Ressources

Fermer LANGUES ANCIENNES Académie de Grenoble

Fermer Programmes et Documents Officiels

Fermer Le projet Hélios

Fermer Webographie Langues Anciennes

Fermer Concours

Fermer Formation

Collège

Fermer Apprentissage de la langue

Fermer Lire & Traduire

Fermer Programmes et Documents Officiels

Fermer Culture & Civilisation

Fermer Histoire de l'art

Fermer Séquences

Fermer B2i

Lycée
Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
Abonné
( personne )

Snif !!!
Calendrier

Pourquoi ne pas en profiter pour proposer :



Voir les propositions en attente

Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

concours-small.gifConcours - Sujets - Agreg. Externe

AGREGATION DE LETTRES CLASSIQUES  (EXTERNE)

Dissertation française
2008 - 2007 - 2006 - 2005 - 2004 - 2003 - 2002 - 2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989 - 1988 - 1987 - 1986 - 1985 - 1984 - 1983 - 1982 - 1981 - 1980 - 1979 - 1978- 1977
Version Latine
2008 - 2007 - 2006 - 2005 - 2004 - 2003 - 2002 - 2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989 - 1988 - 1987 - 1986 - 1985 - 1984 - 1983 - 1982 - 1981 - 1980 - 1979 - 1978
- 1977 - 1976
Version Grecque
2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989
Thème Latin
2008 - 2007 - 2006 - 2005 - 2004 - 2003 - 2002 - 2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989 - 1988 - 1987 - 1986 - 1985 - 1984 - 1983 - 1982 - 1981 - 1980 - 1979 - 1978
- 1977 - 1976
Thème Grec
2008 - 2007 - 2006 - 2005 - 2004 - 2003 - 2002 - 2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989 - 1988 - 1987 - 1986 - 1985 - 1984 - 1983 - 1982 - 1981 - 1980 - 1979 - 1978
- 1977 - 1976

----------

Dissertation française

Dissertation Française (1977)

Commentez en mes étendant aux Femmes savantes et au Malade imaginaire, ces réflexions de Copeau sur l'auteur des Fourberies de Scapin :

« L'émule et l'égal des plus purs anciens, auteur du Misanthrope et du Tartuffe, observateur parfait des mœurs et des caractères, il reste hanté - c'est son mérite singulier - par une poésie comique dont la vérité n'est que le support, dont la fantaisie, voire le paroxysme, iraient toucher dans leur élan les virtualités clandestines, et contraindre l'homme, âme et corps, aux postures extrêmes. »

Haut de la page

Dissertation Française (1978)

Commentez en vous référant au Chant du monde et à Un roi sans divertissement, cette remarque de Giono dans ses carnets de 1946 :

« Mes compositions sont monstrueuses et c'est le monstrueux qui m'attire. »

Haut de la page

Dissertation Française (1979)

Commentez ce jugement d'un contemporain de Balzac :

« L'auteur de La peau de chagrin a voulu […] formuler la vie humaine et résumer son époque dans un livre de fantaisie, épopée, satire, roman, conte, histoire, drame, folie aux mille couleurs. »

Haut de la page

Dissertation Française (1980)

Michelet écrit au sujet de saint Simon :

« Son plus grave défaut, c'est d'étendre, enfler, exagérer de petites choses éphémères, en abrégeant, rapetissant des choses vraiment grandes et durables. […] Il tourne la lorgnette et tour à tour regarde par un bout ou par l'autre, mais presque toujours pour grossir l'infiniment petit. »

Que pensez-vous de ce jugement porté par un historien sur le mémorialiste ?

Haut de la page

Dissertation Française (1981)

« Ce parti pris de gaîté, cette recherche passionnée de l'euphorie, de la lumière, du printemps, de l'amour, cet appel au cosmos, aux forces de la vie, chez un poète anxieux et seul, il ne faut pas oublier que c'est une sorte de conjuration, et c'est le caractère quasi magique de cette démarche qui donne à la poésie de Ronsard sa puissance de radiation, et lui confère, au sens profond du mot, son charme. »

Vous direz, en vous fondant sur les œuvres inscrites au programme, ce que vous pensez de ce jugement formulé par un critique contemporain.

Haut de la page

Dissertation Française (1982)

Selon un critique contemporain « L'action des Liaisons dangereuses est double, d'un côté, une action réelle, faite de plusieurs intrigues et d'épisodes secondaires, de l'autre une action verbale, qui est le récit de la précédente, et qui en est la véritable fin. ».

Que pensez-vous de ce jugement ?

Haut de la page

Dissertation Française (1983)

« Mme de Sévigné, observe un critique récent, est en perpétuelle représentation. et c'est là qu'elle trouve son naturel ».

Expliquez et appréciez ce jugement.

Haut de la page

Dissertation Française (1984)

L'œuvre de Rimbaud, écrit un poète contemporain, « est faite tout entière de ruptures avec la création de la veille, de recommencements, de ce qu'il nommait des départs

Commentez ce jugement.

Haut de la page

Dissertation Française (1985)

Baudelaire, dans la dédicace qui précède Le Spleen de Paris, écrit

« Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? »

Dans quelle mesure, selon vous, ces propos pourraient-ils s'appliquer aux textes de Rousseau inscrits au programme ?

Haut de la page

Dissertation Française (1986)

« La force de Montaigne vient de ce qu'il écrit toujours au moment même, et que la grande défiance qu'il a de sa mémoire, qu'il croit mauvaise, le dissuade de réserver rien de ce qui lui vient à l'esprit, en vue d'une présentation plus savante et mieux ordonnée. »

Quelles réflexions vous suggère cette phrase d'André GIDE sur la facture et la substance même des Essais ?

Haut de la page

Dissertation Française (1987)

Zola écrit dans Le Roman expérimental : « Décrire n'est plus notre but ; nous voulons simplement compléter et déterminer […]. Il y aurait là une nécessité de savant et non un exercice de peintre. Cela revient à dire que nous ne décrivons plus pour décrire, par un caprice et un plaisir de rhétoriciens. Nous estimons que l'homme ne peut être séparé de son milieu, qu'il est complété par son vêtement, par sa maison, par sa ville, par sa province ; et, dès lors, nous ne noterons pas un seul phénomène de son cerveau ou de son cœur sans en chercher les causes ou le contrecoup dans le milieu. De là ce qu'on appelle nos éternelles descriptions. »

Ce texte permet-il, selon vous, de rendre compte de la place et du rôle de la description dans La Curée ?

Haut de la page

Dissertation Française (1988)

Évoquant, dans ses Mémoires improvisés, les circonstances de la composition du Soulier de salin, Paul Claudel déclarait :

« Le comique pour moi est l'extrême pointe du lyrisme inspiré par cette joie dans laquelle je baignais, par ce sentiment de triomphe dans le bien, le bien qui est venu complètement par-dessus le mal, qui l'a complètement éliminé.

Vous direz en quoi cette confidence permet de définir la nature du rire que peuvent engendrer la lecture et la représentation du Soulier de satin.

Haut de la page

Dissertation Française (1989)

Jean Schlumberger écrit de l'œuvre dramatique de Pierre Corneille :

« Nul théâtre où l'on mente autant. On y ment, non point par peur ou faiblesse, mais par politesse ou diplomatie ; et l'on y ment beaucoup par courage. On ment moins pour cacher ses sentiments que pour les nier et commencer à les détruire. On se ment beaucoup à soi-même, et dans le même sens, non pour se flatter ou s'épargner des difficultés, mais d'une manière active et créatrice, pour imposer une loi au désordre intérieur ». (Tableau de la littérature française, 1939).

Vous examinerez dans quelle mesure les diverses manifestations du mensonge que l'on peut relever dans le Cid, Othon et Suréna permettent aux héros de Corneille d'inventer leur vérité.

Haut de la page

Dissertation Française (1990)

Bernard Guyon écrit dans un article des Cahiers du Sud à propos de La Nouvelle Héloïse :

« Si vous êtes sensible à ce moyen d'expression des sentiments qu'est la voix humaine, alors écoutez ce roman comme vous feriez d'un disque. Car il est cela d'abord : un ample recueil d'airs, de récitatifs, de chœurs, entremêlés de fragments de musique pure. Monologues tumultueux ou mélancoliques, ardents ou méditatifs ; dialogues dramatiques où les cœurs s'affrontent, s'écartent, se répondent ; ensembles polyphoniques où les personnages rassemblés communient dans une même ferveur de joie et de douleur. »

À partir de ce conseil, comment présenteriez-vous votre écoute musicale du roman de Jean-Jacques Rousseau ?

Haut de la page

Dissertation Française (1991)

« Le théâtre de Musset nous propose des personnages dont le visage se dérobe. Les silhouettes nocturnes errant dans les jardins y côtoient les amants dissimulés dans l'ombre, les bourgeois déguisés en bouffons des princes travestis. Sur ce monde fictif le masque se déploie comme une figure obsédante. Il ordonne le temps car nombreux sont les êtres qui, pour courir les mascarades, « font de la nuit le jour ». Il occupe l'espace en y faisant surgir une multitude d'accessoires [...] Le masque modèle donc le visage du monde. »

En analysant ce jugement de Bernadette Bricourt, extrait d'un article de 1977, vous réfléchirez au rôle du masque, dans son acception la plus large, chez Musset dramaturge, grâce aux deux pièces inscrites au programme.

Haut de la page

Dissertation Française (1992)

Pierre Clarac écrit, à propos de « la pensée de La Fontaine »

« A cette pensée, « partout hôtesse passagère », assignerons-nous une demeure unique, fût-elle plus variée et plus vaste que le palais de Psyché ? La distinction, chère à Thibaudet, entre esprits du monologue et esprits du dialogue, aide peut-être à comprendre la liberté avec laquelle le papillon du Parnasse « va de fleur en fleur » et « vole à tout sujet ». A prêter l'oreille au dialogue des Fables on croit y discerner bien des voix différentes et qui parfois se contredisent. »

Vous direz, en vous appuyant sur votre lecture des livres VII à XII des Fables, ce que vous pensez de ce jugement.

Haut de la page

Dissertation Française (1993)

En 1927, Valéry est à Grasse. Un matin, au lever du jour, il note dans ses Cahiers

« À l'aurore. Ce cyprès offre. Cette maison dorée apparaît - que fait-elle ? Elle se construit à chaque instant. - Ces monts se soulèvent et ces arbres semblent offrir et attendre. Sous la lumière naissante, tout chante et les choses divisées de l'ombre désignant la direction du soleil sont à l'unisson... Comme je sens à cette heure... la profondeur de l'apparence je ne sais l'exprimer) et c'est ceci qui est poésie. Quel étonnement muet que tout soit et que moi je sois. Ce que l'on voit alors prend valeur symbolique du total des choses. »

L'expérience ici rapportée éclaire-t-elle à vos yeux la « poésie » des oeuvres de Valéry inscrites à votre programme ?

Haut de la page

Dissertation Française (1994)

Saluant la publication de Voyage au bout de la nuit, BERNANOS parle de « ce langage inouï, comble du naturel et de l'artifice, inventé, créé de toutes pièces à l'exemple de celui de la tragédie, aussi loin que possible d'une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, leur âme puérile et sombre, la sombre enfance des misérables »

Que pensez-vous de ce jugement ?

Haut de la page

Dissertation Française (1995)

« Le roman qui a pour objet la peinture d'une époque présente cette époque dans sa complexité, de façon à donner une impression de vie multiple, de force inépuisable, d'un rythme de vie sociale qui déborde toute représentation individuelle. toute existence individuelle, et que l'on ne peut réduire au développement d'un organisme individuel sans le défaire ou le dénaturer. »

Réflexions sur le roman, p. 18, éd. Gallimard, 1938.

Cette réflexion d'Albert Thibaudet sur Les Misérables correspond-elle à votre analyse des livres au programme ?

Haut de la page

Dissertation Française (1996)

Selon Jacques Scherer*, dans la dramaturgie de Racine..., « la tension des mécanismes du drame est poussée aussi loin que le permet leur précision. Il ne suffit pas de dire, comme on l'a souvent fait, que Racine applique aisément et sans effort les préceptes d'une esthétique que son temps considère comme efficace. Il pousse cette esthétique à ses limites, il la somme de multiplier ses tours et ses prestiges au-delà du raisonnable. La dramaturgie classique pouvait être, et a parfois été, équilibre, sérénité, raison. Par une inversion perverse, Racine en fait un instrument de torture. Le paradoxe de la cérémonie est que cette dynamisation forcenée, loin de donner des résultats grinçants où l'énergie paraît se vanter et qu'on appellera plus tard, souvent pour les critiquer de façon fort injuste, baroques ou romantiques, revêt au contraire les aspects d'une célébration paisible et d'autant plus puissante que ses redoutables ressorts sont mieux dissimulés ».

Dans quelle mesure, à votre avis, cette analyse convient-elle à Britannicus, Bérénice et Mithridate ?

* Scherer (J.), Racine et/ou la céréinonie, Paris, P.U.F., 1982, p. 78-79.

Haut de la page

Dissertation Française (1997)

« Le bonheur est ce qu'il y a de plus difficile à communiquer, dans la mesure où le bonheur est précisément une sorte de silence, d'absence d'illusion, de légèreté immatérielle, dans la mesure où être heureux est le seul état injustifiable de l'homme, dans la mesure enfin où le bonheur peut se définir mieux par ce qu'il n'est pas, que par ce qu il est

Dans quelle mesure, à votre avis, ce propos de Claude ROY rend-il compte des intentions et de l'écriture de STENDHAL dans La Chartreuse de Parme ?

Haut de la page

Dissertation Française (1998)

« Pour répondre aux postulations de l'esprit nervalien, le fantastique ne devait pas seulement prendre en charge, à travers des personnages de fiction, les conflits, les manques et les contradictions du scripteur -phénomène habituel dans les oeuvres fantastiques, et qui est sans doute la clé de leur réussite ; il aurait fallu de surcroît qu'il offrit à ces conflits une voie de résolution, une structure d'accord et d'unification. Mais ces deux conditions ne sont-elles pas contradictoires ? Une structure unifiante, conciliant les oppositions et par là rassurante pour l'esprit, correspond à une orientation inverse de celle du fantastique, qui tend toujours à lézarder la surface tranquille des apparences sous le monde stable régi par des lois intelligibles surgît l'inconnaissable, l'inquiétante étrangeté, vestige inintelligible d'un passé ou d'un ailleurs déplacés. »

Cette analyse d'un critique actuel vous paraît-elle éclairer la lecture des oeuvres de Gérard de Nerval au programme ?

Haut de la page

Dissertation Française (1999)

André Malraux écrivait en 1958, en préface à une édition des Liaisons dangereuses : « Les personnages significatifs de Laclos […] imitent leur propre personnage. Fait nouveau en littérature : ils se conçoivent […] Les deux personnages essentiels agissent avec d'autant plus de virulence qu'ils le font à deux degrés, sous leur image mythique et leur image vivante ; celle-ci devenant son modèle en action, confronté à la vie, incarné ; l'œuvre d'art bénéficiant à la fois de la méthode nécessaire à cette image incarnée pour agir, et du prestige permanent de l'image mythique. Comme le destin de tous les personnages des Liaisons est, à des degrés divers, gouverné par ces deux-là, ils ont exactement une situation de démiurges, ils sont descendus de l'Olympe de l'intelligence pour tromper des mortels. […]

Mais si le rêve de Laclos est mythologique, son roman ne l'est pas. […] La matière des Liaisons […] est la plus opposée au mythe : celle d'une expérience humaine. Et nous sentons bien que c'est dans le rapport entre les deux domaines du livre, entre sa mythologie et sa psychologie, que se cache le secret des Liaisons. »

Ces propos rejoignent-ils votre propre lecture du roman de Laclos au programme ?

Haut de la page

Dissertation Française (2000)

« Molière, qu'on a étiqueté l'homme de la raison, est l'homme qui a le mieux senti et le mieux compris ce que c'était que le déraisonnable, et son théâtre, qui paraît être le triomphe de la raison aux yeux de ses commentateurs, est surtout en vérité le royaume de cette merveilleuse déraison qui s'appelle la poésie. »

Vous commenterez cette réflexion à la lumière des œuvres de Molière au programme.

Haut de la page

Dissertation Française (2001)

Dans Lecture de Proust (1963), Gaétan Picon écrit « Ce chœur, ce vaste chœur des personnages représentatifs fait de l'œuvre de Proust une comédie humaine qui mérite plus justement ce titre que celle de Balzac. Le vivant ramené au mécanique, l'individuel réduit au général devient un personnage comique pour le naturaliste classificateur qui a pris l'homme pour objet. »

Vous vous demanderez, à la lumière de cette analyse, dans quelle mesure Sodome et Gomorrhe peut être qualifié de « comédie ».



Version Latine

Version latine 1976

CICERON A ATTICUS, ROME, JUILLET 59

Quam vellem Romae mansisses ! <mansisses> profecto si haec fore putassemus. nam pulchellum nostrum facillime teneremus aut certe quid esset facturus scire possemus. nunc se res sic habet. volitat, furit ; nihil habet certi, multis denuntiat ; quod fors obtulerit id acturus videtur ; cum videt quo sit in odio status hic rerum, in eos qui haec egerunt impetum facturus videtur ; cum autem rursus opes eorum et exercitus recordatur, convertit se in bonos, nobis autem ipsis tum vim tum iudicium minatur.

Cum hoc Pompeius egit et, ut ad me ipse referebat (alium enim habeo neminem testem), vehementer egit, cum diceret in summa se perfidiae et sceleris infamia fore, si mihi periculum crearetur ab eo quem ipse armasset cum plebeium fieri passus esset ; fidem recepisse sibi et ipsum et Appium de me ; hanc si ille non servaret, ita laturum ut omnes intellegerent nihil sibi antiquius amicitia nostra fuisse. haec et in eam sententiam cum multa dixisset, aiebat illum primo sane diu multa contra, ad extremum autem manus dedisse et adfirmasse nihil se contra eius voluntatem esse facturum. sed postea tamen ille non destitit de nobis asperrime loqui. quod si non faceret tamen ei nihil crederemus atque omnia, sicut facimus, pararemus.

Nunc ita nos gerimus ut in dies singulos et studia in nos hominum et opes nostrae augeantur ; rem publicam nulla ex parte attingimus, in causis atque in illa opera nostra forensi summa industria versamur ; quod egregie non modo iis qui utuntur opera, sed etiam in vulgus gratum esse sentimus. domus celebratur, occurritur, renovatur memoria consulatus, studia significantur ; in eam spem adducimur ut nobis ea contentio quae impendet interdum non fugienda videatur.

CICERON, Ad Atticum, II, 22

Haut de la page

Version latine 1977

DISCOURS D'HANNIBAL AU CONSEIL D'ANTIOCHUS, ROI DE SYRIE, AUPRES DUQUEL IL S'EST REFUGIE APRES SA DEFAITE A ZAMA

Amynander, roi de l'Athamanie et une délégation des Etoliens, menée par Thoas, assistent à ce conseil.

Ante omnia Philippum et Macedonas in societatem belli quacumque ratione censeo deducendos esse. nam quod ad Euboeam Boeotosque et Thessalos attinet, cui dubium est, quin, ut quibus nullae suae uires sint, praesentibus adulando semper, quem metum in consilio habeant, eodem ad impetrandam ueniam utantur, simul ac Romanum exercitum in Graecia uiderint, ad consuetum imperium se auertant, nec iis noxiae futurum sit, quod, cum Romani procul abessent, uim tuam praesentis exercitusque tui experiri noluerint ? quanto igitur prius potiusque est Philippum nobis coniungere quam hos ? cui, si semel in causam descenderit, nihil integri futurum sit, quique eas uires adferat, quae non accessio tantum ad Romanum esse bellum, sed per se ipsae nuper sustinere potuerint Romanos. hoc ego adiuncto--absit uerbo inuidia --qui dubitare de euentu possim, cum, quibus aduersus Philippum ualuerint Romani, iis nunc fore uideam, ut ipsi oppugnentur ? Aetoli, qui Philippum, quod inter omnes constat, uicerunt, cum Philippo aduersus Romanos pugnabunt ; Amynander atque Athamanum gens, quorum secundum Aetolos plurima fuit opera in eo bello, nobiscum stabunt ; Philippus tum te quieto totam molem sustinebat belli ; nunc duo maximi reges Asiae Europaeque uiribus aduersus unum populum, ut meam utramque fortunam taceam, patrum certe aetate ne uni quidem Epirotarum regi parem --qui quid tandem erat uobiscum comparatus ?-- geretis bellum. quae igitur res mihi fiduciam praebet coniungi nobis Philippum posse ? una, communis utilitas, quae societatis maximum uinculum est ; altera, auctores uos Aetoli. uester enim legatus hic Thoas inter cetera, quae ad exciendum in Graeciam Antiochum dicere est solitus, ante omnia hoc semper adfirmauit, fremere Philippum et aegre pati sub specie pacis leges seruitutis sibi impositas. ille quidem ferae bestiae uinctae aut clausae et refringere claustra cupienti regis iram uerbis aequabat. cuius si talis animus est, soluamus nos eius uincula et claustra refringamus, ut erumpere diu coercitam iram in hostes communes possit.

TITE LIVE, XXXVI, 7, 3-13

Haut de la page

Version latine 1978

LES DELICES DE CAPOUE

Nec Venerem interea fugit exoptabile tempus 385

Poenorum mentes caeco per laeta premendi

exitio et luxu corda importuna domandi.

spargere tela manu passim fallentia natis

imperat et tacitas in pectora mittere flammas.

tum pueris dulce adridens : 'Eat improba Iuno 390

et nos (nec mirum, quid enim sumus ?) acta secundis

despiciat. ualet illa manu, ualet illa lacertis :

paruula nos arcu puerili spicula sensim

fundimus, et nullus nostro de uulnere sanguis.

uerum, agite, o mea turba, precor (nunc tempus), adeste 395

et Tyriam pubem tacitis exurite telis.

amplexu multoque mero somnoque uirorum

profliganda acies, quam non perfregerit ensis,

non ignes, non immissis Gradiuus habenis.

combibat inlapsos ductor per uiscera luxus, 400

nec pudeat picto fultum iacuisse cubili,

nec crinem Assyrio perfundere pugnet amomo.

ille sub hiberno somnos educere caelo

iactator tectis malit consumere noctes,

ac ponat ritus uescendi saepe citato 405

dum residet sub casside equo, discatque Lyaeo

imbellem donare diem. tum deinde madenti

post epulas sit grata chelys, segnisque soporas

aut nostro uigiles ducat sub numine noctes.'

Haec postquam Venus, adplaudit lasciuus et alto 410

mittit se caelo niueis exercitus alis.

sentit flammiferas pubes Maurusia pennas,

et pariter fusis tepuerunt pectora telis.

Bacchi dona uolunt epulasque et carmina rursus

Pieria liquefacta lyra. non acer aperto 415

desudat campo sonipes, non ulla per auras

lancea nudatos exercet torta lacertos.

mollitae flammis lymphae languentia somno

membra fouent, miserisque bonis perit horrida uirtus.

ipse etiam, adflatus fallente Cupidine, ductor 420

instaurat mensas dapibus repetitque uolentum

hospitia et patrias paulatim decolor artis

exuit, occulta mentem uitiante sagitta.

SILIUS ITALICUS, Punica, XI, 385-423

Haut de la page

Version latine 1979

DEFENSE ET ILLUSTRATION DE LA GRAMMAIRE

Primus in eo qui scribendi legendique adeptus erit facultatem grammaticis est locus. Nec refert de Graeco an de Latino loquar, quamquam Graecum esse priorem placet : utrique eadem via est.

Haec igitur professio, cum brevissime in duas partis dividatur, recte loquendi scientiam et poetarum enarrationem, plus habet in recessu quam fronte promittit.

Nam et scribendi ratio coniuncta cum loquendo est et enarrationem praecedit emendata lectio et mixtum his omnibus iudicium est : quo quidem ita severe sunt usi veteres grammatici ut non versus modo censoria quadam virgula notare et libros qui falso viderentur inscripti tamquam subditos summovere familia permiserint sibi, sed auctores alios in ordinem redegerint, alios omnino exemerint numero.

Nec poetas legisse satis est : excutiendum omne scriptorum genus, non propter historias modo, sed verba, quae frequenter ius ab auctoribus sumunt. tum neque citra musicen grammatice potest esse perfecta, cum ei de metris rhythmisque dicendum sit, nec si rationem siderum ignoret poetas intellegat, qui, ut alia mittam, totiens ortu occasuque signorum in declarandis temporibus utuntur, nec ignara philosophiae, cum propter plurimos in omnibus fere carminibus locos ex intima naturalium quaestionum subtilitate repetitos, tum vel propter Empedoclea in Graecis, Varronem ac Lucretium in Latinis, qui praecepta sapientiae versibus tradiderunt : eloquentia quoque non mediocri est opus, ut de unaquaque earum quas demonstravimus rerum dicat proprie et copiose. Quo minus sunt ferendi qui hanc artem ut tenuem atque ieiunam cavillantur. Quae nisi oratoris futuri fundamenta fideliter iecit, quidquid superstruxeris corruet : necessaria pueris, iucunda senibus, dulcis secretorum comes, et quae vel sola in omni studiorum genere plus habeat operis quam ostentationis.

Ne quis igitur tamquam parva fastidiat grammatices elementa, non quia magnae sit operae consonantes a vocalibus discernere ipsasque eas in semivocalium numerum mutarumque partiri, sed quia interiora velut sacri huius adeuntibus apparebit multa rerum subtilitas, quae non modo acuere ingenia puerilia, sed exercere altissimam quoque eruditionem ac scientiam possit.

QUINTILIEN, Institution Oratoire, I, 4, 1-6

Haut de la page

Version latine 1980

LA FÊTE DE MERCURE

Clare nepos Atlantis, ades, quem montibus olim

edidit Arcadiis Pleias una Iovi :

pacis et armorum superis imisque deorum 665

arbiter, alato qui pede carpis iter,

laete lyrae pulsu, nitida quoque laete palaestra,

quo didicit culte lingua docente loqui,

templa tibi posuere patres spectantia Circum

Idibus ; ex illo est haec tibi festa dies. 670

te, quicumque suas profitentur vendere merces,

ture dato tribuas ut sibi lucra rogant.

est aqua Mercurii portae vicina Capenae ;

si iuvat expertis credere, numen habet.

huc venit incinctus tunica mercator et urna 675

purus suffita, quam ferat, haurit aquam.

uda fit hinc laurus, lauro sparguntur ab uda

omnia quae dominos sunt habitura novos.

spargit et ipse suos lauro rorante capillos,

et peragit solita fallere voce preces : 680

'ablue praeteriti periuria temporis', inquit

'ablue praeteritae perfida verba die.

sive ego te feci testem, falsove citavi

non audituri numina vana Iovis,

sive deum prudens alium divamve fefelli, 685

abstulerint celeres improba dicta Noti :

et pateant veniente die periuria nobis,

nec curent superi siqua locutus ero.

da modo lucra mihi, da facto gaudia lucro,

et fac ut emptori verba dedisse iuvet.' 690

talia Mercurius poscenti ridet ab alto,

se memor Ortygias subripuisse boves.

20. D C

At mihi pande, precor, tanto meliora petenti,

in Geminos ex quo tempore Phoebus eat.

'cum totidem de mense dies superesse videbis 695

quot sunt Herculei facta laboris' ait.

OVIDE, Fastes, V, 663-696

Haut de la page

Version latine 1981

Du désert de Syrie où il s'est retiré, saint Jérôme écrit à son ami Julien, diacre dans la région natale de Jérôme. Entre autres choses, il lui parle du projet qu'a formé sa sœur d'entrer dans la vie religieuse, et des critiques haineuses dont il est lui-même l'objet dans son pays (375 après J.-C.).

Antiquus sermo est : mendaces faciunt ut nec vera dicentibus credatur ; quod mihi ego a te objurgatus de silentio litterarum accidisse video. Dicam « Saepe scripsi, sed neglegentia bajulorum fuit ? » Respondebis « Omnium non scribentium vetus ista excusatio est. » Dicam « Non repperi qui epistulas ferret ? » Dices hinc illuc isse quam plurimos. Contendam me etiam his dedisse ? At illi, quia non reddiderunt, negabunt et erit inter absentes incerta cognitio. Quid igitur faciam ? Sine culpa veniam postulabo rectius arbitrans pacem loco motus petere quam aequo gradu certamina concitare ; quamquam ita me jugis tam corporis aegrotatio quam animae aegritudo consumpsit, ut morte inminente nec mei paene memor fuerim. Quod ne falsum putes, oratorio more post argumenta testes vocabo.

Sanctus frater Heliodorus hic adfuit qui, cum mecum heremum vellet incolere, meis sceleribus fugatus abscessit. Verum omnem culpam praesens verbositas excusabit. Nam, ut ait Flaccus in satura : « Omnibus hoc vitium est cantoribus, inter amicos rogati ut numquam cantent, injussi numquam desistant », ita te deinceps fascibus obruam litterarum, ut e contrario incipias rogare ne scribam. Sororem meam, filiam in Christo tuam, gaudeo te primum nuntiante in eo permanere quo coeperat. Hic enim ubi nunc sum, non solum quid agatur in patria, sed an ipsa patria perstet ignoro. Et licet me sinistro Hibera excetra rumore dilaniet, non timebo hominum judicium habiturus judicem meum : « Si fractus inlabatur orbis, inpavidum ferient ruinae. » Quapropter quaeso ut apostolici memor praecepti quo docet opus nostrum permanere debere, et tibi a Domino praemium in illius salute pares et me de communi in Christo gloria crebris reddas sermonibus laetiorem.

SAINT JEROME, Correspondance, Lettre 6

Haut de la page

Version latine 1982

Dans cette page du Panégyrique de Constantin, le panégyriste, s'adressant d'abord à Constantin, célèbre sa victoire sur Maxence, au pont Mulvius, en 312.

Ad primum igitur adspectum maiestatis tuae ptimumque impetum toties tui uictoris exercitus hostes territi fugatique et angustiis Muluii pontis exclusi, exceptis latrocinu illius primis auctoribus qui desperata uenia locum quem pugnae sumpserant texere corporibus, ceteri omnes in fluuium abiere praecipites, ut tandem aliquod caedis compendium fessis tuorum dexteris eueniret. Cum impios Tiberis hausisset, ipsum etiam illum cum equo et armis insignibus frustra conatum per abrupta ripae ulterioris euadere idem Tiberis correptum gurgite deuorauit, ne tam deforme prodigium uel hanc obitus sui relinqueret famam quod alicuius uiri fortis gladio teloue cecidisset. Et aliorum quidem hostium corpora et arma praeceps fluuius uoluendo deuexit, ilIum autem eodem quo exstinxerat loco tenuit, ne diu populus Romanus dubitaret, si putaretur aliquo profugisse cuius mortis probatio quaereretur.

Sancte Thybri, quondam hospitis monitor Aeneae, mox Romuli conseruator expositi tu nec falsum Romulum diu uiuere nec parricidam urbis passus es enatare. Tu Romae tuae altor copiis subuehendis, tu munitor moenibus ambiendis, merito Constantini uictoriae particeps esse uoluisti, ut ille hostem in te propelleret, tu necares. Neque enim semper es rapidus et torrens, sed pro temporum ratione moderatus. Tu quietus armatum Coclitem reuexisti, tibi se placido Cloelia nirgo commisit : at nunc uiolentus et turbidus hostem rei publicae sorbuisti et, ne tuum lateret obsequium, eructato cadauere prodidisti. Reperto igitur et trucidato corpore uniuersus in gaudia et uindictam populus Romanus exarsit nec desitum tota urbe, qua suffixum hasta ferebatur, caput illud piaculare foedari, cum interim, ut sunt ioci triumphales, rideretur gestantis injuria, cum alieni capitis merita pateretur.

Panégyrique de Constantin, auteur anonyme (313).

Haut de la page

Version latine 1983

RAPPORT ENTRE L'INTERET PARTICULIER ET L'INTERET GENERAL

Vnum debet esse omnibus propositum, ut eadem sit utilitas uniuscuiusque et universorum ; quam si ad se quisque rapiet, dissolvetur omnis humana consortio. Atque etiam si hoc natura praescribit, ut homo homini, quicumque sit, ob eam ipsam causam, quod is homo sit, consultum velit, necesse est secundum eandem naturam omnium utilitatem esse communem. Quod si ita est, una continemur omnes et eadem lege naturae, idque ipsum si ita est, certe violare alterum naturae lege prohibemur. Verum autem primum, verum igitur extremum. Nam illud quidem absurdum est, quod quidam dicunt, parenti se aut fratri nihil detracturos sui commodi causa, aliam rationem esse civium reliquorum. Hi sibi nihil iuris, nullam societatem communis utilitatis causa statuunt esse cum civibus quae sententia omnem societatem distrahit civitatis. Qui autem civium rationem dicunt habendam, externorum negant, ii dirimunt communem humani generis societatem ; qua sublata beneficentia, liberalitas, bonitas, iustitia funditus tollitur ; quae qui tollunt, etiam adversus deos immortales impii iudicandi sunt. Ab iis enim constitutam inter homines societatem evertunt, cuius societatis artissimum vinculum est magis arbitrari esse contra naturam hominem homini detrahere sui commodi causa quam omnia incommoda subire vel externa vel corporis vel etiam ipsius animi. ~Iustitia enim una virtus omnium est domina et regina virtutum.

Forsitan quispiam dixerit : Nonne igitur sapiens, si fame ipse conficiatur, abstulerit cibum alteri homini ad nullam rem utili ? Minime vero : non enim mihi est vita mea utilior quam animi talis affectio, neminem ut violem commodi mei gratia.

CICERON, De officiis, III, 26-29

Haut de la page

Version latine 1984

DE LA COLERE

Nemo dicit sibi, 'hoc propter quod irascor aut feci aut fecisse potui' ; nemo animum facientis sed ipsum aestimat factum : atqui ille intuendus est, uoluerit an inciderit, coactus sit an deceptus, odium secutus sit an praemium, sibi morem gesserit an manum alteri commodauerit. Aliquid aetas peccantis facit, aliquid fortuna, ut ferre ac pati aut humanum sit aut utile. Eo nos loco constituamus quo ille est cui irascimur : nunc facit nos iracundos iniqua nostri aestimatio et quae facere uellemus pati nolumus. Nemo se differt ; atqui maximum remedium irae dilatio est,ut primus eius feruor relanguescat et caligo quae premit mentem aut residat aut minus densa sit. Quaedam ex his quae te praecipitem ferebant hora, non tantum dies molliet, quaedam ex toto euanescent ; si nihil egerit petita aduocatio, apparebit iam iudicium esse, non iram. Quidquid uoles quale sit scire, tempori trade : nihil diligenter in fluctu cernitur. Non potuit inpetrare a se Plato tempus, cum seruo suo irasceretur, sed ponere illum statim tunicam et praebere scapulas uerberibus iussit, sua manu ipse caesurus ; postquam intellexit irasci se, sicut sustulerat manum suspensam detinebat et stabat percussuro similis ; interrogatus deinde ab amico qui forte interuenerat quid ageret, 'exigo' inquit 'poenas ab homine iracundo.' Velut stupens gestum illum saeuituri deformem sapienti uiro seruabat, oblitus iam serui, quia alium quem potius castigaret inuenerat. Itaque abstulit sibi in suos potestatem et ob peccatum quoddam commotior 'tu,' inquit 'Speusippe, seruulum istum uerberibus obiurga ; nam ego irascor.' Ob hoc non cecidit propter quod alius cecidisset. 'Irascor' inquit ; 'plus faciam quam oportet, libentius faciam : non sit iste seruus in eius potestate qui in sua non est.'

SENEQUE, De ira, III, 12, 2-7

Haut de la page

Version latine 1985

REVE D'UN BONHEUR RUSTIQUE

laurus ubi bona signa dedit, gaudete coloni ;

distendet spicis horrea plena Ceres,

oblitus et musto feriet pede rusticus uuas,

dolia dum magni deficiantque lacus :

ac madidus baccho sua festa Palilia pastor

concinet : a stabulis tunc procul este lupi.

ille leuis stipulae sollemnis potus aceruos

accendet, flammas transilietque sacras.

et fetus matrona dabit, natusque parenti

oscula comprensis auribus eripiet,

nec taedebit auum paruo aduigilare nepoti

balbaque cum puero dicere uerba senem.

tunc operata deo pubes discumbet in herba,

arboris antiquae qua leuis umbra cadit,

aut e ueste sua tendent umbracula sertis

uincta, coronatus stabit et ipse calix.

at sibi quisque dapes et festas extruet alte

caespitibus mensas caespitibusque torum.

ingeret hic potus iuuenis maledicta puellae,

postmodo quae uotis inrita facta uelit :

nam ferus ille suae plorabit sobrius idem

et se iurabit mente fuisse mala.

pace tua pereant arcus pereantque sagittae,

Phoebe, modo in terris erret inermis Amor.

ars bona : sed postquam sumpsit sibi tela Cupido,

heu heu quam multis ars dedit ista malum !

et mihi praecipue, iaceo cum saucius annum

et (faueo morbo cum iuuat ipse dolor)

usque cano Nemesim, sine qua uersus mihi nullus

uerba potest iustos aut reperire pedes.

TIBULLE, Elégies, II, V, -83112

Haut de la page

Version latine 1986

RAPPORTS DIFFICILES DE TIBERE AVEC SA MERE

Matrem Liuiam grauatus uelut partes sibi aequas potentiae uindicantem, et congressum eius assiduum uitauit et longiores secretioresque sermones, ne consiliis, quibus tamen interdum et egere et uti solebat, regi uideretur. Tulit etiam perindigne actum in senatu, ut titulis suis quasi Augusti1, ita et "Liuiae filius" adiceretur. Quare non "parentem patriae" appellari, non ullum insignem honorem recipere publice passus est ; sed et frequenter admonuit, maioribus nec feminae conuenientibus negotiis abstineret, praecipue ut animaduertit incendio iuxta aedem Vestae et ipsam interuenisse populumque et milites, quo enixius opem ferrent, adhortatam, sicut sub marito solita esset.

Dehinc ad simultatem usque processit hac, ut ferunt, de causa. Instanti saepius, ut ciuitate donatum in decurias adlegeret, negauit alia se condicione adlecturum, quam si pateretur ascribi albo extortum id sibi a matre. At illa commota ueteres quosdam ad se Augusti codicillos de acerbitate et intolerantia morum eius e sacrario protulit atque recitauit. Hos et custoditos tam diu et exprobratos tam infeste adeo grauiter tulit, ut quidam putent inter causas secessus2 hanc ei uel praecipuam fuisse. Toto quidem triennio, quo uiuente matre afuit, semel omnino eam nec amplius quam uno die paucissimis uidit horis ; ac mox neque aegrae adesse curauit defunctamque et, dum aduentus sui spem facit, complurium dierum mora corrupto demum et tabido corpore funeratam prohibuit consecrari, quasi id ipsa mandasset. Testamentum quoque eius pro irrito habuit omnisque amicitias et familiaritates, etiam quibus ea funeris sui curam moriens demandauerat, intra breue tempus afflixit, uno ex iis, equestris ordinis uiro, et in antliam condemnato.

devenue l'épouse d'Auguste, Livie lui avait fait adopter son fils Tibère.

en 27, Tibère s'éloigna de Rome et se retira à Capri.

SUETONE, Vie des Césars, Tibère, 50-51

Haut de la page

Version latine 1987

Après la victoire de Crémone, Vespasien redouble d'énergie, Antonius Primus le lieutenant vainqueur, n'agit pas de même.

Dum hac totius orbis nutatione fortuna imperii transit, Primus Antonius nequaquam pari innocentia post Cremonam agebat, satis factum bello ratus et cetera ex facili, seu felicitas in tali ingenio avaritiam superbiam ceteraque occulta mala patefecit. ut captam Italiam persultare, ut suas legiones colere ; omnibus dictis factisque viam sibi ad potentiam struere. utque licentia militem imbueret interfectorum centurionum ordines legionibus offerebat. eo suffragio turbidissimus quisque delecti ; nec miles in arbitrio ducum, sed duces militari violentia trahebantur. quae seditiosa et corrumpendae disciplinae mox in praedam vertebat, nihil adventantem Mucianum veritus, quod exitiosius erat quam Vespasianum sprevisse.

Ceterum propinqua hieme et umentibus Pado campis expeditum agmen incedere. signa aquilaeque victricium legionum, milites vulneribus aut aetate graves, plerique etiam integri Veronae relicti : sufficere cohortes alaeque et e legionibus lecti profligato iam bello videbantur. undecima legio sese adiunxerat, initio cunctata, sed prosperis rebus anxia quod defuisset ; sex milia Dalmatarum, recens dilectus, comitabantur ; ducebat Pompeius Silvanus consularis : vis consiliorum penes Annium Bassum legionis legatum. is Silvanum socordem bello et dies rerum verbis terentem specie obsequii regebat ad omniaque quae agenda forent quieta cum industria aderat. ad has copias e classicis Ravennatibus, legionariam militiam poscentibus, optimus quisque adsciti : classem Dalmatae supplevere.

Exercitus ducesque ad Fanum Fortunae iter sistunt, de summa rerum cunctantes, quod motas ex urbe praetorias cohortis audierant et teneri praesidiis Appenninum rebantur ; et ipsos in regione bello attrita inopia et seditiosae militum voces terrebant, clavarium (donativi nomen est) flagitantium. nec pecuniam aut frumentum providerant, et festinatio atque aviditas praepediebant, dum quae accipi poterant rapiuntur.

Celeberrimos auctores habeo tantam victoribus adversus fas nefasque inreverentiam fuisse ut gregarius eques occisum a se proxima acie fratrem professus praemium a ducibus petierit. nec illis aut honorare eam caedem ius hominum aut ulcisci ratio belli permittebat. distulerant tamquam maiora meritum quam quae statim exolverentur ; nec quidquam ultra traditur.

TACITE, Histoires, III, 49-51

Haut de la page

Version latine 1988

Afranius, lieutenant de Pompée, demande grâce pour ses soldats épuisés et malades.

Iam domiti cessere duces, pacisque petendae

auctor damnatis supplex Afranius armis

semianimes in castra trahens hostilia turmas

uictoris stetit ante pedes. Seruata precanti

maiestas, non fracta malis, interque priorem

fortunam casusque nouos gerit omnia uicti,

sed ducis, et ueniam securo pectore poscit :

"Si me degeneri strauissent fata sub hoste,

non derat fortis rapiendo dextera leto.

At nunc causa mihi est orandae sola salutis,

dignum donanda, Caesar, te credere uita.

Non partis studiis agimur, nec sumpsimus arma

consiliis inimica tuis. Nos denique bellum

inuenit ciuile duces, causaeque priori,

dum potuit, seruata fides. Nil fata moramur :

tradimus Hesperias gentes, aperimus eoas

securumque orbis patimur post terga relicti.

Nec cruor effusus campis tibi bella peregit

nec ferrum lassaeque manus. Hoc hostibus unum,

quod uincas, ignosce tuis. Nec magna petuntur :

otia des fessis, uitam patiaris inermes

degere quam tribuis. Campis prostrata iacere

agmina nostra putes ; nec enim felicibus armis

misceri damnata decet partemque triumphi

captos ferre tui ; turba haec sua fata peregit.

Hoc petimus, uictos ne tecum uincere cogas."

Dixerat ; at Caesar facilis uultuque serenus

flectitur atque usus belli poenamque remittit.

Vt primum iustae placuerunt foedera pacis,

incustoditos decurrit miles ad amnes,

incumbit ripis permissaque flumina turbat.

LUCAIN, Pharsale, IV, 337-367

Haut de la page

Version latine 1989

Dans Le songe de Scipion l'Africain s'adresse à son petit-fils et l'invite à ne pas attribuer d'éternité à la gloire terrestre.

Quis in reliquis orientis aut obeuntis solis ultimis aut aquilonis austrive partibus tuum nomen audiet ? quibus amputatis cernis profecto quantis in angustiis vestra se gloria dilatari velit. Ipsi autem, qui de nobis loquuntur, quam loquentur diu ?

'Quin etiam si cupiat proles illa futurorum hominum deinceps laudes unius cuiusque nostrum a patribus acceptas posteris prodere, tamen propter eluviones exustionesque terrarum, quas accidere tempore certo necesse est, non modo non aeternam, sed ne diuturnam quidem gloriam adsequi possumus. Quid autem interest ab iis, qui postea nascentur, sermonem fore de te -- cum ab iis nullus fuerit, qui ante nati sunt ? Qui nec pauciores et certe meliores fuerunt viri —

Praesertim cum, apud eos ipsos, a quibus audiri nomen nostrum potest, nemo unius anni memoriam consequi possit ? Homines enim populariter annum tantum modo solis, id est unius astri, reditu metiuntur ; cum autem ad idem, unde semel profecta sunt, cuncta astra redierint eandemque totius caeli discriptionem longis intervallis rettulerint, tum ille vere vertens annus appellari potest ; in quo vix dicere audeo quam multa hominum saecula teneantur. Namque ut olim deficere sol hominibus exstinguique visus est, cum Romuli animus haec ipsa in templa penetravit, quandoque ab eadem parte sol eodemque tempore iterum defecerit, tum signis omnibus ad principium stellisque revocatis expletum annum habeto ; cuius quidem anni nondum vicesimam partem scito esse conversam.

'Quocirca si reditum in hunc locum desperaveris, in quo omnia sunt magnis et praestantibus viris, quanti tandem est ista hominum gloria, quae pertinere vix ad unius anni partem exiguam potest ? Igitur alte spectare si voles atque hanc sedem et aeternam domum contueri, neque te sermonibus vulgi dedideris nec in praemiis humanis spem posueris rerum tuarum ; suis te oportet inlecebris ipsa virtus trahat ad verum decus ; quid de te alii loquantur, ipsi videant, sed loquentur tamen. Sermo autem omnis ille et angustiis cingitur iis regionum, quas vides, nec umquam de ullo perennis fuit et obruitur hominum interitu et oblivione posteritatis exstinguitur.'

CICERON, Songe de Scipion, VI, 22-25

Haut de la page

Version latine 1990

Réflexions sur la divinité que les uns assimilent à la Fortune, d'autres aux astres..

Huic* omnia expensa, huic feruntur accepta, et in toto ratione mortalium sola utramque paginam facit, adeoque obnoxiae sumus sortis, ut prorsus ipsa pro deo sit qua deus probatur incertus.

Pars alia et hanc pellit astroque suo eventus adsignat et nascendi legibus, semelque in omnes futuros umquam deo decretum, in reliquum vero otium datum. sedere coepit sententia haec, pariterque et eruditum vulgus et rude in eam cursus vadit. Ecce fulgurum monitus, oraculorum praescita, haruspicum praedicta atque etiam parva dictu in auguriis sternumenta et offensiones pedum. Divus Augustus prodidit laevum sibi calceum praepostere inductum quo die seditione militari prope adflictus est. Quae singula inprovidam mortalitatem involvunt, solum ut inter ista vel certu sit nihil esse certi nec quicquam miserius homine aut superbius. ceteris quippe animantium sola victus cura est, in quo sponte naturae benignitas sufficit, uno quidem vel praeferendo cunctis bonis, quod de gloria, de pecunia, ambitione superque de morte non cogitant.

Verum in his deos agere curam rerum humanarum credi ex usu vitae est poenasque maleficiis aliquando seras, occupato deo in toto mole, numquam autem inritas esse nec ideo proximum illi genitum nominem, ut vilitate iuxta beluas esset. Inperfectae vero in homine naturae praecipua solatia, ne deum quidem posse omnia -- namque nec sibi potest motem consciscere, si velit, quod homini dedit optimum in tantis vitae poenis, nec mortalies aeternitate donare aut revocare defunctos nec facere ut qui vixit non vixerit, qui honores gessit non gesserit -- nullumque habere in praeterita ius praeterquem oblivionis atque (ut facetis quoque argumentis societas haec cum deo copuletur) ut bis dena viginti non sunt aut multa similiter efficere non posse. per quae declaratur haut dubie naturae potentia idque esse quod deum vocemus.

*Huic représente la Fortune

PLINE L'ANCIEN, Histoire naturelle, II, 22-27

Haut de la page

Version latine 1991

LA TRISTE CONDITION DES GRAMMAIRIENS

Quis gremio Celadi doctique Palaemonis1 adfert

quantum grammaticus meruit labor ? et tamen ex hoc,

quodcumque est (minus est autem quam rhetoris aera),

discipuli custos praemordet acoenonoetus

et qui dispensat frangit sibi. cede, Palaemon,

et patere inde aliquid decrescere, non aliter quam

institor hibernae tegetis niueique cadurci,

dummodo non pereat mediae quod noctis ab hora

sedisti, qua nemo faber, qua nemo sederet

qui docet obliquo lanam deducere ferro,

dummodo non pereat totidem olfecisse lucernas

quot stabant pueri, cum totus decolor esset

Flaccus et haereret nigro fuligo Maroni.

rara tamen merces quae cognitione tribuni

non egeat. sed uos saeuas inponite leges,

ut praeceptori uerborum regula constet,

ut legat historias, auctores nouerit omnes

tamquam ungues digitosque suos, ut forte rogatus,

dum petit aut thermas aut Phoebi balnea, dicat

nutricem Anchisae, nomen patriamque nouercae

Anchemoli, dicat quot Acestes uixerit annis,

quot Siculi Phrygibus uini donauerit urnas.

exigite ut mores teneros ceu pollice ducat,

ut si quis cera uoltum facit ; exigite ut sit

et pater ipsius coetus, ne turpia ludant,

ne faciant uicibus. non est leue tot puerorum

obseruare manus oculosque in fine trementis.

'haec' inquit 'cura ; sed cum se uerterit annus,

accipe, uictori populus quod postulat, aurum.'

Celadus, -i (m.) et Palaemon, -onis (m.) sont des grammairiens.

JUVENAL, Saturae, VII, 215-243

Haut de la page

Version latine 1992

DE DIEU

Nihil in homine membrorum est, quod non et necessitatis causa sit et decoris, et quod magis mirum est, eadem figura omnibus, sed quaedam unicuique liniamenta deflexa : sic et similes universi videmur et inter se singuli dissimiles invenimur."Quid nascendi ratio ? quid ? cupido generandi nonne a deo data est, et ut ubera partu maturescente lactescant et ut tener fetus ubertate lactei roris adolescat ? "Nec universitati solummodo deus, sed et partibus consulit. Britannia sole deficitur, sed circumfluentis maris tepore recreatur ; Aegypti siccitatem temperare Nilus amnis solet, Euphrates Mesopotamiam pro imbribus pensat, Indus flumen et serere orientem dicitur et rigare. "Quod si ingressus aliquam domum omnia exculta, disposita, ornata vidisses, utique praeesse ei crederes dominum et illis bonis rebus multo esse meliorem : ita in hac mundi domo, cum caelo terraque perspicias providentiam, ordinem, legem, crede esse universitatis dominum parentemque ipsis sideribus et totius mundi partibus pulchriorem.

"Ni forte, quoniam de providentia nulla dubitatio est, inquirendum putas, utrum unius imperio an arbitrio plurimorum caeleste regnum gubernetur : quod ipsum non est multi laboris aperire cogitanti imperia terrena, quibus exempla utique de caelo. Quando umquam regni societas aut cum fide coepit aut sine cruore discessit ? Omitto Persas de equorum hinnitu augurantes principatum, et Thebanorum par, mortuam fabulam, transeo. Ob pastorum et casae regnum de geminis memoria notissima est. Generi et soceri bella toto orbe diffusa sunt, et tam magni imperii duos fortuna non cepit. "Vide cetera : rex unus apibus, dux unus in gregibus, in armentis rector unus. Tu in caelo summam potestatem dividi credas et scindi veri illius ac divini imperii totam maiestatem, cum palam sit parentem omnium deum nec principium habere nec terminum, qui nativitatem omnibus praestet, sibi perpetuitatem, qui ante mundum fuerit sibi ipse pro mundo : qui universa, quaecumque sunt, verbo iubet, ratione dispensat, virtute consummat.

"Hic non videri potest : visu clarior est ; nec conprehendi : tactu purior est ; nec aestimari : sensibus maior est, infinitus, inmensus et soli sibi tantus, quantus est, notus. Nobis vero ad intellectum pectus angustum est, et ideo sic eum digne aestimamus, dum inaestimabilem dicimus. Eloquar quemadmodum sentio : magnitudinem dei qui se putat nosse minuit ; qui non vult minuere, non novit.

MINUCIUS FELIX, Octavius, 18

Haut de la page

Version latine 1993

REFLEXIONS SUR LE SENS DE LA VIE HUMAINE

Quid tam sollicitis vitam consumimus annis

torquemurque metu caecaque cupidine rerum

aeternisque senes curis, dum quaerimus, aevum

perdimus et nullo votorum fine beati

victuros agimus semper nec vivimus umquam,

pauperiorque bonis quisque est, quia plura requirit

nec quod habet numerat, tantum quod non habet optat,

cumque sibi parvos usus natura reposcat

materiam struimus magnae per vota ruinae

luxuriamque lucris emimus luxuque rapinas,

et summum census pretium est effundere censum ?

solvite, mortales, animos curasque levate

totque supervacuis vitam deplete querellis.

fata regunt orbem, certa stant omnia lege

longaque per certos signantur tempora casus.

nascentes morimur, finisque ab origine pendet.

hinc et opes et regna fluunt et, saepius orta,

paupertas, artesque datae moresque creatis

et vitia et laudes, damna et compendia rerum.

nemo carere dato poterit nec habere negatum

fortunamve suis invitam prendere votis

aut fugere instantem : sors est sua cuique ferenda.

an, nisi fata darent leges vitaeque necisque,

fugissent ignes Aenean, Troia sub uno

non eversa viro fatis vicisset in ipsis ?

aut lupa proiectos nutrisset Martia fratres,

Roma casis enata foret, pecudumque magistri

in Capitolinos duxissent fulmina montes,

includive sua potuisset Iuppiter arce,

captus et <a> captis orbis foret : igne sepulto

vulneribus victor repetisset Mucius urbem,

solus et oppositis clausisset Horatius armis

pontem urbemque simul, rupisset foedera virgo,

tresque sub unius fratres virtute iacerent ?

nulla acies tantum vicit : pendebat ab uno

Roma viro regnumque orbis sortita iacebat.

MANILIUS, Astronomica, IV, 1-36

Haut de la page

Version latine 1994

POURQUOI LA SCIENCE ET LE SUCCES SONT SOUVENT INCOMPATIBLES

Delphicus Apollo Socratem omnium sapientissimum Pythiae responsis est professus. Is autem memoratur prudenter doctissimeque dixisse, oportuisse hominum pectora fenestrata et aperta esse, uti non occultos haberent sensus sed patentes ad considerandum. Utinam vero rerum natura sententiam eius secuta explicata et apparentia ea constituisset ! Si enim ita fuisset, non solum laudes aut vitia animorum ad manum aspicerentur, sed etiam disciplinarum scientiae sub oculorum consideratione subiectae non incertis iudiciis probarentur, sed et doctis et scientibus auctoritas egregia et stabilis adderetur. Igitur quoniam haec non ita, sed uti natura rerum voluit, sunt constituta, non efficitur ut possint homines obscuratis sub pectoribus ingeniis scientias artificiorum penitus latentes, quemadmodum sint, iudicare. Ipsique artifices pollicerentur suam prudentiam, si non pecunia sint copiosi sed vetustate officinarum habuerint notitiam ; aut etiam gratia forensi et eloquentia cum fuerint parati, pro industria studiorum auctoritates possunt habere, ut eis, quod profitentur scire, id crederetur. […]

Nec tamen est admirandum, si propter ignotitiam artis virtutes obscurantur, sed maxime indignandum, cum etiam saepe blandiatur gratia conviviorum a veris iudiciis ad falsam probationem. Ergo, uti Socrati placuit, si ita sensus et sententiae scientiaeque disciplinis auctae perspicuae et perlucidae fuissent, non gratia neque ambitio valeret, sed si qui veris certisque laboribus doctrinarum pervenissent ad scientiam summam, eis ultro opera traderentur. Quoniam autem ea non sunt inlustria necque apparentia in aspectu, ut putamus oportuisse, et animadverto potius indoctos quam doctos gratia superare, non esse certandum iudicans cum indoctis ambitione, potius hic praeceptis editis ostendam nostrae scientiae virtutem.

VITRUVE, De Architectura, III, Préface, 1 et 3

Haut de la page

Version latine 1995

ORPHEE CHANTE HERCULE

Otia sopitis ageret cum cantibus Orpheus

neglectumque diu deposuisset opus,

lugebant erepta sibi solatia Nymphae,

quaerebant dulces flumina maesta modos.

Saeva feris natura redit metuensque leonem

implorat citharae vacca tacentis opem.

Illius et duri flevere silentia montes

silvaque Bistoniam saepe secuta chelyn.

Sed postquam Inachiis Alcides missus ab Argis

Thracia pacifero contigit arva pede

diraque sanguinei vertit praesepia regis

et Diomedeos gramine pavit equos,

tunc patriae festo laetatus tempore vates

desuetae repetit fila canora lyrae

et resides levi modulatus pectine nervos

pollice festivo nobile duxit ebur.

Vix auditus erat : venti frenantur et undae,

pigrior astrictis torpuit Hebrus aquis,

porrexit Rhodope sitientes carmina rupes,

excussit gelidas pronior Ossa nives.

Ardua nudato descendit populus Haemo

et comitem quercum pinus amica trahit,

Cirrhaeasque dei quamvis despexerit artes,

Orpheis laurus vocibus acta venit.

Securum blandi leporem fovere molossi

vicinumque lupo praebuit agna latus.

Concordes varia ludunt cum tigride dammae,

Massylam cervi non timuere iubam.

Ille novercales stimulos actusque canebat

Herculis et forti monstra subacta manu,

qui timidae matri pressos ostenderit angues

intrepidusque fero riserit ore puer.

CLAUDIEN, De raptu Proserpinae, II, Préface, 1-32

Haut de la page

Version latine 1996

PLAIDOYER D'UN PHILOSOPHE EN FAVEUR DE SON OEUVRE

Sin autem dei neque possunt nos iuvare nec volunt nec omnino curant nec, quid agamus, animadvertunt nec est, quod ab is ad hominum vitam permanare possit, quid est, quod ullos deis inmortalibus cultus, honores, preces adhibeamus ? In specie autem fictae simulationis sicut reliquae virtutes item pietas inesse non potest ; cum qua simul sanctitatem et religionem tolli necesse est, quibus sublatis perturbatio vitae sequitur et magna confusio ; atque haut scio, an pietate adversus deos sublata fides etiam et societas generis humani et una excellentissuma virtus iustitia tollatur. Sunt autem alii philosophi, et hi quidem magni atque nobiles, qui deorum mente atque ratione omnem mundum administrari et regi censeant, neque vero id solum, sed etiam ab isdem hominum vitae consuli et provideri ; nam et fruges et reliqua, quae terra pariat, et tempestates ac temporum varietates caelique mutationes, quibus omnia, quae terra gignat, maturata pubescant, a dis inmortalibus tribui generi humano putant, multaque, quae dicentur, in his libris colligunt, quae talia sunt, ut ea ipsa dei inmortales ad usum hominum fabricati paene videantur. Contra quos Carneades ita multa disseruit, ut excitaret homines non socordes ad veri investigandi cupiditatem. Res enim nulla est, de qua tantopere non solum indocti, sed etiam docti dissentiant ; quorum opiniones cum tam variae sint tamque inter se dissidentes, alterum fieri profecto potest, ut earum nulla, alterum certe non potest, ut plus una vera sit.

Qua quidem in causa et benivolos obiurgatores placare et invidos vituperatores confutare possumus, ut alteros reprehendisse paeniteat, alteri didicisse se gaudeant ; nam qui admonent amice, docendi sunt, qui inimice insectantur, repellendi. Multum autem fluxisse video de libris nostris, quos compluris brevi tempore edidimus, variumque sermonem partim admirantium, unde hoc philosophandi nobis subito studium extitisset, partim, quid quaque de re certi haberemus, scire cupientium ; multis etiam sensi mirabile videri eam nobis potissimum probatam esse philosophiam, quae lucem eriperet et quasi noctem quandam rebus offunderet, desertaeque disciplinae et iam pridem relictae patrocinium necopinatum a nobis esse susceptum. Nos autem nec subito coepimus philosophari nec mediocrem a primo tempore aetatis in eo studio operam curamque consumpsimus et, cum minime videbamur, tum maxime philosophabamur.

CICERON, De natura deorum, I, 3-6

Haut de la page

Version latine 1997

LA POESIE CONFERE UNE GLOIRE IMMORTELLE

Quid mihi Livor edax, ignavos obicis annos,

ingeniique vocas carmen inertis opus ;

non me more patrum, dum strenua sustinet aetas,

praemia militiae pulverulenta sequi,

nec me verbosas leges ediscere nec me

ingrato vocem prostituisse foro ?

Mortale est, quod quaeris, opus. mihi fama perennis

quaeritur, in toto semper ut orbe canar.

vivet Maeonides, Tenedos dum stabit et Ide,

dum rapidas Simois in mare volvet aquas ;

vivet et Ascraeus, dum mustis uva tumebit,

dum cadet incurva falce resecta Ceres.

Battiades semper toto cantabitur orbe ;

quamvis ingenio non valet, arte valet.

nulla Sophocleo veniet iactura cothurno ;

cum sole et luna semper Aratus erit ;

dum fallax servus, durus pater, inproba lena

vivent et meretrix blanda, Menandros erit ;

Ennius arte carens animosique Accius oris

casurum nullo tempore nomen habent.

Varronem primamque ratem quae nesciet aetas,

aureaque Aesonio terga petita duci ?

carmina sublimis tunc sunt peritura Lucreti,

exitio terras cum dabit una dies ;

Tityrus et segetes Aeneiaque arma legentur,

Roma triumphati dum caput orbis erit ;

donec erunt ignes arcusque Cupidinis arma,

discentur numeri, culte Tibulle, tui ;

Gallus et Hesperiis et Gallus notus Eois,

et sua cum Gallo nota Lycoris erit.

Ergo, cum silices, cum dens patientis aratri

depereant aevo, carmina morte carent.

cedant carminibus reges regumque triumphi,

cedat et auriferi ripa benigna Tagi !

vilia miretur vulgus ; mihi flavus Apollo

pocula Castalia plena ministret aqua,

sustineamque coma metuentem frigora myrtum,

atque a sollicito multus amante legar !

OVIDE, Amours, I, XV, 1-38

Haut de la page

Version latine 1998

LE SAGE STOICIEN

Nuper, cum incidisset mentio M. Catonis, indigne ferebas1, sicut es iniquitatis impatiens, quod Catonem aetas sua parum intellexisset, quod supra Pompeios et Caeseres surgentem infra Vatinios posuisset, et tibi indignum uidebatur quod illi dissuasuro legem toga in foro esset erepta quodque, a Rostris usque ad Arcum fabianum per seditiosae factionis manus traditus, uoces improbas et sputa et omnes alias insanae multitudinis contumelias pertulisset. Tum ego respondi habere te quod rei publicae nomine mouereris, quam hinc P. Claudius, hinc Vatinius ac pessimus quisque uenundabat et, caeca cupiditate correpti, non intellegabant se, dum uendunt, et uenire ; pro ipso quidem Catone securum te esse iussi : nullum enim sapientem nec iniuriam accipere nec contumeliam posse, Catonem autem certius exemplar sapientis uiri nobis deos immortales dedisse quam Ulixen et Herculem prioribus saeculis. Hos enim Stoici nostri sapientes pronuntiauerunt, inuictos laboribus et contemptores uoluptatis et uictores omnium terrorum. Cato non cum feris manus contulit, quas consectari uenatoris agrestisque est, nec monstra igne ac ferro persecutus est, nec in ea tempore incidit quibus credi posset caelum umeris unius inniti, excussa iam antiqua credulitate et saeculo ad summam perducto sollertiam. Cum ambitu congressus, multiformi malo, et cum potentiae immensa cupiditate, quam totus orbis in tres diuisus satiare non poterat, aduersus uitia ciuitatis degenerantis et pessum sua mole sidentis stetit solus, et cadentem rem publicam, quantum modo una retrahi manu poterat, tenuit, donec abstractus comitem se diu sustentatae ruinae dedit simulque exstincta sunt quae nefas erat diuidi : neque enim Cato post libertatem uixit, nec libertas post Catonem. Huic tu putas iniuriam fieri potuisse a populo, quod aut praeturam illi detraxit aut togam, quod sacrum illud caput purgamentis oris aspersit ? Tutus est sapiens, nec ulla affici aut iniuria aut contumelia potest.

Videor mihi intueri animum tuum incensum et efferuescentem. Paras acclamare : « Haec sunt quae auctoritatem praeceptis uestris detrahant : magna promittitis et quae ne optari quidem, nedum credi possint ; deinde, ingentia locuti, cum pauperem negastis esse sapientem, non negatis solere illi et seruum et tectum et cibum deesse ; cum sapientem negastis insanire, non negatis et alienari et parum sana uerba emittere et quicquid uis morbi cogit audere ; cum sapientem negastis seruum esse, idem non itis infitias et ueniturum et imperata facturum et domino suo seruilia praestaturum ministeria…

(1) Sénèque s'adresse à Sérénus. y

SENEQUE, De constantia sapientis, II, 1 — III, 1

Haut de la page

Version latine 1999

CORVINUS CONSEILLE AU CONSUL FLAMINIUS DE DIFFERER L'ENGAGEMENT DU LAC TRASIMENE.

heu fatis superi certare minores !

atque hic, egregius linguae nomenque superbum,

Coruinus, Phoebea sedet cui casside fulua

ostentans ales proauitae insignia pugnae,

plenus et ipse deum, et socium terrente pauore 80

immiscet precibus monita atque his uocibus infit :

'Iliacas per te flammas Tarpeiaque saxa,

per patrios, consul, muros suspensaque nostrae

euentu pugnae natorum pignora, cedas

oramus superis tempusque ad proelia dextrum 85

opperiare. dabunt idem camposque diemque

pugnandi : tantum ne dedignare secundos

expectare deos. cum fulserit hora, cruentam

quae stragem Libyae portet, tum signa sequentur

nulla uulsa manu, uescique interritus ales 90

gaudebit, nullosque uomet pia terra cruores.

an te praestantem belli fugit, improba quantum

hoc possit Fortuna loco ? sedet obuius hostis

aduersa fronte, at circa nemorosa minantur

insidias iuga, nec laeua stagnantibus undis 95

effugium patet, et tenui stant tramite fauces.

si certare dolis et bellum ducere cordi est,

interea rapidis aderit Seruilius armis,

cui par imperium et uires legionibus aequae.

bellandum est astu. leuior laus in duce dextrae.' 100

Talia Coruinus, primoresque addere passim

orantum uerba, et diuisus quisque timori<s>

nunc superos, ne Flamin<i>o, nunc deinde precari

Flaminium, ne caelicolis contendere perstet.

acrius hoc accensa ducis surrexerat ira, 105

auditoque furens socias non defore uires

'Sicine nos' inquit 'Boiorum in bella ruentis

spectastis, cum tanta lues uulgusque tremendum

ingrueret, rupesque iterum Tarpeia paueret ?

quas ego tunc animas dextra, quae corpora fudi, 110

irata tellure sata et uix uulnere uitam

reddentis uno ! iacuere ingentia membra

per campos magnisque premunt nunc ossibus arua.

scilicet has sera ad laudes Seruilius arma

adiungat, nisi diuiso uicisse triumpho 115

ut nequeam et decoris contentus parte quiescam ?

SILIUS ITALICUS, Punica, V, 76-116

Haut de la page

Version latine 2000

LE DON DE LA PROPHETIE APPLIQUE A LA POLITIQUE

Vereor, ne desideres officium meum, quod tibi pro nostra et meritorum multorum et studiorum parium coniunctione deesse non debet, sed tamen vereor, ne litterarum a me officium requiras, quas tibi et iampridem et saepe misissem, nisi quotidie melius exspectans gratulationem quam confirmationem animi tui complecti litteris maluissem. Nunc, ut spero, brevi gratulabimur : itaque in aliud tempus id argumentum epistulae differo ; his autem litteris animum tuum, quem minime imbecillum esse et audio et spero, etsi non sapientissimi, at amicissimi hominis auctoritate confirmandum etiam atque etiam puto, nec iis quidem verbis, quibus te consoler ut afflictum et iam omni spe salutis orbatum, sed ut eum, de cuius incolumitate non plus dubitem, quam te memini dubitare de mea ; nam, cum me ex re publica expulissent ii, qui illam cadere posse stante me non putarunt, memini me ex multis hospitibus, qui ad me ex Asia, in qua tu eras, venerant, audire te de glorioso et celeri reditu meo confirmare. Si te ratio quaedam Etruscae disciplinae, quam a patre, nobilissimo atque optimo viro, acceperas, non fefellit, ne nos quidem nostra divinatio fallet, quam cum sapientissimorum virorum monitis atque praeceptis plurimoque, ut tu scis, doctrinae studio, tum magno etiam usu tractandae rei publicae magnaque nostrorum temporum varietate consecuti sumus ; cui quidem divinationi hoc plus confidimus, quod ea nos nihil in his tam obscuris rebus tamque perturbatis umquam omnino fefellit. Dicerem, quae ante futura dixissem, ni vererer, ne ex eventis fingere viderer ; sed tamen plurimi sunt testes me et initio, ne coniungeret se cum Caesare, monuisse Pompeium et postea, ne se diiungeret : coniunctione frangi senatus opes, diiunctione civile bellum excitari videbam, atque utebar familiarissime Caesare, Pompeium faciebam plurimi, sed erat meum consilium cum fidele Pompeio, tum salutare utrique. Quae praeterea providerim, praetereo ; nolo enim hunc de me optime meritum existimare ea me suasisse Pompeio, quibus ille si paruisset, esset hic quidem clarus in toga et princeps, sed tantas opes, quantas nunc habet, non haberet : eundem in Hispaniam censui ; quod si fecisset, civile bellum nullum omnino fuisset. Rationem haberi absentis non tam pugnavi ut liceret, quam ut, quoniam ipso consule pugnante populus iusserat, haberetur. Causa orta belli est : quid ego praetermisi aut monitorum aut querelarum, cum vel iniquissimam pacem iustissimo bello anteferrem ?

CICERON, Ad Familiares, VI, 6

Haut de la page

Version latine 2001

VIVRE SIMPLEMENT

Accipe nunc, victus tenuis quae quantaque secum

adferat. in primis valeas bene ; nam variae res

ut noceant homini credas, memor illius escae,

quae simplex olim tibi sederit. at simul assis

miscueris elixa, simul conchylia turdis,

dulcia se in bilem vertent stomachoque tumultum

lenta feret pitvita. vides, ut pallidus omnis

cena desurgat dubia ? quin corpus onustum

hesternis vitiis animum quoque praegravat una

atque adfigit humo divinae particulam aurae.

alter ubi dicto citius curata sopori

membra dedit, vegetus praescripta ad munia surgit.

hic tamen ad melius poterit transcurrere quondam,

sive diem festum rediens advexerit annus,

seu recreare volet tenuatum corpus, ubique

accedent anni, tractari mollius aetas

imbecilla volet : tibi quidnam accedet ad istam

quam puer et validus praesumis mollitiem, seu

dura valetudo inciderit seu tarda senectus ?

rancidum aprum antiqui laudabant, non quia nasus

illis nullus erat, sed, credo, hac mente, quod hospes

tardius adveniens vitiatum commodius quam

integrum edax dominus consumeret. hos utinam inter

heroas natum tellus me prima tulisset.

das aliquid famae, quae carmine gratior aurem

occupet humanam ? grandes rhombi patinaeque

grande ferunt una cum damno dedecus. adde

iratum patruum, vicinos, te tibi iniquum

et frustra mortis cupidum, cum deerit (1) egenti

as, laquei pretium. 'iure' inquit 'Trausius istis

iurgatur verbis : ego vectigalia magna

divitiasque habeo tribus amplas regibus.' ergo,

quod superat non est melius quo insumere possis ?

cur eget indignus quisquam te divite ? quare

templa ruunt antiqua deum ? cur, inprobe, carae

non aliquid patriae tanto emetiris acervo ?

uni nimirum recte tibi semper erunt res,

o magnus posthac inimicis risus. uterne

ad casus dubios fidet sibi certius ? hic qui

pluribus adsuerit mentem corpusque superbum,

an qui contentus parvo metuensque futuri

in pace, ut sapiens, aptarit idonea bello ?

Derit = deerit

HORACE, Sermones, II, 2, 70-111


Haut de la page

Version Grecque
2001 - 2000 - 1999 - 1998 - 1997 - 1996 - 1995 - 1994 - 1993 - 1992 - 1991 - 1990 - 1989


Thème Latin

Thème Latin (1976)

LA CLEMENCE DE CESAR

Les exemples de sa douceur et de sa clémence envers ceux qui l'avoient offencé, sont infinis ; je dis outre ceux qu'il donna pendant le temps que la guerre civile estoit encore en son progrès, desquels il fait luy-mesmes assez sentir par ses escris qu'il se servoit pour amadouer ses ennemis et leur faire moins craindre sa future domination et sa victoire. Mais si faut il dire que ces exemples là, s'ils ne sont suffisans à nous tesmoigner sa naïve douceur, ils nous montrent au moins une merveilleuse confiance et grandeur de courage en ce personnage. Il luy est advenu souvent de renvoyer des armées toutes entieres à son ennemy apres les avoir vaincues, sans daigner seulement les obliger par serment, sinon de le favoriser, aumoins de se contenir sans luy faire guerre. il a prins à trois et à quatre fois tels capitaines de Pompeius, et autant de fois remis en liberté. Pompeius declaroit ses ennemis tous ceux qui ne l'accompaignoient à la guerre ; et luy, fit proclamer qu'il tenoit pour amis tous ceux qui ne bougeoient et qui ne s'armoyent effectuellement contre luy. A ceux de ses capitaines qui se desroboient de luy pour aller prendre autre condition, il r'envoioit encore les armes, chevaux et equipage. Les villes qu'il avoit prinses par force, il les laissoit en liberté de suyvre tel party qu'il leur plairoit, ne leur donnant autre garnison que la memoire de sa douceur et clemence.

MONTAIGNE.

 

Haut de la page

 

Thème Latin (1977)

Quelquefois on rencontre sur la route un spectre humain qui se chauffe au soleil ou qui se traîne vers sa maison ; cette vue de l'extrême décrépitude et de la mort imminente nous inspire une horreur insurmontable au premier moment ; nous fuyons en disant : « Pourquoi cette chose humaine n'est-elle pas morte ? » Elle aime encore la vie, pourtant ; elle se chauffe au soleil ; elle ne veut pas mourir. Dur chemin pour nos pensées ; la réflexion souvent y trébuche, se blesse, s'irrite, se jette dans un mauvais sentier. C'est bientôt fait.

Comme je cherchais la bonne route, après une vue de ce genre, par discours prudents et tâtonnants, je voyais devant moi un ami tout tremblant de mauvaise éloquence, avec des feux d'enfer dans les yeux. Enfin n éclata : « Tout est misère, dit-il. Ceux qui se portent bien craignent la maladie et la mort, ils y mettent toutes leurs forces ; ils ne perdent rien de leur terreur ; ils la goûtent tout entière. Et voyez ces malades ; ils devraient appeler la mort ; mais point du tout ; ils la repoussent ; cette crainte s ajoute à leurs maux. Vous dites : comment peut-on craindre la mort quand la vie est atroce à ce point-là ? Vous voyez pourtant qu'on peut haïr la mort et la souffrance en même temps ; et voilà comment nous finirons.

Ce qu'il disait lui semblait évident absolument : et, ma foi, j'en croirais bien autant, si je voulais. Il n'est pas difficile d'être malheureux ; ce qui est difficile, c'est d'être heureux ; ce n'est pas une raison pour ne pas l'essayer ; au contraire ; le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles.

ALAIN, Propos sur le bonheur.

Haut de la page

Thème Latin (1978)

SOCRATE CONFIE À SON MÉDECIN COMBIEN SON SAVOIR L'ÉMERVEILLE (1)

Tu es celui qui me fait du bien ou qui tente de m'en faire : mais je veux maintenant ne considérer que celui qui est en possession de me faire ce bien, et d'en faire à bien d'autres que moi. C'est ton art même qui m'est énigme. Je m interroge comment tu sais ce que tu sais, et quel esprit peut être le tien, pour que tu puisses me parler comme tu l'as fait tout à l'heure, sans mensonge et sans présomption, quand tu m'as dit, ou prédit, que je serai guéri demain, et content de mon corps dès la pointe du jour. Je m'émerveille de ce qu'il faut que tu sois, toi et ta médecine, pour obtenir de ma nature ce bienheureux oracle et pressentir son penchant vers le mieux. Ce corps, qui est le mien, se confie donc à toi et non à moi-même, auquel il ne s'adresse que par peines, fatigues et douleurs, qui sont comme les injures et les blasphèmes qu'il peut proférer quand il est mécontent. Il parle à mon esprit comme à une bête, que l'on mène sans explications, mais par violences et outrages ; cependant qu'il te dit clairement ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas, et le pourquoi et le comment de son état. Il est étrange que tu en saches mille fois plus que moi sur moi-même, et que je sois comme transparent pour la lumière de ton savoir, tandis que je me suis tout à fait obscur et opaque. Que dis-je !... Tu vois même ce que je ne suis pas encore, et tu assignes à mon corps un certain bien auquel il doit se rendre, comme sur ton ordre et à tel moment que tu as fixé. »

Paul VALÉRY.

(1) Ne pas traduire ce titre.

Haut de la page

Thème Latin (1979)

LE VICOMTE DE VALMONT À LA MARQUISE DE MERTEUIL (1)

Oui, j'aime à voir, à considérer cette femme prudente, engagée, sans s'en être aperçue, dans un sentier qui ne permet plus de retour et dont la pente rapide et dangereuse l'entraîne malgré elle, et la force à me suivre. Là, effrayée du péril qu'elle court, elle voudrait s'arrêter et ne peut se retenir. Ses soins et son adresse peuvent bien rendre ses pas moins grands ; mais il faut qu'ils se succèdent. Quelquefois, n'osant fixer le danger, elle ferme les yeux, et se laissant aller, s'abandonne à mes soins. Plus souvent, une nouvelle crainte ranime ses efforts : dans son effroi mortel, elle veut tenter encore de retourner en arrière ; elle épuise ses forces pour gravir péniblement un court espace ; et bientôt un magique pouvoir la replace plus près de ce danger, que vainement elle avait voulu fuir. Mors n'ayant plus que moi pour guide et pour appui, sans songer à me reprocher davantage une chute inévitable, elle m'implore pour la retarder. Les ferventes prières, les humbles supplications, tout ce que les mortels, dans leur crainte, offrent à la Divinité, c'est moi qui le reçois d'elle ; et vous voulez que, sourd à ses vœux, et détruisant moi-même le culte qu'elle me rend, j'emploie à la précipiter, la puissance qu'elle invoque pour la soutenir ! Ah ! laissez-moi du moins le temps d'observer ces touchants combats entre l'amour et la vertu.

Eh quoi ! ce même spectacle qui vous fait courir au théâtre avec empressement, que vous y applaudissez avec fureur, le croyez-vous moins attachant dans la réalité ? Ces sentiments d'une âme pure et tendre, qui redoute le bonheur qu'elle désire, et ne cesse pas de se défendre, même alors qu'elle cesse de résister, vous les écoutez avec enthousiasme : ne seraient-ils sans prix que pour celui qui les fait naître ? Voilà pourtant, voilà les délicieuses jouissances que cette femme céleste m'offre chaque jour ; et vous me reprochez d'en savourer les douceurs ! Ah ! le temps ne viendra que trop tôt, où, dégradée par sa chute, elle ne sera plus pour moi qu'une femme ordinaire.

CHODERLOS DE LACLOS, Les liaisons dangereuses, Lettre XCVI.

(1) Le titre n'est pas à traduire

Haut de la page

Thème Latin (1980)

Je n'ai pas besoin de gens qui voient clair, j'ai besoin de gens qui m'approuvent ; c'est à moi de voir clair. Et j'ai besoin d'enthousiastes, c'est-à-dire de gens qui ne voient pas clair. On dit que j'ai abandonné l'Italie pour fuir César. J'ai accepté d'avoir l'air de fuir, d'être méprisé et outragé, j'ai accepté que mon parti eût l'apparence d'un parti rebelle, comparé au gouvernement de Rome, et tout cela pourquoi ? Pour ne pas porter la guerre et ses ravages dans ma patrie. Combien d'autres, à ma place, se fussent sacrifiés comme je l'ai fait ? On dit que je suis vaniteux ; si on me donnait les louanges auxquelles j'ai droit, je n'aurais pas à me les donner moi-même. On dit que je n'ai pas secouru Domitius à Corfinium ; je ne l'ai pas secouru parce qu'il n'avait pas reçu l'ordre de s'enfermer dans Corfinium ; dois-je risquer une armée pour un de mes lieutenants qui a fait une sottise ? Des critiques ! Toujours des critiques ! On dit que César m'assiège ; sa manie de remuer de la terre nous a entourés d'une enceinte débile, plus longue que le pourtour de notre camp, et qu'il tient avec la moitié moins de monde ; je suis ravitaillé par la mer : c'est moi qui l'assiège. César est un voyou ; il n'a pas auprès de lui un homme qu'on puisse nommer, sauf Antoine, encore pire que lui. Cicéron, qui était il y a peu en Italie, me disait avant-hier : « Tous les gens tarés, tous les gens propres à être condamnés et flétris sont de ce côté-là, et presque toute notre triste jeunesse, et presque toute la pègre de la ville. Il ne se trouve pas en Italie un seul être infâme qui manque au rendez-vous de César ». Cicéron s'est décidé à venir avec nous presque uniquement par le dégoût que lui inspirent ceux dont s'entoure César.

MONTHERLANT, La guerre civile.

N.B. : C'est Pompée qui parle ici.

Haut de la page

Thème Latin (1981)

J'ai envie, puisque nous traitons ce sujet, de vous faire ma déclaration sur ce que j'exige de l'amitié et sur ce que j'y veux mettre à mon tour. Reprenez librement ce que vous trouverez à blâmer dans mes règles mais attendez-vous à ne m'en pas voir départir aisément ; car elles sont tirées de mon caractère que je ne puis changer.

Premièrement je veux que mes amis soient mes amis, et non pas mes maîtres ; qu'ils me conseillent sans prétendre me gouverner ; qu'ils aient toutes sortes de droits sur mon cœur, aucun sur ma liberté. Je trouve très singuliers les gens qui sous ce nom prétendent toujours se mêler de mes affaires, sans rien me dire des leurs.

Qu'ils me parlent toujours librement et franchement ; ils peuvent me tout dire hors le mépris, je leur permets tout. Le mépris d'un indifférent m'est indifférent ; mais si je le souffrais d'un ami, j'en serais digne. S'il a le malheur de me mépriser, qu'il ne me le dise pas ; qu'il me quitte ; c'est son devoir envers lui-même. A cela près, quand il me fait ses représentations, de quelque ton qu'il les fasse, il use de son droit ; quand, après l'avoir écouté, je fais ma volonté, j'use du mien ; et je trouve mauvais qu'on me rabâche éternellement sur une chose faîte.

Leurs grands empressements à me rendre mille services dont je ne me soucie point me sont à charge ; j'y trouve un certain air de supériorité qui me déplaît. D'ailleurs, tout le monde en peut faire autant ; j'aime mieux qu'ils m'aiment et se laissent aimer ; voilà ce que les amis seuls peuvent faire. Je m'indigne surtout quand le premier venu les dédommage de moi, tandis que je ne peux souffrir qu'eux au monde. Il n'y a que leurs caresses qui puissent me faire supporter leurs bienfaits.

J.-J. Rousseau, Lettre à Mme d'Epinay.

Haut de la page

Thème Latin (1982)

Je me suis souvent demandé où est la source de cette passion de la liberté politique qui, dans tous les temps, a fait faire aux hommes leS plus grandes choses que l'humanité ait accomplies, dans quels sentiments elle s'enracine et se nourrit.

Je vois bien que, quand les peuples sont mal conduits, ils conçoivent volontiers le désir de se gouverner eux-mêmes mais cette sorte d'amour de l'indépendance, qui ne prend naissance que dans certains maux particuliers et passagers que le despotisme amène, n'est jamais durable elle passe avec l'accident qui l'avait fait naître on semblait aimer la liberté, il se trouve qu'on ne faisait que fait le maître. Ce que haïssent les peuples faits pour être libres, c'est le mal même de la dépendance.

Je ne crois pas non plus que le véritable amour de la liberté soit jamais né de la seule vue des biens matériels qu'elle procure car cette vue vient souvent à s'obscurcir. Il est bien vrai qu'à la longue la liberté amène toujours, à ceux qui savent la retenir, l'aisance, le bien-être, et souvent la richesse mais il y a des temps où elle trouble momentanément l'usage de pareils biens il y en a d'autres où le despotisme seul peut en donner la jouissance passagère. Les hommes qui ne prisent que ces biens-là en elle ne l'ont jamais conservée longtemps.

Certains peuples la poursuivent obstinément à travers toutes sortes de périls et de misères. Ce ne sont pas les biens matériels qu'elle leur donne que ceux-ci aiment alors en elle ils la considèrent elle-même comme un bien si précieux et si nécessaire qu'aucun autre ne pourrait les consoler de sa perte et qu'ils se consolent de tout en la goûtant. D'autres se fatiguent d'elle au milieu de leurs prospérités ils se la laissent arracher des mains sans résistance de peur de compromettre par un effort ce même bien-être qu'ils lui doivent. Que manque-t-il à ceux-là pour rester libres ? Quoi ? le goût même de l'être.

TOCQUEVILLE, L'Ancien Régime et la Révolution.

Haut de la page

Thème Latin (1983)

CONSEILS À UN JEUNE NOBLE, POUR LE DISSUADER D'ENTREPRENDRE UNE CONJURATION (*)

Vous formez aujourd'hui un projet que le plus grand loi de la terre aurait peine à exécuter. Cette pensée naît dans votre esprit de deux faux raisonnements : vous présumez trop de vous-même, et vous ne vous défiez pas assez de vos amis. La jeunesse et l'amour-propre sont de mauvais conseillers : l'une persuade que tout est facile, l'autre que tout nous est dû. Telle est la faiblesse de l'esprit humain : il ne juge point exactement des autres, parce qu'il en juge par rapport à lui plutôt qu'à eux, et qu'il regarde comme ils le peuvent servir, et non pas comme ils le doivent ou comme ils le veulent pour leur intérêt. Le premier engage souvent à prendre de fausses mesures comme on ne fait pas seul une grande affaire et qu'on a besoin de la communiquer à beaucoup de gens, il est très important qu'ils la croient raisonnable et possible, ou autrement celui qui l'entreprendra trouvera peu d'amis qui veuillent suivre sa fortune. Le second n'est pas moins dangereux, parce que, dans les mêmes personnes de qui l'on prétend tirer le plus de secours, on trouve souvent les plus fortes résistances. Prenez donc garde que les grandes lumières que la nature vous a données, et que vous croyez peut-être avec justice pouvoir suppléer au défaut d'expérience, ne vous fassent tomber dans le premier inconvénient, et n'espérez point qu'elles vous acquièrent, dans les esprits les mieux disposés à vous servir, une estime proportionnée à l'exécution d'une affaire si difficile. Mais il n'est pas croyable qu'elles éblouissent vos ennemis jusqu'au point de les empêcher de se servir avec utilité contre vous du prétexte que leur donnera votre jeunesse. Votre naissance et la réputation que vos bonnes qualités vous ont acquise, vos richesses et les secrètes intelligences que vous dites avoir ménagées ne sont pas des fondements si solides que vous pensez. Un homme seul, quelque noblesse, quelques biens, quelque adresse qu'il ait dans le monde, ne peut exécuter une entreprise comme celle-ci et qui compte sur les autres est toujours sujet à se tromper.

(*) ne pas traduire le titre

Cardinal de RETZ, La Conjuration du Comte Jean-Louis de Fiesque.

Haut de la page

Thème Latin (1984)

Vous m'avez donné bien de la peine et du plaisir, je me suis mis à relire le livre de Pline sur les beaux-arts : voilà le plaisir : j'ai vu que vos citations n'étaient pas toujours bien fidèles, que la traduction n'était pas toujours exacte, voilà la peine. J'ai vu que vous aviez osé appeler petit radoteur l'homme du monde qui a le plus d'esprit et de goût. Cette injure n'était fondée que sur une demi-douzaine de lignes aussi faciles à défendre qu'à attaquer et rachetée par une infinité d'excellentes choses ; lorsque j'allais à mon tour commencer ma cérémonie expiatoire, l'auguste fantôme m'est apparu, il avait l'air tranquille et serein, il a jeté un coup d'œil sur vos observations, il a souri et a disparu.

Pline suit les progrès de l'art, Olympiade par Olympiade. Il distribue des éloges selon qu'il y a plus ou moins contribué par quelques vues nouvelles. Pour moi qui pense que tout tient à la première étincelle, qu'on doit quelquefois plus à une erreur singulière qu'à une vérité commune, qui compare la multitude des âmes serviles au petit nombre des têtes hardies qui s'affranchissent de la routine, et qui connais un peu par expérience la rapidité de la pente générale, je dis : le premier qui imagina de pétrir entre ses doigts un morceau de terre et d'en faire l'image d'un homme ou d'un animal, eut une idée de génie ; ceux qui le suivirent et qui perfectionnèrent son invention, méritent aussi quelque éloge. Si vous pensez autrement, c'est moi qui ai tort.

Vous êtes artiste ; Pline ne l'est pas : croyez-vous de bonne foi que Si vous aviez eu un compte rapide à rendre d'un aussi grand nombre d'artistes et d'ouvrages, vous vous en seriez mieux tiré que lui ?

DIDEROT, Lettre à Falconet, 5 août 1766.

Haut de la page

Thème Latin (1985)

Qu'on mette d'un côté cinquante mille hommes en armes, d'un autre autant : qu'on les range en bataille ; qu'ils viennent à se joindre, les uns libres, combattant pour leur franchise, les autres pour la leur ôter : auxquels promettra-t'on par conjecture la victoire ? Lesquels pensera-l'on qui plus gaillardement iront au combat, ou ceux qui espèrent pour guerdon1 de leurs peines l'entretènemcnt2 de leur liberté, ou ceux qui ne peuvent attendre autre loyer3 des coups qu'il donnent ou qu'ils reçoivent que la servitude d'autrui ? Les uns ont toujours devant les yeux le bonheur de la vie passée, l'attente de pareil aise à l'avenir ; il ne leur souvient pas tant de ce peu qu'ils endurent le temps que dure une bataille, comme de ce qu'il leur conviendra à jamais endurer, à eux, à leurs enfants et à toute la postérité. Les autres n'ont rien qui les enhardie qu'une petite pointe de convoitise qui se rebouche4 soudain contre le danger et qui ne peut être si ardente qu'elle ne se doive, ce semble, ~teindre par la moindre goutte de sang qui sorte de leurs plaies. Aux batailles tant renommées de Miltiade, de Léonide, de Thémistocle, qui ont été données deux mille ans y a et qui sont encore aujourd'hui aussi fraîches en la mémoire des livres et des hommes comme Si c'eût été l'autre hier, qui furent données en Grèce pour le bien des Grecs et pour l'exemple de tout le monde, qu'est-ce qu'on pense qui donna à Si petit nombre de gens comme étaient les Grecs, non le pouvoir, mais le cœur de soutenir la force de navires que la mer même en était chargée, de défaire tant de nations, qui étaient en Si grand nombre que l'escadron des Grecs n'eût pas fourni, s'il eût fallu, des capitaines aux armes, des ennemis, sinon qu'il semble qu'a ces glorieux jours-là ce n'était pas tant la bataille des Grecs contre les Perses, comme la victoire de la liberté sur la domination, de la franchise sur la convoitise ?

1. Guerdon = récompense

2. Entretènement = entretien ou maintien

3. Loyer = contrepartie

4. Se reboucher = s'émousser

LA BOÉTIE. De la servitude volontaire.

Haut de la page

Thème Latin (1986)

LA METHODE EST NECESSAIRE POUR LA RECHERCHE DE LA VERITE

Les mortels sont possédés d'une si aveugle curiosité que souvent ils conduisent leur esprit par des voies inconnues, sans aucun motif d'espérance, mais seulement pour voir si ce qu'ils cherchent n'y serait pas, comme quelqu'un qui brûlerait d'une envie si folle de d'ouvrir un trésor, qu'il parcourrait sans cesse les chemins, cherchant si par hasard il ne trouverait pas quelque chose qui aurait été perdu par un voyageur. Ainsi travaillent presque tous les chimistes, la plupart des géomètres et beaucoup de philosophes en vérité je ne nie pas que parfois ils n'aillent ainsi à l'aventure avec assez de bonheur pour trouver quelque vérité ; ce n'est pas une raison cependant pour que je reconnaisse qu'ils sont plus habiles, mais seulement qu'ils sont plus heureux. Il est pourtant bien préférable de ne jamais chercher la vérité sur aucune chose, plutôt que de le faire sans méthode car il est très certain que ces études désordonnées et ces méditations obscures troublent la lumière naturelle et aveuglent l'esprit ; et tous ceux qui ont ainsi coutume de marcher dans les ténèbres diminuent tellement l'acuité de leur regard qu'ensuite ils ne peuvent plus supporter la pleine lumière chose que confirme encore l'expérience, puisqu'on voit bien souvent que ceux qui n'ont jamais donné leur soin à l'étude des lettres, jugent beaucoup plus solidement et clairement sur ce qui se présente à eux, que ceux qui ont toujours fréquenté les écoles.

DESCARTES, Règles pour la direction de l'esprit.

Haut de la page

Thème Latin (1987)

SUR LA MULTIPLICITE DES LOIS (1)

Si l'on me demandait quel est le plus vicieux de tous les peuples, je répondrais sans hésiter que c'est celui qui a le plus de lois. La volonté de bien faire supplée à tout, et celui qui sait écouter la loi de sa conscience n'en a guères besoin d'autres, mais la multitude des lois annonce deux choses également dangereuses et qui marchent presque toujours ensemble, savoir que les lois sont mauvaises et qu'elles sont sans vigueur. Si la loi était assez claire elle n'aurait pas besoin sans cesse de nouvelles interprétations, ou de nouvelles modifications si elle était assez sage ; et si elle était aimée et respectée, on ne verrait pas ces funestes et odieuses contentions entre les citoyens pour l'éluder et le souverain pour la maintenir. Ces multitudes effroyables d'édits et de déclarations qu'on voit émaner journellement de certaines cours ne font qu'apprendre à tous que le peuple méprise avec raison la volonté de son souverain et l'exciter à la mépriser encore davantage en voyant qu'il ne sait lui-même ce qu'il veut. Le premier précepte de la loi doit être de faire aimer tous les autres mais ce n'est ni le fer ni le feu qui font observer celui-là, et pourtant sans celui-là, tous les autres servent de peu ; car on prêche inutilement celui qui n' a nul désir de bien faire.

Appliquons ces principes à toutes nos lois, il nous sera facile d'assigner le degré d'estime qu'on doit à ceux qui les ont rédigées et à ceux pour qui elles ont été faites.

(1) ne pas traduire le titre.

J.-J. ROUSSEAU, Fragments politiques (Des lois).

Haut de la page

Thème Latin (1988)

RÉFLEXIONS SUR LE SUBLIME DANS L'HISTORIOGRAPHIE (1)

Comme tout ce qui s'est fait sous son règne tient beaucoup du miracle et du prodige, il (2) n'a pas trouvé mauvais qu'au milieu de tant d'écrivains célèbres, qui s'apprêtent à l'envi à peindre ses actions dans tout leur éclat et avec tous les ornements de l'éloquence la plus sublime, un homme sans fard, accusé plutôt de trop de sincérité que de flatterie, contribuât de son travail et de ses conseils à bien mettre en jour, et dans toute la naïveté du style le plus simple, la vérité de ses actions, qui, étant si peu vraisemblables d'elles-mêmes, ont bien plus besoin d'être fidèlement écrites, que fortement exprimées.

En effet, Messieurs, lorsque des orateurs et des poètes, ou des historiens même aussi entreprenants quelquefois que les poètes et les orateurs, viendront à déployer sur une matière si heureuse toutes les hardiesses de leur art, toute la force de leurs expressions ; quand ils diront de Louis le Grand, à meilleur titre qu'on ne l'a dit d'un fameux capitaine de l'antiquité, qu'il a lui seul fait plus d'exploits que les autres n'en ont lu ; qu'il a pris plus de villes que les autres rois n'ont souhaité d'en prendre quand ils assureront qu'il n'y a point de potentat sur la terre, quelque ambitieux qu'il puisse être, qui, dans les vœux secrets qu'il fait au ciel, ose lui demander autant de prospérités et de gloire que le ciel en a accordé libéralement à ce prince ; quand ils écriront que sa conduite est maîtresse des événements ; que la Fortune n'oserait contredire ses desseins ; quand ils le peindront à la tête de ses armées, marchant à pas de géant au travers des fleuves et des montagnes, foudroyant les remparts, brisant les rocs, terrassant tout ce qui s'oppose à sa rencontre ces expressions paraîtront sans doute grandes, riches, nobles, accommodées au sujet mais, en les admirant, on ne se croira pas obligé d'y ajouter foi.

1. Ne pas traduire le titre

2. Il désigne le roi.

BOILEAU, Remerciements à Messieurs de l'Académie française, 1684.

Haut de la page

Thème Latin (1989)

QUE LES POLITIQUES ONT FOMENTÉ LA SUPERSTITION DES PRÉSAGES (1)

La politique s'est aussi mêlée de faire valoir les présages afin d'avoir de bonnes ressources, ou pour intimider les sujets, ou pour les remplir de confiance. Si les soldats romains eussent été des esprits forts, Drusus fils de Tibère n'eût pas eu le bonheur de calmer la mutinerie des légions de la Pannonie, qui ne gardaient plus aucune mesure. Mais une éclipse qui survint fort à propos étonna tellement ces mutins, que Drusus qui se prévalut en habile homme de leur terreur panique, en fit tout ce qu'il voulut. Une éclipse de lune épouvanta si fort l'armée d'Alexandre le Grand, quelques jours avant la bataille d'Arbelles, que les soldats s'imaginant que le ciel leur donnait des marques de son courroux, ne voulaient point passer outre. Leurs murmures allaient à une sédition tout ouverte, lorsqu'Alexandre fit commandement aux devins égyptiens, qui étaient les mieux versés en la science des astres, de dire leur sentiment sur cette éclipse en présence des officiers de l'armée. Les devins, sans s'amuser à expliquer le secret de leur physique, qu'ils tenaient caché au vulgaire, se contentèrent d'assurer au roi que le soleil était pour les Grecs, et la lune pour les Perses, et qu'elle ne s'éclipsait jamais, qu'elle ne les menaçât de quelque calamité sur quoi ils rapportèrent plusieurs exemples des rois de Perse, qui après les éclipses de lune avaient eu les dieux contraires lorsqu'ils avaient combattu. « Rien n'est si puissant, poursuit Q. Curce, que la superstition pour tenir en bride la populace. Quelque effrénée et inconstante qu'elle soit, si elle a une fois l'esprit frappé d'une vaine image de religion, elle obéira mieux à des devins, qu'à ses chefs. »

(1) Ne pas traduire le titre.

Pierre BAYLE, Pensées diverses sur la comète.

Haut de la page

Thème Latin (1990)

FAUT-IL TRAITER DE PHILOSOPHIE EN LANGUE VULGAIRE ? (1)

Je suis à peu près dans le même cas où se trouva Cicéron, lorsqu'il entreprit de mettre en sa langue des matières de philosophie qui, jusque-là, n'avaient été traitées qu'en grec. Il nous apprend qu'on disait que ses ouvrages seraient fort inutiles, parce que ceux qui aimaient la philosophie, s'étant bien donné la peine de la chercher dans les livres grecs, négligeraient après cela de la voir dans les livres latins, qui ne seraient pas originaux ; et que ceux qui n'avalent pas de goût pour la philosophie ne se souciaient de la voir ni en latin ni en grec.

À cela il répond qu'il arriverait tout le contraire ; que ceux qui n'étaient pas philosophes seraient tentés de le devenir, par la facilité des livres latins ; et que ceux qui l'étaient déjà par la lecture des livres grecs seraient bien aises de voir comment ces choses-là avaient été maniées en latin.

Cicéron avait raison de parler ainsi. L'excellence de son génie, et la grande réputation qu'il avait déjà acquise. lui garantissaient le succès de cette nouvelle sorte d'ouvrages qu'il donnait au public mais moi, je suis bien éloigné d'avoir les mêmes sujets de confiance dans une entreprise presque pareille à la sienne... Si on me dit à peu près, comme à Cicéron, qu'un pareil ouvrage n'est propre ni aux savants, qui n'y peuvent rien apprendre, ni aux gens du monde, qui n'auront point envie d'y rien apprendre, je n'ai garde de répondre ce qu'il répondit. Il se peut bien qu'en cherchant un milieu où la philosophie convînt à tout le monde, j'en aie trouvé un où elle ne convienne à personne ; les milieux sont trop difficiles à tenir, et je ne crois pas qu'il me prenne envie de prendre une seconde fois la même peine.

(1) Ne pas traduire le titre.

FONTENELLE, Préface à l'Entretien sur la pluralité des mondes.

Haut de la page

Thème Latin (1991)

COMMENT PUIS-JE PENSER ?

J'ai essayé de découvrir [...] si les mêmes ressorts qui me font digérer, qui me font marcher, sont ceux par lesquels j'ai des idées. Je n'ai jamais pu concevoir comment et pourquoi ces idées s'enfuyaient quand la faim faisait languir mon corps, et comment elles renaissaient quand j'avais mangé.

J'ai vu une si grande différence entre des pensées et de la nourriture, sans laquelle je ne penserais point, que j'ai cru qu'il y avait en moi une substance qui raisonnait, et une autre substance qui digérait. Cependant, en cherchant toujours à me prouver que nous sommes deux, j'ai senti grossièrement que je suis un seul ; et cette contradiction m'a toujours fait une extrême peine.

J'ai demandé à quelques-uns de mes semblables, qui cultivent la terre, notre mère commune, avec beaucoup d'industrie, s'ils sentaient qu'ils étaient deux, s'ils avaient découvert par leur philosophie qu'ils possédaient une substance immortelle et cependant formée de rien, existante sans étendue, agissant sur leurs nerfs sans y toucher. envoyée expressément dans le ventre de leur mère six semaines après leur conception ils ont cru que je voulais rire, et ont continué à labourer leur champ sans me répondre.

Voyant donc qu'un nombre prodigieux d'hommes n'avait pas seulement la moindre idée des difficultés qui m'inquiètent et ne se doutait pas de ce qu'on dit dans les écoles, de l'être en générai, de la matière, de l'esprit, etc. : voyant même qu'ils se moquaient souvent de ce que je voulais le savoir, j'ai soupçonné qu'il n'était point du tout nécessaire que nous le sussions. J'ai pensé que la nature a donné à chaque être la portion qui lui convient ; et j'ai cru que les choses auxquelles nous ne pouvions atteindre ne sont pas de notre partage. Mais, malgré ce désespoir, je ne laisse pas de désirer d'être instruit, et ma curiosité trompée est toujours insatiable.

VOLTAIRE, Le Philosophe ignorant.

Haut de la page

Thème Latin (1992)

DE L'ESPRIT DES JOLIES FEMMES1

Nous autres jolies femmes (car j'ai été de ce nombre), personne n'a plus d'esprit que nous quand nous en avons un peu ; les hommes ne savent plus alors la valeur de ce que nous disons en nous écoutant parler, ils nous regardent, et ce que nous disons profite de ce qu'ils voient.

J'ai vu une jolie femme dont la conversation passait pour un enchantement. Personne au monde ne s'exprimait comme elle ; c'était la vivacité, c'était la finesse même qui parlait. La petite vérole lui vint, elle en fut extrêmement marquée ; quand la pauvre femme reparut, ce n'était plus qu'une babillarde incommode. Vous voyez combien auparavant elle avait emprunté d'esprit de son visage Il se pourrait bien faire que le mien m'en eût prêté aussi dans le temps qu'on m'en trouvait beaucoup. Je me souviens de mes yeux de ce temps-là, et je crois qu'ils avaient plus d'esprit que moi.

Combien de fois me suis-je surprise à dire des choses qui auraient eu bien de la peine à passer toutes seules ! Sans le jeu d'une physionomie friponne qui les accompagnait, on ne m'aurait pas applaudie comme on faisait, et si une petite vérole était venue réduire cela à ce que cela valait, franchement, je pense que j'y aurais perdu beaucoup.

Il n'y a pas plus d'un mois, par exemple, que vous me parliez encore d'un certain jour (et il y a douze ans que ce jour est passé) où, dans un repas, on se récria tant sur ma vivacité ; eh bien en conscience, je n'étais qu'une étourdie Croiriez-vous que je l'ai été souvent exprès, pour voir jusqu'où va la duperie des hommes avec nous ?

MARIVAUX, La Vie de Marianne.

Haut de la page

Thème Latin (1993)

Les Suisses commercent de soldats comme les Hollandais d'épicerie : mais ils ont tous réellement une patrie, au sein de laquelle ils sont sûrs de trouver protection, tranquillité et liberté. Leurs yeux sont souillés du spectacle de la servitude de l'Europe ; mais ils ont préservé leur constitution et leurs mœurs. C'est à la Suisse qu'on peut appliquer ce qu'un historien a dit autrefois de la république romaine « qu'il n'y en a jamais eu une qui ait conservé plus long-temps sa grandeur et son innocence, où la pudeur, la frugalité, la modestie, compagnes d'une généreuse et respectable pauvreté, aient été plus long-temps en honneur et où la contagion du luxe, de l'avarice et des autres passions qui accompagnent les richesses ait pénétré plus tard ».

Heureux, cent fois heureux ces peuples respectables, s'ils n'échangent point cette solide prospérité, cette inestimable médiocrité contre un bonheur illusoire, factice et destructeur ! heureux, si le luxe ne vient point altérer leurs principes et corrompre leurs mœurs ! si la jalousie ne prend pas chez eux la place de l'émulation ! heureux enfin si la disproportion des forces et la rivalité des différents membres de cette belle assemblée, agitée sans cesse par des intrigues républicaines, ne renversent pas bientôt l'édifice de leur liberté et ne troublent pas du moins leur sage et paisible constitution ! Que le sort de la Grèce, cette république fédérative si florissante, inspire à la Suisse une salutaire méfiance ! L'orgueil d'Athènes et la jalousie des Grecs bannirent pour jamais la liberté de ces contrées si long-temps fortunées.

MIRABEAU, Essai sur le Despotisme.

Haut de la page

Thème Latin (1994)

TRÈS HUMBLE REMONTRANCE AUX INQUISITEURS D'Espagne ET DE PORTUGAL

Une Juive de dix-huit ans, brûlée à Lisbonne au dernier auto-da-fé, donna occasion à ce petit ouvrage ; et je crois que c'est le plus inutile qui ait jamais été écrit (1).

Quand il s'agit de prouver des choses si claires, on est sûr de ne pas convaincre.

L'auteur déclare que, quoiqu'il soit Juif, il respecte la religion chrétienne, et qu'il l'aime assez pour ôter aux princes qui ne seront pas chrétiens un prétexte plausible pour la persécuter.

« Vous vous plaignez, dit-il aux inquisiteurs, de ce que l'empereur du Japon fait brûler à petit feu tous les chrétiens qui sont dans ses États mais il vous répondra : Nous vous traitons, vous qui ne croyez pas comme nous, comme vous traitez vous-mêmes ceux qui ne croient pas comme vous : vous ne pouvez vous plaindre que de votre faiblesse, qui vous empêche de nous exterminer, et qui fait que nous vous exterminons.

« Mais il faut avouer que vous êtes bien plus cruels que cet empereur. Vous nous faites mourir, nous qui ne croyons que ce que vous croyez, parce que nous ne croyons pas tout ce que vous croyez. Nous suivons une religion que vous savez vous-mêmes avoir été autrefois chérie de Dieu : nous pensons que Dieu l'aime encore, et vous pensez qu'il ne l'aime plus et parce que vous jugez ainsi, vous faites passer par le fer et par le feu ceux qui sont dans cette erreur si pardonnable, de croire que Dieu aime encore ce qu'il a aimé.

« Si vous êtes cruels à notre égard, vous l'êtes bien plus à l'égard de nos enfants vous les faites brûler, parce qu'ils suivent les inspirations que leur ont données ceux que la loi naturelle et les lois de tous les peuples leur apprennent à respecter comme des dieux ».

(1) Ne pas traduire le titre ni cet incipit.

MONTESQUIEU, L'Esprit des lois.

Haut de la page

Thème Latin (1995)

SENEQUE A-T-IL EU TORT D'ENCOURAGER LES AMOURS DE NERON ET DE SON AFFRANCHIE ACTE ? (1)

Il me semble voir un de nos pudiques censeurs arracher la jeune esclave du lit de son maître ; il me semble entendre la mère de celui-ci lui applaudir, l'encourager et lui dire : « Fort bien ; chassez cette petite courtisane, et envoyez-moi mon fils que j'aime tendrement, comme vous savez, afin que je le console et lui pardonne un goût qui me choquait, et qui croisait mes desseins honnêtes. »

Mais je suppose que, par le plus absurde usage de son éloquence, Sénèque eût fait renvoyer la courtisane et jeté le fils entre les bras de sa mère ; alors que n'eût-on pas dit ? et je demande quel est l'homme d'une assez étonnante pénétration pour soupçonner qu'en prévenant un inceste, il accélérerait un parricide ? S'il fallait que Néron couchât avec sa mère ou qu'il la tuât, je demande de ces deux crimes quel est celui qu'il fallait préférer ? Mais, censeurs, ne vous tourmentez pas autour de ce cas de conscience ; ce sont les imprudences d'Agrippine, ce fut son ambition, et non le dégoût de Néron, qui la perdirent. Le fruit de l'innocent artifice de Sénèque est évident, et j'ignore encore, je l'avoue, quel eût été celui d'une conduite opposée, si ce n'est peut-être qu'après avoir couché avec la femme impudique, Néron eût ensuite assassiné la mère ambitieuse : celui qui promena ses regards lascifs sur le cadavre d'Agrippine était capable de ces deux crimes. Dans cette circonstance, s'il y avait eu quelques reproches à faire à Sénèque et à Burrhus, la furibonde Agrippine les leur aurait-elle épargnés ?

(1) Ne pas traduire le titre.

Denis DIDEROT, Essai sur les règnes de Claude et de Néron.

Haut de la page

Thème Latin (1996)

Monsieur,

J'ai compris, à la suite de certaine découverte que j'ai faite par hasard cet après-midi, que je dois cesser de vous considérer comme mon père, et c'est pour moi un immense soulagement. En me sentant si peu d'amour pour vous, j'ai longtemps cru que j'étais un fils dénaturé ; je préfère savoir que je ne suis pas votre fils du tout. Peut-être estimez-vous que je vous dois la reconnaissance pour avoir été traité par vous comme un de vos enfants ; mais d'abord j'ai toujours senti entre eux et moi votre différence d'égards, et puis tout ce que vous en avez fait, je vous connais assez pour savoir que c'était par horreur du scandale, pour cacher une situation qui ne vous faisait pas beaucoup honneur - et enfin parce que vous ne pouviez faire autrement. Je préfère partir sans revoir ma mère, parce que je craindrais, en lui faisant mes adieux définitifs, de m'attendrir et aussi parce que devant moi, elle pourrait se sentir dans une fausse situation - ce qui me serait désagréable. Je doute que son affection pour moi soit bien vive ; comme j'étais le plus souvent en pension, elle n'a guère eu le temps de me connaître, et comme ma vue lui rappelait sans cesse quelque chose de sa vie qu'elle aurait voulu effacer, je pense qu'elle me verra partir avec soulagement et plaisir. Dites-lui, si vous en avez le courage, que je ne lui en veux pas de m'avoir fait bâtard ; qu'au contraire, je préfère ça à savoir que je suis né de vous. (Excusez-moi de parler ainsi ; mon intention n'est pas de vous écrire des insultes ; mais ce que j'en dis va vous permettre de me mépriser, et cela vous soulagera.)

André GIDE, Les Faux-Monnayeurs.

Haut de la page

Thème Latin (1997)

Les habitants de l'Empire avaient-ils le sentiment d'être « romains » ? Ou bien se considéraient-ils comme des sujets, confinés et retenus dans la servitude par la violence ? Il est impossible de donner à cette question une réponse simple et valable pour tous les temps et aussi pour toutes les classes sociales. Un riche bourgeois de Milet ou de Saintes se sentait certainement plus proche d'un sénateur romain qu'un paysan grec d'un cultivateur italien. Mais il est sûr aussi que Rome ne connut que peu de révoltes nationales. Dans la mesure où les provinciaux accédaient - et ils y accédèrent de plus en plus largement - aux privilèges juridiques des citoyens romains, ils avaient le sentiment d'être vraiment des « Romains » avant d'être des Gaulois ou des Numides. Le cadre de la nation, qui nous semble si fondamental, existait à peine, ce n'était le plus souvent qu'une notion vague, sans efficace pratique.

Une fois maîtres de la Grèce, les Romains eurent pour premier soin de proclamer la libération des cités hellènes. Les historiens modernes accusent volontiers d'hypocrisie ces conquérants « libérateurs » et soulignent que cette prétendue liberté était en fait un esclavage puisque Rome demeurait suzeraine et arbitre. Cependant, il faut bien reconnaître que la conquête romaine restaura effectivement sinon la liberté pleine et entière des cités, du moins leur autonomie. Le régime romain ne ressemblait en rien à celui qu'avaient instauré les souverains hellénistiques successeurs d'Alexandre. Tandis que les rois de Macédoine avaient purement et simplement annexé les anciennes cités en les intégrant à leur royaume, elles et leur territoire, les Romains se bornèrent à les fédérer à l'Empire. Athènes, Sparte et cent autres retrouvèrent leurs lois.

Pierre GRIMAL, La Civilisation romaine, Paris, Arthaud, 1960.

Haut de la page

Thème Latin (1998)

Notre langue, étonnamment saine et expressive, même en son fonds moyen et dans ses limites ordinaires, m1apparaissait comme inépuisable en ressources. Je la comparais à un sol excellent, tout borné qu'il est, que l'on peut indéfiniment exploiter dans sa profondeur, sans avoir besoin de l'étendre, propre à donner tout ce qu'on veut de lui, à la condition qu'on y creuse.

Ces remarques, assez inutiles s'il se fût agi d'un livre où l'idée domine, où le raisonnement est l'allure ordinaire de l'esprit, devenaient autant de précautions nécessaires dans une suite de récits et de tableaux visiblement puisés aux souvenirs d'un peintre. Ce que sa mémoire avec des habitudes spéciales, ce que son oeil avec plus d'attention, de portée et de facettes, avaient retenu de sensations pendant le cours d'un long voyage en pleine lumière, il essayait de l'approprier aux convenances de la langue écrite. Il transposait à peu près comme fait un musicien, en pareil cas. Il aurait voulu que tout se vît sans offusquer la vue, sans blesser le goût ; que le trait fût vif, sans insistance de main ; que le coloris fût léger plutôt qu'épais ; souvent que l'émotion tînt lieu de l'image.

Ces deux livres terminés, à deux ans de distance et pour ainsi dire écrits d'une haleine, je les publiai comme ils étaient venus, sans y regarder de trop près. Les défauts qui sautent aux yeux, je les apercevais, même avant qu'on me les signalât. Soit à dessein, soit par impuissance de me corriger, je n'en fis pas disparaître un seul ; et le public voulut bien n'y voir qu'un manque excusable de maturité.

On fit à ces deux livres un bon accueil. Je dirais que l'accueil fut inespéré, Si je ne craignais de manquer de mesure, pour ne pas manquer de reconnaissance.

Eugène Fromentin, Un été dans le Sahara, Préface.

Haut de la page

Thème Latin (1999)

Ce n'est pas une nécessité de ne mettre que les infortunes des rois sur le théâtre. Celles des autres hommes y trouveraient place, s'il leur en arrivait d'assez illustres, et d'assez extraordinaires pour la mériter, et que l'histoire prit assez de soin d'eux pour nous les apprendre. Scédase n'était qu'un paysan de Leuctres, et je ne tiendrais pas la sienne indigne d'y paraître, Si la pureté de notre scène pouvait souffrir qu'on y parlât du violemment effectif de ses deux filles, après que l'idée de la prostitution n'y a pu être soufferte dans la personne d'une sainte qui en fut garantie (1).

Pour nous faciliter les moyens de faire naître cette pitié et cette crainte, où Aristote semble nous obliger, il nous aide à choisir les personnes et les événements qui peuvent exciter l'une et l'autre... En premier lieu, il ne veut point qu'un homme fort vertueux y tombe de la félicité dans le malheur, et soutient que cela ne produit ni pitié ni crainte, parce que c'est un événement tout à fait injuste. Quelques interprètes poussent la force de ce mot grec miaron, qu'il fait servir d'épithète à cet événement jusqu'à le rendre par celui d'abominable. A quoi j'ajoute qu'un tel succès excite plus d'indignation et de haine contre celui qui fait souffrir que de pitié pour celui qui souffre, et qu'ainsi ce sentiment, qui n'est pas le propre de la tragédie, à moins que d'être bien ménagé, peut étouffer celui qu'elle doit produire, et laisser l'auditeur mécontent par la colère qu'il remporte, et qui se mêle à la compassion qui lui plairait, s'il la remportait seule.

Corneille, Discours de la tragédie, 1660.

(1) Corneille fait ici allusion à Théodore, vierge et martyre.

Haut de la page

Thème Latin (2000)

Il était une fois une reine qui accoucha d'un fils si laid et si mal fait qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine. Une fée qui se trouva à sa naissance assura qu'il ne laisserait pas d'être aimable, parce qu'il aurait beaucoup d'esprit ; elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don qu'elle venait de lui faire, donner autant d'esprit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux. Tout cela consola un peu la pauvre reine, qui était bien affligée d'avoir mis au monde un si vilain marmot*. Il est vrai que cet enfant ne commença pas plus tôt à parler qu'il dit mille jolies choses, et qu'il avait dans toutes ses actions je ne sais quoi de si spirituel qu'on en était charmé.

Au bout de sept ou huit ans la reine d'un royaume voisin accoucha de deux filles. La première qui vint au monde était plus belle que le jour : la reine en fut si aise qu'on appréhenda que la trop grande joie qu'elle en avait ne lui fît mal. La même fée était présente, et, pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n'aurait point d'esprit, et qu'elle serait aussi stupide qu'elle était belle. Cela mortifia beaucoup la reine ; mais elle eut quelques moments après un bien plus grand chagrin, car la seconde fille dont elle accoucha se trouva extrêmement laide. « Ne vous affligez point, Madame, lui dit la fée ; votre fille sera récompensée d'ailleurs, et elle aura tant d'esprit qu'on ne s'apercevra presque pas qu'il lui manque de la beauté. - Dieu le veuille, répondit la reine, mais n'y aurait-il pas moyen de faire avoir un peu d'esprit à l'aînée qui est si belle ? »

Charles Perrault, Riquet à la houppe, 1694

* marmot : traduire par singe.

Haut de la page

Thème Latin (2001)

Hadrien rêve sur Rome

Rome n'est plus dans Rome : elle doit périr, ou s 'égaler désormais à la moitié du monde. Ces toits, ces terrasses, ces îlots de maisons que le soleil couchant dore d'un Si beau rose ne Sont plus, comme au temps de nos rois, craintivement entourés de remparts ; j'ai reconstruit moi-même une bonne partie de ceux-ci le long des forêts germaniques et sur les landes bretonnes. Chaque fois que j'ai regardé de loin, au détour de quelque route ensoleillée, une acropole grecque, et sa ville parfaite comme une fleur, reliée à sa colline comme le calice à sa tige, je sentais que cette plante incomparable était limitée par sa perfection même, accomplie sur un point de l'espace et dans un segment de temps. Sa seule chance d'expansion, comme celle des plantes, était sa graine : la semence d'idées dont la Grèce a fécondé le monde. Mais Rome plus lourde, plus informe, plus vaguement étalée dans sa plaine au bord de son fleuve, s'organisait vers des développements plus vastes : la cité est devenue l'État. J'aurais voulu que l'État s'élargît encore, devînt ordre du monde, ordre des choses. Des vertus qui suffisaient pour la petite ville des sept collines auraient à s'assouplir, à se diversifier, pour convenir à toute la terre. Rome, que j'osai le premier qualifier d'éternelle, s'assimilerait de plus en plus aux déesses mères des cultes d'Asie progénitrice des jeunes hommes et des moissons, serrant contre son sein des lions et des ruches d'abeilles. Mais toute création humaine qui prétend à l'éternité doit s'adapter au rythme changeant des grands objets naturels, s'accorder au temps des astres.

Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien.

Haut de la page

Thème Latin (2002)

Madame de Clèves aime Monsieur de Nemours ; parce qu'il s'est blessé lors d'une partie de paume, elle a laissé paraître l'intérêt qu'elle lui porte, scène dont fut témoin aussi le chevalier de Guise. Madame la Dauphine vient de remettre à Madame de Clèves une lettre tombée de la poche de Monsieur de Nemours.

Traduire en latin le texte suivant

Mme de Clèves (1) lut cette lettre et la relut plusieurs fois, sans savoir néanmoins ce qu'elle avait lu. Elle voyait seulement que M. de Nemours (1) ne l'aimait pas comme elle l'avait pensé et qu'il en aimait d'autres qu'il trompait comme elle. Quelle vue et quelle connaissance pour une personne de son humeur, qui avait une passion violente, qui venait d'en donner des marques à un homme qu'elle en jugeait indigne et à un autre qu'elle maltraitait pour l'amour de lui ! Jamais affliction n'a été si piquante et si vive : il lui semblait que ce qui faisait l'aigreur de cette affliction était ce qui s'était passé dans cette journée et que, si M. de Nemours n'eût point eu lieu de croire qu'elle l’aimait, elle ne se fût pas souciée qu'il en eût aimé une autre. Mais elle se trompait elle-même ; et ce mal, qu'elle trouvait si insupportable, était la jalousie avec toutes les horreurs dont elle peut être accompagnée. Elle voyait par cette lettre que M. de Nemours avait une galanterie depuis longtemps. Elle trouvait que celle qui avait écrit la lettre avait de l'esprit et du mérite ; elle lui paraissait digne d'être aimée ; elle lui trouvait plus de courage qu'elle ne s'en trouvait à elle-même et elle enviait la force qu'elle avait eue de cacher ses sentiments à M. de Nemours. Elle voyait, par la fin de la lettre, que cette personne se croyait aimée ; elle pensait que la discrétion que ce prince lui avait fait paraître, et dont elle avait été si touchée, n'était peut-être que l'effet de la passion qu'il avait pour cette autre personne à qui il craignait de déplaire. Enfin elle pensait tout ce qui pouvait augmenter son affliction et son désespoir.

MADAME DE LAFAYETTE, La Princesse de Clèves, 1678.

(1) On traduira par convention Mme de Clèves par haec, M. de Nemours par ille.

Haut de la page


Thème Grec

Thème Grec 1976

LE RECOURS À LA FORCE N'EST PAS LE MEILLEUR MOYEN D'OBTENIR L'OBÉISSANCE (1)

Si les politiques étoient moins aveuglés par leur ambition, ils verroient combien il est impossible qu'aucun établissement quel qu'il soit puisse marcher selon l'esprit de son institution, s'il n'est dirigé selon la loi du devoir ; ils sentiroient que le plus grand ressort de l'autorité publique est dans le cœur des citoyens, et que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du gouvernement. Non seulement il n'y a que des gens de bien qui sachent administrer les lois, mais il n'y a dans le fond que d'honnêtes gens qui sachent leur obéir. Celui qui vient à bout de braver les remords ne tardera pas à braver les supplices, châtiment moins rigoureux, moins continuel, et auquel on a du moins l'espoir d'échapper ; et, quelques précautions qu'on prenne, ceux qui n'attendent que l'impunité pour mal faire ne manquent guère de moyens d'éluder la loi ou d'échapper à la peine. Alors, comme tous les intérêts particuliers se réunissent contre l'intérêt général qui n'est plus celui de personne, les vices publics ont plus de force pour énerver les lois que les lois n'en ont pour réprimer les vices ; et la corruption du peuple et des chefs s'étend enfin jusqu'au gouvernement, quelque sage qu'il puisse être.

 J.-J. ROUSSEAU, DISCOURS sur l'économie politique.

(1) Le titre doit être traduit.

 

Haut de la page

Thème Grec 1977

J'avoue que ce malheur me parut fort petit. Je ne savais pas que ce livre fût le Palladium de Florence (i), que le destin de cette ville fût attaché aux mots que je venais d'effacer ; j'aurais dû cependant me douter que ces objets étaient sacrés pour les Florentins, car ils n'y touchent jamais. Mais enfin, je ne sentis point mon sang se glacer, ni mes cheveux se hérisser sur mon front ; je ne demeurai pas un instant sans voix, sans pouls et sans haleine. M. Furia (2) prétend que tout cela lui arriva...

Les expressions de M. Furia, pour peindre son saisissement à la vue de cette tache, qui couvrait, comme je vous ai dit, une vingtaine de mots, sont du plus haut style et d'un pathétique rare, même en Italie. Vous en avez été frappé, Monsieur, et vous les avez citées, mais sans oser les traduire. Peut-être avez-vous pensé que la faiblesse de notre langue ne pourrait atteindre à cette hauteur : je suis plus hardi, et je crois, quoi qu'en dise Horace (a), qu'on peut essayer de traduire Pindare et M. Furia ; c'est tout un. Voici ma version littérale : A un si horrible spectacle (il parle de ce pâté que je fis sur son bouquin), mon sang se gela dans mes veines ; et durant plusieurs instants, voulant crier, voulant parler, ma voix s'arrêta dans mon gosier un frisson glacé s'empara de tous mes membres stupides... Voyez-vous, Monsieur, ce pâté, c'est pour lui la tête de Méduse. Le voilà stupide ; il l'assure, et c'est la seule assertion qui soit prouvée par son livre.

Paul-Louis COURIER,

Lettre à M. Renouard...  sur une tache faite à un manuscrit de Florence.

(1) florence = phlorentia, as

(2) Furia = oxumenès, ous

(3) Horace = Horatios, ou

 

Haut de la page

Thème Grec 1978

UNE PROFESSION DE SINCERITE'

Madame, quelque répugnance que je puisse avoir à vous donner l'histoire de ma vie, qui a été agitée de tant d'aventures différentes, néanmoins, comme vous me l'avez commandé, je vous obéis, même aux dépens de ma réputation. Le caprice de la Fortune m'a fait honneur de beaucoup de fautes ; et je doute qu'il soit judicieux de lever le voile qui en cache une partie. Je vas cependant vous instruire nuement et sans détour des plus petites particularités, depuis le moment que j'ai commencé à connaître mon état ; et je ne vous cèlerai aucune des démarches que j'ai faites en tous les temps de ma vie.

Je vous supplie très humblement de ne pas être surprise de trouver si peu d'art et au contraire tant de désordre en toute ma narration, et de considérer que si, en récitant les diverses parties qui la composent, j'interromps quelquefois le fil de l'histoire, néanmoins je ne vous dirai rien qu'avec toute la sincérité que demande l'estime que je sens pour vous. Te mets mon nom à la tête de cet ouvrage, pour m'obliger davantage moi-même à ne diminuer et à ne grossir en rien la vérité. La fausse gloire et la fausse modestie sont les deux écueils que la plupart de ceux qui ont écrit leur propre vie n'ont pu éviter. Le président de Thou (1) l'a fait avec succès dans le dernier siècle, et dans l'antiquité César n'y a pas échoué. Vous me faites, sans doute, la justice d'être persuadée que je 'n'alléguerais pas ces grands noms sur un sujet qui me regarde, Si la sincérité n'était une vertu dans laquelle il est permis et même commandé de s'égaler aux héros.

RETZ, Mémoires.

1.On pourra rendre ce nom propre par ekeinos

 

Haut de la page

Thème Grec 1979

LE DIRE ET LE FAIRE

Le dire est autre chose que le faire : il faut considerer le presche à part et le prescheur à part. Ceux-là se sont donnez beau jeu, en nostre temps, qui ont essayé de choquer la venté de nostre Eglise par les vices des ministres d'icelle ; elle tire ses tesmoignages d'ailleurs : c'est une sotte façon d'argumenter et qui rejetteroit toutes choses en confusion. Un homme de bonnes meurs peut avoir des opinions fauces, et un meschant peut prescher venté, voire celuy qui ne la croit pas. C'est sans doute une belle harmonie quand le faire et le dire vont ensemble, et je ne veux pas nier que le dire, lors que les actions suyvent, ne soit de plus d'authorité et efficace : comme disait Eudamidas oyant un philosophe discourir de la guerre : Ces propos sont beaux, mais celuy qui les dict n'en est pas croyable, car il n'a pas les oreilles accoustumées au son de la trompette. Et Cleomenes, oyant un Rhetoricien harenguer de la vaillance, s'en print fort à rire ; et, l'autre s'en scandalizant, il luy dict r J'en ferois de mesmes si c'estoit une arondelle qui cri parlast ; mais, si c'estoit un aigle, je l'orrois volontiers. J'apperçois, ce me semble, és escrits des anciens, que celuy qui dit ce qu'il pense, l'assene bien plus vivement que celuy qui se contrefait. Oyez Cicero parler de l'amour de la liberté, oyez en parler Brutus : les escrits mesmes vous sonnent que cettuy-cy estoit homme pour l'acheter au pris de la vie. Que Cicero, pere d'eloquence, traite du mespris de la mort ; que Seneque en traite aussi : celuy là traine languissant, et vous sentez qu'il vous veut resoudre de chose de quoy il n'est pas resolu ; il ne vous donne point de coeur, car luy-mesmes n'en a point ; l'autre vous anime et enflamme. Je ne voy jamais autheur, mesmement de ceux qui traictent de la vertu et des offices, que je ne recherche curieusement quel il a esté.

MONTAIGNE, Essais, Il, 31.

 

Haut de la page

Thème Grec 1980

ŒDIPE. - Pour se grandir, il faut porter loin de soi ses regards. Et puis, ne regardez pas trop en arrière. Persuadez-vous que l'humanité est sans doute beaucoup plus loin de son but que nous ne pouvons encore entrevoir, que de son point de départ que nous ne distinguons déjà plus.

ÉTÉOCLE. - Le but... Quel peut être le but ?

ŒDIPE. - Il est devant nous, quel qu'il soit f...] Si j'ai vaincu le Sphinx, ce n'est pas pour que vous vous reposiez. Ce dragon dont tu parlais, Étéocle, est pareil à celui qui m'attendait aux portes de Thèbes, où je me devais d'entrer en vainqueur. Tirésias nous embête avec son mysticisme et sa morale. [...] Tirésias n'a jamais rien inventé et ne saurait approuver ceux qui cherchent et qui inventent. Si inspiré par Dieu qu'il se dise, avec ses révélations, ses oiseaux, ce n'est pas lui qui sut répondre à l'énigme. J'ai compris, moi seul ai compris, que le seul mot de passe, pour n'être pas dévoré par le sphinx, c'est : l'Homme. Sans doute fallait-il un peu de courage pour le dire, ce mot. Mais je le tenais prêt dès avant d'avoir entendu l'énigme ; et ma force est que je n'admettais pas d'autre réponse, à quelle que pût être la question.

Car, comprenez bien, mes petits, que chacun de nous, adolescent, rencontre, au début de sa course, un monstre qui dresse devant lui telle énigme qui nous puisse empêcher d'avancer. Et, bien qu'à chacun de nous, mes enfants, ce sphinx particulier pose une question différente, persuadez-vous qu'à chacune de ses questions la réponse reste pareille ; oui, qu'il n'y a qu'une seule et même réponse à de si diverses questions ; et que cette réponse unique, c'est l'Homme ; et que cet homme unique, pour un chacun de nous, c'est : Soi.

(Tirésias est entré.)*

TIRESIAS. Œdipe, est-ce là le dernier mot de ta sagesse ? Est-ce là que ta science aboutit ?

ŒDIPE. - C'est de là qu'elle part, au contraire. C'en est le premier mot.

TIRESIAS. - Les mots suivants ?

ŒDIPE. - Mes fils auront à les chercher.

André GIDE, oedipe.

* Ne pas traduire cette indication.

 

Haut de la page

Thème Grec 1981

DE L'INUTILITE DES VOYAGES

Il est aisé d'opposer à tous ces philosophes errants l'autorité de leur coryphée Socrate, qui ne fit jamais de voyages, et qui, par la propre confession de Platon, sortait moins d'Athènes que ni les boiteux ni les aveugles. Considérons la fin des courses de Démocrite, l'un encore des plus célèbres de cette profession, et je m'assure que nous perdrons bientôt l'envie de les imiter. Il fut trouver les prêtres d'Egypte, les Chaldées de Perse et les gymnosophistes d'Ethiopie ; après quoi l'écrivain de sa vie témoigne qu'il se vit réduit, étant de retour, à vivre très bassement, nourri par son frère Damasus, et sujet, Si on ne lui eût fait grâce, à perdre par les lois de son pays le droit du sépulcre de ses ancêtres, comme celui qui avait consumé tout son patrimoine à se promener de la sorte. En vérité, le seul exemple de ce philosophe romain Elien, qui a Si bien écrit en grec, et que Philostrate met entre ses plus excellents sophistes, peut faire avouer que la vie sédentaire et reposée n'a pas moins de charme que l'autre dont nous parlons. Il se vantait de n'avoir jamais passé les bornes de l'Italie, de ne s'être jamais mis en vaisseau et de ne connaître pas seulement la mer, ce qui le faisait fort estimer dans Rome, dit Philostrate, à cause qu'il paraissait en cela religieux observateur des mœurs de la patrie. Mais la Grèce même n'a-t-elle pas toujours fait grand cas de cet important oracle, qui déclara le plus heureux de tous les hommes un Aglaus Sophidius*, possesseur d'un petit héritage d'Arcadie, duquel il n'était jamais parti, ne connaissant point d'autres terres que celle qu'il cultivait, ni d'autres eaux que celles qui servaient à l'arroser ?

François DE LA MOTHE LE VAYER (1588.1672), Petits traités en forme de lettres, VII.

* Sophidius : Sophidios

 

Haut de la page

Thème Grec 1982

A QUOI BON ?

Quand on en est arrivé à ce degré de dégoût qui fait qu'on se demande intérieurement, et sans même le vouloir : à quoi bon ? quand on a tout perdu, quand on n'espère plus rien pour la nature, quand enfin on n'a plus même le désir de changer de disposition et que, sans avoir l'activité du désespoir qui fait qu'on se donne la mort, on sent tous les soirs qu'on serait bien heureux de ne pas se réveiller ; alors, mon ami, on n'a plus le droit de juger rien. On est de trop dans le monde, puisqu'on pourrait détruire les illusions des gens qui ne vivent que par elles et pour elles. Qu'il y a peu de choses en effet que ce triste éteignoir n'anéantisse ! A quoi bon ? Il n'y a qu'une seule chose qui y résiste c'est la passion, et c'est celle de l'amour, car toutes les autres resteraient sans réplique. Parcourez l'ambition, l'avarice, l'amour de la gloire même. En un mot, il n'y a que l'amour passion et la bienfaisance qui me paraissent valoir la peine de vivre. Voyez combien peu de gens sont assez malheureux pour avoir ainsi apprécié la vie. Vous croyez bien qu'en prêchant cette folie ou cette vérité, car je ne sais laquelle des deux, je ne ferais pas de prosélyte. Dieu m'en préserve ! Je parle à un sage, à un homme vertueux, que je ne puis ni entraîner, ni éclairer ; avec tout le reste je souffre et je me tais. J'attends, et je jouis en attendant, autant qu'il est en moi, de la douceur de l'amitié ; je n'existe encore que pour aimer et chérir mes amis. Ah ! qu'ils sont aimables ! qu'ils sont honnêtes ! et qu'ils sont généreux ! Combien je leur dois ! bon Condorcet*, c'est de vous, c'est à vous que je parle.

Mademoiselle DE LESPINASSE, Lettres inédites, Paris, 1887.

* Traduire : mon cher ami.

 

Haut de la page

Thème Grec 1983

LETTRE D'UNE FEMME A DEUX AMIES

Dans peu, les vains discours des hommes me seront indifférents, ô mes chères amies mais ce sera pour moi une satisfaction, avant de quitter cette terre souillée de tant d'horreurs, que de m'être fait connaître entièrement à deux personnes que je me plais à ne pas séparer dans mon affection, et de leur laisser de moi un tendre souvenir. Vous avez souvent été étonnées de quelques mots qui me sont échappés, et qui indiquaient quelque chose de mystérieux dans mon existence vous m'entendiez parler de malheurs, et vous cherchiez ce qui pouvait avoir causé ceux d'une femme jeune, riche et libre depuis longtemps il est bien vrai, et vous allez en être convaincues, que peu de femmes ont été aussi malheureuses. Si je ne rendais pas justice à votre discernement, aux généreuses dispositions du cœur de mes amies, si je ne croyais pas être connue d'elles, je n'entreprendrais pas de leur raconter les tristes événements de ma vie. La crainte qu'elles ne prennent un récit simple et ingénu pour un roman artificieusement inventé pour me justifier, m'arrêterait, et j'aimerais mieux emporter avec moi un secret qui n'intéresse qu'une seule personne, que d'être suspecte du plus léger détour, et même d'une réticence. Vous allez voir au reste que je n'ai aucun intérêt à me justifier, car celle dont je vais vous parler a disparu du monde et de la mémoire des hommes depuis longtemps et qu'en vous parlant de moi, je vous parlerai d'une autre. Voilà une énigme, elle va se développer.

SÉNAC DE MEILHAN, L'Emigré, lettre 94.

 

Haut de la page

Thème Grec 1984

POURQUOI ÉCRIRE, AUJOURD'HUI ?

Après s'être demandé, très jeune, comment il devait écrire (par où faire passer les mots, et quels mots, pour arriver à produire, poème ou prose, quelque chose qui ait autant de pouvoir qu'un chant, il se demanda ce qu'il devait écrire (qu'est-ce qui valait d'être communiqué). Plus tard, une question dont, d'abord, il ne s'était pas embarrassé se posa avec une cruelle précision : pour quelle raison écrire ? Quand le monde se porte socialement si mal que la saine morale invite à tout braver (dangers immédiats et persécution) pour aider à l'asseoir sur d'autres bases, qu'est-ce que cela veut dire que travailler à donner un tour envoûtant à ce qu'on a dans la tête et qui, divulgué sans intention de prosélytisme, mais comme pure expression d'une sensibilité, ne pourra changer que peu à ce que contient la tête des autres ? Et si, chance heureuse, on modifie légèrement ce contenu, qu'est-ce que cela changera pour le monde et pour vous ? Au reste, quels autres exactement veulent bien vous écouter ? Sont-ils des étrangers dont vous forcez les retranchements ou n'étaient-ils pas déjà si voisins que vous faire écouter revenait à enfoncer une porte ouverte ? De surcroît, si vos prétentions vont plus profond que celles du baladin ou du maître d'école, autrement dit que simplement séduire ou enseigner, est-ce un authentique besoin de communion qui vous pousse à rédiger des textes et à les publier ou n'est-ce pas, plutôt, la louche envie de vous faire, à travers eux, l'objet d'une louche adhésion ? Aussi, paralysé par ces doutes accumulés, en vint-il à ne plus écrire.

Michel LEIRIS, Le ruban au cou d'Olympia.

 

Haut de la page

Thème Grec 1985

DES MEFAITS DE LA JALOUSIE

CANDAULE (1) - Plus j'y pense et plus je trouve qu'il n'était point nécessaire que vous me fissiez mourir.

GYGES. - Que pouvais-je faire ? Le lendemain que vous m'eûtes fait voir les beautés cachées de la reine, elle m'envoya quérir, me dit qu'elle s'était aperçue que vous m'aviez fait entrer le soir dans sa chambre et me fit, sur l'offense qu'avait reçue sa pudeur, un très beau discours, dont la conclusion était qu'il fallait me résoudre à mourir, ou à vous tuer, et à l'épouser en même temps : car, à ce qu'elle prétendait, il était de son honneur ou que je possédasse ce que j'avais vu, ou que je ne pusse jamais me vanter de l'avoir vu. J'entendis bien ce que tout cela voulait dire. L'outrage n'était pas si grand que la reine n'eût bien pu le dissimuler, et son honneur pouvait vous laisser vivre, si elle eût voulu ; mais franchement elle était dégoûtée de vous et elle fut ravie d'avoir un prétexte de gloire pour se défaire de son mari. Vous jugez bien que, dans l'alternative qu'elle me proposait, je n'avais qu'un parti à prendre.

CANDAULE. - Je crains fort que vous n'eussiez pris plus de goût pour elle qu'elle n'avait de dégoût pour moi. Ah ! que j'eus tort de ne pas prévoir l'effet que sa beauté ferait sur vous et de vous prendre pour un trop honnête homme !

FONTENELLE, Dialogues des morts.

1. Roi de Lydie de 735 à 708 avant Jésus-Christ, le dernier de la dynastie des Héraclides. Vain de la beauté de sa femme, il la fit voir au bain au berger Gygès. La reine indignée força Gygès à tuer Candaule et le prit ensuite pour époux.

 

Haut de la page

Thème Grec 1986

Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables, et pleurer des malheurs imaginaires, qu'a-t-on encore à exiger de lui ? N'est-il pas content de lui-même ? Ne s'applaudit-il pas de sa belle âme ? Ne s'est-il pas acquitté de tout ce qu'il doit à la vertu par l'hommage qu'il vient de lui rendre ? Que voudrait-on qu'il fît de plus ? Qu'il la pratiquât lui-même ? Il n'a point de rôle à jouer : il n'est pas comédien.

Plus j'y réfléchis, et plus je trouve que tout ce qu'on met en représentation au théâtre, on ne l'approche pas de nous, on t'en éloigne... Le théâtre a ses règles, ses maximes, sa morale à part, ainsi que son langage et ses vêtements. On se dit bien que rien de tout cela ne nous convient, et l'on se croirait aussi ridicule d'adopter les vertus de ses héros que de parler en vers, et d'endosser un habit à la romaine. Voilà donc à peu près à quoi servent tous ces grands sentiments et toutes ces brillantes maximes qu'on vante avec tant d'emphase : à les reléguer à jamais sur la scène, et à nous montrer la vertu comme un jeu de théâtre, bon pour amuser le public, mais qu'il y aurait de la folie à vouloir transporter sérieusement dans la société. Ainsi la plus avantageuse impression des meilleures tragédies est de réduire à quelques affections passagères, stériles et sans effet tous les devoirs de l'homme, à nous faire applaudir de notre courage en louant celui des autres, de notre humanité en plaignant les maux que nous aurions pu guérir, de notre charité en disant au pauvre Dieu vous assiste.

J.-J. ROUSSEAU, Lettre à M. d'Alembert, sur son article « Genève ».

 

Haut de la page

Thème Grec 1987

La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l'homme, et j'ose dire que la seule inscription du temple de Delphes contenait un précepte plus important et plus difficile que tous les gros livres des moralistes. Aussi je regarde le sujet de ce Discours comme une des questions les plus intéressantes que la philosophie puisse proposer, et malheureusement pour nous comme une des plus épineuses que les philosophes puissent résoudre. Car comment connaître la source de l'inégalité parmi les hommes, si l'on ne commence par les connaître eux-mêmes ? et comment l'homme viendra-t-il à bout de se voir tel que l'a formé la nature, à travers tous les changements que la succession des temps et des choses a dû produire dans sa constitution originelle, et de démêler ce qu'il tient de son propre fonds d'avec ce que les circonstances et ses progrès ont ajouté ou changé à son état primitif ? Semblable à la statue de Glaucus que le temps, la mer et les orages avaient tellement défigurée qu'elle ressemblait moins I un dieu qu'I une bête féroce, l'âme humaine altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, par l'acquisition d'une multitude de connaissances et d'erreurs, par les changements arrivés à la constitution des corps, et par le choc continuel des passions, a, pour ainsi dire, changé d'apparence au point d'être presque méconnaissable.

J.-J. ROUSSEAU, Discours sur l'origine de l'inégalité.

 

Haut de la page

Thème Grec 1988

Iphigénie vient avec une captive grecque, qui s'étonne de sa tristesse. Elle demande si c'est qu'elle est affligée de ce que la fête de Diane se passera sans qu'on lui immole aucun étranger.

« Tu peux croire, dit Iphigénie, si c'est là un sentiment digne de la fille d'Agamemnon. Tu sais avec quelle répugnance j'ai préparé les misérables que l'on a sacrifiés depuis que je préside à ces cruelles cérémonies. Je me faisais une joie de ce que la fortune n'avait amené aucun Grec pour cette journée, et je triomphais seule de la douleur commune qui est répandue dans cette île, où l'on compte pour un présage funeste de ce que nous manquons de victimes pour cette fête. Mais je ne puis résister à la secrète tristesse dont je suis occupée depuis le songe que j'ai fait cette nuit. J'ai cru que j'étais à Mycènes, dans la maison de mon père : il m'a semblé que mon père et nia mère nageaient dans le sang, et que moi-même je tenais un poignard à la main pour en égorger mon frère Oreste. Hélas ! mon cher Oreste ! »

LA CAPTIVE

« Mais, madame, vous êtes trop éloignés l'un de l'autre pour craindre l'accomplissement de votre songe. »

IPHIGENIE

« Et ce n'est pas aussi ce que je crains ; mais je crains avec raison qu'il n'y ait de grands malheurs dans ma famille les rois sont sujets à de grands changements. »

RACINE, Plan du 1er acte de Iphigénie en Tauride.

 

Haut de la page

Thème Grec 1989

Comme il ne savait pas les violences que l'on venait de faire à la princesse, il attendait l'heure de la revoir avec mille impatiences ; il voulut parler d'elle à ceux que le roi avait mis auprès de lui pour lui faire plus d'honneur ; mais par l'ordre de la reine, ils lui en dirent tout le mal qu'ils purent : [...] qu'elle tourmentait ses amis et ses domestiques ; qu'on ne pouvait être plus malpropre, et qu'elle poussait si loin l'avarice qu'elle aimait mieux être habillée comme une petite bergère que d'acheter de riches étoffes de l'argent que lui donnait le roi son père. A tout ce détail, Charmant souffrait et se sentait des mouvements de colère qu'il avait de la peine à modérer.

« Non, disait-il en lui-même, il est impossible que le Ciel ait mis une âme si mal faite dans le chef-d'œuvre de la nature. […] Quoi ! elle serait mauvaise avec cet air de modestie et de douceur qui enchante ? Ce n'est pas une chose qui me tombe sous le sens ; il m'est bien plus aisé de croire que c'est la reine qui la décrie ainsi : l'on n'est pas belle-mère pour rien ; et la princesse Truitonne est une si laide bête qu'il ne serait point extraordinaire qu'elle portât envie à la plus parfaite de toutes les créatures. »

Charles PERRAULT, L'Oiseau bleu.

 

Haut de la page

Thème Grec 1990

Me voyant enfin si maltraité des hommes et, du côté du bien, de moitié moins a mon aise que je ne l'avais été d'abord, il me prit un jour une si grande colère contre mon philosophe, pour la tromperie que je croyais qu'il m'avait faite quand j'avais été le consulter, que je partis tout d'un coup pour aller lui témoigner mon ressentiment. J'arrivai bientôt chez lui et je frappai avec emportement à sa porte ; il se présenta d'un air aussi froid que s'il avait eu affaire à l'homme le plus tranquille. « Me reconnaissez-vous ? lui dis-je. - Oui, reprit-il ; que me voulez-vous ? - Vous reprocher, répondis-je, la fourberie de vos conseils. - Dites plutôt mon ignorance, s'il est vrai que tous mes conseils vous aient fait tort, repartit-il. - Non, non, m'écriai-je, vous vous êtes joué de ma jeunesse. Je vous ai demandé ce qu'il fallait faire pour être aimé des hommes, vous avez eu la cruauté de me dire que je n'avais qu'à être bon, et c'est cette bonté que vous m'avez conseillée qui m'a perdu près d'eux, loin qu'elle m'ait conduit à la fortune, comme je l'espérais, et peu s'en faut qu'elle n'ait causé ma ruine entière. - Vouloir faire fortune est une autre chose que de souhaiter d'être aimé des hommes, me répondit-il. Que ne vous expliquiez-vous mieux, quand vous m'avez interrogé ! »

MARIVAUX, Le Scythe et le solitaire.

 

Haut de la page

Thème Grec 1991

Je le répète encore ; l'art égyptien ne doit qu'à lui-même tout ce qu'il a produit de grand, de pur et de beau et, n'en déplaise aux savants qui se font une religion de croire fermement à la génération spontanée des arts en Grèce, il est évident pour moi, comme pour tous ceux qui ont bien vu l'Egypte ou qui ont une connaissance réelle des monuments égyptiens existant en Europe, que les arts ont commencé en Grèce par une imitation servile des arts de l'Egypte, beaucoup plus avancés qu'on ne le croit vulgairement, à l'époque où les premières colonies égyptiennes turent en contact avec les sauvages habitants de l'Attique ou du Péloponnèse.

La vieille Egypte enseigna les arts à la Grèce, celle-ci leur donna le développement le plus sublime, mais, sans l'Egypte, la Grèce ne serait probablement point devenue la terre classique des beaux-arts. Voilà ma profession de foi tout entière sur cette grande question. Je trace ces lignes presque en face des bas-reliefs (1) que les Egyptiens ont exécutés, avec la plus grande finesse de travail, mille sept cents ans avant l'ère chrétienne. Que faisaient les Grecs alors ?

Jean-François CHAMPOLLION.

1. Bas-relief : anagliuphè, -ès

 

Haut de la page

Thème Grec 1992

DÉBAT DE FOLIE ET D'AMOUR (1)

FOLIE :« Je suis déesse, comme tu es dieu : mon nom est Folie. Je suis celle qui te fait grand et abaisse à mon plaisir. Tu lâches l'arc et jettes tes flèches en l'air : mais je les assois aux cœurs que je veux. Quand tu te penses plus grand qu'il est possible d'être, alors par quelque petit dépit je te range et remets avec le vulgaire. Tu t'adresses contre Jupiter : mais il est si puissant et grand que, si je ne dressais ta main, si je n'avais bien trempé ta flèche, tu n'aurais aucun pouvoir sur lui. Et quand toi seul ferais aimer, quelle serait ta gloire, si je ne faisais paraître cet amour par mille inventions ? Tu as fait aimer Jupiter : mais je l'ai fait transmuer en cygne, en taureau, en or, en aigle : en danger des plumassiers (2), des loups, des larrons et des chasseurs. [...] Qu'eût-ce été, si Paris n'eût fait autre chose qu'aimer Hélène ? Il était à Troie, l'autre à Sparte : ils n'avaient garde d'eux assembler. Ne lui fis-je dresser une armée de mer, aller chez Ménélas, faire la cour à sa femme, l'emmener par force, et puis défendre la querelle injuste contre toute la Grèce ? [...] Tu n'as rien que le cœur, le demeurant est gouverné par moi. »

Louise LABÉ.

 

Haut de la page

Thème Grec 1993

Qui n'a lu de ces romans où, à cause d'un mot qu'on a omis, d'yeux qu'on a tenus baissés à un certain moment, deux cœurs qui s'aimaient se trouvent séparés pendant des années ? (...)

Le Bengali(1). fait son ordinaire de cet état. Il préfère accumuler tous les regrets, plutôt que d'intervenir trop vite. Quand ils ont le coup de foudre (...), ils ne se retournent pas, ils ne sourient pas, ils ne font aucun signe, leurs paupières ne battent pas, ils sont seulement encore un peu plus lents que d'habitude et ils s'en vont. Quand alors il s'agit de retrouver l'apparition aimée, vous devinez comme c'est incommode. Ils ne s'informent pas. Non, ruminer leur plaît davantage. C'est la plénitude, le reste ne compte pas, ils perdront le goût du boire et du manger, mais ils ne feront rien. Il suffirait d'un mot pour empêcher quantité d'incompréhensions. Non, ils ne le diront pas. Ils préfèrent même le malheur (...). Il leur plaît de sentir la grande action du destin plutôt que leur petite action personnelle. Ils respirent sept fois avant de parler. Ils ne veulent pas de l'immédiat. Quand vous mettez une certaine distance entre vous et l'action, entre vous et vos gestes, pour peu que vous soyez d'un caractère hésitant, jamais plus vous n'arriverez à temps.

Henri MICHAUX, Un barbare en Asie.

1. Traduire « Bengali » par « Indien » (ô Indos, -ou)

 

Haut de la page

Thème Grec 1994

« Venons aux fléaux, aux inondations, aux volcans, aux tremblements de terre. Si vous ne considérez que ces calamités, si vous ne ramassez qu'un assemblage affreux de tous les accidents qui ont attaqué quelques roues de la machine de l'univers, Dieu est un tyran à vos yeux ; si vous faites attention à ses innombrables bienfaits, Dieu est un père. (...)

Nous ne devons aller ni au-delà ni en deçà de la vérité : cette vérité est que, sur cent mille habitations, on en peut compter tout au plus une détruite chaque siècle par les feux nécessaires à la formation du globe.

Le feu est tellement nécessaire à l'univers entier que, sans lui, il n'y aurait ni animaux, ni végétaux, ni minéraux : il n'y aurait ni soleil ni étoiles dans l'espace. Ce feu, répandu sous la première écorce de la terre, obéit aux lois générales établies par Dieu même ; il est impossible qu'il n'en résulte pas quelques désastres particuliers : or on ne peut pas dire qu'un artisan soit un mauvais ouvrier quand une machine immense, formée par lui seul, subsiste depuis tant de siècles sans se déranger. Si un homme avait inventé une machine hydraulique qui arrosât toute une province et la rendît fertile, lui reprocheriez-vous que l'eau qu'il vous donnerait noyât quelques insectes ? »

VOLTAIRE.

 

Haut de la page

Thème Grec 1995

Comme il n'y a pas d'apparence qu'âgé comme je suis de plus de soixante et trois ans et accablé de beaucoup d'infirmités, ma course puisse être encore fort longue, le public trouvera bon que je prenne congé de lui dans les formes et que je le remercie de la bonté qu'il a eue d'acheter tant de fois des ouvrages si peu dignes de son admiration. Je ne saurais attribuer un si heureux succès qu'au soin que j'ai pris de me conformer toujours à ses sentiments et d'attraper, autant qu'il m'a été possible, son goût en toutes choses. C'est effectivement à quoi il me semble que les écrivains ne sauraient trop s'étudier. Un ouvrage a beau être approuvé d'un petit nombre de connaisseurs, s'il n'est plein d'un certain agrément et d'un certain sel propre à piquer le goût général des hommes, il ne passera jamais pour un bon ouvrage, et il faudra à la fin que les connaisseurs eux-mêmes avouent qu'ils se sont trompés en lui donnant leur approbation. Si on me demande ce que c'est que cet agrément et ce sel, je répondrai que c'est un je ne sais quoi qu'on peut beaucoup mieux sentir que dire. À mon avis néanmoins, il consiste principalement à ne jamais présenter au lecteur que des pensées vraies et des expressions justes.

BOILEAU, Préface pour l'édition de ses oeuvres, 1701.

 

Haut de la page

Thème Grec 1996

DE L'ETUDE DE LA LANGUE GRECQUE (1)

Par où les Romains vinrent-ils à bout de conduire tous les arts, et la langue latine même, à ce point de perfection où l'on sait qu'ils furent amenés du temps d' Auguste, et par là de procurer à leur empire une gloire non moins solide ni moins durable que celle de leurs conquêtes ? Ce fut par l'étude de la langue grecque. (…)

Il en sera de même dans tous les siècles. Quiconque aspirera à la réputation de savant sera obligé de voyager, pour ainsi dire, longtemps chez les Grecs. La Grèce a toujours été et sera toujours la source du bon goût. C'est là qu'il faut puiser toutes les connaissances si l'on veut remonter jusqu'à leur origine. Éloquence, poésie, histoire, philosophie, médecine, c'est dans la Grèce que toutes ces sciences et tous ces arts se sont formés et pour la plupart perfectionnés : et c'est là qu'il faut les aller chercher.

Il n'y aurait qu'une chose que l'on pourrait opposer à ce sentiment, qui serait de dire que le secours des traductions nous met en état de nous passer des originaux. Mais je ne crois pas que cette réponse puisse contenter aucun esprit raisonnable.

Car premièrement, pour ce qui regarde le goût, y a-t-il quelque version, surtout parmi celles qui sont latines, qui rende tout l'agrément et toute la délicatesse des auteurs grecs ? Est-il même possible, principalement quand il s'agit d'un ouvrage de longue haleine, qu'un interprète y fasse passer toutes les beautés de son auteur ? Et n'y trouvera-t-on pas toujours un grand nombre des plus belles pensées affaiblies, tronquées, défigurées ? De telles copies, dénuées d'âme et de vie, ne ressemblent pas plus aux originaux qu'un squelette décharné à un corps vivant.

C. Rollin (De la manière d'enseigner et d'étudier les Belles-Lettres, 1725).

(1) Traduire le titre.

 

Haut de la page

Thème Grec 1997

Lorsque j'arrivai a Paris, je les trouvai échauffés sur une dispute la plus mince qui se puisse imaginer : il s'agissait de la réputation d'un vieux poète grec dont, depuis deux mille ans, on ignore la patrie, aussi bien que le temps de sa mort. Les deux partis avouaient que c'était un poète excellent : il n'était question que du plus ou du moins de mérite qu'il fallait lui attribuer. Chacun en voulait donner le taux : mais parmi ces distributeur de réputation, les uns faisaient meilleur poids que les autres : voilà la querelle. Hie était bien vive, car on se disait cordialement de part et d'autre des injures si grossières, on faisait des plaisanteries si amères, que je n'admirais pas moins la manière de disputer que le sujet de la dispute. Si quelqu'un, disais-je en moi-même, était assez étourdi pour aller, devant un de ces défenseurs du poète grec, attaquer la réputation de quelque honnête citoyen, il ne serait pas mal relevé ! et je crois que ce zèle, si délicat sur la réputation des morts, s'embraserait bien pour défendre celle des vivants ! Mais quoi qu'il en soit, ajoutais-je, Dieu me garde de m'attirer jamais l'inimitié des censeurs de ce poète, que le séjour de deux mille ans dans le tombeau n'a pu garantir d'une haine si implacable ! ils frappent à présent des coups en l'air : mais que serait-ce, si leur fureur était animée par la présence d'un ennemi ?

MONTESQUIEU, Lettres Persanes

 

Haut de la page

Thème Grec 1998

FAUT-IL REPRÉSENTER DES SCÈNES VIOLENTES AU THÉÂTRE ? (I)

Je vous répondrai qu'il faut être conséquent, et que, quand on se révolte contre ce spectacle, il ne faut pas souffrir qu'Œdipe se montre avec ses yeux crevés, et qu'il faut chasser de la scène Philoctète tourmenté de sa blessure et exhalant sa douleur par des cris inarticulés. Les anciens avaient, ce me semble, une autre idée de la tragédie que nous, et ces anciens-là, c'étaient les Grecs, c'étaient les Athéniens, ce peuple si délicat, qui nous a laissé en tout genre des modèles que les autres nations n'ont point encore égalés. Eschyle, Sophocle, Euripide, ne veillaient pas des années entières pour ne produire que de ces petites impressions passagères qui se dissipent dans la gaieté d'un souper. Ils voulaient profondément attrister sur le sort de ces malheureux ; ils voulaient, non pas amuser seulement leurs contemporains, mais les rendre meilleurs. Avaient-ils tort ? Avaient-ils raison ? Pour cet effet, ils faisaient courir sur la scène les Euménides suivant la trace du parricide, et conduites par la vapeur du sang qui frappait leur odorat. Ils avaient trop de jugement pour applaudir à ces imbroglios, à ces escamotages de poignards qui ne sont bons que pour des enfants.

DIDEROT, Paradoxe sur le comédien (Coll. Pléiade, p. 1032-1033).

1. Le titre doit être traduit.

 

Haut de la page

Thème Grec 1999

THÉSÉE ÉVOQUE DES SOUVENIRS DE JEUNESSE

Il ne suffit pas d'être, puis d'avoir été : il faut léguer et faire en sorte que l'on ne s'achève pas à soi-même (...). Pitthée, Egée étaient beaucoup plus intelligents que moi, comme l'est également Pirithous. Mais l'on me reconnaît du bon sens ; le reste vient ensuite, avec la volonté, qui ne m'a jamais quitté, de bien faire. M'habite aussi certain courage qui me pousse aux entreprises hardies. J'étais, de plus, ambitieux les hauts faits, que l'on me rapportait, de mon cousin Hercule, impatientaient ma jeunesse, et lorsque, de Trézène où j'avais vécu jusqu' alors, je dus rejoindre mon père putatif en Athènes, je ne voulus point écouter les conseils, pour sages qu'ils fussent, de m'embarquer, la route de la mer étant de beaucoup la plus sûre. Je le savais ; mais, à cause de ses dangers mêmes, c'est la route de terre, avec son immense détour, qui me tentait ; l'occasion d'y prouver ma valeur. Des brigands de tout poil recommençaient d'infester le pays et s'en donnaient à coeur joie depuis qu'Hercule s'efféminait aux pieds d'Omphale. J'avais seize ans. J'avais beau jeu. C'était mon tour. A grands bonds mon coeur s'élançait vers l'extrémité de ma joie. Qu'ai-je affaire de sécurité ! m'écriais-je, et d'un chemin tout nettoyé ! Je tenais en mépris le repos sans gloire, et le confort, et la paresse. C'est donc sur le chemin d'Athènes, par l'isthme du Péloponnèse, que je me mis d'abord à l'épreuve, que je pris connaissance à la fois de la force de mon bras et de mon coeur, en réduisant quelques noirs bandits avérés.

A. GIDE, Thésée.

1. Le titre doit etre traduit

 

Haut de la page

Thème Grec 2000

Quand il était ainsi décidé de rompre l'ordonnance universelle pour relier les deux rives d'un fleuve, quelle devait être l'angoisse des techniciens chargés de l'administration du sacré ? Quelles ruses employer, quelles pénitences promettre pour que le courroux des dieux ne vienne pas ravager la cité ?

Encore plus s'il s'agit d'un bras de mer. Quand Xerxès fait passer son armée d'Asie en Europe sur des vaisseaux amarrés bord à bord d'une rive à l'autre de l'Hellespont, il n' est personne qui ne doute de sa défaite prochaine. Il a osé, selon la forte image d'Eschyle, poser un joug sur la nuque de la mer. Un tel outrage ne saurait rester impuni. A Salamine, les trières athéniennes n'anéantissent qu'une flotte déjà condamnée par l'outrance du monarque barbare. (...)

De toute façon, par son essence, le pont porte atteinte à une secrète et inextricable économie, où il n' est rien qui ne se tienne et ne se compense. Dérangée en quelque point, elle subit de proche en proche une commotion qui risque de la ruiner entièrement, de provoquer au moins des dommages sans commune mesure avec l'affront initial. (...)

Je ne réfléchis pas sans mélancolie, mais non plus sans orgueil pour l'espèce, sur le fait qu'un des premiers sacrilèges qu'elle aura imaginés, puis risqués, puis légitimés aura été celui de fabriquer des ponts.

Roger CAILLOIS, Cases d'un échiquier Le grand pontonnier

 

Haut de la page

Thème Grec 2001

MADAME ARGANTE. Ce mariage ne vous plaît donc pas ?

ANGÉLIQUE. Non.

MADAME ARGANTE. - Comment, il vous déplaît ?

ANGÉLIQUE. - Non, ma mère.

MADAME ARGANTE. - Eh parlez donc ! car je commence à vous entendre : c'est-à-dire, ma fille, que vous n'avez point de volonté ?

ANGÉLIQUE. - J'en aurai pourtant une, si vous le voulez.

MADAME ARGANTE. - Il n'est pas nécessaire ; vous faites encore mieux d'être comme vous êtes ; de vous laisser conduire et de vous en fier entièrement à moi. Oui, vous avez raison, ma fille et ces dispositions d'indifférence sont les meilleures. Aussi, voyez-vous que vous en êtes récompensée ; je ne vous donne pas à un jeune extravagant qui vous négligerait peut-être au bout de quinze jours, qui dissiperait son bien et le vôtre, pour courir après mille passions libertines ; je vous marie à un homme sage, à un homme dont le cœur est sûr, et qui saura tout le prix de la vertueuse innocence du vôtre.

ANGÉLIQUE. - Pour innocente, je le suis.

MADAME ARGANTE. - Oui, grâces à mes soins, je vous vois telle que j'ai toujours souhaité que vous fussiez ; comme il vous est familier de remplir vos devoirs, les vertus dont vous allez avoir besoin ne vous coûteront rien : et voici les plus essentielles, c'est d'abord de n'aimer que votre mari.

ANGÉLIQUE. - Et si j'ai des amis, qu'en ferai-je ?

MADAME ARGANTE. - Vous n'en devez point avoir d'autres que ceux de Monsieur Damis, aux volontés de qui vous vous conformerez toujours, ma fille ; nous sommes sur ce pied-là dans le mariage.

MARIVAUX, L'École des mères.

Haut de la page

 


Date de création : 07/12/2008 @ 00:09
Dernière modification : 23/01/2009 @ 10:38
Catégorie : Concours
Page lue 3980 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


Rubriques académiques
Site académique - Lettres (J. Bazin)

Formation Lettres - Académie de Grenoble

cinema-audiovisuel-small.gif

Hélios - Académie de Grenoble - Université de Louvain

Homerica - Espace Homérique

Diffusion pour baladeurs

DAAC-small.gif
Educnet
EB-LOGOlettres-mini.gif

Educnet-Logo-mini2.gif
ArelaG
Recherche



Connexion...
 Liste des membres Membres : 29

Votre pseudo :

Mot de passe :

[ Mot de passe perdu ? ]


[ Devenir membre ]


Membre en ligne :  Membre en ligne :
Anonymes en ligne :  Anonymes en ligne : 2
Contacts
Responsable de publication
Guy Cherqui
, IA-IPR
Webmestre

Robert Delord

L'équipe lettres académique :
Tous vos interlocuteurs
Rédacteur


Nombre de membres1 rédacteur
Rédacteur en ligne : 0
Flux RSS
^ Haut ^