brésil.

Par contre, cette arrivée massive, sans précédent, va bousculer beaucoup les pays développés.

Dans ces derniers, on peut  distinguer trois groupes de secteurs et travailleurs:

- Les compétitifs, ceux qui ont suffisamment  d’avance en technologie, en organisation ou en marketing, pour non seulement ne pas être menacés, mais même profiter largement de cette mondialisation et de l’ouverture corrélative de nouveaux marchés. Mais c’est un avantage compétitif qui est sans cesse à reconstruire : c’est une course-poursuite où il faut rester en tête, sous peine de tomber parmi la catégorie suivante, les menacés.

- Les exposés , qui sont effectivement concurrencés par les “pays à bas salaires mais à capacité technologique” et qui verront leur niveau de salaire régresser : en effet,  les firmes multi-nationales, qui sont les acteurs de ce “capitalisme nomade”  ,  mettent les différents territoires et leurs populations en concurrence les uns les autres : “firmes nomades” car elles peuvent se déplacer rapidement sur le “pâturage” mondial . Cette mise en concurrence pousse alors, selon le théorème de Samuelson, à l’égalisation de la rémunération des facteurs de production, notamment à celle des niveaux de salaires, compte tenu que les écarts de productivité diminuent rapidement, du moins pour les biens banalisés.

Les plus exposés sont bien sûr les moins qualifiés, mais pas forcément (ex. de Bristish Airways qui sous-traite ses tâches de comptabilité informatisée en Inde, où il existe de bons informaticiens).

- Les protégés, qui sont peu exposés à la concurrence, notamment les activités de service de proximité qui ne circulent pas (coiffeur, dentiste, instituteur...) et qui vivent largement en fonction de la demande des deux autres secteurs, et donc de l’évolution de leurs revenus.

 D’où la question : quelle dynamique prévisible entre ces trois groupes?

- Certes, les premiers voient leurs revenus augmenter largement, mais ils risquent de rester minoritaires, sauf à pouvoir pour tout un pays savoir sans cesse “courir en tête”.

- Pour les actifsexposés , qui risquent d’ être de moins en moins nombreux, leur revenu va diminuer fortement.

- Quant aux protégés, leur évolution numérique et leurs rémunérations dépend des deux autres : si la baisse numérique est forte chez les exposés , et n’est pas compensée par une hausse suffisante des compétitifs , eux-aussi verront alors leurs revenus stagner ou baisser. Globalement, on risque donc d’avoir un phénomène de polarisation des revenus, conséquence d’un double mouvement :

- un élargissement des inégalités des revenus, tirés vers le haut  pour les premiers  ou tirés vers le bas pour les autres,

- un laminage relatif de la classe moyenne.

Cette polarisation des revenus vient donc renouer avec les évolutions du capitalisme au  XIXème siècle, et met fin à l’évolution vertueuse du capitalisme au XXe siècle, et notamment celui des “trente glorieuses”, marqué par le “compromis fordiste” et une croissance largement auto-centrée ( et qui avait vaincu en partie la pauvreté).  Ce modèle de développement capitaliste (avec Etat-Providence et centré sur  ses besoins internes, “ croissance social-démocrate autocentrée ”)  pouvait jouer vertueusement grâce aux politiques publiques keynésiennes, où tout le monde gagnait

Par contre, avec le capitalisme extraverti, ça casse les circuits vertueux de type keynéso-fordiste et ça impose le retour des marchés concurrentiels classiques, où les entreprises ne peuvent plus être  “price-maker”, mais seulement  “price-taker”. Ceci pousse alors à une recherche très forte de compétitivité-prix qui incite à son tour à faire pression à la baisse à la fois  sur les effectifs et sur les coûts salariaux (salaires directs et indirects) et on voit ré-apparaitre la paupérisation.

***

On voit que cette analyse de la sphère productive et de la répartition des revenus face au processus de la mondialisation recoupe largement celle de Robert Reich dans L’économie mondialisée , (traduction française 1993), qui découpait lui aussi les emplois actifs en trois catégories fonctionnelles: les services des manipulateurs de symboles  , les services de production courante (les  travailleurs routiniers , et enfin  les services personnels  (les aides personnels). Ceci lui permettait d’expliquer lui-aussi Pourquoi les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres (chapitre 15, pp190-207)

 

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