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   Peut-on estimer que, de nos jours, les mécanismes du marché ont permis durablement de revenir à un "juste"(*) prix du pétrole ?  

(*) estimé dans une fourchette de 12 à 24 dollars le baril par le directeur du Centre de géopolitique de l'énergie (entretien au quotidien Le Monde du 24-12-96)

 

Doc  1 : les deux volets de la nouvelle politique pétrolière du monde occidental à partir des années quatre-vingt

     Dans la décennie soixante, du fait même du bas prix du pétrole, tous les pays consommateurs se lancent dans un gonflement de la consommation de pétrole. Dès lors, la demande dépasse l'offre et les pays producteurs peuvent en profiter.(...) C'est la guerre du Kippour qui servit de raison, ou de prétexte, au premier choc pétrolier de fin 1973. Le pétrole devient une arme politique: chantage à la hausse du prix du baril par la réduction des quantités offertes. La hausse est brutale: le baril en janvier 1974 vaut près de 4 fois plus que 6 mois auparavant.(...)Un deuxième choc pétrolier, plus sévère encore, va survenir en 1978: huit hausses de prix se succèdent jusque janvier 81 où la tendance s'est calmée. (...)

     La réduction de la dépendance à l'égard des pays de l'OPEP implique deux groupes d'actions: économiser le pétrole; trouver et développer, en dehors de l'OPEP, d'autres ressources pétrolières.

     La politique des économies d'énergie, et spécialement des produits pétroliers, commence dès 1978 à produire des effets notables. Elle se fonde sur l'effet dissuasif des hausses de prix. La méthode consista à économiser la consommation de carburants routiers; des limitations de vitesse furent imposées; l'État engagea les constructeurs automobiles à diminuer les consommations d'essence. Un très gros effort est poursuivi un peu partout pour restreindre l'utilisation du fuel, notamment domestique  par encouragement à l'isolation des locaux. Autres moyens utilisés: la reprise ou l'accélération des programmes hydroélectriques et la mise en place de programmes d'équipement électronucléaire pour favoriser l'emploi de sources d'énergie de remplacement.

     Le deuxième volet est la politique d'augmentation de la production pétrolière dans le monde occidental. Cette augmentation devient possible, même pour des gisements exigeant des investissements énormes, par suite de la hausse vertigineuse des prix OPEP, devenus prix mondiaux. Beaucoup de pays cherchent tout d'abord à valoriser les réserves inexploitées du sous-sol national: c'est le cas des États-Unis (Alaska). Un certain nombre d'autres pays, naguère petits ou moyens producteurs, ont accru leur production nationale, par exemple le Mexique. Enfin, l'intérêt s'est fortement accru pour le pétrole offshore: près de 700 plates-formes de forage font leur apparition en mer; le succès le plus important est obtenu dans les secteurs britannique et norvégien de la mer du Nord, mais bien d'autres zones maritimes sont mises en exploitation dans le mer des Caraïbes, le long de la Californie, dans les mers de l'Insulinde et même dans l'océan glacial Arctique...

          (source: extraits de l'article "les politiques pétrolières" - Jean Chardonnet - Encyclopedia Universalis)

 

Doc  2

 

PRODUCTION DE PETROLE

(en millions de tonnes)

 

RESERVES DE PETROLE

(en millions de tonnes)

 

1978

1996

 

 

1978

1997

*    nb années

Afrique

            dont Nigéria

300

93

349

106

 

Afrique

            dont Libye

7 821

3 411

9 216

4 025

27.8

58.2

Canada

74

91

 

Canada

818

668

7.3

Etats-Unis

480

383

 

Etats-Unis

4 025

3 049

8.0

Amérique Latine

            dont Mexique

            dont Vénézuela

253

66

115

477

104

163

 

Amérique Latine

            dont Mexique

            dont Vénézuela

5 484

1 910

2 460

17 454

6 657

8 851

36.8

41.5

54.5

Proche Orient

1 062

986

 

Proche Orient

49 904

92 272

91.2

Extrême Orient

241

362

 

Extrême Orient

5 423

5 771

16.5

Europe Occidentale

            dont Norvège

            dont Royaume Uni

682

17

54

680

157

131

 

Europe Occidentale

            dont Norvège

            dont Royaume Uni

3 153

819

2 030

2 205

1 533

616

6.7

7.3

4.5

TOTAL MONDE

            dont O.P.E.P.

3 094

1 501

3 340

1 362

 

TOTAL MONDE

            dont O.P.E.P.

87 269

59 787

138 997

107 582

41.2

77.8

                                                                                             * Nombre d'années de production restantes au rythme de production de l'année 97

                                Source : C.P.D.P. - 1997                                                                     Source : Quid 98 - Ed° Laffont

 

Doc  4  : l'attrait du marché libre spot  depuis 1985

     Sous l'effet des substitutions à l'offre de l'OPEP et de la baisse de la demande pétrolière, le marché OPEP  a peu à peu laissé la place presque complètement aux marchés dits libres. Le premier de ces  marchés est, sans conteste, le marché spot. A partir de 1983, et surtout depuis 1985 et 86, ce dernier fait pratiquement seul la loi. Cet essor rapide d'un marché qui s'apparente beaucoup, de par sa nature, à la Bourse, ne pouvait manquer de produire des effets.

     La libre concurrence de l'offre et de la demande et l'arrivée de spéculateurs a fait que, de proche en proche et sans que cela ne contribue nullement à la stabilité des prix, le marché est devenu difficilement contrôlable par qui que ce soit et l'évolution des prix imprévisible.

     Le deuxième effet est l'augmentation considérable du nombre des intervenants dans le "jeu" pétrolier. Réservé il y a une dizaine d'années encore aux grandes compagnies pétrolières et à quelques compagnies indépendantes, le marché pétrolier d'aujourd'hui est envahi par un nombre toujours croissant de nouveaux intervenants. Il y a d'abord les sociétés nationales des pays de l'OPEP, mais aussi des nouveaux producteurs non-OPEP. Il y a ensuite toutes les sociétés nationales qui ont vu le jour à la suite des chocs pétroliers et de l'implication croissante des Etats dans le domaine de l'énergie. Il y a enfin la légion des sociétés privées, de petites et moyennes dimensions et de toute provenance, auxquelles viennent s'ajouter les dizaines de sociétés de négoce (traders) et de courtage ( brokers).

     (source: Antoine Ayoub - Revue de l'Energie - décembre 1988)

 

Doc  5  : pétrole, les nouveaux enjeux géostratégiques

     Comme tout bien, le pétrole évolue au rythme de l'offre et de la demande. A long terme, l'enjeu est de taille. Selon l'ONU, la population mondiale, actuellement de 5,7 milliards de personnes, devrait atteindre au moins 10 milliards d'individus en 2050 et le nombre de mégalopoles de plus de 10 millions d'habitants doublera d'ici à 2015. Or un citadin consomme deux fois plus d'énergie qu'un rural. Simultanément, le parc automobile, de 400 millions de voitures, passera à 1 milliard. Cette croissance se focalisera sur l'Asie, l'Amérique latine et l'Afrique, et amènera de ce fait une recomposition géographique des besoins. (...)Le Conseil  Mondial de l'Énergie estime donc que la consommation mondiale passera de 8,8 milliards de tep(*) en 1990 à 13,4 milliards de tep(*) en 2020.  (...)

     Cependant, si l'accroissement de la demande est certain, l'offre apparaît plus problématique. Dans la revue Pétrole et gaz arabes du 16-11-96, Nicolas Sarkis évoque trois grandes incertitudes: le niveau des réserves, le financement des investissements et la concentration géographique. Il rappelle "qu'en 1995,et pour la dixième année consécutive, les réserves restantes de pétrole dans le monde ont diminué pour s'établir désormais à 939 milliards de barils. Revenant sur les problèmes des besoins financiers, estimés à 30 000 milliards de dollars d'ici à 2020, il avoue que personne ne se hasarde à dire si, comment et quand, ces investissements pourraient être réalisés, d'autant que la plupart sont prévus dans des pays en voie de développement n'ayant pas les fonds nécessaires. La dernière incertitude est que c'est la région très instable du Moyen-Orient qui devrait fournir la majeure partie de la demande additionnelle de pétrole attendue à l'avenir dans le monde.(...)Tous les efforts visent donc à ne pas retomber trop vite sous la dépendance des pays de l'OPEP. Si en Europe ou en Amérique du Nord, les durées de vie des gisements sont de huit à dix-neuf ans, elles atteignent quatre-vingt-treize ans pour les pays du Golfe.

     A moyen terme cependant, en raison de l'équilibre présumé offre/demande, l'idée d'une stabilité des prix aux alentours de 17 à 20 dollars le baril se dégage. Mais après l'annonce d'un hiver rigoureux, on a constaté une flambée de 50% des cours durant l'année et le retour du baril  un peu au-dessus de 25 dollars...

                              (source: Dominique Gallois - Le Monde - 24/12/1996)

       (*) tep = tonne-équivalent-pétrole

    

Doc 6 :

graphique  du prix depuis 70 in Alter Eco n° 34 p 57 (à actualiser)

 

Sujet proposé par Gérard Laureys