vendredi 21 décembre 2007
vendredi 21 décembre 2007
Extraits de la correspondance de Flaubert :
En octobre 1875, Flaubert décide « d’écrire un petit conte » pour voir s’il est « encore capable de faire une phrase ». Ce conte, achevé à la mi-février 1876 deviendra le deuxième des Trois contes, « La légende de saint Julien l’Hospitalier ». Aussitôt libéré de cette tâche, il se met à la suivante : la rédaction « d’Un cœur simple », de manière à « avoir un petit volume à publier cet automne ».
* A Mme Roger des Genettes, entre le 13 et 18 mars 1876 : Depuis trois jours je ne décolère pas : je ne peux mettre en train mon Histoire d’un cœur simple [c’était le titre primitif]. (…) J’ai travaillé hier pendant seize heures, aujourd’hui toute la journée, et, ce soir enfin, j’ai terminé la première page.
* A Mme Roger des Genettes, fin avril 1876 : Mon Histoire d’un cœur simple avance très lentement. J’en ai écrit dix pages, pas plus ! Et pour avoir des documents j’ai fait un petit voyage à Pont-l’Evèque et à Honfleur ! Cette excursion m’a abreuvé de tristesse, car forcément j’y ai pris un bain de souvenirs. Suis-je vieux, mon Dieu ! Suis-je vieux ! Savez-vous ce que j’ai envie d’écrire après cela ? L’histoire de saint Jean-Baptiste. Si je m’y mets cela me ferait trois contes, de quoi publier à l’automne un volume assez drôle.
* A Mme Roger des Genettes, 19 juin 1876 : L’Histoire d’un cœur simple est tout bonnement le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le saint Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles en étant une moi-même.
* A sa nièce Caroline, 14 juillet 1876 : Pour écrire une page et demie, je viens d’en surcharger de ratures douze ! M. de Buffon allait jusqu’à quatorze !
Objectif :
Identifier les processus de l’écriture chez Flaubert (documentation, travail d’écriture, corrections…)
Activités
1. Dans ces différents extraits de la correspondance de Flaubert, repérez les passages qui nous informent sur toutes les données extérieures que collecte l’auteur pour écrire « Un cœur simple ». De quels ordres sont ces données ? Dans quel but Flaubert en avait-il besoin ? Qu’est-ce que cela nous apprend sur l’objectif général qu’il se fixe dans ses récits ?
2. Comment ces lettres nous font-elles prendre conscience que l’écriture est un véritable travail ? Expliquez en quoi consiste. Justifiez votre réponse par des citations empruntées dans les extraits donnés.
3. Comment Flaubert vit-il la rédaction d’« Un cœur simple » ? Appuyez votre réponse sur des éléments précis.
Deuxième séance : correspondance de Flaubert à propos d’ « Un cœur simple ».
Devoirs
Lisez le conte en entier puis répondez aux questions suivantes :
1. Retrouvez dans le conte les éléments du récit (narration et psychologie des personnages) que Flaubert évoque dans sa lettre du 19 juin 1876 à Mme Roger des Genettes.
2. Comment, selon vous, Flaubert atteint-il dans « Un cœur simple » l’objectif qu’il se donne : « apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles » (lettre du 19 juin 1876)
* A sa nièce Caroline, 3 août 1876 : Le bon Laporte m’a prêté le livre d’un chantre de Couronne pour m’instruire dans les processions, et un autre de médecine, où je puise des renseignements sur les pneumonies. Actuellement, j’ai donc sur ma table, autour du perroquet : le bréviaire du susdit chantre, ton paroissien, les quatre volumes du paroissien appartenant à ton époux ; de plus L’Eucologue de Lisieux, ayant appartenu à ton arrière-grand-mère.(…) La fin est dure ! Heureusement que je n’ai plus que six pages ! Sans l’eau froide, je n’aurai pas été aussi vigoureux depuis deux mois. Sais-tu que mes nuits ordinaires n’excèdent pas cinq ou six heures, au plus ! et je ne dors pas dans le jour. (…) J’ai peur de retomber à plat quand j’aurai fini. Mais non ! il faudra se remonter le coco pour Hérodias.
* A sa nièce Caroline, 10 août 1876 : Mon ardeur à la besogne frise l’aliénation mentale. Avant-hier, j’ai fait une journée de dix-huit heures ! Très souvent maintenant je travaille avant mon déjeuner ; ou plutôt je ne m’arrête plus, car, même en mangeant, je roule mes phrases, malgré moi.
* A sa nièce Caroline, 17 août 1876 : Hier, à 1 heure de la nuit, j’ai terminé mon Cœur simple, et je le recopie. Maintenant je m’aperçois de ma fatigue, je souffle, oppressé comme un gros bœuf qui a trop labouré.
NB : Aux premiers jours de novembre 1876 : Flaubert commence à écrire « Hérodias ».