Le Romantisme ,Souffrances et exaltation de l'âme solitaire
 
    Doña Sol est aimée de trois hommes : Hernani, qu'elle aime également, Don Gomez, un vieil homme qui est aussi son oncle, et Doña Carlos, roi d'Espagne et futur Charles Quint. Hernani, un aristocrate proscrit, s'est réfugié dans le maquis et fomente avec ses compagnons des complots pour tuer Don Carlos et venger ainsi son père. L'une de ses attaques a mal tourné.
lundi 2 avril 2007
Victor Hugo, Hernani, acte III, scène 2
 
HERNANI :
Monts d'Aragon, Galice, Estramadoure !
- Oh ! Je porte malheur à tout ce qui m'entoure !
J'ai pris vos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords,
Je les ai fait combattre et voilà qu'ils sont morts !
C'était les plus vaillants de la vaillante Espagne.
Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne,
Tous sur le dos couché, en braves, devant Dieu,
Et, si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu !
Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse !
Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?
Doña Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le roi !
C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi vaut mieux que moi !
Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne,
Tout me quitte ; il est temps qu'à la fin ton tour vienne,
Car je dois être seul. Fuis ma contagion.
Ne te fais pas d'aimer une religion !
Oh ! par pitié pour toi, fuis !... Tu me crois peut-être,
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres !
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? Je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Je descends, je descends et jamais ne m'arrête.
Si, parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Une voix me dit : "Marche !" et l'abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !
Cependant, à l'entour de ma course farouche,
Tous se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !
Oh ! Fuis ! Détourne-toi de mon chemin fatal !
Hélas, sans le vouloir, je te ferai du mal !
Victor Hugo, Hernani (1830)
 
Activités
1. Quels éléments du texte témoignent de l'extrême agitation du personnage (pensez à exploiter des éléments de versification) ? Expliquez pourquoi la forme théâtrale de la tirade est ici pertinente.
2. La tirade implique la présence d'un (ou plusieurs) autre(s) personnage(s) sur scène : identifiez ici quel est l'interlocuteur d'Hernani. Par quels procédés celui-ci l'interpelle-t-il ? Dans quel but ? Justifiez votre réponse.
3. Analysez le portrait qu'Hernani fait de lui-même :
a) Montrez que, comme
chez Vigny, ce personnage romantique affirme ici sa singularité, sa différence.
b) Montrez également que cette différence naît, chez Hernani, du sentiment d'être soumis à une force supérieure contre laquelle il ne peut lutter (
registre tragique).
Appuyez vos réponses sur des analyses de procédés du texte qui mettent en évidence ces deux aspects.
4. Comment, dans les huit premiers vers, Hernani provoque-t-il chez son interlocuteur (et chez le spectateur) à la fois admiration (registre épique) et pitié (registre pathétique) pour les soldats qu'il décrit ? En quoi ces huit premiers vers renforcent-ils en fait le registre tragique de ce texte ?
Devoir
Écriture d'invention :
   Doña Sol prend la parole à la suite de cette tirade d'Hernani et cherche à convaincre ce dernier qu'il ne "doit [pas] être seul" (vers 15) et qu'elle doit rester à ses côtés. Imaginez sa tirade. Femme amoureuse, elle n'hésitera pas à utiliser le registre lyrique pour exprimer ses sentiments, et le registre pathétique, apte à émouvoir Hernani. Vous pourrez, si vous le souhaitez, vous affranchir de la forme versifiée qu'Hugo avait employée.
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