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de la Première Guerre mondiale dans l'Académie de Grenoble

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I - MISE AU POINT SCIENTIFIQUE

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Le temps des batailles totales.

Nul doute : quand l’on évoque la Première Guerre mondiale, c’est la sonorité tonitruante de Verdun qui s’impose au souvenir des Français, tant cette bataille a marqué le déroulement du conflit ainsi que la mise en mémoire de ce dernier. Des martiales et excessives formules de von Falkenhayn (il organise l’attaque allemande de Verdun, baptisée « Jugement » et bientôt destinée à « saigner à blanc l’armée française ») aux chiffres bruts de ce titanesque affrontement (240 000 projectiles tirés par l’artillerie française lors de l’assaut du 24 octobre 1916, par exemple), en passant par les lieux devenus légendaires qui en marquent l’espace (qui ne connaît la tranchée des baïonnettes ou la cote 304 ?), Verdun surplombe l’histoire des batailles de la Grande Guerre, faisant à la fois figure de matrice des batailles industrielles du XXè siècle et de lieu de mémoire national, de longue date mythifié (cf. in bibliographie, la référence à la notice qu’Antoine Prost consacre à Verdun dans les Lieux de mémoire). Pourtant, d’autres lieux d’affrontement et d’autres modalités d’opposition méritent d’être abordés, qui sont aussi des « batailles de matériel » : la Marne et ses taxis, la Somme bien entendu, qui coûta aux soldats britanniques leurs pertes les plus importantes, les batailles du front d’Orient, Dardanelles et Gallipoli en tête, sans oublier la lutte acharnée que les belligérants se livrèrent dans les airs, sur (et sous..) la mer… Partout, le déploiement de moyens gigantesques concerna tous les domaines ; partout, l’on fit preuve d’une macabre innovation.


Guerre et modernité : les « batailles de matériel ».

Nicolas Beaupré note avec pertinence que « les armes modernes préexistaient à la Grande Guerre ». En l’occurrence, il suffit de se souvenir des ravages que firent les Machine Guns lors de la guerre civile aux États-Unis entre 1861 et 1865, de la radicalité de la tactique employée alors par le Nord (dite de l’anaconda…) pour amener le Sud à capituler pour en être convaincu : cette guerre fratricide du mitan du siècle possède déjà les caractéristiques – la dimension mondiale en moins – de ce que l’historien Donald Stoker nomme le « premier conflit total ».
Au vrai, c’est un double fait inédit qui donne sa morbide originalité au conflit qui débute en 1914 en Europe. D’abord, l’extraordinaire durée d’un conflit qui s’installe dans un long face-à-face statique jusque là inconnu ; les armes modernes sont alors employées de manière systématique et cela à une échelle spatio-temporelle sans précédent. Deuxième fait marquant : au sein de ce cycle de batailles totales, s’insèrent des interstices de combats brutaux, souvent au corps-à-corps et qui empruntent leurs moyens aux pratiques guerrières les plus « archaïques ».
L’enjeu principal réside dans la course à la capacité de destruction. Cette course aux armements aussi est double puisqu’il s’agit à la fois d’inventer les moyens d’une efficace guerre de défense et ceux qui permettront de franchir, enfin, les lignes ennemies. A ce titre, le perfectionnement de l’artillerie concentre les énergies de tous (elle fut responsable de 75 % des blessures infligées aux soldats durant le conflit). On sait la difficulté française en la matière : le célèbre canon de 75, objet de toutes les attentions et dont on pensait qu’il donnerait la suprématie aux troupes françaises, se révéla au bout du compte totalement inadapté aux nouvelles circonstances de la guerre de position. Trop peu puissant, son tir tendu ne permettait pas de toucher le réseau des tranchées adverses. Malgré sa cadence de tir rapide et la très positive image populaire dont il jouissait (connu depuis l’Affaire, il était l’un des sujets les plus représentés sur les cartes postales et le petit matériel culturel de guerre – assiettes, objets divers, bibelots), il ne permit aucune avancée réelle. La France s’inspira donc de son adversaire allemand et augmenta le calibre de ses canons, développant en conséquence l’artillerie lourde. Au terme du conflit, les progrès étaient spectaculaires, même si la supériorité allemande restait incontestable : les canons qui prenaient Paris pour cible en 1918 (256 morts pour deux vagues de bombardements par canons) étaient positionnés à près de… 40 kilomètres de la capitale. Si cette tactique – qui anticipe les futurs bombardements aériens, lesquels se généraliseront lors de la Deuxième Guerre mondiale et furent « testés » par des Zeppelins dès l’année 1915 sur l’Angleterre, relayés par des bombardiers Gothas en 1917… – avait pour but principal de saper le moral de la population civile, brouillant ainsi la traditionnelle coupure entre ligne de front et arrière en impliquant les civils comme autant de potentiels victimes, l’effort porta aussi sur l’invention d’armes appropriées à la guerre de tranchées. Trois exemples doivent ici être cités, ce triptyque létal disant bien les conditions nouvelles de combat : le fameux « crapouillot », ce mortier français dont le tir elliptique permettait d’atteindre les tranchées de plein fouet. Dans la même logique – réduire la résistance ennemie avant de lancer l’assaut qui permettra de gagner de précieux mètres, voire de « percer » –, le fusil-mitrailleur est une adaptation mobile de la mitrailleuse (le modèle français de 1907 pesait 52 kilos là où le fusil-mitrailleur Chauchat en pèse 9, dix ans plus tard), elle qui est l’arme la plus mortelle de la guerre (sa cadence de tir est monstrueuse : plus de 600 coups à la minute).
Quant au gaz de combat, les travaux d’Olivier Lepick (cf. bibliographie) permettent de préciser trois choses. Ils prouvent notamment que ce sont… les Français qui, les premiers, testèrent les gaz sur le champ de bataille, cela dès août 1914, employant alors du gaz lacrymogène non mortel. Cependant, l’essai ne fut pas convaincant et l’on s’arrêta là. Mais l’intention y était, si l’on peut écrire… C’est à Ypres, le 22 avril 1915 et du côté allemand que l’on emploie pour la première fois un gaz mortel dans une configuration tactique. Il s’agit de chlore ; le commandement allemand fut conseillé par l’éminent chimiste Fritz Haber (fait prix Nobel en... 1918, il sera contraint à l’exil par les lois antisémites de Hitler). Une rupture anthropologique se lit ici et Stéphane Audoin-Rouzeau, en spécialiste, souligne justement l’importance de cet inédit : « mettre à mort l’adversaire sans attenter à sa barrière anatomique, sans provoquer l’écoulement de sang caractéristique de la mort au combat, constitua sans doute une configuration nouvelle hautement transgressive en regard des normes considérées jusqu’ici comme acceptables (et acceptées) de l’affrontement guerrier ». Enfin, malgré l’indignation française face au « Scientifik-Barbare », pour reprendre l’expression du poète André Salmon, les Alliés s’engouffrent dans la brèche et se lancent dans une « véritable course à la toxicité » (Nicolas Beaupré). Néanmoins, les Allemands conservèrent la première place. A partir de 1917, l’usage du « sulfure d’éthyle dichloré » surnommé « Ypérite » (ou « gaz moutarde »), arme terrible qui agit à la fois par les voies respiratoires et par la peau, se « banalise ». Résumons : l’emploi des gaz eut au total un triple effet. Ou plutôt, d’abord, aucun effet au plan militaire puisque l’on ne perça pas le front ; ensuite, on comptabilise au total 500 000 gazés, qui garderont longtemps les marques de leur affection. Enfin – et c’est certainement là le point le plus important – la déshumanisation des combattants est devenue un fait (d’ailleurs, ressemblent-ils encore à des hommes quand ils portent leur masque à gaz ?).
Malgré d’importantes innovations, la capacité de défense, résultant de la combinaison du barbelé (lire à ce sujet l’ouvrage d’Olivier Razac) et des nids de mitrailleuses, l’emporte toujours sur celle de la force de pénétration. Les chars ? Le choix français s’oriente vers le déploiement de chars légers (modèle Renault FT) censés accompagner les troupes lors de la reprise de l’offensive (ce sera d’ailleurs le cas à l’été 1918), après une courte tentative de miser sur des appareils lourds en développant, à l’instar des Mark britanniques, une gamme de chars mi-lourds (Schneider et Saint-Chamond) ; mais les résultats globaux sont finalement peu probants. L’aviation ? Malgré la virtuosité des « as » français – l’on pense ici à l’archétypal Roland Garros, figure légendaire de ces nouveaux chevaliers – et l’amélioration constante des techniques (tirs à travers les pales de l’hélice, blindage de la carlingue, missions de plus en plus longues derrière les lignes ennemies, aux fins d’observation et bientôt de bombardement sur les centres urbains), elle ne parvient pas à donner un avantage décisif à un camp ou à l’autre. Verdun est peut-être la plus terrible preuve de cette fatalité de la stagnation.


Verdun… et la Somme.

La « préparation d’artillerie », appuyée sur le « feu roulant », est vite devenue incontournable, après les sanglants échecs des batailles de mouvement de l’été 1914. Les historiens le rappellent avec force : la tactique du « grignotage » mise au point par l’État-major allié durant l’année 1915 (début de l’année en Champagne, en Artois au printemps, sur ces deux fronts de manière coordonnée à l’hiver), si chère à Joffre, est un prélude à Verdun. Ainsi, lors de ce que l’on nomme la seconde bataille de Champagne, trois jours entiers furent consacrés à la préparation d’artillerie, pendant lesquels plus de 2000 pièces d’artillerie pilonnèrent (d’ailleurs sans grand succès) les positions allemandes.
Le premier jour de la bataille de Verdun – elle débute le 21 février 1916 – un million d’obus furent tirés, ce qui indique qu’une nouvelle fois, la totalisation industrielle des combats change de mesure. Au-delà des enjeux propres à la bataille (« remettre en mouvement » le front occidental, pour von Falkenhayn, qui a remplacé Moltke à la tête des troupes allemandes ; pour cela, il faut supprimer le saillant fortifié que représente Verdun…) et de son déroulement durant près d’un an, sa configuration extraordinaire tient à la conjonction de trois facteurs.
D’abord, la volonté de Pétain – à qui est confiée la défense de Verdun après la prise du fort de Douaumont, le 25 février – de ne céder à aucun prix et cela surtout pour des raisons symboliques : il s’agissait de mettre fin à la trop longue série de victoires des Allemands, coûte que coûte. Pour cela, il fallut déployer des trésors d’inventivité « logistique ». Ainsi, 90 000 hommes et 50 000 tonnes de matériel empruntèrent, en une constante « noria », la route qui reliait Verdun à Bar-le-Duc et que l’écrivain nationaliste Maurice Barrès baptisa – le nom est resté – la « voie sacrée ». Autre chiffre, proprement étonnant : 70 des 95 divisons que comptait alors l’armée française furent engagées, à tour de rôle, dans la gigantesque bataille. Bref, Verdun, tous y participèrent ou presque, parfois dans de sordides affrontements à l’arme blanche, alors même que les bombardements ne cessaient pratiquement jamais.
Deuxième point méritant d’être signalé et qui renvoie au changement de tactique opéré par von Falkenhayn. Au vrai, l’on ne sait pas s’il s’agit là d’un véritable renversement ou d’une manière d’expliquer a posteriori des choix finalement néfastes… Reste que, clamant haut et fort qu’il veut « saigner à blanc » l’armée française, von Falkenhayn se lance dans une bataille d’usure qui ne profite finalement pas à l’armée allemande. Verdun ne tombe pas et, des deux côtés, les pertes sont très comparables : près de 150 000 morts et disparus du côté allemand, 160 000 pour les Français, 200 000 blessés de part et d’autre. La « Blutpumpe » (pompe à sang…), le « Knochenmühle » (moulin à os…), pour reprendre les termes que les soldats allemands eux-mêmes employaient pour décrire la voracité du dispositif mis en place par leur commandement, furent en effet impitoyables, mais à parité…
Enfin, on ne peut pas s’attarder sur Verdun sans analyser l’offensive que lancèrent les Alliés sur la Somme. Son but ? Relancer l’offensive anglo-française et reprendre ainsi la guerre de mouvement en repoussant l’ennemi le plus loin possible. Le gain principal de ce Big Push (pour reprendre le surnom que les Britanniques donnèrent à cet épisode guerrier) fut de dégager Verdun, les Allemands peinant à rester engagés avec intensité sur les deux fronts. L’offensive du 1er juillet 1916 est ainsi à connaître. En effet, elle est, pour Stéphane Audoin-Rouzeau et Gerd Krumeich, une « non-bataille », les troupes ne se rencontrant pratiquement pas. Ce qui, pour autant, ne signifie pas que les pertes en furent amoindries, au contraire ! Une semaine de préparation d’artillerie n’ayant pas brisé la défense allemande, les assauts britanniques butèrent sur les mitrailleuses (les Français, eux, atteignirent leurs objectifs) et lors de cette journée d’été, l’armée britannique comptabilisa près de 20 000 tués (et 40 000 blessés), ce qui constitue le bilan journalier le plus funeste de toute sa longue histoire. Tout simplement, la moitié des hommes engagés ce jour-là sont morts. Et la bataille – qui se déroule sur un front beaucoup pus large qu’à Verdun – dure six mois. Les chars y sont d’ailleurs employés pour la première fois à cette échelle : insuccès. Le commandement change alors de tactique (« mordre et tenir » les positions ennemis) : échec de nouveau. Au total, le bilan de la bataille de la Somme est plus lourd que celui de Verdun : 1,2 million de tué, disparus et blessés.


Quelle portée historique ?

L’historien britannique John Keegan, auteur du magistral Anatomie de la bataille (malheureusement épuisé), a cette remarque forte à propos de Verdun : « les Français comprirent à juste titre qu’il s’agissait de les obliger à quitter le terrain de façon humiliante à moins de prolonger par une terrible boucherie. Les Français optèrent pour la boucherie ». Cependant, pour Stéphane Audoin-Rouzeau et Gerd Krumeich, c’est la Somme qui mérite le titre de bataille symbolique de la Grande Guerre, cela pour deux raisons. La première est que la Somme fut bien une bataille mondiale, correspondant ainsi à la nature nouvelle de ce conflit planétaire, là où Verdun était un affrontement franco-allemand. Deuxième point essentiel : la manière même de s’affronter connaît avec la Somme un changement de nature profond ; la bataille, en tant qu’elle est choc entre deux corps constitués,  est – ô paradoxe suprême – devenue impossible, du fait de la supériorité de la défensive sur l’offensive. Pour les deux historiens, « tout se passe comme si la bataille mourait, en quelque sorte de sa propre violence. De son surcroît de violence, pour être plus précis ». Comme une preuve par l’absurde que le matériel l’emportera désormais toujours sur les hommes, puisqu’il peut les détruire totalement ; et si la logique de « brutalization and trivialization », propre à la Grande Guerre, menait droit au Blitz, à Auschwitz et à Hiroshima ; si elle était en germe dans les plaines de la Somme ? Autre question, elle aussi fondamentale : comment les combattants, dans les conditions que l’on vient de brièvement rappeler, ont-ils fait pour tenir ?



II - ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS

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Propagande : « Gloire à notre 75 », assiette de 1915.
In Beaupré (Belin).
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Affronter la mort invisible : masque à gaz français,
modèle de 1917
. In Beaupré (Belin)


 
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Otto Dix, « Sturmtruppe geht unter Gas vor » (Assaut sous les gaz), 1924.

 

III - POUR ALLER PLUS LOIN

Bibliographie.

Les ouvrages suivants permettent une approche approfondie du thème :

Audoin-Rouzeau (Stéphane), 14-18, les combattants des tranchées, Paris, Armand Colin, 1986.

Audoin-Rouzeau (Stéphane), Becker (Annette), Ingrao (Christian) et Rousso (Henry) (dir.), La violence de guerre, 1914-1945, Paris/Bruxelles, Complexe, 2002.

Cochet (François), Armes en guerre. XIXe - XXe siècle. Mythes, symboles, réalités, Paris, CNRS éditions, 2012.

Drévillon (Hervé), Batailles. Scènes de guerre de la Table Ronde aux Tranchés, Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers Historique », 2007 (le dernier chapitre, consacré la bataille de la Marne en 1914, intitulé « La der des ders », est particulièrement intéressant).

Duménil (Anne), Beaupré (Nicolas) et Ingrao (Christian), 1914-1945. L’ère de la guerre ; tome 1, Violence, mobilisations, deuil, Paris, Agnès Viédot éditions, 2004.

Lepick (Olivier), La Grande Guerre chimique, 1914-1918, Paris, PUF, 1998.

Prost (Antoine), « Verdun », in Pierre Nora, Les lieux de mémoire, tome 2, « La Nation », volume 3.

Sacco (Joe), La Grande Guerre, le premier jour de la bataille de la Somme, Paris, Futuropolis/Arte éditions, 2014 ; une formidable « fresque-roman-graphique » : http://www.centenaire.org/fr/autour-de-la-grande-guerre/bande-dessinee/reportage/la-fresque-de-joe-sacco-bataille-de-la-somme


Date de création : 03/12/2014 @ 15:51
Dernière modification : 03/12/2014 @ 16:18
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