Compte-rendu de la Rencontre des professeurs de sciences économiques et sociales


avec le Conseil économique et social


organisée en partenariat avec le ministère de l’Education nationale,
de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
(DESCO – IGEN Sciences économiques et sociales)


Vendredi 21 janvier 2005 – Palais d’Iéna




Programme

Présentation du CES

Séance inaugurale

Comptes-rendus des ateliers

- atelier 1 :
« La famille, acteur majeur du lien social », avec la section des Affaires sociales
- atelier 4 : « Pour une croissance durable en France et en Europe : aspects conjoncturels et structurels », avec la section des Questions économiques générales et de la Conjoncture
- atelier 5 : « Quel cadre financier et juridique pour la croissance ? », avec la section des Finances , et un point particulier sur les Autorités Administratives Indépendantes
- atelier 6 : « Croissance, recherche et technologies », avec la section des Activités productives, de la Recherche et de la Technologie

Séance de clôture




Programme :
9h30 Accueil des participants

10h00 Ouverture par Jacques DERMAGNE, président du Conseil économique et social

Intervention de François FILLON, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Présentation par Patrice CORBIN, secrétaire général, des missions et travaux du Conseil économique et social
Echanges avec les participants.


11h00 Travaux en ateliers

Présidé par M. Hubert BRIN, président de la section des Affaires sociales
Supports de l’atelier :

« Famille et insertion économique et sociale des adultes de 18 à 25 ans », rapporteur Hubert BRIN
« La place des personnes âgées dans la société », rapporteur Maurice BONNET

Présidé par un vice-président de la section des Affaires sociales
Supports de l’atelier :

« Favoriser la réussite scolaire », rapporteur Claude AZEMA
« Contribution à la préparation de la loi d’orientation sur l’avenir de l’école », rapporteur Claude AZEMA
« L’accès de tous aux droits de tous, par la mobilisation de tous », rapporteur Didier ROBERT


Présidé par M. Christian LAROSE, président de la section du Travail
Supports de l’atelier :

« La place du travail dans la société », rapporteur Bernard VIVIER
« Organisations du travail et nouveaux risques pour la santé des salariés », rapporteur Elyane BRESSOL
« Le harcèlement moral au travail », rapporteur Michel DEBOUT

 

Présidé par M. Henri de BENOIST, président de la section des Questions économiques générales et de la Conjoncture
Supports de l’atelier :

« La conjoncture au premier semestre 2004 », rapporteur Pierre DUHARCOURT
« Renforcer l’attractivité de l’économie française au service de la croissance et de l’emploi », rapporteur Henri de BENOIST
« Ages et emploi à l’horizon 2010 », rapporteur Bernard QUINTREAU au nom de l’ancienne Commission spéciale du Plan

 

Présidé par M. Jean-Michel REYNAUD, président de la section des Finances
Supports de l’atelier :

« Des autorités de régulation financière et de concurrence : pour quoi, comment ? », rapporteur Jean-Pierre MOUSSY
« Les nécessaires évolutions du financement de l’Union européenne », rapporteur Georges de LA LOYERE
« Projet de loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine » (titre IV sur le surendettement), rapporteur Pierrette CROSEMARIE

Présidé par M. Didier SIMOND, président de la section des Activités productives, de la Recherche et de la Technologie
Supports de l’atelier :

« L’acte productif dans la société des savoirs et de l’immatériel », rapporteur Hubert BOUCHET
« Création et pérennisation des entreprises de petite taille », rapporteur Jacqueline SOCQUET-CLERC-LAFFONT
« Economie de la connaissance : la recherche publique française et les entreprises », rapporteur François AILLERET
« Prévention et gestion des risques technologiques et industriels », rapporteur Charles FITERMAN



13h00 Déjeuner-buffet

14h30 Rencontres avec les groupes



16h00-17h00 : Séance plénière de clôture sur « Négociation, dialogue social, dialogue civil »

Echanges avec les participants.



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SÉANCE PLÉNIÈRE INAUGURALE


Compte rendu par Pascal Binet

Allocution d’accueil de J. Dermagne
, qui présente sommairement le CES, qui comporte trois groupes essentiels de conseillers :
les entrepreneurs, les salariés, le monde associatif et un groupe d’experts désignés par l’éxécutif, apportant des visions originales (231 conseillers dans 10 sections regroupant les principaux thèmes).
Le CES remplit la mission constitutionnelle de conseiller le gouvernement sur la vie de la société civile. Le CES conseille à partir de ce qu’il sait de la réalité. Il ne fait que conseiller : le CES est en charge du premier mot de la décision publique, car le dernier mot revient aux élus du peuple.
Le CES est une assemblée pragmatique : en ce sens, il produit des avis plus que des rapports ou des études.
Mr Dermagne insiste fortement sur le fonctionnement de l’économie réelle. Il pense que l’enseignement des SES est une formation indispensable, qui doit rester ouverte à tous tout au long du cursus, et que l’école du XXIème siècle doit se préoccuper des acteurs de bases, entreprises, familles, associations…
(voir présentation plus complète du CES faites par Karin Bakhti)

Intervention de François Fillon :
Mr Fillon remercie le président Dermagne, qui est à l’origine de cette manifestation. Le CES accueille pour la première fois des enseignants, formateurs, inspecteurs de l’Éducation nationale, et cette journée a sa place dans la politique d’ouverture du CES. Plus que d’autres la discipline SES a vocation à nouer des liens avec le conseil économique et social. Le monde enseignant s’ouvre, et le monde économique et social ouvre à son tour ses portes. La filière ES s’est imposée comme une voie générale de formation, les SES comme une discipline au coeur de la culture générale, et les professeurs de SES sont donc plus que d’autres sensibilisés. Le monde est désormais ouvert et compétitif, des pôles d’excellence scientifique naissent au 4 coins du monde. La France a des atouts, des potentiels à développer : économie, éducation formation forment un tout.
Mr Fillon développe sa vision de l’école actuelle, et les objectifs de la réforme qu’il promeut et les mesures centrales qu’elle comporte.
Il conclut en disant que la filère ES n’est pas menacée.

Patrice Corbin, le secrétaire général, présente ensuite une brève historique du CES, l’organisation générale de la maison, et insiste sur l’action internationale du CES qui consiste essentiellement à participer à la construction de la société civile européenne, et à s’ouvrir au monde, en promouvant l’existence d’assemblées de ce type partout dans le monde.
Il reconnaît par ailleurs que le CES a sans doute quelques difficultés à communiquer sur ces travaux, et que c’est l’un de ses soucis actuels. L’organisation de cette journée est d’ailleurs une première réponse.

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LE CONSEIL ECONOMIQUE ET SOCIAL EN QUELQUES LIGNES …
En quoi le CES participe-t-il à la démocratie de notre pays ?


Présentation de Karin Bakthi

Une initiative démocratique :
Créé en 1925 à la demande des syndicats ouvriers, il n’est au départ qu’une assemblée de représentants professionnels.
En 1946, la Constitution de la IVème République fonde le conseil économique, institution indépendante représentative auprès du Parlement et du Gouvernement.
En 1958, avec la Vème République, le Conseil Economique devient Conseil Economique et Social.(CES)
Une triple fonction démocratique du CES :
-Constitutionnelle et donc indépendante vis-à-vis des pouvoirs législatif et exécutif.
-Représentative de ce que l’on appelle aujourd’hui la « société civile ».
-Consultative puisqu’elle conseille et conforme les pouvoirs publics sur toute question économique et sociale.

Qui compose le CES ? Une représentation démocratique
Le CES, à travers sa composition, favorise le dialogue entre toutes les catégories socio-professionnelles.

*Trois grands groupes de conseillers sont présents au CES, ils sont censés représenter la société dans sa diversité et la variété de ses dimensions :
-le monde productif dans ses différents secteurs d’activité : agriculture, artisanat, employeurs privés, public, professions libérales.
-les salariés à travers les syndicats CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC, Union des syndicats autonomes.
-la vie associative.

*Des experts ou personnalités qualifiées sont aussi présentes au CES, elles sont nommées par l’exécutif et ont pour vocation d’apporter une vision originale, différente de celle des corporatismes.

*Au total, ce sont 231 membres répartis en 18 groupes de représentants qui siègent au Palais d’Iéna pour un mandat de 5 ans.
Le nombre de membres pour chaque groupe cherche une certaine représentativité, même lointaine parfois, du poids de chacun dans la société.

*Le mode de désignation des conseillers obéit à des règles différentes d’un groupe à l’autre.
Ils sont désignés pour 163 d’entre eux par les organisations socio-professionnelles, et nommés par le Gouvernement pour les 68 autres.
En outre, 72 membres de section jouent un rôle d’expert pour 2 ans au sein des différentes sections.

Comment s’organise le CES ? Un fonctionnement démocratique
Les membres du CES se répartissent en différentes sections de travail correspondant aux différents grands thèmes des questions qui leur sont confiées. Il est fait en sorte qu’au sein de chaque section, on retrouve autant que possible (car il y a parfois moins de membres dans un groupe qu’il n’y a de sections !) la pluralité des groupes.
Ces sections sont :
-Affaires sociales
-Travail
-Economies régionales et Aménagement du territoire
-Cadre de vie
-Finances
-Relations extérieures
-Activités productives, Recherche et Technologie
-Agriculture et Alimentation
-Problèmes économiques généraux et Conjoncture.


A cellles-ci, s’ajoutent deux délégations :
-la Délégation aux droits de femmes et à l’égalité des chances entre hommes et femmes
-la Délégation pour l’Union Européenne.

* Le CES a un Président élu lors de chaque renouvellement et à mi-mandat, au scrutin secret.
Il est responsable du CES dans son fonctionnement et dans ses travaux.
Il est le représentant du CES vis-à-vis des pouvoirs publics, et lors des cérémonies en France comme à l’Etranger.
* Le CES a un Bureau, élu par l’assemblée selon les mêmes principes que le Président.
18 membres (un pour chaque groupe) le composent en plus du Président et d’un Secrétaire Général.
C’est lui qui fixe l’ordre du jour des travaux du Conseil.
Il fait le lien entre le CES et le Parlement, entre le CES et le Gouvernement.

Comment travaille le CES ? Une participation active à la démocratie.
Le CES doit conseiller le Gouvernement en participant à l’élaboration de la politique économique et sociale.
Il contribue aussi à l’information des assemblées politiques (Parlement) et des citoyens.

Les différentes étapes de travail du CES :
* Le CES ne travaille que sur saisine.
Celle-ci émane :
-soit du Gouvernement, elle est obligatoire pour les lois de programme et sur la conjoncture. Elle est facultative pour tout sujet économique et social qui intéresse le Gouvernement.
-soit du CES lui-même, on parle d’autosaisine, sur demande d’un groupe ou d’une section.
Le Bureau adopte les autosaisines.
1-Il attribue la question à la section jugée compétente et lui fixe les délais de dépôts du rapport et du projet d’avis.
2-Au sein de la section retenue :
-un rapporteur est désigné
-un travail de documentation et d’auditions (10 à 15 intervenants compétents et de nature diverse) pour une meilleure appréhension concrète du sujet est réalisé.
Un rapport et rédigé et adopté ainsi qu’un avant-projet d’avis.
3- Ce rapport est présenté (par le rapporteur désigné dans la section ) en assemblée plénière du CES.(1er jour)
Le ministre représentant du Gouvernement sur le sujet intervient.
Le projet d’avis est discuté, des amendements sont déposés.
4-En section, les amendements sont examinés.
5-Le deuxième jour de l’assemblée plénière du CES, le rapporteur donne la réponse de la section.
Les amendements sont votés. Le vote est expliqué.
Le vote final d’avis a lieu.
6- Est publié au JO le rapport du CES.

*Le CES se réunit deux fois deux jours par mois.

*Le CES conseille donc le Gouvernement dans l’élaboration de la loi en donnant son avis, en procédant à des recommandations.

*Il peut par ailleurs jouer, sur demande du Gouvernement, un rôle de suivi de la loi, afin d’étudier ses conditions d’application, son opérationnalité, son efficacité et d’en informer le Gouvernement.

On peut consulter le site du CES sur lequel sont publiés ses rapports, sont apportées des informations diverses sur celui-ci.
www.ces.fr

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ATELIER N° 01 : LA FAMILLE, ACTEUR MAJEUR DU LIEN SOCIAL avec M.Hubert BRIN, président de la section des Affaires sociales.


Compte rendu par Marie Bourgeaux.

On distingue trois formes de travail :


Les méthodes de travail sont les suivantes : la section travaille à huit clos. Ce travail doit être fait discrètement, car c’est le lieu des échanges entre chacun, même si la parole de chacun n’est pas nécessairement la parole officielle publique de l’organisation dont il est issu, car il faut pouvoir se parler hors de la contrainte de la posture officielle des organisations.D’où la difficulté de communication des travaux.
Elle auditionne les gens, travaille de manière discrète, puis produit un rapport et/ou un avis (entre 20 et 30 pages). Seul, l’avis est officiel ! Le vote se fait en section, puis en assemblée plénière. Quels sont les aboutissements du travail de cette section : le RMI en 1987, loi d’exclusion,…

Intervention n° 01 : Maurice BONNET a présenté « la place des personnes âgées dans la société » : le pays vieillit, quelles en sont les conséquences humaines, sociales, financières, économiques ? Aujourd’hui, les personnes âgées sont mieux logées, se sentent mieux dans la cité, ont des projets, ne se sentent pas exclus. Elles apportent leur vécu, elles ont un devoir de mémoire vis-à-vis des jeunes, elles ont connu l’évolution des métiers, elles peuvent faire un apport d’histoire, de culture,…De nos jours, quatre voire quelquefois cinq générations sont vivantes et les parents aident les grand-parents et les enfants, des solidarités se sont faites et les personnes âgées ont des pertes d’autonomie. Mais, il ne faut pas faire d’exclusion par l’âge. Il faut être pour le continuum de la vie ! On remarque des inégalités dans la retraite : 700 000 personnes (dont 80 % de femmes) n’ont que le minimum vieillesse pour vivre. On constate que des femmes sont en rupture du parcours professionnel car elles doivent garder un parent âgé à la maison ! La politique de maintien à domicile est donc insuffisante ! On peut permettre aux personnes de rester chez elles, et donc d’éviter qu’elles soient en perte d’autonomie grâce à internet, par exemple.

Le Conseil Economique et Social est l’assemblée du premier mot et l’Assemblée Nationale est celle du dernier mot ! En d’autres termes, le CES propose et l’Assemblée nationale décide. L’âge moyen des membres du CES est de 55 ans. Le problème est la durée et le nombre de mandats. On constate 60 % de renouvellement de mandats ! Les membres du CES devraient être plus dynamiques et plus jeunes : « cheveux gris = croissance molle ! »

Intervention n° 02 : rapporteur, M. Hubert BRIN président des Affaires sociales, du thème « famille et insertion économique et sociale des adultes de 18 à 25 ans ».

On constate un vide en termes de droits sociaux pour les jeunes de 20 à 25 ans. En ce qui concerne les revenus, différentes propositions ont été faites : le RMI à 18 ans, la prolongation des allocations familiales, le prêt de 150 ¤/mois à tout jeune âgé de 20 à 25 ans au taux 0 remboursable si le jeune s’engage dans un projet de recherche d’emploi ou d’insertion sociale, une allocation formation de 150 ¤ non remboursable,….. tout a été rejeté pour raisons de budget.

Mes impressions sur cet atelier : ambiance bon enfant et sympathique, accueil chaleureux, mais les propositions faites par les membres du CES devraient être plus nombreuses, plus concrètes et surtout ne pas représenter un budget trop conséquent sous peine d’être rejetées !

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Journée du 21 janvier 2005 au CES 
Matin : Atelier 4 : thème abordé :


Pour une croissance durable en France et en Europe aspects conjoncturels et structurels avec la section des questions économiques générales et de la conjoncture

Résumé par Pascal Jullian


Les intervenants

Henri de BENOIST :
Ingénieur diplômé de l'Institut National Agronomique (INA)

Président de l'Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) Vice-Président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA)

Membre du Groupe de l'Agriculture
Président de la section des Questions économiques générales et de la Conjoncture, Rapporteur de l'avis intitulé « Renforcer l'attractivité de l'économie française au service de la croissance et de l'emploi » (Janvier 2003)

Pierre DUHARCOURT
Ingénieur civil des Mines
Docteur d'Etat en sciences économiques
Agrégé des facultés de droit et de sciences économiques
Professeur à l'Université de Marne-la-Vallée
Membre des Secrétariats nationaux de la FSU et du SNESUP

Membre de la section des Questions économiques générales et de la Conjoncture Rapporteur des avis sur « La conjoncture au second semestre 2002 » publié en janvier 2003 et « La conjoncture au premier semestre 2004 » publié en juin 2004.

Bernard QUINTREAU
Professeur d'Histoire-Géographie
Président de la Section du Cadre de vie (au titre du groupe de la CFDT)
Rapporteur de l'avis intitulé « Dynamique de la population active et emploi.- la gestion prévisionnelle des âges à l'horizon 2010 » (octobre 2001) et (avec MM. Dominique Taddei, Gérard Alezard, Jean Billet, et Michel Gevrey) de l'étude intitulée « Scenario et stratégie pour une France plus active » Juillet 2004).

Début de la séance 10h42
Le président de la section, M Henri de Benoist, Président de la section « des problèmes économiques généraux et Conjoncture », présente le rôle important de sa section au sein du CES. Il précise que les études de sa section sont conduites à partir, soit d’une saisine gouvernementale soit d’une auto-saisine (c’est à dire une initiative propre du CES qui décide de mener une étude sur un sujet précis )
Elle constitue une expertise de la situation conjoncturelle.

Il donne des exemples de différents rapports élaborés par sa section et en particulier celle relative à une saisine du Premier ministre qui demandait au CES en juin 2002 de réaliser « un état des lieux, de diagnostiquer les conséquences économiques et sociales de la multiplicité du SMIC et de dresser un inventaire des solutions tendant à rationaliser le référent salarial minimum  »
Le CES propose dans cet avis des solutions qui tentent de concilier la nécessaire progression du pouvoir d’achat des salariés les moins rémunérés tout en préservant la situation des entreprises dans le cadre d’une convergence des différents niveaux de Smic après la loi sur les 35 heures.
(Voir avis sur le site du CES : www.ces.fr « SMIC et réduction du temps de travail : des divergences à la convergence »

Une deuxième saisine gouvernementale demande au CES de faire des propositions pour renforcer l’attractivité de l’économie française.
Le Président De BENOIST précise qu’à la suite d’un premier projet d’avis de sa section non approuvé par le CES en séance plénière en octobre 2002, un deuxième rapport fut approuvé par le CES en janvier 2003 et transmis au Premier Ministre sous le titre : « renforcer l’attractivité de l’économie française au service de la croissance et de l’emploi » 
Pour le CES, notre pays, doit en priorité se concentrer sur le renforcement des ses atouts, tout en veillant aux faiblesses qui lui sont attribuées.

Ensuite Monsieur De Benoist précise qu’au-delà des saisines gouvernementales, 10 projets d’avis ont été élaborés par sa section (suite à une « autosaisine » du CES) sous forme de rapports semestriels sur la conjoncture économique et sociale de notre pays.
Il rappelle que ces rapports ont été élaborés dans un contexte caractérisé par un ralentissement très net de la conjoncture économique française à partir de la fin de l’année 2000 et début 2001.
En effet, après la période de forte croissance de l’année 2000 (+4,2% selon lui), on a assisté à une période de croissance molle qui perdure encore aujourd’hui …
L’UE, quant à elle, connaît une conjoncture économique sensiblement identique et en revanche, l’Asie et en particulier la Chine et l’Inde connaissent une forte croissance.
Suite à cette rapide analyse de la conjoncture, Le président de la section Mr De Benoist précise que les prises de positions de sa section dans ces propositions se sont efforcées de concilier 2 exigences complémentaires :
* D’une part l’obtention d’un taux d’intérêt suffisamment bas pour permettre un financement facile des agents économiques. Ainsi selon lui, la politique monétaire de la BCE a été peu transparente et particulièrement timorée en comparaison de celle de la FED qui a pratiqué des taux d’intérêt plus bas que la BCE et qui a semblé toujours plus réactive.
* D’autre part, la maîtrise des finances publiques sans pour autant rechercher une réduction trop brutale des déficits publics qui pèse sur le rythme de croissance économique et donc la création d’emploi
Monsieur De Benoist fait ensuite le constat que le CES trouve que le pacte de stabilité de 1997 est, dans la circonstance actuelle, beaucoup trop rigide et doit être remanié avant que celui-ci ne se révèle inapplicable (remarque personnelle :si vous suivez l’actualité portant sur ce sujet - Le monde du 19 janvier p 6 : le refus de l’Allemagne de se laisser enfermer dans le carcan budgétaire du pacte de stabilité + page 22, horizons débats : « la nécessaire révision du pacte européen de stabilité » par Gerhard Schröder- vous pouvez constater la perspicacité dont ont fait preuve les personnes en charge de cette section à cette époque …)

Enfin après avoir rappelé la situation conjoncturelle, il présente les recommandations de la section qu’il dirige au CES relative aux caractéristiques de l ’offre et de la demande sur le marché français :
Du côté de l’offre, il faut :

Du côté de la demande, il faut

Tout cela s’est traduit par de fréquentes propositions du CES visant à soutenir le pouvoir d’achat des ménages via des politiques favorables à la création d’emploi et à l’insertion ainsi que la recherche d’un niveau approprié pour les salaires, les prestations sociales et les minimas sociaux.

Suite à ces autosaisines, Mr De Benoist précise que 2 projets d’avis ont été élaborés et présentés par sa section au CES :
1- en Novembre 2002 : « L’investissement public en France : Bilan et perspectives » : le CES conseille un renouveau de l'action publique en la matière, dont on sait l'importance pour la compétitivité de l'économie, mais aussi pour la cohésion sociale et la qualité de la vie. Elles ont aussi pour ambition d'inciter à un véritable réexamen des conditions dans lesquelles ce souci de l'intérêt collectif peut, dans le contexte actuel, être efficacement pris en compte.


2- En octobre 2003 : «  Les nouvelles politiques conjoncturelles et dialogue macroéconomique en France et en Europe »  
Dans cet avis, le CES fait le constat que, si l'euro se porte (presque) trop bien, les pays de la zone euro se portent mal. Le Pacte de stabilité et de croissance de 1997 s'avère inapplicable, faisant davantage encore ressentir le besoin d'une véritable coordination économique et sociale.
Le vœu de cette section est de négocier un nouveau Pacte, orienté vers la croissance et l'emploi dans la stabilité. Son application devrait reposer sur un dialogue macroéconomique donnant toute leur place aux Partenaires sociaux et aux parlements, tant au niveau européen que national.
(Réflexion personnelle : ici encore on peut noter l’actualité de cet avis par rapport aux prises de position récente des gouvernements Français et Allemand sur ce pacte de stabilité !!)

Conclusion du président : «  Depuis la récente modification introduite par le décret relatif à l’organisation du CES, cette section est compétente sur les questions portant sur :
Les politiques à CT, MT et long terme
L’évaluation et la répartition du revenu national
L’information économique et sociale
Elle établit un rapport annuel qui sera publié en mai 2005 et qui portera sur 2 autosaisines portant sur les 2 questions suivantes :

Monsieur De Benoist conclut en demandant s’il y a des questions..

Question d’un professeur : Le projet de directive européenne sur le droit du travail applicable aux entreprises sera-t-il étudié par le CES sur une saisine gouvernementale ou fera t-il l’objet d’une autosaisine ?

Réponse de la délégué CGT/FO, membre de cette section : «  cette directive a fait l’objet d’une autosaisine du CES et c’est la section « des activités productives, recherche et technologie » qui a été chargé d’élaborer un avis qui est très critique sur cette directive et qui suggère des modifications en vue d’améliorer cette directive pour éviter le développement d’un dumping fiscal et social exarcerbé entre les pays membres de l’UE
Cet avis a été accepté en assemblée plénière à une très large majorité
Elle rappelle qu’il existe des relations entre le CES français et le comité économique et social européen
Monsieur De Benoist présente ensuite le deuxième intervenant, Monsieur Bernard Quintreau :
Président de la Section du Cadre de vie (au titre du groupe de la CFDT)
Rapporteur de l'avis intitulé « Dynamique de la population active et emploi : la gestion prévisionnelle des âges à l'horizon 2010 » (octobre 2001) et (avec MM. Dominique Taddei, Gérard Alezard, Jean Billet, et Michel Gevrey) de l'étude intitulée « Scénario et stratégie pour une France plus active » Juillet 2004).
Monsieur Quintreau présente un avis d’octobre 2001 intitulé « Ages et emploi a l’horizon 2010  »
(Voir note 66 numéro du 23 octobre 2001 que vous pouvez télécharger sur le site du CES)

Selon lui « Comment ne pas transformer la bonne nouvelle de l'allongement de l'espérance de vie en catastrophe annoncée ?
Notre pays aura, autour de 2010, à faire face aux départs massifs en retraite des enfants du baby boom
En effet il précise à cette date, les entrées sur le marché du travail seront inférieures aux sorties. Ce phénomène touchera la France ainsi que beaucoup d’autres pays Ce serait un phénomène mondial !
Il cite les priorités européennes en matière d’emploi : taux d’emploi de 70 %, 50 % pour la tranche d’âge de + de 55 ans et une plus grande insertion professionnelle des jeunes.
Il rappelle que notre pays est bien loin de ces objectifs et est considéré comme le mauvais élève de sa classe !
En effet, c’est elle qui intègre le moins bien ses jeunes sur le marché du travail (+ fort taux de chômage des jeunes dans l’UE ) et d’autre part, c’est le pays où les salariés partent le plutôt
Le taux d’emploi est de 75 % pour les 50-54 et il passe ensuite à 48 % pour les 55-59 !
Il attribue cela aux mesures de départ anticipé à la retraire qui selon lui, constitue une culture et est considéré comme une variable d’ajustement de l’emploi.

M Quintreau précise qu’en caricaturant, une seule génération est au travail : Le marché du travail a été conçu pour la tranche d’âge 20 à 50 ans et que tous les problèmes liés au vieillissement des travailleurs et à la formation continue n’ont pas été pris en compte.
Il ajoute que cela ne peut pas durer car la population active va diminuer du fait des contraintes démographiques déjà énoncées.
En France, la part des séniors va augmenter entre 2000 et 2010 : la population des + de 55 ans va s’accroître de + de 40 %. L’augmentation du taux d’emploi de cette tranche d’âge devient donc une priorité. Il faudra bien que les entreprises s’adaptent à cette nouvelle donne  et ceci d’autant plus que les départs anticipés à la retraite ont été pratiquement supprimés. Il devient donc nécessaire d’envisager des mesures modifiant profondément les conditions d’emploi et de travail des salariés à partir d’un certain âge.

Il faut réaliser un « état des lieux » auprès des différentes branches et territoires où les situations sont très différentes dans ce domaine.
En effet par exemple, dans les années 70 certains services qui ont beaucoup recruté (banques, assurances enseignement où 30 à 40 % des salariés vont partir à la retraire en 2010) vont avoir des difficultés en matière d’emploi. Il en va de même pour certaines régions tel que le Centre, le Limousin la champagne Ardennes, le Poitou Charente, la Bourgogne qui subiront aussi les effets du retournement démographiques. En revanche les grandes agglomérations et les régions du sud, sud est et sud Ouest seront moins en difficulté du fait de la croissance démographique observée

En revanche pour les entreprises, 4 défis à relever sont à relever :
1-la diminution des actifs occupés liée au départ à la retraite : ils seront de 500 à 700 000 à partir avec à la clé la disparition de compétences stratégiques.
2- Le renouvellement de la main d’œuvre : les jeunes pourront-ils remplacer ceux qui sont partis ?
3-le vieillissement de la main d’œuvre : certaines entreprises comme PSA, Les laboratoires pharmaceutiques, Air France ont commencé à réfléchir sur ce problème
4- L’augmentation de la formation initiale ce qui a des conséquences sur la structure de l’emploi dans l’entreprise et la façon de gérer les salariés notamment du fait de l’élargissement du spectre des générations qui peut créer entre les travailleurs des relations intergénérationnelles difficiles

Après tout cela, c’est une chance (il précise que d’autres le perçoivent ces changements démographiques comme des difficultés). Il répète que c’est une chance si…on est capable de

C’est encore une chance si cela permet d’améliorer les conditions de travail.
Si on prend en compte la formation durant la vie professionnelle, la France est très mal placée en matière de formation continue du fait :
Des inégalités d’accès
Du gaspillage financier
De la mauvaise gestion des parcours de carrière et des temps sociaux.

C’est une chance si cela permet :
de prendre en compte les relations intergénérationnelles
de relancer le dialogue social
de développer harmonieusement le territoire

Monsieur Quintreau conclut son intervention en précisant que la section compétente du CES a proposé un plan d’action visant à faire une étude prospective ayant conduit à l’élaboration de cet avis et le gouvernement en a pris note



Question de l’inspecteur général de SES Mr Michel aux intervenants :
Actuellement en France, il n’y a plus de plan. Qui fait aujourd’hui de la prospective ? comment vous vous positionnez sur la prospective car il y a vraiment une carence dans ce domaine 

Réponse de De Benoist : jusqu’à la mandature précédente du CES, il existait une commission spéciale du plan qui se réunissait et qui était composé par des membres de diverses commissions du CES.
Actuellement c’est la section «  des problèmes économiques généraux et Conjoncture » qui doit s’acquitter de cette nouvelle tâche

Autre question : n’y a t-il pas un risque de concurrence entre d’anciens actifs regroupés en association qui rendent des services à titre bénévole notamment dans le domaine du conseil en entreprise et ces entreprises ?

Réponse de Mr Quintreau : effectivement cela pose des problèmes . Mais les petites entreprises notamment les artisans ont-ils les possibilités financières pour financer ces services en conseil ? non je ne pense pas mais le rôle joué par ces associations est toutefois utile pour la pérénisation de leurs activités

Autre question : Le manque de prospective en France a-t-il été constaté par le CES ?

Réponse de Mr Quintreau : le CES n’a jamais travaillé sur la question : qui fait de la prospective en France aujourd’hui ?
Le président de la section, Mr De Benoist donne la parole à Pierre Duharcourt pour lui demander s’il avait des explications à rajouter

Monsieur Duharcourt précise que notre productivité horaire est très élevée et supérieure à celle des Usa mais que d’autres paramètres économiques et sociaux sont à prendre en compte et qui ont leur importance :
Concernant le PIB par tête, la France est dans une position moyenne. Son taux d’activité est faible et le temps de travail dans la semaine est un des plus faibles de L’UE !. D’autre part, certains choix sociaux qui relèvent de la collectivité se rajoute aux éléments précédemment cités et peuvent pénaliser la croissance française.

Puis Mr Duharcourt revient sur la question de la prospective en France : «  Le commissariat au plan existe mais la commission du plan a disparu au CES. Il reste les plans Etat/régions. Cependant, les travaux de prospective se poursuivraient au CES dans la section des questions économiques et de la conjoncture. Contrairement au commissariat au plan, on n’a pas de base de données statistiques et on dépend des autres notamment de l’INSEE et du commissariat au plan. C’est un problème. Le CES peut-il disposer de moyens propres dans ce domaine ? De temps en temps on peut faire appel à des scientifiques, des chercheurs » .

Le Président présente ensuite l’avis de sa section suite à la saisine par le gouvernement sur les moyens pour «  renforcer l’attractivité de l’économie française au service de la croissance et de l’emploi »
Pourquoi ce rapport ? Mr De Benoist précise que les organismes internationaux critiquent souvent la situation de la France concernant son attractivité : certaines statistiques allant même jusqu’à la classer à la 50 ieme place proche de la Zambie…


Notre section a été amené à réaliser une étude sur ce sujet. On a mesuré statistiquement cette attractivité à travers plusieurs indicateurs dont notamment les investissements directs , le % d’entreprises étrangères détenant 100% du capital des entreprises installées en France, etc…et fin 2002 on a aboutit à la conclusion que la France se classait à la première place devant la Chine !!!
Il fallait donc réaliser un Etat des lieux répondant aux questions suivantes :
Existe-t-il des points forts, des points faibles ?
On a souvent tendance à travailler sur les points faibles en négligeant les points forts. C’est ce que nous avons essayé de faire en réfléchissant sur l’axe des faiblesses à combler. On alors définis les priorités suivantes :

In fine, monsieur De Benoist rappelle que cet avis a été adopté par le CES en séance plénière en janvier 2003.
Puis, Mr De Benoist cède ensuite la parole à Monsieur Pierre Duharcourt qui est membre de la section des Questions économiques générales et de la Conjoncture, rapporteur des avis sur « La conjoncture au second semestre 2002 » publié en janvier 2003 et « La conjoncture au premier semestre 2004 » publié en juin 2004 et qui nous présente le point de conjoncture résumant l’avis du premier semestre 2004 et celui qui sera soumis en mai 2005 au CES.
« Dans son avis sur «La conjoncture au premier semestre 2004 », notre Assemblée constatait que la conjoncture européenne bénéficiait d'un contexte international résolument dynamique: la vigueur de l'économie américaine apparaissait impressionnante (avec une croissance de l'ordre de 4,5 % attendue pour l'année); de son côté, la Chine (+ 9 %) s'affirmait comme une véritable locomotive, tandis que le Japon connaissait enfin une véritable embellie après plus d'une décennie de marasme. La durabilité de cette reprise était toutefois hypothéquée par des fragilités : un regain insuffisant de créations d'emplois et des déficits budgétaire et extérieur massifs aux Etats-Unis ; la surévaluation des prix de certains actifs (immobilier notamment) et une hausse déjà importante du coût des matières premières.

Le commerce extérieur des pays européens profitait toutefois de manière différenciée de ce contexte favorable, la France étant pénalisée par rapport à d'autres pays en raison de sa présence insuffisante dans les pays émergents, tandis que leur demande intérieure ne permettait pas encore à une dynamique propre, s'appuyant sur l'investissement des entreprises et la consommation des ménages, de s'enclencher. Ainsi, la transformation en véritable reprise du rebond constaté en France depuis la fin 2003 apparaissait incertaine : la fragilité de l'emploi, la faible progression des salaires et des prestations sociales faisaient reposer le sursaut nécessaire de la consommation sur une baisse du taux d'épargne ; le relèvement des débouchés était nécessaire pour améliorer encore le taux de marge des entreprises et permettre ainsi le redressement des investissements ; enfin, des finances publiques dégradées ne contribuaient guère au dynamisme de l'économie.

Les propositions du Conseil économique et social s'articulaient autour de quatre axes :

II.-LES PRINCIPALES EVOLUTIONS ENREGISTREES DEPUIS LA MI-2004
1-UNE CROISSANCE QUI RALENTIT
Selon les données dont on dispose désormais, la croissance a légèrement accéléré dans la zone euro au premier semestre 2004 pour atteindre un rythme annualisé légèrement supérieur à 2 %. Cette croissance a reposé, pour l'essentiel, sur les exportations et c'est l'Allemagne qui a le plus bénéficié du contexte international très porteur, compensant ainsi partiellement la faiblesse persistante de sa demande intérieure. De son côté, la France a enregistré une croissance supérieure à la moyenne de la zone (de l'ordre de 3 % en rythme annualisé) grâce à une consommation des ménages particulièrement vigoureuse, accompagnée d'une accélération de la reprise des investissements, malgré une contribution du commerce extérieur qui devient négative.
Depuis, comme nous le craignions, l'environnement international est apparu un peu moins dynamique. En France, la consommation des ménages est revenue depuis l'été vers des rythmes plus modérés, en ligne avec les évolutions récentes du pouvoir d'achat. Ce dernier a été limité par la modestie de la croissance de l'emploi salarié et par le maintien de l'inflation au-dessus de 2 %, dans un contexte de compression des hausses des salaires. Au final, la croissance n'a été que de + O, l % dans notre pays au 3ième trimestre 2004 et il faut désormais tout faire pour éviter que ce « trou d'air » ne se transforme en véritable « crash ».

2- UN RENCHERISSEMFNT SPECTACULAIRE DES PRIX DES MATIERES PREMIERES

Ce ralentissement de la croissance est d'abord directement lié à l'envolée du prix des matières premières et, tout particulièrement, du pétrole. Le Fonds monétaire international estime que toute progression de 5 dollars du baril provoque au bout d'un an un freinage compris entre 0,2 et 0,4 point de la croissance, en fonction de l'importance de la consommation de pétrole par unité de PIB. La France, qui a considérablement réduit sa dépendance énergétique, est toutefois relativement moins exposée que d'autres pays industrialisés, tels que les Etats-Unis.

Le choc pétrolier subi par les pays consommateurs depuis avril 2003 s'est accentué à partir de juin 2004 jusqu'à franchir pendant quelques semaines le seuil des 50 dollars le baril. L'ampleur de cette flambée doit toutefois être remise en perspective puisque, en dollars constants, les cours du brut avaient atteint près de 100 dollars en 1973 et 1979. Elle est due non au pouvoir de cartel des producteurs comme dans les cas précédents mais à la conjonction d'une forte demande mondiale, liée en particulier au boom de l'économie chinoise, d'une faiblesse des capacités disponibles et des tensions géopolitiques affectant de nombreux producteurs (Nigéria, Vénézuéla, Irak, Russie ... ). Cette volatilité est encore accentuée par la présence nouvelle de fonds spéculatifs sur ce marché.

Plus largement, concernant l'ensemble des matières premières - et, plus généralement, ce que l'on appelle les « commodités » - il apparaît qu'une période de hausse durable des prix a commencé depuis bientôt trois ans. La meilleure illustration de la situation est fournie par le coût du fret maritime qui a été multiplié par cinq depuis la fin de l'année 2002 en raison du nombre insuffisant de navires et de l'explosion de la demande. L'influence de la montée en puissance des grands pays émergents dans l'économie mondiale, et tout particulièrement du «facteur chinois », se fait ainsi tout particulièrement sentir tant dans l'alimentaire que dans l'industrie ou les services.

3- LA REPRISE DE LA BAISSE DU DOLLAR

Après une relative accalmie de plusieurs mois, l'instabilité des changes a repris et se traduit par une forte baisse du dollar par rapport à des monnaies telles que l'euro (la monnaie européenne a franchi le seuil des 1,30 dollar à la mi-novembre 2004) ou encore le yen. Ce nouveau recul de la devise américaine est essentiellement du à des déficits «jumeaux» (budgétaire et balance des paiements courants) désormais jugés difficilement soutenables. Ce déséquilibre financier mondial se traduit par un véritable « Plan Marshall à l'envers » via les banques centrales asiatiques qui figurent jusqu'à présent parmi les principaux acheteurs de bons du Trésor américain et financent ainsi ces déficits.

Les incertitudes quant aux choix que feront les autorités chinoises en ce qui concerne la parité de leur monnaie et la gestion de leurs réserves en dollars suscitent d'ailleurs les plus grandes inquiétudes ; c'est bien le risque d'un véritable effondrement du dollar qui est devant nous si les autorités américaines ne s'attaquent pas résolument à l'assainissement de leur économie. D'ores et déjà, même si notre facture énergétique est atténuée par la hausse de l'euro vis-à-vis du dollar - soit environ 60 % depuis le point bas du 26 octobre 2000 -, les effets de celle-ci sont largement négatifs pour les économies européennes puisqu'elle pénalise fortement leurs exportations.



QUELLES CONSEQUENCES EN TERMES DE POLITIQUE ECONOMIQUE ET SOCIALE ?
1. Quels effets en termes de politique monétaire ?
La question des taux d'intérêt en Europe n'est sans doute plus aussi cruciale qu'au cours des deux dernières années. Les taux directeurs de la Réserve fédérale ont d'ailleurs dépassé ceux de la Banque centrale européenne en novembre 2004 (ces derniers restant à 2 %). Aujourd'hui, le risque inflationniste, lié à de possibles « effets de second tour » (hausse des rémunérations des salariés pour maintenir leur pouvoir d'achat) est sans doute minime par rapport à celui de voir la reprise actuelle s'étouffer si des comportements attentistes se généralisaient. Dans ces conditions, une hausse des taux d'intérêt en Europe serait tout à fait inappropriée. Certains plaident même en faveur du mouvement inverse qui pourrait limiter l'appréciation de l'euro tout en soutenant la croissance dans la zone.

2. Quels effets pour la gestion des finances publiques ?
Le ralentissement de la croissance pèsera dès cette année sur l'équilibre budgétaire. Pour 2005, il convient de s'interroger sur la fiabilité des hypothèses de prix du pétrole (36,5 dollars le baril en moyenne sur l'année) et de la prévision de croissance (+ 2,5 %) sur lesquelles a été construit le budget. En tout état de cause, si la croissance de l'économie française se trouvait limitée aux alentours de 2 % - comme tendent à le montrer les dernières prévisions - les équilibres de la Loi de finances seraient alors remis en cause : un choix difficile serait alors à effectuer entre ne pas respecter pour la quatrième année consécutive la limite de 3 % du PIB pour les déficits publics, recourir à des gels ou à des annulations de crédits non arbitrés par la représentation nationale ou encore renoncer à tout ou partie des allégements fiscaux qui ont été à nouveau programmés en dépit de marges de manœuvres très limitées.

3. Quelles conséquences sur la consommation des ménages ( pouvoir d'achat) et l'investissement des entreprises ?

On s'attend généralement à ce que l'impact sur le pouvoir d'achat des ménages (hausse des prix, modération salariale) conduise ces derniers à ralentir leur consommation tandis que les entreprises subiraient un effritement de leurs bénéfices et de leurs anticipations préjudiciable à l'investissement. Cet effet récessif est d'autant plus à redouter que le ralentissement de la croissance intervient à un moment où la reprise n'est pas auto-entretenue par la dynamique propre de l'emploi (la stagnation des créations d'emploi maintenant le chômage à son haut niveau actuel).

En Europe, et en particulier en France, ce sont, bien entendu, les activités les plus consommatrices de pétrole et d'autres matières premières (transport routier, aérien, pétrochimie, sidérurgie, agriculture et pêche...) qui devraient le plus souffrir. D'où la pression qui s'exerce sur l'Etat pour qu'il compense cette hausse par une baisse de la fiscalité. La même question mériterait d'être soulevée concernant les ménages qui supportent l'augmentation du prix du fioul domestique et du carburant, étant entendu que le prix du brut ne représente qu'entre le quart (super) et la moitié (gazole) du prix à la pompe. Le problème est de conjuguer des compensations ciblées et des incitations aux économies d'énergie.

4.Quelle réponse coordonnée en Europe ?
Cette passe difficile souligne enfin, et peut-être surtout, la nécessité d'une coordination des politiques économiques et sociales en Europe qui ne doit plus accepter d'être, de fait, la zone d'ajustement de l'économie mondiale. Notre Assemblée a plaidé en ce sens à de nombreuses reprises au cours du mandat précédent et ne peut que se réjouir du début d'officialisation de l'Eurogroupe. Celui-ci s'est notamment doté d'un président devant permettre à la zone euro de mieux faire entendre une voix qui ne saurait se résumer à celle du président de la Banque centrale européenne. De même, la réforme du Pacte de stabilité et de croissance - qui doit se traduire par l'abandon de son caractère mécanique (certains ont dit « stupide ») au profit de l'examen plus approfondi des situations de chaque pays - est un point positif même si sa portée exacte reste encore à vérifier.

Une Europe plus déterminée à faire entendre son point de vue au niveau international est d'ailleurs d'autant plus nécessaire que les Etats-Unis sont visiblement aujourd'hui à nouveau tentés de jouer de la faiblesse du dollar pour tenter de régler leurs problèmes sur le dos de leurs alliés et néanmoins concurrents... La hausse de l'euro va modifier les courants d'échange entre les pays, en particulier entre la zone euro et les Etats-Unis. Cela nécessitera de la part des Etats, de la Commission et de la Banque centrale européenne, de redéfinir ensemble une stratégie économique et commerciale pour en contrecarrer les effets négatifs éventuels. Ceci devrait s'intégrer dans le cadre de la révision à mi-parcours de la stratégie de Lisbonne.

Pour ma part, un prix du pétrole durablement élevé m'apparaît aujourd'hui inéluctable:
d'une part, parce que le monde dans son ensemble consomme depuis près de dix ans plus de pétrole qu'il n'en est découvert; d'autre part, parce que la demande reste encore peu sensible à l'augmentation du prix. Il faut profiter cependant du signal fourni par le niveau actuel des prix de l'énergie pour engager un débat sur nos choix en la matière et prendre dès maintenant des décisions, notamment sur la place des énergies renouvelables, dans la perspective d'une réduction de notre exposition aux chocs économiques et géopolitiques. A cet égard, alors que de nombreux travaux, notamment parlementaires, sont en cours de discussion pour moderniser la fiscalité, il y a lieu de s'interroger sur la place et la forme que pourrait prendre une fiscalité énergétique rénovée. Au delà, c'est bien une véritable réflexion sur notre modèle de développement qui est à engager dans trois directions : d'abord, sur la place donnée à l'automobile et au transport routier; ensuite, sur la réduction des coûts énergétiques dans la production; enfin, concernant l'utilisation des énergies de substitution tels que les biocarburants.

Enfin, Mr Duharcourt conclue «  c'est l'ensemble de ces problématiques qui animent la réflexion de la section des questions économiques générales et de la conjoncture et sur lesquelles mes collègues et moi-même souhaitons recueillir le plus largement possible l'avis des groupes qui composent notre Assemblée. C'est bien entendu tous ensemble que nous tenterons d'apporter des réponses à l'occasion du débat sur le projet d'avis sur «La conjoncture économique et sociale en 2005 » d'ici à la fin du mois de mai.

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ATELIER 5 : UN EXEMPLE DU ROLE ET DU FONCTIONNEMENT DU CES :
LA SECTION DES FINANCES

Compte-rendu par Karin BAKHTI

Quatre Rapports de la section « Finances », présentés le 21 Janvier 2005 dans le cadre de l’atelier « Quel cadre financier et juridique pour la croissance ? », peuvent permettre d’illustrer le rôle et le fonctionnement du CES :


Rapport 1 : « Des autorités de régulation financières et de concurrence : pour quoi, comment ? »
Présenté par J-P Moussy, rapporteur, et membre au titre de la CFDT.
Remarque Karin : Ce rapport de Janvier 2003 précède et est en lien direct avec la loi de sécurité financière (LSF) * d’Août 2003 qui fait écho à la loi Sarbannes-Oxley adoptée par les Etats-Unis un an auparavant.

Les techniques de travail de la section :
Elles sont les mêmes pour toute saisine du CES sur une question donnée.

A partir de la saisine d’un sujet :

- Dans un premier temps, elle procède par auditions : De 7 à 15 personnes compétentes sur le sujet viennent se prononcer sur celui-ci.
Un rapport est écrit par les membres de la section ainsi qu’un administrateur.
Il présente les enjeux du problème, la problématique.
Ce premier rapport est présenté en cession du CES pour être adopté.

- Dans un second temps, la section travaille pour émettre des avis et recommandations sous la forme d’un autre rapport.
- Ce second rapport est aussi présenté en cession plénière du CES pour être adopté (il peut être amendé).
Les deux rapports sont alors envoyés aux gouvernement et Parlement.

Concrètement, cela passe par :
  1. L’identification du problème. Il constitue le texte de saisine.
Ici, il s’agissait d’une autosaisine.
Au sujet des autorités de régulation et de leur développement, ici, délimiter le sujet consistait à cerner le contexte dans lequel les autorités de régulation se développent et tout particulièrement pour ce qui concerne l’Autorité de régulation des marchés financiers (AMF) dont il est question.
Le contexte économique et financier :
-de libéralisation, et des phénomènes de mondialisation et globalisation financière,
-de la (re)mise en question du rôle des pouvoirs publics,
-de l’évolution de l’Union Européenne et de la monnaie unique,
-les différents événements récents comme les scandales Enron, VU, France Telecom.
Ce contexte explique pourquoi le CES a pris la décision de travailler sur le sujet de la sécurité financière, et la mise en place d’une autorité de régulation.


  1. Un travail de réflexion : ici sur les autorités de régulation, objet précis du rapport.
Définitions, contenus et caractéristiques de ces administrations qui se développent.
Remarque : ces autorités administratives de régulation indépendantes (ARAI) ont pour fonction d’organiser, de maintenir les équilibres économiques, avec toujours pour finalité de faire valoir l’intérêt général dans le respect de la pluralité et de l’autonomie des acteurs concernés.
Elles ont un pouvoir réel (notamment celui de prendre des sanctions)
Elles sont placées sous l’autorité des juges ;
Elles sont indépendantes vis-à-vis de l’Etat comme pouvoir politique, et vis-à-vis des professionnels concernés.
* Voir note jointe complémentaire sur les AAI et l’AMF

  1. La phase des propositions : C’est le rapport des avis et recommandations.
Ici, les propositions concernant les ARAI portaient sur 5 points :
-1- Apporter des propositions sur la légitimité des ARAI

-2-Apporter des précisions sur les moyens dont disposaient ces ARAI :

-3- Propositions portant sur le thème du gouvernement d’entreprise et des normes comptables :
L’Union Européenne devait nécessairement le reprendre.

-4- Propositions concernant la politique de concurrence :
D’autres dimensions devaient être prises en compte.
En ce qui concerne les organismes prudentiels dans les marchés, banques et assurances : ils sont de niveau national, en France, alors que tout étant de niveau européen, la communication prudentielle devait l’être aussi.

-5- Propositions concernant le problème mondial de blanchiment des capitaux.
Le CES attire l’attention sur l’importance de la régulation internationale comme bien public mondial.

* NB Karin : Pour un commentaire rapide de la LSF : voir « les désordres de la finance » dirigé par D.Plihon, l’article de Ch.De Boissieu p.77-83
Pour un commentaire sur le GAFI voir Alter Eco, septembre 2004, n°228, p.34-37.

La présentation de ce rapport peut illustrer les différentes étapes pratiques de l’élaboration d’un rapport.

***


Rapport 2 : « Les nécessaires évolutions du financement de l’Union Européenne »
Présenté par G. De La Loyère, rapporteur et nommé par le gouvernement en Conseil des Ministres au titre de personnalité qualifiée. Ingénieur des travaux publics de formation.

Ce rapport attire l’attention sur le fait que de nombreuses questions concernant l’Union Européenne ont déjà été abordées au CES – il existe même une délégation des affaires européennes-. Mais les rapports établis ont été faits les sections agriculture, aménagement du territoire…mais le CES n’avait encore rien fait sur les finances de l’Union.
Il avait pour objet spécifique de s’interroger sur la question suivante et d’en montrer toute l’acuité :
Comment faire évoluer le système de financement de l’Union Européenne ?
Non seulement par rapport à ces compétences, mais aussi par rapport à la stratégie de Lisbonne (=faire de l’UE la région la plus compétitive au Monde)

D’autant plus que l’UE a l’originalité de développer ses perspectives financières sur 7 ans et non de réfléchir à un budget annuel, alors même qu’elle ne cesse de changer de dimension, et qu’elle n’est, loin s’en faut la zone la plus prospère. D’ailleurs si la croissance était présente, le problème justement de la dette ne se serait pas aussi inquiétant et ne serait pas traité avec autant de difficultés.

Le rapport a l’intérêt pédagogique de s’interroger sur :
Les grandes orientations européennes
La composition du budget et ses déséquilibres (cf 60% pour l’agriculture)
Les modalités de prises de décision avec les rôles différents du Parlement européen, de la commission et du conseil européen.
La mise en place de l’euro fiduciaire et les avantages pour la zone en terme de croissance et de stabilité économique. Cf le problème d’une monnaie unique et des politiques budgétaires nationales.
Le problème des ressources.
Le problème de la dette.

Les propositions du CES ont été :
- L’idée d’une fiscalité propre à l’UE et non plus d’une seule contribution de chaque Etat à l’UE :

_ Ceci afin notamment de supprimer le problème de la Grande Bretagne qui ne verse qu’un tiers de ce qu’elle devrait depuis 1984, manque à gagner que doivent supporter les autres contributeurs.
_ Ainsi la fin d’un financement d’origine nationale éliminerait les comparaisons et mécontentements des contributeurs nets. (parfois paradoxalement pointés du doigt parce qu’affichant des déficits trop élevés )
_ Ceci afin de limiter la concurrence fiscale des entreprises et tendre vers une meilleure harmonisation.


Le rapport a été repris par le Parlement, et au niveau européen par le conseil européen.
Il peut illustrer le rôle du CES pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur des questions qu’il est parfois difficile d’aborder en terme de décisions politiques. En Juillet, la GB prend la présidence de l’UE, les élections parlementaires auront lieu cette même année en GB, si le problème du financement de la GB n’est pas traité avant, il ne le sera pas pendant cette prochaine présidence britannique…

***


Rapport 3 : «  Création et pérennisation de l’entreprise de petite taille »
Présenté par J. Socquet-Clerc Lafont, avocate, membre du groupe des professions libérales (trois personnes au CES au total !) en 2001.

Cette étude a été demandée au CES face à l’infériorité des créations d’entreprises en France proportionnellement aux EU, et à leur recul constaté de surcroît.

Ce rapport, après avoir dressé le tableau des (très) petites entreprises en terme de place et caractéristiques en France, montrait leurs difficultés rencontrées et tout particulièrement leur grande sinistrabilité du fait d’un manque patent de préoccupations et connaissances dans le domaine juridique.
-Il proposait en conséquence d’encourager la création d’entreprises en s’interrogeant sur les moyens de favoriser les garanties d’une création réussie.
Notamment concernant :

Notamment concernant :
En particulier sur les thèmes non seulement du statut mais aussi du droit du travail, et de règles financières pour prévenir la défaillance en terme de rapport passif exigible/actif circulant.

-Il proposait enfin dans un autre rapport les modalités favorisant la transmission d’entreprises, encore très mal préparées et très peu performantes aujourd’hui en France, alors même que d’ici 10 ans 700000 entreprises vont devoir être reprises du fait de départ à la retraite. L’enjeu étant de trouver des repreneurs dans une situation où l’évaluation est délicate : le cédant croit donner beaucoup (tout pour lui) quand le reprenant trouve toujours trop cher (car ne sait pas ce qui l’attend).
Il fallait pour le CES, notamment :

La plupart des propositions de mesures effectuées par cette avocate spécialisée sur le sujet ont été reprise par le ministre des PME, avec tout particulièrement la prise en compte de la dimension humaine de la situation lors de la défaillance, par la possibilité de mise à l’écart du logement de la famille lors de la création de l’entreprise, si le cas échéant il y a vente du patrimoine pour rembourser les créances.

Ce rapport montre tout l’intérêt consultatif du CES. Composé de représentants de la « société civile », il permet une meilleure prise en compte, lors de l’élaboration de la loi, des contraintes et problèmes réels, par les propositions de personnes, membres du CES, en prise directe avec ceux-ci dans leur activité quotidienne.

***

Rapport 4 : « Projet de loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine. »
Présenté par P.Crosemarie, membre du groupe CGT, secrétaire générale de la fédération finance de la CGT.

Saisine du gouvernement, par M.Borloo en Mai 2003 qui demande un avis dans les plus brefs délais sur la question du surendettement des ménages, dont le dépôt de dossiers est en nette accélération depuis 1996.
La loi devait passée en Août 2003.

Le CES préconise l’effacement des dettes complet dans les situations irrémédiablement compromises et de manière accélérée.

En Juin 2003, les propositions sont adoptées par le Parlement.
De nombreux amendements ont lieu, les banques font en sorte de bien encadrer les situations pour prévenir les excès.
Passée en urgence par la volonté de M.Borloo, la loi est promulguée en Août 2003.
Il demande un suivi du CES sur cette loi du surendettement.

Que constate le CES lors de son suivi ?
_ dans un premier temps : aucune circulaire ni décret d’application n’ont été rédigés pour rendre cette loi effective.
_ d’autre part, les propositions ont fait l’objet de nombreuses modifications dans le sens d’un amoindrissement social, avec une plus faible prise en charge des problèmes, une équipe moins complète pour traiter le problème.
_ dans le même temps, la Banque de France a réduit le nombre de ses succursales qui se traduit par un ralentissement et un alourdissement des procédures -la proximité étant gage d’efficacité et de rapidité du traitement des dossiers-.
Finalement, le CES s’aperçoit que les nouveaux dispositifs mis en place avaient conduit à aggraver la situation. Les situations de surendettement s’accumulaient, la justice était débordée, alors même qu’augmentait dans le même temps la précarité par la dégradation de la conjoncture économique, et la déception et la détresse plus grande encore des démunis pour lesquels la loi avait fait naître des espérances.

Le suivi du CES a permis de mettre en évidence :


Ce rapport montre bien que le rôle du CES est double mais aussi limité. Mêmes prises en compte, ses propositions peuvent parfois restées insuffisantes.

Conclusion : on voit bien le rôle de proposition du CES, et sans doute combien celles-ci peuvent être utiles et suivies lorsqu’on les retrouve dans les lois.

Remarques sur la section « Finances » et la composition de ces membres : elle a tendance à comprendre moins de représentants des syndicats, peu attirés par ce domaine, que de professionnels. La plupart du temps, les syndicalistes qui sont nommés dans cette section ne l’ont eux-mêmes pas vraiment voulu ainsi. Par faute de choix, le critère de désignation en conséquence le plus souvent retenu est celui d’avoir travailler dans le secteur bancaire. C’était le cas des trois représentants syndicaux présents actuellement dans cette section pour la CFDT, la CGT, et FO.
Aujourd’hui M. J-M Reynaud, du groupe FO, cadre à la Banque de France, est le Président de la section Finances.

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LES AUTORITES ADMINISTRATIVES INDEPENDANTES – AAI-


par Karin BAKHTI


Qui sont-elles ?
_ Elles peuvent être définies comme des organismes administratifs qui agissent au nom de l’Etat et disposent d’un réel pouvoir alors même qu’ils ne relèvent pas de l’autorité du Gouvernement. (et en conséquence, contrairement aux différentes organisations traditionnelles de l’Etat.)
Elles n’ont donc pas de ministère de tutelle, elles ne sont donc pas liées au Gouvernement.
_ Elles sont bien indépendantes, et non seulement à l’égard de l’Etat comme pouvoir politique mais aussi à l’égard des professionnels du secteur sur le(s)quel(s) elles agissent.
Elles sont placées sous le contrôle des juges, et relèvent in fine du Conseil d’Etat.
_ C’est la puissance publique qui leur délègue du pouvoir.
_ On en dénombre aujourd’hui plus d’une trentaine.
Mais cet ensemble des AAI est très hétérogène du fait de leurs champs d’intervention, de leur champ de compétences, de leur grande diversité d’organisation, au point qu’il est impossible de leur définir un modèle juridique unique.

Que font-elles ?
Leur rôle peut être très varié.
Les missions suivantes peuvent leur être confiées :
_ Médiation au sens strict (si administration est jugée n’avoir pas rempli correctement sa fonction de service public)
_ Protection des Libertés Publiques
_ Evaluation pluridisciplinaire et expertise
_ Rôle de garant de l’impartialité de la Puissance Publique
_ Enfin mission de régulation, notamment dans les secteurs de l’économie de marché, l’information et de la communication.
* Cette dernière mission, celle des ARAI (Autorités de Régulation Administratives Indépendantes) a donné lieu a de nombreux débats sur la question de savoir ce qu’il fallait entendre par « régulation ». Le rapport du Conseil d’Etat de 2001 sur les AAI précise la notion p.279 en s’inspirant notamment des expériences britanniques et américaines.

Quels sont leurs pouvoirs ?
Les AAI disposent de nombreux types de pouvoirs :
_ Emettre des avis
_ Formuler des propositions et recommandations
_ Prononcer des injonctions
_ Prendre des décisions individuelles
_ Disposer du pouvoir réglementaire
_ Bénéficier du pouvoir d’investigation et de contrôle
_ Pouvoir prendre des sanctions.
Selon le type d’AAI auquel elles appartiennent, les AAI ont cet ensemble de pouvoirs au seulement un seul de ces types.

Comment sont-elles organisées ?
Les membres qui les composent doivent réunir les caractéristiques suivantes :
_ Ce sont des connaisseurs : ils doivent avoir la compétence, être spécialisés dans le domaine d’exercice.
_ Ils sont indépendants du gouvernement, des professionnels.
_ Ils ont l’expérience du travail en collège.
_ Ils sont nommés et leur mandat est non renouvelable.
Au-delà de cela, les AAI sont très hétérogènes quant au mode de désignation de leurs membres, quant à l’effectif composant le collège, quant à leur statut, de même qu’en ce qui concerne leur budget de fonctionnement. Certaines n’ont même pas de membres permanents, ni de budget spécifique.

Pourquoi sont-elles créées ?
_ Le Conseil d’Etat souligne le fait que le plus souvent, elles naissent du « fruit du hasard », comme une rencontre entre un problème donné, à un moment donné, dans un contexte donné.
Des exigences plus structurelles existent cependant. En raison de la modification du contexte, l’Etat doit se réformer, le paysage juridique se transforme.
_ Il y a désormais nécessité de s’adapter à la réglementation européenne, qui exige notamment la séparation entre les autorités de réglementation et les opérateurs.
_ Certains marchés ou secteurs d’activité, et plus particulièrement les marchés financiers, connaissent des exigences particulières, des spécificités.
_ Le contexte international a fait perdre des marges de manœuvre aux différents pays quant à leur pouvoir de régulation.

Le conseil d’Etat souligne l’importance du travail en réseau du fait de la mondialisation et de l’intégration européenne, pour les marchés financiers et la concurrence.

Quels problèmes soulèvent les AAI ?


_ Un problème de contrôle quant à leur pouvoir et actions par rapport :

On peut en effet s’interroger sur leur représentativité démocratique. Sans doute un pouvoir accru du Parlement à l’égard serait souhaitable.
_ Un problème quant à la transparence, d’où l’importance de leur part de la publication de rapports et comptes-rendus sur leurs activités.
_ Un problème quant à la multiplication de ces AAI au sujet :
Au total, les AAI et leur développement récent (et donc non encore totalement bien encadré) posent la question de leur place dans la démocratie et de leur statut juridique et prérogatives par rapport à l’Etat.
Leur existence et multiplication parcellisent les champs d’intervention de l’Etat, ce qui entrent en contradiction avec la mission d’intérêt général qui est la sienne.
Leur rôle et leurs pouvoirs doivent donc être mieux définis et mieux encadrés afin de prévenir une éventuelle substitution de celles-ci à l’Etat.

L’Autorité de Régulation Administrative Indépendante des Marchés Financiers
_ Elle a été créée en Août 2003 dans le cadre de la loi de sécurité financière.
_Elle fusionne la COB, le CMF (conseil des marchés financiers) et le CDGF (conseil de discipline de la gestion financière). Le but de ce rapprochement est de tendre vers une meilleure efficacité et plus grande visibilité de la régulation de la place financière française.
_ Organisme public indépendant, il doit :
-Veiller à la protection de l’épargne
-Assurer l’information
-Contrôler le fonctionnement des marchés financiers Français
Il participe en outre à la régulation européenne et internationale des marchés financiers.
Il dispose d’un autonomie financière.
Il est composé de 16 membres. Sa commission de sanctions en comprend 12.
Le président de l’AMF est nommé par décret par le Président de la République pour un mandat de 5 ans (non renouvelable).
L’AMF a un secrétaire général, elles est composée de 320 membres.
Quatre fonctions principales lui sont assignées :
Elle a des compétences sur les opérations et informations financières, sur les produits de l’épargne collective, sur les marchés et leurs infrastructures, sur les professionnels.
Pour un schéma de l’organisation de la place financière française, acteurs et structures que chapeaute l’AMF, consulter le site de l’AMF

- Pour plus d’informations sur les AAI :
Consulter le site du Conseil d’Etat. _ http://www.conseil-etat.fr
- Pour des informations sur l’AMF, l’AMF dispose d’un site à son nom :_ http://www.amf.france.org


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Compte rendu de l'atelier 6: Croissance recherche et technologies
Avec la section des Activités productives de la Recherche et de la Technologie

Compte rendu : Patrice Paravano

•Atelier présidé par M.Didier SIMOND,président de la section des Activités productives , de la Recherche et de la Technologie (APRT)

•4 sujets ont été traités, chacun a d'abord été présenté par son rapporteur, puis en fin de séance une discussion sur l'ensemble s'est déroulée.
•Les informations sur ces 4 sujets peuvent être consultées sur le site du Conseil Économique et Social(CES) "http://www.ces.fr/"

1° sujet: Économie de la connaissance:la recherche publique française et les entreprises

Rapporteur:François AILLERET
(Président du Groupe des entreprises publiques)
Membre du CES depuis septembre 1999,Polytechnique,École Nationale des Ponts et Chaussées,directeur à Aéroports de Paris de 1971 à1979,puis carrière à EDF dont il a été Directeur Général en 1994,vice-président en 1996 et Président d'EDF international de 1997 à 2002, Président du Conseil d'Administration de l'AFNOR depuis septembre 2002.

Références:
Notes d'Iéna n° 156 du jeudi 11 décembre 2003
http://www.ces.fr/présidence/publication/PU03-156.pdf
J.O. 41103-25
Rapport : http://www.ces.fr/rapport/doclon/03121725.pdf

Résumé:
La compétitivité d'une économie est largement fonction de la qualité de sa recherche - tant publique que privée.
Alors que l'Union européenne s'est donné l'objectif de devenir " l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique de la planète ", le Conseil économique et social analyse le potentiel scientifique de notre pays et formule des recommandations afin d'en améliorer l'efficacité.
Les points forts de l'exposé de François AILLERET :
•La moitié de la croissance s'explique par les choix de recherche faits précédemment. La société de la connaissance sera l'objet d'une compétition extrêmement dure, tant au niveau européen que mondial. Aujourd'hui les cerveaux sont mobiles, aux Etats-Unis par exemple, la moitié des doctorants viennent de l'étranger.
•Il convient dans un premier temps de faire un état des lieux pour la France:
•Les points forts:Qualité de l'enseignement supérieur (bonne réputation de ceux qui en sortent diplômés) dans divers domaines, des maths purs à la technologie
Dépenses publiques pour la recherche (1% du PIB)parmi les plus élevées
Ouverture culturelle vers l'étranger
•Les points faibles:Désaffection des jeunes pour les sciences alors que la démographie imposera un fort renouvellement
Mal placée en biotechnologies
Financement privé faible
Lien recherche publique-entreprises insuffisant
Lourdeurs des décisions publiques
•Les recommandations du CES:
Créer des liens entre public et priver ,favoriser la mobilité
Simplifier les procédures administratives, par exemple les budgets annuels ne sont pas adaptés aux programmes de recherche
Mettre en place une évaluation et financer des projets plutôt que des structures
Créer un ministère de la recherche et de l'enseignement supérieur, celui -ci étant plus proche de la recherche que de l'enseignement primaire et secondaire



2° sujet:L'acte productif dans la société du savoir et de l'immatériel
Rapporteur:Hubert BOUCHET
Membre du CES depuis 1984 au titre des cadres CGT-FO,Ingénieur en agriculture, diplôme du conservatoire national des arts et métiers de Paris, représentant du CES à la CNIL.

Références:
http://www.ces.fr/rapport/doclon/04012803.PDF
http://www.ces.fr/présidence/publication/PU04-160.pdf

Résumé:
A bas bruit, l'immatériel saisit l'ensemble de nos actes. Autrement appelé " donnée " ou " information ", il a gagné, après le monde de la production, celui de la vie quotidienne et personnelle de chacun d'entre nous.
Le Conseil économique et social examine ce processus qualifié, à un siècle de distance, " d'irrésistible " par Karl Marx et Raymond Aron et qui abolit les frontières et interroge sur la relation nouvelle au travail et à la production.

Les points forts de l’intervention de M Hubert BOUCHET:
•Le CES s'intéresse à l’immatériel depuis le rapport Delouvrier en 1987,à l’époque l’immatériel représentait 40% de la production. Depuis 2 autres rapports sont sortis dont celui évoqué ici et un 4° est en préparation sur l’industrie de l’information et de la connaissance
•Aujourd’hui les grandes fonctions de l’existence (se laver, se nourrir, se soigner..) sont sous l’emprise de la technique. En 20 ans nous avons connu un « chambardement sans précédent »,qui touche tous les domaines »même la production du lait de vache »
•Dans une société de l’immatériel il convient de placer la « richesse humaine » au cœur de l’acte productif ».M.BOUCHET insiste »je ne suis pas une ressource humaine, je suis une richesse humaine et je crée des richesses ».Dans cette société il convient donc de mettre à l’abri du besoin vital. Proposition 15: »Le CES recommande le renforcement des moyens de solidarité permettant à chacun d’être assuré d'un strict minimum afin de ne pas être entravé dans l’exercice de ses talents propres.
•Et pour terminer une dernière citation du rapporteur: »Les neurones ne marchent pas à coup de pieds au cul »



3° sujet:Prévention et gestion des risques technologiques et industriels
Rapporteur:Charles FITERMAN
(ancien membre du groupe des personnalités qualifiées)
Membre du CES de 1999 à 2004
Ministre d'État, ministre des Transports de 1981 à 1984

http://www.ces.fr/rapport/doclon/03022606.PDF
http://www.ces.fr/présidence/publication/PU03-133.pdf
Résumé:
La conjugaison du développement économique et d'une exigence accrue de sécurité appelle au renouvellement de la démarche de prévention du risque technologique et industriel.
Les approches techniques et sectorielles doivent se prolonger par une approche globale et systémique.
Le Conseil économique et social propose de placer au cour du dispositif, rénové et centré sur l'entreprise, le facteur humain, permettant ainsi une véritable construction sociale de la sécurité

Les points forts de l’intervention de M Charles FITERMAN:

Déjà rapporteur en 2000 d'un rapport sur « les causes et conséquences du naufrage du pétrolier Erika »Charles FITERMAN est devenu « le spécialiste des catastrophes » de la section lorsqu'il lui a été demandé suite à l'explosion de l'usine AZF dans l'agglomération toulousaine de mener cette étude Étude particulière puisqu'elle se déroulait parallèlement à une action judiciaire et à une mission d'enquête parlementaire sur lesquelles elle ne devait pas empiéter.
•Le constat:
Les clivages ne se trouvent pas là ou M Fiterman les attendait. L'opposition,voire les affrontements opposent les acteurs économiques(responsables de l'entreprise et salariés) à la population,ils sont transversaux plutôt que politiques.
Deux préoccupations légitimes mais contradictoires s'opposent:la demande de sécurité et le développement industriel.
Depuis 30 ans la sécurité s'est accrue avec un palier depuis 10 ans. Mais l'approche a été trop technicienne caractérisée par une accumulation de règles (3600 pages pour la chimie) avec comme conséquence une déresponsabilisation.
La concentration industrielle est allée de paire avec la concentration de la population
Une organisation du travail trop divisée amenant une rupture de la chaîne d'organisation de la sécurité.
•Les réflexions:
Un effet de loupe:Alors que le sentiment général d'insécurité est extrêmement fort,en réalité on assiste à un recul des risques majeurs et de leurs conséquences mais ces risques deviennent des événements majeurs.
La population attend une sécurité absolue, mais le risque zéro est et reste un objectif
•Les avis:
La sécurité est un facteur de l'efficacité économique,elle ne relève pas seulement de l'humain et du social.Il y a une interdépendance entre une sécurité plus grande et le développement économique ,technologique et industriel.
Il faut intégrer la sécurité et l'examen des risques dès le début C'est ce qui a été fait dans le nucléaire Le principe de préoccupation est un principe actif et pas d'inaction.
Il faut insister sur la dimension humaine de la sécurité sans négliger l'approche scientifique,avec information et transparence,de la maîtrise des risques.
Il faut sortir de l'approche qui réserve la sécurité aux spécialistes. Suite à la catastrophe, la confiance s 'est effondré. Il faut être attentifs aux signaux faibles et pour cela avoir recours aux « experts du quotidien »
La maîtrise des risques est une construction sociale mais il y a des décideurs, des responsables.



4° sujet: Proposition de directive du Parlement Européen et du Conseil relative aux services dans le marché intérieur
Rapporteur:Francis LEMOR
(Groupe des entreprises privées)
IEP Paris-DES de Sciences économiques-Inspection des finances
Inspecteur des finances de 1966 à 1982
Président de la société française de transports et entrepôts frigorifiques de1987 à 1996
Depuis 1996, après fusion, président de STEF-TFE
Membre du CES depuis 2004

Références:
http://www.ces.fr/rapport/doclon/05011901.pdf
http://www.ces.fr/présidence/publication/PU05-191.pdf

Résumé:
La proposition de directive relative aux services vise à établir un cadre juridique permettant au fort potentiel de croissance et de création d'emplois qu'offre ce secteur de s'exprimer totalement. Il s'agit là d'une des plus fortes impulsions données au marché intérieur depuis sa création en 1993.
Le Conseil économique et social approuve le principe d'un tel texte. Il s'interroge, cependant, sur certaines de ses dispositions, notamment celles concernant le périmètre de son champ d'application et l'articulation du principe du pays d'origine avec les règles européennes préexistantes.

Les points forts de l’intervention de M Francis LEMOR:
Ce rapport du CES a été adopté les 18 et 19 janvier 2005 (la rencontre CES/SES a eut lieu le 21 janvier).
La première originalité de cet avis du CES est qu'il résulte d'une auto-saisine. Il résulte de la publication de la proposition de directive européenne sur les services, plus connue sous le nom de «directive Bolkestein».
Le constat de départ:
•Après la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, la libéralisation des services est le 4° pilier de la construction du marché européen. Pilier important puisque les services représentent 70% du PIB européen, et 66% pour l'Europe des 25.
•Jusqu'à présent les transports, les services bancaires, les télécoms avaient fait l'objet de négociations, secteur par secteur. Pour les secteurs qui restent continuer au cas par cas serait trop long.
Les avis du CES:
•Le CES dit oui à l'Europe, oui à l'harmonisation
•Mais 2 points principaux posent problèmes:
-Le principe du pays d'origine qui pourrait encourager les prestataires de service à se délocaliser, générant ainsi un risque de dumping social et/ou juridique.
-Des secteurs à exclure: le CES considère que doivent être prises en compte “les spécificités propres à certains secteurs, dont le rôle dans la cohésion sociale est pourtant essentiel”.
M.Francis LEMOR insiste, au nom du principe de subsidiarité, sur le fait que la santé, la protection sociale, le travail intérimaire, les jeux d'argent doivent être exclus de la proposition européenne relative aux services: "non à une éventuelle Maltaise des jeux".
•En conclusion, il est indispensable de permettre la libre circulation des services qui est un facteur de croissance. Mais il faut négocier sur le principe du pays d'origine et exclure certains services. Dans ce cas, les services restants représenteraient encore 50%du PIB de l'économie européenne concernée.

Commentaires personnels:
•Si l'on tape aujourd'hui "directive Bolkestein"sur Google en français, on a 12 200 références et le nombre de références augmente chaque jour. Dans la discussion qui avait suivi cet exposé, il était apparu que cet avis du CES avait été particulièrement repris par la presse et le personnel politique. On nous avait d'ailleurs signalé par avance certaines interventions qui ont depuis été publiées.
•C'est pour moi la principale information de cette journée au CES. En effet, les travaux du CES ,en particulier celui-ci puisqu'il s'agit au départ d'une auto-saisine, peuvent être le point de départ d'autres interventions au Parlement Français et au Parlement Européen, voire au plus haut niveau de l'exécutif. Là encore l'actualité de ce débat le montre.
•De façon plus concrète et en liaison avec notre enseignement, ce thème est extrêmement riche. Les liens avec nos programmes de SES sont multiples:principe de subsidiarité, protection sociale, Europe, libre-échange et croissance....
•Sur ce dernier point, les différentes interventions auxquelles j'ai pu assisté sont toujours allées dans le même sens (à mon point de vue contestable): la liaison libre-échange/croissance est un acquis qui ne se discute pas.

Les questions abordées ensuite dans le débat:
•M Ailleret ayant commencé sa présentation en nous faisant remarquer qu’en parcourant rapidement nos programmes de SES de seconde et première il n’avait pas trouvé la notion de recherche. Une de nos collègues lui signale qu’elle est présente en terminale. Elle reprend ensuite l’idée de la nécessité d’une évaluation pour demander si le CES a une idée du "taux d’efficacité" de ses recommandations.
•S’ensuit une discussion fort intéressante ou intervient M Simond, président de séance. Il apparaît que beaucoup de travaux du CES sont ensuite repris, soit par le gouvernement (la saisine est la plupart du temps gouvernementale), soit par des députés ou des missions d'enquête parlementaires (on nous en cite certains, présents ou à venir, en nous demandant de rester discrets). L'actualité récente (voir le thème précédent sur les services en Europe) confirme que les travaux du CES sont effectivement très lus et repris.
Cette pratique déjà répandue et semble-t-il souhaitée par le CES est appelée à s’étendre, puisque tous les travaux sont accessibles en ligne sur le site du CES, et qu’ils sont en plus diffusés aux parlementaires français et maintenant aux parlementaires européens également.
•Un collègue intervient ensuite pour soulever 2 problèmes:
1/ "Et les sciences sociales?"
Réponse: nous avons surtout évoqué les sciences dures, mais nous ne négligeons pas les sciences sociales...
2/ "L’école n’incite pas à la recherche. Il y a une désaffection des jeunes pour la science dites vous, mais il y a des chercheurs sans emploi !"
Réponse: les recommandations en tiennent compte. Il faut créer plus de liens entre l’université et les entreprises: par exemple il est anormal que le grade de "Docteur" ne soit pas reconnu dans les conventions collectives
• La discussion sur le thème des risques industriels révèle, elle, que la dimension environnementale est peu abordée par le CES (c'est la vision du collègue qui intervient). Ce point est contesté par le Président de séance qui évoque cependant une possibilité d'évolution, semble-t-il à l'étude, de la composition du CES.

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SÉANCE DE CLOTURE


« Négociation, dialogue social, dialogue civil »


Compte rendu par Pascal Binet

E. Arnoult-Brill, membre du bureau du CES,
pour le groupe des associations, expose les raisons de la légitimité du monde associatif quand il s’agit de parler de dialogue social et civil, et, par là, de la légitimité de la présence du mouvement associatif au Conseil Économique et Social :
- les associations existent grâce à des engagements libres et désinteressés, sans droit individuel sur le collectif, sans recherche de lucre ;
- les associations naissent de projets communs à des individus ;
- le mouvement associatif est organisé sur le mode démocratique et participatif.
Compte tenu du champ d’intervention des associations (l’aide aux familles, l’éducation populaire, l’humanitaire) se sont elles qui ont posé le problème du dialogue social et civil, et qui ont poussé les puissances publiques à s’en préoccuper
La très grande majorité de ces associations fait naître des solidarités, fait naître le sens civique, participe à l’émancipation des individus : le mouvement associatif permet de contribuer à construire une véritable citoyennenté active.
Madame Arnoult-Brill termine en souhaitant una augmentation de la taille du groupe des associations au sein du CES.

Christian Larose, vice-président du CES, groupe de la CGT constate l’existence de trois modèles de “négociation sociale”  : individuelle a l’anglo saxonne, tripartite à la nordique, en conflit à la latine. Si la France, de ce point de vue, a plutôt une tradition latine, le dialogue social y repose sur le paritarisme. Or, il semble qu’en France, le dialogue social devienne moins productif. Or, il ne peut pas se contenter de perspectives simple. L’individu et le travail sont au coeur du dispositif de recherche d’efficacité, d’augmentation de la productivité. Il y a un nécessaire choc entre recherche de profit et amélioration du dialogue social. Il y a donc un réel hiatus entre intention des uns et résutats réels pour les autres. L’absence d’obligation de résultats fait que les partenaires sociaux peuvent débattre et se séparer sans résultat. Les syndicats sont très attachés au dialogue social, à condition qu’il débouche sur des résultats.
Or, désormais, la concertation prend l’allure d’un banal tour de table, pour permettre la mise en place de disposition législative sans retour. On passe de la négociation, à la concertation puis à la consultation…Il y a un nouveau système à construire. Il faut pouvoir transcender l’absence de syndicat dans les petites entreprises. Les principe de base de paritarisme ont été mis en cause par la loi de 2004. Il faut définir des règles pour que la représentation syndicale soit possible partout.

A. Marcon vice-président du CES, groupe des entreprises privées insiste plutôt sur le nécessaire dialogue entre entreprise et enseignement. Le dialogue entreprise et enseignement doit répondre à une nécessité économique et sociale, car les entreprises ont besoin de collaborateur bien formés, capables de s’adapter aux évolutions de ce monde. Les Sciences Économiques et Sociales revêtent à ce titre une dimension importante : il faut développer l’esprit et la culture d’entreprise. Monsieur Marcon conclut son propos en se demandant comment améliorer ce dialogue enseignement entreprise : peut-être cela doit-il passer par une autosaisine du CES.

La salle réagit notamment en signalant quelques difficultés d’accès à l’entreprise en général, en dehors de la fourniture de plaquette de présentation, et regrette la suppression des TPE, qui permettaient ce travail de connaissance de l’entreprise.


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