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I - MISE AU POINT SCIENTIFIQUE

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De la conscription à la mobilisation.

Quand résonne le tocsin, le 1er août 1914, les Français s’apprêtent à vivre une journée particulière. En effet, c’est ce jour-là qu’ils apprennent tout à la fois l’assassinat de Jean Jaurès et que sont déclenchées les opérations de mobilisation, en réaction à la déclaration de guerre de l’Allemagne à l’allié russe. Double choc, apprécié d’une manière immédiatement grave par la population. Comme l’écrit l’historien Nicolas Beaupré, à la suite du désormais classique ouvrage que l’on doit à Jean-Jacques Becker (1914, comment les Français sont entrés dans la guerre), c’est le sentiment d’une inéluctable « descente dans la guerre » qui l’emporte alors.
Car loin des poncifs trompeurs et des stéréotypes usés qui persistent encore ça et là, les moments de pur délire patriotique, longtemps présentés comme révélateurs de l’état d’esprit général des Français, n’ont que très peu à voir avec la réalité. A rebours du mythe d’une mobilisation enthousiaste jusqu’à l’excès, la réalité de l’entrée en guerre des Français est plus contrastée, qui recouvre une large palette de sentiments ; trois attitudes principales peuvent ainsi être distinguées au sein de ce processus d’entrée en guerre que fut la mobilisation.


 

Stupéfaction, puis résolution.

Plus rien ne peut arrêter le basculement dans le conflit, concluent les Français le 2 août, quand ils apprennent que déjà les troupes allemandes sont en territoire luxembourgeois et que le Reich a lancé un ultimatum à la neutre Belgique, la sommant de laisser ses soldats s’engager vers le territoire français. La séquence chronologique est dense, qui traduit à la fois l’exaspération des tensions internationales et le fatal enchainement des systèmes d’alliances : le 1er août, la France mobilise, le 2, elle proclame l’état de siège et le 3, elle « subit » la déclaration de guerre de l’Allemagne. A partir de ce moment, c’est la surprise qui l’emporte. Elle est d’autant plus vive que le pays est alors investi dans un temps particulièrement fort de son calendrier socio-économique annuel : la préparation de la moisson. Pour une France encore majoritairement rurale, c’est en effet un temps particulier que celui de l’été et la désorganisation que cette entrée en guerre estivale participe, selon les historiens, à accroître le sentiment de stupeur que notent nombre de témoins. Ce sentiment d’étonnement est beaucoup plus partagé que les positions radicales des nationalistes revanchards ou que les dénonciations des pacifistes, situées à l’exact opposé politique mais tout aussi peu révélatrices de la moyenne des réactions de l’opinion. C’est ensuite, de manière rapide, la résolution qui s’installe, preuve qu’au plan « culturel », l’efficacité de la Troisième République est réelle : la conscription a acculturé les Français à l’idée de défendre par les armes le pays, non pas sur le mode d’un enthousiasme délirant et finalement suspect à la raison mais bien par imprégnation profonde des valeurs inculquées par l’école et le service national. Comme l’écrit Marc Bloch, dans ses Souvenirs de guerre : « Les hommes pour la plupart n’étaient pas gais : ils étaient résolus, ce qui vaut mieux ».
D’ailleurs, les manifestations contre la guerre ne trouvent qu’un très faible écho dans la population. Quand l’état-major s’attendait à ce que le taux d’insoumission s’élève à 10 % en cas de mobilisation générale, il ne fut que de 1.01 %, la plupart des insoumis se soustrayant en outre à leurs obligations militaires pour des raisons autres qu’idéologiques (considérations familiales, défaillances psychologiques personnelles, etc.). L’Etat n’eut même pas à recourir au fameux carnet B (qui recensait les potentiels opposants la guerre, syndicalistes et « leaders » des partis de gauche notamment, soit un total d’un millier de personnes que l’on s’apprêtait à arrêter dès les premiers jours du conflit) ; le 1er août, le ministre de l’Intérieur renonce à se servir de cette liste de pré-proscrits, tout simplement parce qu’il n’y en pas besoin ! Le taux d’insoumission – c’est-à-dire le refus initial du départ sous les drapeaux et donc au front –, restera très faible durant toute la guerre : 2.29 % en 1915, 0.88 en 1916, inconnu (car non publié…) en 1917 mais 0.72 % en 1918. Il est plus élevé en 1920 et 1921 (0.97 et 0.91 %), ce qui s’explique par l’aspiration de tous à relâcher l’effort, dans cet immédiat après-guerre. Mais alors, contraints et/ou consentants, les mobilisés ? Cette question de la mobilisation culturelle reste intéressante, le débat entre les deux écoles d’interprétation étant en outre en cours de dépassement par le haut puisque, comme l’écrit justement Christophe Prochasson, le consentement fut « une acceptation négociée de la guerre, non une adhésion enthousiaste et univoque ».


 

Quelle fleur au fusil pour quelle Union sacrée ?

Dans cette perspective, il est important de revenir de manière critique sur le mythe du départ des conscrits/mobilisés « la fleur au fusil ». A suivre les meilleurs spécialistes de la question, trois causes principales conjuguent en la matière leurs effets pour expliquer la persistance de cette représentation de l’entrée en guerre des Français.
D’abord, la superposition entre deux phénomènes différents brouille la perception de ce moment fort. En effet, même si elle n’est pas totale et encore moins parfaite, la presque unanimité de la classe politique (après la mort de Jaurès, le ralliement des socialistes et des syndicalistes surprend beaucoup) débouche sur une assimilation abusive : là où il y eut en vérité mise en place objective d’une sorte de trêve politique destinée à défendre la patrie, les contemporains et surtout les premiers historiens ont construit une correspondance qui n’existait pas. L’Union sacrée, notion éminemment politique, réclamée par Viviani au nom de Poincaré devant la représentation nationale le 4 août 1914, se serait étendue à l’ensemble de la société ? Faux. Pour citer Nicolas Beaupré, dans l’esprit des observateurs, « enthousiasme supposé des populations et Union sacrée finissaient alors par se confondre », alors qu’ils renvoient à deux représentations fabriquées qui en outre ne se rencontrent pas dans l’espace public !
Par ailleurs, la profusion des images qui répandent dans la presse les scènes de liesse et d’enthousiasme collectif (femmes et enfants suivant les soldats, trains bondés partant « vers Berlin »), lesquelles continuent d’illustrer bon nombre de documentaires consacrés à cet épisode en cette année du Centenaire, agissent avec force. S’ancrant fermement dans l’imaginaire collectif grâce aux techniques de communication propre à l’ère des masses (énormes tirages de la presse quotidienne, suppléments abondamment illustrés, recours systématique aux photographies, etc.), ces images sont devenues des clichés. Or, ce sont des images de… propagande, qui focalisent l’attention sur quelques situations particulières, urbaines et très ponctuelles et ne disent absolument pas la réalité du moment. En 1938, quand déjà menace un nouveau conflit, Jules Romains notera avec force ce décalage, dans le tome XI (Prélude à Verdun) des Hommes de bonne volonté :

« Jamais tant d’hommes à la fois n’avaient dit adieu à leur famille et à leur maison pour commencer une guerre les uns contre les autres. Jamais non plus les soldats n’étaient partis pour les champs de bataille mieux convaincus que l’affaire les concernait personnellement. Tous ne jubilaient pas. Tous ne fleurissaient pas les wagons, ou ne le couvraient pas d’inscriptions gaillardes. Beaucoup ne regardaient pas sans arrière-pensée les paysans qui, venus le long des voies, répondaient mal aux cris de bravade et saluaient un peu trop gravement ces trains remplis d’hommes jeunes. Mais ils avaient en général bonne conscience. Puisqu’il n’était plus question d’hésiter ni de choisir, l’on remerciait presque le sort de vous avoir forcé la main ».

Enfin et cette fois-ci au plan mémoriel, le mythe de la fleur au fusil persiste après-guerre mais se renverse au plan du sens. Là où durant le conflit il signifiait élan patriotique jusqu’au délire, il renvoie à partir des années 20, quand le pacifisme se structure en une force politique qui à présent compte, à la critique de la manière dont les élites ont trompé un peuple trop naïf, qui s’est laissé abuser jusqu’à la boucherie. Mythe inversé peut-être mais mythe tout de même… Reste que cette idée des Français entrant dans le conflit la fleur au fusil, deux fois fausse (enthousiasme, manipulation) a demeuré longtemps dans l’imaginaire national… Au vrai, c’est certainement l’historien Maurice Agulhon qui précise le mieux le sentiment des mobilisés, qui sont et restent durant toute la durée du conflit avant tout des soldats-citoyens, surtout quand la résolution se transforme en ténacité ; dans La République, il écrit :

« Les hommes restaient ainsi éveillés, critiques, grognons si l’on veut, avec une indiscipline à fleur de peau mais toujours refoulée ; une indiscipline d’esprit critique, de citoyen démocrate et syndicaliste, bien plutôt que de “forte tête” ou de “rebelle primitif”. […] La défense nationale étant le devoir […], il est mieux de le faire dans la règle et la discipline, plutôt que de traîner, saboter ou bâcler. Car elle implique aussi la solidarité : tenir, c’est aussi aider à survivre le camarade d’à côté, lâcher, c’est aggraver son sort ».



Pesée globale

Restent les chiffres de la mobilisation, proprement impressionnants. Car si la guerre de 1914 est une guerre totale, c’est d’abord en regard de l’importance des effectifs déployés. Pour le cas français, le service militaire personnel obligatoire aboutit à l’été 14 à la mobilisation d’une armée de masse de 3 600 000 hommes âgés de 20 à 48 ans (l’Allemagne a mobilisé 4 millions d’hommes), hommes de l’active, de la réserve, de la territoriale et de la réserve de la territoriale. Certes, tous ne partent pas pour le front mais l’active (les classes 11, 12 et 13) passent directement de leur casernement au front. Ils sont bientôt rejoints par les réservistes, entre le 5 et le 18 août.
On pensait que la guerre serait courte, mais sa longue durée nécessite de toujours reconstituer les effectifs. Au bout du compte, ce sont 8 millions d’hommes qui ont été mobilisés, des classes 1887 à 1919. On n’hésite pas, devant le besoin d’hommes, à anticiper l’incorporation (jusqu’à 22 mois…). On réexamine systématiquement le cas des exemptés et réformés : 1 187 497 hommes (soit 60 % des cas !) sont ainsi « récupérés » par l’armée. Et au plus fort du conflit, c’est 95 % des hommes de la classe de 1917 qui furent mobilisés…

On l’aura compris, la mobilisation s’est déroulée en bon ordre : en quelques jours, dans les délais prévus par les plans arrêtés de longue date, sans manifestation majeure d’opposition, 3.5 millions d’hommes ont été mobilisés. Au début du mois d’août 1914, le Grand Quartier Général pouvait ainsi continuer de croire en les vertus fantasmées d’une guerre offensive à outrance... Or, ce mois fut le plus meurtrier de la guerre, on le sait. Jusqu’au « miracle de la Marne », qui interviendra dans la seconde semaine de septembre, l’entêtement du commandement à attaquer à toute force débouche sur un bilan macabre à peine croyable ; en quatre jours, du 20 au 23 août, environ 40000 soldats français furent tués. Le 23 août détient en la matière un triste record, avec 27000 morts, un bilan ô combien plus lourd que celui des pires jours des grandes batailles de Verdun et de la Somme…


II - ILLUSTRATIONS ET DOCUMENTS



 

III - POUR ALLER PLUS LOIN

Bibliographie.

Les ouvrages suivants permettent une approche approfondie du thème :

Becker (Jean-Jacques), Comment les Français sont entrés dans la guerre : contribution à l’étude de l’opinion publique. Printemps-été 1914, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1977 ; nombreuses rééditions.

Crépin (Annie), Histoire de la conscription, Paris, Gallimard, collection « Folio histoire », 2009.

Prochasson (Christophe), 14-18. Retours d’expériences, , Paris, Tallandier, 2008.

Saint-Fuscien (Emmanuel), A vos ordres ? La relation d’autorité dans l’armée française de la Grande Guerre, Paris, Editions de l’EHESS, 2011.


Articles intéressants disponibles en ligne

Becker (Jean-Jacques), « L'appel de guerre en Dauphiné », publié dans la revue "Le mouvement social", n°49, octobre-décembre 1964


Date de création : 02/10/2014 @ 13:47
Dernière modification : 02/10/2014 @ 14:56
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