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Thèmes : La socialisation et Individus et groupes sociaux

                                      

n QUESTIONS PREPARATOIRES :  (/10)

1)  Habiter un "beau quartier" est un signe qui permettra peu à peu d'être assimilé à la bourgeoisie: en quoi le recrutement de l'école Charcot à Neuilly vérifie-t-il cette tendance ? (vous utiliserez les statistiques dans votre réponse à cette question)  (doc 1  - 2 pts)

2)  En prenant pour exemple le repas, illustrez brièvement la phrase "naître bourgeois, c'est entrer dans une culture" (1ère ligne du doc 2 et connaissances personnelles – 1 pt)

3)   Définissez le terme "valeur" et donnez un exemple de valeur dans la bourgeoisie.  (1er § doc 2 et connaissances personnelles – 1 pt)

4)  Définissez le terme "inné" en le distinguant du terme "acquis"; peut-on réellement parler comme le fait l'auteur de "connaissance innée du code des apparences" dans la bourgeoisie (fin doc 2 et connaissances personnelles – 2 pts)

5)   Qu'est-ce qu'un "riche" au sens courant du terme?  (doc 3 – 1 pt)

6)  Qui sont les "nouveaux" riches ?  (doc 3 et connaissances personnelles – 1 pt)

7)  En quoi le rallye est-il, dans la bourgeoisie, un mode de socialisation des adolescents ? (doc 4 et connaissances personnelles – 1 pt)

8)  Selon l'auteur, à quels signes peut-on distinguer les milieux bourgeois de la masse des riches ? (doc 4 – 1 pt)

                                

                                                         n SUJET: (/10)

            Après avoir montré comment se fait la socialisation dans les milieux bourgeois, vous expliquerez ce qui fait leur différence avec les riches au sens courant du terme.

 

Doc 1 : Répartition par catégories socioprofessionnelles des pères des élèves de l'école Charcot à Neuilly

 

 

Répartition

 des pères des élèves

 de l'école Charcot

Répartition de la population active masculine de l'agglomération parisienne

 

Effectifs

%

%

Agriculteurs exploitants

             0

         0

            0,1

Commerçants et artisans

           11

         3,6

            6,3

Chefs d'entreprises de 10 salariés ou plus

           58

       19,0

            1,1

Cadres et professions intellectuelles supérieures

         163

       53,3

          20,0

Professions intermédiaires

           15

         4,9

          20,7

Employés (sauf personnel de service)

             2

         0,6

          14,5

Personnels de service

           35

       11,4

            1,9

Ouvriers

           22

         7,2

          35,3

Total

         306 (1)

      100

        100

 

(1)     On a exclu du calcul 28 enfants pour lesquels les documents utilisés ne permettaient pas de connaître la profession du père.

                  L'effectif total était donc de 334 élèves.

             source: Michel PINCON et Monique PINCON-CHARLOT – Les Beaux Quartiers – Le Seuil - 1989

 

Doc 2 : Devenir bourgeois

     On naît bourgeois mais on apprend aussi à le devenir. Naître bourgeois, c'est entrer dans une culture, un "déjà-là", aux valeurs ou modèles déchiffrables. Devenir bourgeois, c'est disposer de la capa­cité socialement héritée de maîtriser ces schèmes(*) et, par là même, de les reproduire. La particularité bour­geoise serait de mettre l'accent ou de ne pas faire l'impasse sur la nécessité pour l'héritier de se réap­proprier activement les valeurs du groupe. Le souci éducatif fait d'ailleurs de cette nécessité un impé­ratif catégorique: devoir être bour­geois pour l'être. Attention portée aux détails, contrôle de soi ou intério­rité maîtrisée, quasi-ritualisation des pratiques quotidiennes constitutives du passage de la sphère privée à la sphère publique caractérisent cette culture conçue et vécue comme un allant de soi, minimum indispensable pour quitter l'état de nature. [...]

     Tailleur de tweed ou de drap de laine, jupe droite ou plissée, kilt, chemisier, gilet, pull-over en cachemire ou shet­land, loden, mocassins, escarpins, foulard, petit sac en bandoulière, veste autrichienne constituent des éléments classiques de toute tenue bourgeoise. On n'en change pas au gré de la mode: on sait où se les pro­curer. On peut ainsi les faire circuler entre les personnes, voire entre les générations.[…]

     Ce devoir-être inculqué dès la nais­sance laisse penser qu'il ne fait l'objet d'aucun apprentissage. Ainsi use-t-on de la tradition pour expliciter ces comportements qui vont effecti­vement de soi. Maîtrisant l'art du détail qui va les diffé­rencier et à la façon d'un rituel les consacrer, les bourgeois « se recon­naissent » dans la foule urbaine. Leur tenue vestimentaire témoigne de l'appartenance au milieu. À l'université ou dans les grandes écoles, par cette connaissance « innée » du code des apparences, les adolescents nouent naturellement de « bonnes relations ».

     Béatrix Le Wita -Ni vue ni connue: Approche ethnographique de la culture bourgeoise -   Éd de la Maison des sciences de l'homme - 1988.

(*) schèmes : forme, structure et processus de fonctionnement de quelque chose

 

Doc 3 : Qu'est-ce qu'un riche ?

      Être riche, c'est avoir beaucoup d'ar­gent. C'est à peu près ce que disent les dictionnaires et ce que pense tout un chacun. Être riche comme Crésus, ce roi de Lydie croulant sous les pépites d'or que charriait le fleuve Pactole. Alors peut-être qu'en gagnant au Loto plusieurs centaines de « millions de cen­times », comme disent les animateurs de jeux télévisés, chacun aurait finalement sa chance ?[…]

     La richesse passe d'abord par l'argent, par un patrimoine conséquent et des revenus élevés. Les deux sont liés: des revenus confortables permettent d'épargner et d'accumuler des biens, alors qu'un patrimoine respectable (qui va bien au-delà de l'appartement que l'on habite, d'un livret d'épargne et même d'une résidence secondaire) ­engendre à son tour des revenus impor­tants. Mais ils ne vont pas toujours de pair. On peut, par exemple, avoir un salaire très élevé, mais être jeune et issu d'une famille modeste, donc ne pas pos­séder grand-chose. Ou, comme quelques stars éphémères du sport ou du spec­tacle, gagner pendant quelques années des sommes fabuleuses puis tomber de haut, la trentaine passée. […] Une étude du Conseil des impôts montre ainsi qu'en 1984, parmi les personnes assujetties à l'impôt sur les grandes fortunes, donc disposant à l'époque d'un patrimoine supérieur à 3,4 millions de francs, 12,1 % ont déclaré un revenu inférieur à 100000 F et 1,2% n'étaient pas imposables.

      Alors qui sont les vrais riches ? Sans doute ceux qui ont à la fois la fortune et les revenus, des revenus suffisants pour entretenir et conserver leur patrimoine.

                                                           D. SICOT - Alternatives économiques - hors série 1995.

 

Doc 4 : Existe-t-il encore des milieux bourgeois ?

     Existe-t-il encore ce qu'on appelle une bourgeoisie de nos jours ? S'il faut entendre par là les riches, les détenteurs de capital, il est incontestable – les gazettes en donnent régulièrement le palmarès – qu'un certain nombre d'administrateurs de sociétés, de chefs d'entreprise, d'hommes d'affaires concentrent une grande partie de la richesse nationale.[…]Mais, même en l'élargissant aux contribuables assujettis à l'impôt sur la fortune, on aurait du mal à définir un groupe homogène, conscient de lui même et partageant les mêmes valeurs. Car la bourgeoisie ne peut se définir par des critères seulement financiers. elle a été, au temps de sa splendeur  […], un genre de vie, une culture, un habitus(*), qui la distinguaient du commun des mortels.

     Sans doute existe-t-il encore des milieux bourgeois, à Paris et dans les villes de province. Ceux-ci tentent de maintenir les signes de leur distinction de classe, hérités des modèles aristocratiques (lieux de sociabilité fermés, rallyes, écoles privées cotées…), mais leur isolat social est de plus en plus compromis.

                                                                                                                  Michel Winok, L'histoire – avril 1989

(*) habitus: en latin, manière d'être ; ce que l'on a acquis et intégré sous forme de dispositions durables

 

Sujet proposé par Gérard Laureys