procédés de l'argumentationume.htm">procédés de l'argumentationcédés de l'argumentation
Fiche méthode
Les procédés de l'argumentation :
L'organisation de l'argumentation
• La thèse
• Les arguments
• Les exemples
Le système énonciatif :
· Pronoms
· Types de phrases
· Modalisateurs
Le lexique :
· Champs lexicaux
· Vocabulaire mélioratif, péjoratif
· Valeur connotative des mots
L'organisation syntaxique :
· Propositions subordonnées (opposition, cause, conséquence, but, condition)
· Connecteurs logiques
Les figures de style :
· Les figures de rapprochement (comparaisons, métaphores, personnifications)
· Les figures d'insistance (gradations, hyperboles, anaphores)
· Les figures de contraste (antiphrases, antithèses, oxymores, chiasmes)
1. La thèse : Les obstacles à la publication. Le procès des Fleurs du Mal
L'organisation de l'argumentation
· La thèse
· Les arguments
· Les exemples
Poursuivre un livre pour offense à la morale publique est toujours chose délicate Si la poursuite n'aboutit pas, on fait à l'auteur un succès, presque un piédestal; il triomphe, et on a assumé vis-à-vis de lui, l'apparence de la persécution.
J'ajoute que, dans l'affaire actuelle, l'auteur arrive devant vous, protégé par des écrivains de valeur, des critiques sérieux dont le témoignage complique encore la tâche du ministère public. Et cependant, messieurs, je n'hésite pas à la remplir. Ce n'est pas l'homme que nous avons à juger, c'est son oeuvre ; ce n'est pas le résultat de la poursuite qui me préoccupe, c'est uniquement la question de savoir si elle est fondée.
Charles Baudelaire n'appartient pas à une école. Il ne relève que de lui-même. Son principe, sa théorie, c'est de tout peindre, de tout mettre à nu. Il fouillera la nature humaine dans ses replis les plus intimes; il aura, pour la rendre, des tons vigoureux et saisissants, il l'exagérera surtout dans ses côtés hideux; il la grossira outre mesure, afin de créer l'impression, la sensation. Il fait ainsi, peut-il dire, la contre-partie du classique, du convenu, qui est singulièrement monotone et qui n'obéit qu'à des règles artificielles.
Le juge n'est point un critique littéraire, appelé à se prononcer sur des modes opposés d'apprécier l'art et de le rendre. (Il n'est point le juge des écoles, mais le législateur l'a investi d'une mission définie. Le législateur a inscrit dans nos codes le délit d'offense à la morale publique, il a puni ce délit de certaines peines, il a donné au pouvoir judiciaire une autorité discrétionnaire pour reconnaître si cette morale est offensée, si la limite a été franchie. Le juge est une sentinelle qui ne doit pas laisser passer la frontière. Voilà sa mission.
Ici, dans le procès actuel, le ministère public devait-il donner l'éveil ? Voilà le procès. Pour le résoudre, citons dans ce recueil de pièces détachées celles que nous ne pouvons laisser passer sans protester.
Je lis (. . .)
Le paganisme avait des hontes que nous retrouvons traduites dans les ruines des villes détruites, Pompéi et Herculanum. Mais au temple, sur la place publique, ses statues ont une nudité chaste. Ses artistes ont le culte de la beauté plastique; ils rendent les formes harmonieuses du corps humain, et ne nous le montrent pas avili ou palpitant sous l'étreinte de la débauche. Ils avaient le respect de la vie sociale Dans notre société imprégnée de christianisme, ayons au moins ce même respect. J'ajoute que le livre n'est pas une feuille légère qui se perd et s'oublie comme le journal. Quand le livre apparaît, c'est pour rester; il demeure dans nos bibliothèques, à nos foyers, comme une sorte de tableau. S'il a ces peintures obscènes qui corrompent ceux qui ne savent rien encore de la vie, s'il excite les curiosités mauvaises et s'il est aussi le piment des sens blasés, il devient un danger toujours permanent, bien autrement que cette feuille quotidienne qu'on parcourt le matin, qu'on oublie le soir, et qu'on collectionne rarement. Je sais bien qu'on ne sollicitera l'acquittement qu'en vous disant de blâmer le livre dans quelques considérants bien sentis. Vous n'aurez pas, messieurs, ces imprévoyantes condescendances. Vous n'oublierez pas que le public ne voit que le résultat final. S'il y a acquittement, le public croit le livre absolument amnistié; il oublie vite les attendus, et s'il se les rappelait, il les réputerait démentis par le dernier mot de la sentence. Le juge n'aurait mis personne en garde contre l'oeuvre, et il encourrait un reproche qu'il était loin de prévoir, et qu'il ne croyait pas mériter, celui de s'être contredit.
Soyez indulgent pour Baudelaire, qui est une nature inquiète et sans équilibre. Soyez-le pour les imprimeurs, qui se mettent à couvert derrière l'auteur Mais donnez, en condamnant au moins certaines pièces du livre, un avertissement devenu nécessaire.
Logotype © Yaël Briswalter.