Présentation du travail :
Voici un document sur le thème de la famille que j'ai élaboré à partir de l'article d'Héritier dans le
cd-rom universalis. J'ai donné ce travail à ma classe (2 x 1h) à un moment où après avoir présenté la
diversité des règles d'alliance et de filiation dans divers sociétés, je me suis aperçue que ça ne contribuait pas du tout à relativiser leurs
représentations de la famille ; tout au contraire, ils percevaient cette diversité comme du "folklore", une "exception atypique" qui
renforçait encore plus leur idée que la famille "à la française" était la "vraie"
famille, la famille "normale"...
J'ai donc voulu leur faire sentir qu'il y avait derrière la polyandrie (par exemple) des raisons fonctionnelles (économique, démographique,
patrimoniale et de survie...) qui expliquaient l'existence de ces règles
différentes...(Cela m'a ensuite permis de présenter assez rapidement les 7 fonctions
universelles...)
La première fois, j'ai fais travailler mes élèves en groupes de 2, je passais dans les groupes à la demande... Ils sont tous allés au moins
jusqu'à la question 6 (j'ai ramassé le travail et ai fais une correction de 5-10 minutes sur les points qui avaient le plus posé
de problèmes). Le lendemain, pour la deuxième heure sur ce travail, on a commencé avec la question 7. Un élève lisait le passage, la question
jointe, et tentait d'y répondre, puis formulation collective d'une
réponse et prise de note...
Travail proposé par Marjorie Galy qui en assume seule les erreurs et imperfections
Proposition :
retrouver des catégories de raisons explicatives des règles d’alliance,
afin de comprendre d’où viennent ces règles qui nous paraissent, a priori
« folkloriques, exotiques et marginales » parce que très différentes
et donc très éloignées de nos schémas mentaux sur la famille telle qu’on
la vit en France.
Extraits
tirés du CD-ROM Encyclopædia
Universalis , article de Françoise Heritier-Auge
Entrée :
« Famille – Les sociétés humaines et la famille » « (réf :
9-254), 1998.
Nota important :
Les
questions (en jaune) sont rajoutées par nous. Le symbole […], indique des
coupures dans le texte original. Les questions 1 à 11, sont des questions de
compréhension des extraits (les réponses sont presque toujours contenues
dans les passages), et les questions 12 et 13 sont des questions de réflexion
qui font appel à vos capacités de synthèse et d’argumentation.
Dans
tous les cas, on vous demande de répondre par des phrases claires et précises
(en évitant la paraphrase autant que possible)
et d’utiliser des « . » quand vous citez l’auteur.
[…]
Théoriquement, on peut distinguer quatre formes possibles de mariages [de règles d’alliance] : un homme et une femme (monogamie); un homme et plusieurs femmes (polygynie); une femme et plusieurs hommes (polyandrie); plusieurs femmes avec plusieurs hommes (mariage par groupes).
[…]Mais
il est bien entendu que, sauf infanticide possible, le nombre d’hommes et de
femmes dans une société étant à peu près équivalent, si un homme prend
plusieurs femmes, il ne restera plus alors beaucoup de femmes disponibles, et
que la majorité des individus sera contrainte à la monogamie.
On
doit donc distinguer la monogamie de fait de la monogamie de droit; les démographes
ont bien montré que, dans les sociétés polygyniques, de 60 à 80% des foyers
sont monogames; on ne doit donc pas commettre la confusion entre le fait et le
droit: c’est le droit seul qui intéresse cet article.[…]
Q1 : Pour caractériser la polygamie dans le cas de la France contemporaine, doit-on parler de polygamie de fait ou de droit ?
La monogamie n’existe pas seulement dans nos sociétés occidentales, on la trouve aussi dans les sociétés les plus primitives, celles des peuples qui vivent de la cueillette et de la petite chasse, mais alors elle provient de ce que le manque de ressources empêche un homme d’avoir plusieurs épouses – c’est encore une monogamie de fait plus que de droit, imposée par l’économie –[…]Les changements qui s’opèrent aujourd’hui dans le monde, qu’ils soient d’ordre économique ou d’ordre idéologique (urbanisation, diffusion des idées occidentales, politiques d’acculturation des États), tendent à faire reculer partout la polygynie au bénéfice de la monogamie, malgré les obstacles rencontrés qui viennent du prestige toujours vivant de l’homme polygame sur l’homme monogame dans les groupes les plus traditionnels.[…]
Q2 : Dans les sociétés dites primitives, la monogamie est-elle de fait ou de droit ? Comment y expliquer l’existence de la monogamie ? Comment y expliquer le recul de la polygamie ?
1.
La répartition des systèmes polygamiques
[…]Juridiquement,
la polygamie couvre un champ infiniment plus vaste que la monogamie. Certains
l’estiment à 80% des sociétés connues. Le tableau dressé par G. P. Murdock, à
partir d’un échantillon de 558 sociétés considérées comme représentatives,
montre que l’on trouve la monogamie dans 24 % de cet échantillon (mais
nous pensons que, pour certaines d’entre elles, il s’agit plus d’une
monogamie de fait, imposée par la pauvreté des hommes, que d’une monogamie
de droit), la polygynie dans 75% et la polyandrie dans 1% seulement de l’échantillon.[…]
Q3 : Quelles sont les parts mondiales respectives de la monogamie, de la polygynie et de la polyandrie ? Est-ce que ce résultat conforte votre propre représentation de la famille ? (ou, autrement dit, vous attendiez-vous à de tels résultats ? Pourquoi ?)
3.
La monogamie
L’existence de «primitifs» monogames
Alors que, pour Morgan et les évolutionnistes, la monogamie est le dernier moment d’une longue évolution, qui a commencé dans la promiscuité primitive, et caractérise les «civilisés», en opposition aux «sauvages» et aux «barbares», pour W. Schmidt et les tenants de l’école d’ethnographie historique, c’est la monogamie qui définit l’humanité primitive.
Cette
monogamie primitive correspond d’abord aux conditions économiques de vie;
c’est elle en effet qui se prête le mieux à une équitable répartition du
travail, la chasse pour l’homme, la cueillette des plantes sauvages, la
cuisine et le soin des enfants en bas âge pour la femme.[…] Ce n’est
qu’avec le passage de la petite chasse à la grande chasse, en Australie, que
la famille individuelle se dissoudra dans le clan totémique, ou avec le passage
de la grande chasse à l’agriculture que la monogamie fera place à la
polygamie.[…].
Q4 : Les « primitifs »
connaissaient-ils la monogamie ? Pourquoi ?
Peut-on conclure avec Morgan et les évolutionnistes
que la monogamie est signe de civilisation, et à l’inverse, que la polygamie
est signe de « non civilisation » ? Justifiez votre réponse.
Qu’est-ce qui explique le passage de la monogamie
à la polygamie ?
4.
La polyandrie
L’infanticide des filles chez les Toda
[…] Or, à l’époque où les Toda étaient polyandres, ils
pratiquaient l’infanticide des filles, et par conséquent, dans ce cas
particulier, on peut lier la polyandrie à l’infanticide des filles. Mais
pourquoi tuait-on les filles? Il est probable que le pays ne fournissait pas les
ressources nécessaires pour qu’une population nombreuse puisse y prospérer;
or, comme la croissance de la population se fait par les femmes, les Toda
n’ont trouvé d’autre solution pour restreindre la croissance démographique
que l’assassinat des enfants du sexe féminin. […]
Q5 : Qu’est-ce que
l’infanticide ? Pourquoi l’infanticide des filles est une cause
explicative de la polyandrie ?
Mode de vie entre frères
[…]La
polyandrie des Esquimaux est, comme celle des Toda, liée causalement à
l’infanticide des filles et cet infanticide à son tour, encore plus sûrement
que chez les Toda, aux difficultés économiques de vivre dans des régions
polaires où les ressources sont maigres.
[…]Mais
les Tibétains polyandres ne pratiquent pas l’infanticide des filles et il
faut alors trouver d’autres raisons. […]
Chez
les Tibétains, une même femme, quand elle épouse un homme, se trouve en même
temps la femme de tous ses frères; d’après les auteurs qui ont cherché les
raisons de cette coutume, ce serait le désir d’éviter le morcellement de la
propriété de la terre entre les familles monogames des frères, après la mort
du père, qui aurait poussé les Tibétains à cette polyandrie fraternelle. En
effet, au cours du temps, certaines de ces propriétés étaient devenues si
petites qu’elles ne permettaient pas à un groupe conjugal de pouvoir vivre
sur elles; il fallait donc lutter contre ce mouvement de fragmentation
aboutissant à des micropropriétés […]
Q6 : Quelle est la cause de la polyandrie chez les Tibétains ? Comment qualifier cette cause ? (économique, de survie, démographique, patrimoniale ou autre) ? Justifiez votre réponse.
6.
La polygynie
[…]
Un signe de richesse, parfois de puissance
[…]Le deuxième type de polygynie est celui des sociétés patrilinéaires
ou patriarcales ; certes,
ici encore, ce sont généralement les plus vieux qui ont plusieurs femmes, mais
parce qu’ils sont les plus riches; et si, comme il arrive aujourd’hui avec
les mutations profondes qui secouent le continent noir depuis la colonisation et
l’indépendance, les plus jeunes arrivent à s’enrichir, ils se hâtent de
prendre plusieurs épouses – symbole de prestige social –,
alors que les plus vieux, plus ou moins ruinés, resteront monogames.[…] Comme
il s’agit de populations agricoles, où les femmes travaillent les champs, la
polygynie, en même temps qu’elle est signe de richesse et donc de statut
social élevé, est aussi instrument d’enrichissement. La preuve en est
que, chez les Pahouin, l’aire moyenne des terres cultivées par les monogames
est de 230 ares alors qu’elle s’élève pour les polygames de 296 à 719
ares. […] Et il faut ajouter que si les femmes ne travaillent pas, si elles
sont nombreuses, elles donnent de plus nombreux enfants qui, eux, travaillent
dans les plantations de leur père et, par conséquent, ici aussi, la polygynie
est source d’enrichissement économique. […]
Q7 : Rappelez la
signification de patrilinéaire. Est-ce l’age ou la richesse qui est la cause
première de la polygynie ? La polygynie est-elle la conséquence ou la
cause de la richesse ? Justifiez votre réponse.
Les «mariages de femmes» du golfe du Bénin
Il existe aussi en Afrique, chez les Yoruba, les Ibo, les Bavenda, les Dinka, au Bénin, un curieux mariage de femmes entre elles, qui peut être soit monogame (une femme qui n’a pas d’enfant se marie légalement avec une autre femme et paie à son père le prix de la fiancée; les enfants qui naissent alors appartiennent non au mari de la femme stérile, mais au «mari femelle»), soit polygame (une femme riche peut épouser plusieurs femmes qui ont des relations sexuelles avec le mari, mais toujours avec la permission de la «femme-mari», et qui travaillent pour celle-ci; on retrouve alors la liaison entre polygynie et source de richesses; ainsi, au Bénin, certaines femmes arrivent à acquérir une propriété personnelle, dont la femme devient «l’ancêtre», et les enfants que ses coépouses lui donneront constitueront le point de départ d’une lignée matrilinéaire en plein pays patrilinéaire). Herskovits souligne pour le Bénin que ces mariages de femmes, qui comme on le voit n’ont rien d’homosexuel, sont bien considérés par certains maris qui y voient la possibilité pour eux d’avoir des femmes supplémentaires (et c’est pourquoi nous insérons cette forme de mariage dans la polygynie) sans avoir à payer le prix de la fiancée et sans avoir la responsabilité des enfants.
[…]
Q8 : Pourquoi peut-on parler de polygynie dans l’exemple du Bénin (cf. phrase soulignée) ? Pourquoi le mariage entre femmes au Bénin ne peut-il être assimilé à de l’homosexualité ?
8.
Les idéologies de la polygynie
[…]L’Occident réprouve la polygamie (bien qu’il connaisse, avec l’augmentation du nombre de divorces et des remariages, une forme de polygamie sérielle[1]). Cependant, la polygamie résiste aux critiques comme aux efforts qui ont été faits pour la rayer des droits coutumiers. On peut se demander pourquoi.
Q9 : Expliquez la phrase
soulignée.
Continuité du lignage
La première raison, qui ne paraît pas la moins forte, c’est la nécessité d’avoir des enfants qui continuent le lignage et le culte des ancêtres. Si une femme est stérile (car, dans l’idéologie des peuples cités, la stérilité est toujours considérée comme féminine, non comme masculine), on épousera donc une seconde femme. D’une façon générale, la pluralité des femmes est la plus sûre garantie, pour le pasteur comme pour l’agriculteur, d’avoir une postérité mâle, et cela est surtout important pour les familles patriarcales où tout l’avenir de la famille repose sur l’aîné. […]
Q10 : Qu’est-ce qu’un « pasteur » dans ce texte ? Quel lien peut-on établir entre polygynie et patriarcat ?
Source de richesse en économie rurale
La
seconde raison, à laquelle il a été fait allusion déjà, c’est que, pour
les sociétés paysannes où la femme travaille la terre et où, même si elle
ne travaille pas, elle donne à son mari des fils qui cultiveront, dès leur
plus jeune âge, la propriété familiale, la polygynie est une source
d’augmentation des revenus. […] Cependant, la polygynie se maintient
davantage dans les zones rurales que dans les zones urbaines, car, sinon par
elles, du moins par le plus grand nombre d’enfants qu’elle permet, elle rend
possible un «surplus» de richesses que le chef polygame peut redistribuer dans
sa clientèle et, ainsi, la polygynie devient, en second lieu, et par voie de
conséquence, un symbole de prestige. Dans les villes, au contraire, la
polygynie coûte davantage qu’elle ne rapporte; par conséquent, elle n’est
plus source que de prestige social, par maintenance dans un autre secteur,
progressiste, des valeurs archaïques rurales.
Héritier-Auge
Françoise
Q11 : Listez les causes qui expliquent la persistance de la polygynie.
Questions
de synthèse et de réflexion :
Q12 :
Retrouvez quelles sont les grandes fonctions universelles[2]
que remplissent les familles d’où qu’elles soient (en vous aidant des différentes
formes de famille que nous avons rencontrées et en complétant en vous
demandant ce que vous apporte votre propre famille).
Q13 : En vous inspirant du travail que vous venez de réaliser sur les familles non occidentales, listez des causes explicatives de la domination de la famille nucléaire en occident aujourd’hui.