HLP [Statut : version 1.0]

LES POUVOIRS DE LA PAROLE — identité
LES REPRESENTATIONS DU MONDE — différence
LA RECHERCHE DE SOI — unité de l'identité et de la différence
L'HUMANITE EN QUESTION — problèmes




I. LE B. O. DU 17.01.2019


Épreuve : écrite.

Durée : 2 heures
.

Objectif
. L'épreuve vise à évaluer la maîtrise par le candidat des attendus du programme de cet enseignement de spécialité pour la classe de première.

Structure. L'épreuve est composée de deux questions portant sur un texte relatif à l'un des thèmes du programme de première.
La question d'interprétation appelle un travail portant sur la compréhension et l'analyse d'un enjeu majeur du texte.
=> Au 2° trimestre, sujet unique (après les cours de lettres et Condillac) : Texte d'Aristote sur la parole (logos). En 2H par groupe de 4 (vs. 1H et seul le jour J)
La question de réflexion conduit le candidat à rédiger une réponse étayée par une agumentation bien construite à une question soulevée par le texte.
=> Au 1° trimestre, sujet unique (après les cours de lettres et Platon, Aristote.) : Quelle est la fin de la parole ? En 2H par groupe de 4 (vs. 1H et seul le jour J)

Contenu. Si la première question vise à vérifier les compétences de lecture d'un texte littéraire ou philosophique, la seconde permet la construction d'une véritable réflexion personnelle. Chacun de ces deux exercices relève tantôt d'une approche philosophique, tantôt d'une approche littéraire, selon ce qu'indique explicitement l'intitulé du sujet. Leur articulation répond au principe de coopération interdisciplinaire propre à cet enseignement de spécialité. L'ensemble des connaissances acquises est mobilisable à bon escient dans les deux parties de l'examen. Les deux questions donnent lieu à des développements d'ampleur comparable et font l'objet de corrections distinctes, l'une par un correcteur de français, l'autre par un correcteur de philosophie, selon l'orientation disciplinaire respective des exercices. Notation. Chaque question est notée sur 10. La somme des deux notes constitue la note globale unique de l'épreuve.

Méthode : cf. ci-dessous en III.


ANNEXE


Abrégé sur le contenu philosophique du programme des deux années à venir
(à supposer que nous restions ensemble en Terminale !) :

I

LES POUVOIRS DE LA PAROLE — notre identité : nous partirons de la thèse d'Aristote selon laquelle l'homme est "l'animal doué de parole".
LES REPRESENTATIONS DU MONDE — nos différences : nous partirons de la distinction entre "sociétés closes" et "sociétés ouvertes" de Bergson.

II

LA RECHERCHE DE SOI — l'unité de l'identité et de la différence : nous partirons des thèses de Descartes et de Hegel sur la conscience pour nous interroger sur la question de savoir s'il peut y avoir conscience sans la parole et si, par conséquent, la conscience est innée ou acquise.
L'HUMANITE EN QUESTION — nos problèmes : nous confronterons ces éléments de philosophie à la réalité présente pour conclure à son utilité ou non.


Abrégé sur les devoirs. Lectures annotées, passages au tableau par groupe et examen final. Ces exercices ayant pour fin de vous permettre de mettre en valeur vos capacités 1. de lecture, 2. d'interprétation de textes ou d'oeuvres, 3. d'expression et d'analyse de problèmes, 4. d'argumentation écrite et orale. Bref, de forger déjà votre conscience citoyenne autant que privée.


[SUR LE TRAVAIL EN CLASSE ET EN RELATION AVEC LES LETTRES :
Vous, élèves, vous chargerez de la partie littérature, et moi de la philosophique. Ainsi, tour à tour, vous serez mes maîtres et moi le vôtre :

> vous, dans le cadre de nos thèmes communs, en me rapportant vos expériences des textes particuliers étudiés avec vos professeurs de lettres,

> votre serviteur, en rassemblant ses connaissances philosophiques [ou autres] pour vous faire découvrir la logique de la communication qui se tient au cœur de l'histoire de la pensée humaine et de toute pensée accomplie. Car telle est la fin de la philosophie que vous découvrez cette année : apprendre à penser notre rapport au monde et à notre notre temps. Indépendamment des moments qui nous réuniront, votre professeur de Lettres et nous-mêmes, pour débattre de nos avancées respectives dans le programme, voici mon plan provisoire : Manuel, Méthode et Cours proprement dit...]


*



II. LE MANUEL

1er travail : lecture
annotée des textes suivants, relevant des semestres du programme de Première.

A. Les pouvoirs de la parole (semestre 1)
__________________________________

0. Sur le titre >>> Exercice = 1. commencer par distinguer pouvoir > savoir, parole > pensée (identité ou différence ?) 2. les conditions et modalités de la parole : "pourquoi deux yeux, deux oreilles, mais une seule bouche ?", le silence, la violence, la voix, le dialogue, le monologue, le discours, le bavardage, la persuasion  et la démonstration ; autorité > vérité, loi > hiérarchie, pour finir par problématiser afin de développer l'interrogation et construire notre réponse.

1. "Un animal doué de parole", Isocrate, Sur l'échange, 24 (p. du manuel)
"Parce que nous avons reçu le pouvoir de nous convaincre mutuellement et de faire apparaître clairement à nous-mêmes l'objet de nos décisions, non seulement nous nous sommes débarrassés de la vie sauvage, mais nous nous sommes réunis pour construire des villes ; nous avons fixé des lois ; nous avons découvert des arts ; et, presque toutes nos inventions, c'est la parole qui nous a permis de les conduire à bonne fin. C'est la parole qui a fixé les limites légales entre la justice et l'injustice, entre le mal et le bien ; si cette séparation n'avait pas été établie, nous serions incapables d'habiter les uns près des autres. C'est par la parole que nous confondons les gens malhonnêtes et que nous faisons l'éloge des gens de bien. C'est grâce à la parole que nous formons les esprits incultes et que nous éprouvons les intelligences ; car nous faisons de la parole précise le témoignage le plus sûr de la pensée juste ; une parole vraie, conforme à la loi et à la justice, est l'image d'une âme saine et loyale. C'est avec l'aide de la parole que nous discutons des affaires contestées et que nous poursuivons nos recherches dans les domaines inconnus. Les arguments par lesquels nous convainquons les autres en parlant sont les mêmes que nous utilisons lorsque nous réfléchissons ; nous appelons orateurs ceux qui sont capables de parler devant la foule, et nous considérons comme de bon conseil ceux qui peuvent, sur les affaires, s'entretenir avec eux-mêmes de la façon la plus judicieuse. En résumé, pour caractériser ce pouvoir, nous verrons que rien de ce qui s'est fait avec intelligence n'a existé sans le concours de la parole : la parole est le guide de toutes nos actions comme de toutes nos pensées."

EXERCICE. QRMP = 1. Question du texte ? 2. Réponse précise (= thèse) ? 3. Méthode d'argumentation ? 4. Problématique ?



2. "les trois genres de l'art oratoire", Aristote, Réthorique, III. 27

"[Des trois genres de la rhétorique : le délibératif, le judiciaire, le démonstratif.
I. Il y a trois espèces de rhétorique; autant que de classes d'auditeurs, et il y a trois choses à considérer dans un discours : l'orateur, ce dont il parle, l'auditoire. Le but final se rapporte précisément à ce dernier élément, je veux dire l'auditoire.
II. Il arrive nécessairement que l'auditeur est ou un simple assistant (yevrñw), ou un juge ; que, s'il est juge, il l'est de faits accomplis ou futurs. Il doit se prononcer ou sur des faits futurs, comme, par exemple, l'ecclésiaste (29); ou sur des faits accomplis, comme le juge ; ou sur la valeur d'un fait ou d'une personne (30), comme le simple assistant.]
III. Il y a donc, nécessairement aussi, trois genres de discours oratoires :
le délibératif, le judiciaire et le démonstratif. La délibération comprend l’exhortation et la dissuasion. En effet, soit que l'on délibère en particulier, ou que l'on harangue en public, on emploie l'un ou l'autre de ces moyens. La cause judiciaire comprend l'accusation et la défense : ceux qui sont en contestation pratiquent, nécessairement, l'un ou l'autre. Quant au démonstratif, il comprend l'éloge ou le blâme.
IV. Les périodes de temps propre à chacun de ces genres sont, pour le délibératif, l'avenir, car c'est sur un fait futur que l'on délibère, soit que l'on soutienne une proposition, ou qu'on la combatte ; pour une question judiciaire, c'est le passé, puisque c'est toujours sur des faits accomplis que portent l'accusation ou la défense ; pour le démonstratif, la période principale est le présent, car c'est généralement sur des faits actuels que l'on prononce l’éloge ou le blâme ; mais on a souvent à rappeler le passé, ou à conjecturer l'avenir.
V. Chacun de ces genres a un but final différent ; il y en a trois, comme il y a trois genres. Pour celui qui délibère, c'est l'intérêt et le dommage ; car celui qui soutient une proposition la présente comme plus avantageuse, et celui qui la combat en montre les inconvénients. Mais on emploie aussi, accessoirement, des arguments propres aux autres genres pour discourir dans celui-ci, tel que le juste ou l'injuste, le beau ou le laid moral. Pour les questions judiciaires, c'est la juste ou l'injuste ; et ici encore, on emploie accessoire ment des arguments propres aux autres genres. Pour l'éloge ou le blâme, c'est le beau et le laid moral, aux quels on ajoute, par surcroît, des considérations plus particulièrement propres aux autres genres. [...]"

EXERCICE. 1. Distinguer l'art de la science, 2. Faire schéma récapitulatif des 3 genres, 3 temps, 3 publics et 3 fins de l'art de la parole.


2bis. "Défense de la réthorique", Aristote, Réthorique, I, 1. 58

XII. [...] De plus, "il serait absurde que l'homme fût [pour sa défense] honteux de ne pouvoir s'aider de ses membres et qu'il ne le fût pas de manquer du secours de sa parole, ressource encore plus propre à l'être humain que l'usage des membres.
XIII. Si, maintenant, on objecte que l'homme pourrait faire beaucoup de mal en recourant injustement à la puissance de la parole, on peut en dire autant de tout ce qui est bon, la vertu exceptée, et principalement de tout ce qui est utile; comme; par exemple, la force, la santé, la richesse, le commandement militaire, car ce sont des moyens d'action dont l'application juste peut rendre de grands services et l'application injuste faire beaucoup de mal."

EXERCICE. QRMP = Question du texte ? Réponse précise ? Méthode d'argumentation ? Problématique ?



3. "Etre autobiographe pour s'émanciper", Simone de Beauvoir, Mémoire d'une jeune fille rangée. 1958, p. 84

    "Demain j'allais trahir ma classe et déjà je reniais mon sexe ; cela non plus, mon père ne s'y résignait pas : il avait le culte de la jeune fille, la vraie. Ma cousine Jeanne incarnait cet idéal : elle croyait encore que les enfants naissaient dans les choux. Mon père avait tenté de préserver mon ignorance ; il disait autrefois que lorsque j'aurais dix-huit ans il m'interdirait encore les Contes de François Coppée ; maintenant, il acceptait que je lise n'importe quoi : mais il ne voyait pas beaucoup de distance entre une fille avertie, et la Garçonne dont, dans un livre infâme, Victor Margueritte venait de tracer le portrait. Si du moins j'avais sauvé les apparences ! Il aurait pu
s'accommoder d'une fille exceptionnelle à condition qu'elle évitât soigneusement d'être insolite : je n'y réussis pas. J'étais sortie de l'âge ingrat, je me regardais de nouveau dans les glaces avec faveur ; mais en société, je faisais piètre figure.
    Mes amies, et Zaza elle-même, jouaient avec aisance leur rôle mondain; elles paraissaient au "jour" de leur mère, servaient le thé, souriaient, disaient aimablement des riens ; moi je souriais mal, je ne savais pas faire du charme, de l'esprit ni même des concessions. Mes parents me citaient en exemple des jeunes filles "remarquablement intelligentes" et qui cependant brillaient dans les salons. Je m'en irritais car je savais que leur cas n'avait rien de commun avec le mien : elles travaillaient en amateurs tandis que j'avais passé professionnelle. Je préparais cette année les certificats de littérature, de latin, de mathématiques générales, et j'apprenais le grec ; j'avais établi moi-même ce programme, la difficulté m'amusait ; mais précisément, pour m'imposer de gaieté de cœur un pareil effort, il fallait que l'étude ne représentât pas un à-côté de ma vie mais ma vie même : les choses dont on parlait autour de moi ne m'intéressaient pas. Je n'avais pas d'idées subversives ; en fait, je n'avais guère d'idées, sur rien; mais toute la journée je m'entraînais à réfléchir, à comprendre, à critiquer, je m'interrogeais, je cherchais avec précision la vérité : ce scrupule me rendait inapte aux conversations mondaines.
    Somme toute, en dehors des moments où j'étais reçue à mes examens, je ne faisais pas honneur à mon père ; aussi attachait-il une extrême importance à mes diplômes et m'encourageait-il à les accumuler. Son insistance me persuada qu'il était fier d'avoir pour fille une femme de tête ; au contraire : seules des réussites extraordinaires pouvaient conjurer la gêne qu'il en éprouvait."

EXERCICE. QRMP = Question du texte ? Réponse précise ? Méthode d'argumentation ? Problématique ?
(Elève = De quoi l'auteur est-il en quête : d'autorité ?)

Simone de Beauvoir veut s’émanciper de son milieu bourgeois et d’une éducation chrétienne qui ont produit tous les préjugés du XX°.
Cette figure majeure du féminisme,
raconte dans ses « Mémoires d’une jeune fille rangée » l’enfance, l’adolescence et la jeunesse bourgeoise de e ce siècle. Elle y montre surtout comment la prise de conscience de vivre comme une étrangère au sein d’une famille dont elle finit par rejeter les valeurs et la construction de soi passent par la passion du langage, de l'écriture et de la parole.

1. SDB annonce une rupture imminente, sous la pression de se sentir déjà exilée de la société naturelle que constitue la famille. En effet, sa position de jeune fille est clairement définie par 2 formes verbales annonçant une double rupture, avec sa classe et avec son sexe ("On ne naît pas femme, on le devient", dira-t-elle plus tard). Rupture de classe avec une culture bourgeoise et conformiste dont elle rejette les codes écrits ou non écrits : soit une prise de conscience qui ne saurait être réduite à une simple crise d’adolescence.
Rupture avec son sexe — du moins avec les convenances qui y sont attachées, mettant en lumière une situation douloureuse dans la mesure où l'autobiographie met en jeu une comparaison avec ses propres amies.

2. Une jeune fille "insolite", en recherche de la vérité (fin de l'usage du langage) :
Dans le §1, SDB insiste sur sa différence par rapport aux autres filles, que traduit l’adjectif « insolite », soulignant ainsi son inaptitude au rôle « mondain » qu'on voudrait lui faire jouer.
Elle considère à contre-courant que l’étude est essentielle à la vie (« ma vie même », ce qui fait aussitôt penser à Saint Thomas)
Son programme d'études semble de fait particulièrement chargé. Elle ne prête pas attention aux conversations convenues (« les choses dont on parlait autour de moi ne m’intéressaient pas ») et se considère inapte aux « conversations mondaines » : elle leur préfère le travail de la pensée, celui-ci fût-il en apparence solitaire.
L’idée des autres filles consiste à faire bonne figure, à jouer, à servir le thé , à sourire, à dire « aimablement des riens », à être charmantes et spirituelles mais sans autre objet que plaire unilatéralement. Leur rôle est limité au paraître puisque les jeunes qualifiées de « remarquablement intelligentes » sont celles qui ne font que "briller dans les salons".
SDB, dont la recherche majeure est celle de la vérité, s'oppose donc délibérément aux jeunes filles réduites à un rôle social mineur.

3. Le malentendu père-fille.
"La jeune fille rangée" est l'idéal, le mythe créé et entretenu par une bourgeoisie alors intégralement et religieusement gouvernée par les hommes. Le père de SDB cultive cet idéal de la jeune fille : — champ lexical du sacré = « culte, idéal » — champ lexical de la vérité = «  la jeune fille, la vraie » est une fille qui brille dans les activités mondaines quand bien même elle étudie : allusion aux amies et surtout Zaza, sa meilleure amie qui adhère à ce rôle convenu qu’on lui demande d’assumer. — champs lexical de la vie de société = « au jour de leurs mères, dans les salons » — champs lexical des
actions normatives  « servir le thé, sourire, dire des riens ».
Le père porte donc un jugement négatif sur la fille puisqu'elle elle ne correspond guère à cette idée. Le dernier paragraphe en révèle toute la contradiction. Sa fille ne lui faisant honneur en société, il attend au moins sa réussite aux examens. Mais cette logique n'y suffit : seuls des prodiges lui conféreraient une identité hors normes. La jeune fille en souffre et en éprouve simultanément culpabilité et rancune.

4.
Conclusion. Dans ce texte, SDB décrit son éducation et sa révolte contre la vie toute tracée que sa mère lui propose : une éducation catholique et un mariage arrangé avec un jeune bourgeois. Son engagement social et philosophique marquera son véritable désir d'émancipation. La philosophie seule lui permet de se libérer d'une morale rétrograde :
«
Je rêvais d'être ma propre cause et ma propre fin ; je pensais à présent que la littérature me permettrait de réaliser ce vœu. Elle m'assurerait une immortalité qui compenserait l'éternité perdue; il n'y avait plus de Dieu pour m'aimer, mais je brûlerais dans des millions de cœurs. En écrivant une œuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence. En même temps, je servirais l'humanité : quel plus beau cadeau lui faire que des livres ? ». C'est donc ici l'écriture qui vient doubler la parole dans la difficile mais grisante construction dialectique de soi (dialectique signifiant ici à la fois grâce à autrui — tout contre lui, et en fonction des autres — contre, mais aussi bien pour eux).



4. "Sous l'emprise de Socrate", Platon, Banquet. 143

"
Je dis d'abord qu'il ressemble tout-à-fait à ces Silènes [215b] qu'on voit exposés dans les ateliers des sculpteurs et que les artistes représentent avec une flûte ou des pipeaux à la main, et dans l'intérieur desquels, quand on les ouvre, en séparant les deux pièces dont ils se composent, on trouve renfermées des statues de divinités. Je prétends ensuite qu'il ressemble particulièrement au satyre Marsyas (Satyre qui aurait inventé la musique). Quant à l'extérieur, Socrate, toi-même, tu ne contesteras pas que cela ne soit vrai ; pour les autres traits de ressemblance, écoute ce que j'ai à dire. N'est-il pas certain que tu es un effronté railleur ? Si tu n'en convenais pas, je produirais mes témoins. Et n'es-tu pas aussi joueur de flûte ? [215c] Oui, sans doute, et bien plus étonnant que Marsyas. Celui-ci charmait les hommes par les belles choses que sa bouche tirait de ses instruments, et autant en fait aujourd'hui quiconque répète ses airs ; en effet, ceux que jouait Olympos, je les attribue à Marsyas son maître. Qu'un artiste habile ou une mauvaise joueuse de flûte les exécute, ils ont seuls la vertu de nous enlever à nous-mêmes, et de faire reconnaître ceux qui ont besoin des initiations et des dieux; car leur caractère est tout-à-fait divin. La seule différence, Socrate, qu'il y ait ici entre Marsyas et toi, c'est que sans instruments, [215d] avec de simples discours, tu fais la même chose. Lorsque nous entendons tout autre discoureur, même des plus habiles, pas un de nous n'en garde la moindre impression. Mais que l'on t'entende ou toi-même ou seulement quelqu'un qui répète tes discours, si pauvre orateur que soit celui qui les répète, tous les auditeurs, hommes, femmes ou adolescents, en sont saisis et transportés. Pour moi, mes amis, n'était la crainte de vous paraître totalement ivre, je vous attesterais avec serment l'effet extraordinaire que ses discours [215e] m'ont fait et me font encore. En l'écoutant, je sens palpiter mon cœur plus fortement que si j'étais agité de la manie dansante des corybantes, ses paroles font couler mes larmes, et j'en vois un grand nombre d'autres ressentir les mêmes émotions. Périclès et nos autres bons orateurs, quand je les ai entendus, m'ont paru sans doute éloquents, mais sans me faire éprouver rien de semblable; toute mon âme n'était point bouleversée; elle ne s'indignait point contre elle-même de se sentir dans un honteux esclavage, tandis qu'auprès du Marsyas que voilà, [216a] je me suis souvent trouvé ému au point de penser qu'à vivre comme je fais ce n'est pas la peine de vivre. Tu ne saurais, Socrate, nier qu'il en soit ainsi."

EXERCICE. QRMP = Question du texte ? Réponse précise ? Méthode d'argumentation ? Problématique ? (Elève = Séduire, est-ce slt. vouloir dominer ?)

QI : Pourquoi Socrate est-il comparé à un flutiste ? Quel effet produit-il sur Alcibiade et pourquoi ?


5. La parole d'autorité et l'autorité de la parole. Exemple du film "La vague", film tiré d'un fait réel survenu aux USA en 1967.

I. Définitions.

§0. Etymologie. Du latin auctoritas : capacité de faire naître, croître, pousser, qui tire de ce résultat toute sa légitimité. Cela fait penser à la définition de la vérité selon Goethe : "Seul ce qui est fécond est vrai." L’auteur [de auctor] est donc celui qui fonde une parole et, en même temps, assure la légitimité de celle-ci. Par suite, son autorité légitime consiste, à la fois, dans l'acte de création de la parole et dans celui de sa communication : d'où jaillit l'idée même de temporalité, la parole passant de maître à élève de sorte que l'autorité elle-même se transmet, disparaissant et renaissant dans le cercle de la communication. Contrairement au pouvoir de la domination autocratique qui ne recherche que sa propre conservation — ce que nous avons vu s'exercer avec éclat dans "La vague" —, le pouvoir de la libre communication et de mise en commun du sens est, lui tout au contraire, voué à disparaître dans son exercice même : car l'autorité de la parole du sage ne vise rien d'autre que la libération progressive de ceux qui l'entendent véritablement !

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II. Parole d'autorité vs. Parole dialogue

§1. Il existe trois types de parole d'autorité, l'une sacrée, l'autre sage, l'autre haïssable. La première ne se discute pas. La deuxième se discute. Par exemple :
à qui lui disait n'avoir jamais rencontré de sage, Empédocle répondait : " Normal, car pour connaître un sage, il faut l'être soi-même !"
Quant à la troisième, elle se combat.

Le passage de la 1ère à la 2ème signe le passage, dans l'antiquité grecque, du pouvoir sacré de type religieux, au pouvoir de la raison.
Le mythe d'Oedipe peut, paradoxalement, exprimer ce passage : CQFD

§2. Les trois principes de sagesse (phronésis, la prudence, vertu du sage que l'ère moderne convertira en doute) :

"Bien penser, bien dire, et faire ce qu'il faut — to eu logizesthai, to eu legein, kai to prattein ha dei."


§3. Quatre paroles de sages :
"Le bavard reste là comme un sot à discourir, ne prend garde à rien" Homère, idem.

"Le menteur est celui qui fait tout en parole et rien en acte"
Démocrite nous enseigne ainsi que l'absence d'accord entre parler et agir est cause de malheur, et signifie absence de vertu.

"Un sot* au moindre mot paraît renversé" Héraclite [* blax anthrôpôs].
"L'amour est sage. La haine est insensée." Russell, XX°
Fragments qui rappellent le bon à rien du poème d'Hésiode en début d'année.


§4. Qu'est-ce qu'un sage ?

L'homme accompli, le kalos kagathos, c'est-à-dire le beau et bon, c'est celui qui possède la plus haute aretê : dans l'agir militaire, celui qui l'emporte est le meilleur.

Chez Hésiode : l'homme juste, doué de la juste mesure. Sa morale combat la démesure, l'excès, bref la violence sous toutes ses formes, et soumet tout à Dikè, la Justice.

Les 7 sages suivent l'Apollon delphique. Leurs maximes : 1. "Aime la sagesse (phronésis, la connaissance pratique). Hais la démesure. Rien de trop, la mesure est le plus grand bien, prudence en toute chose." Ce qui implique 2.  le Gnôthi seauton : connais ta place devant les dieux, ne cherche pas à outrepasser tes limites et tes forces, mais à les tempérer avec prudence et viser le plus grand bien, et n'oublie jamais que l'on ne naît pas seulement pour soi-même. Car, cité par Marc-Aurèle VI, 42 : "."Tous nous collaborons à l'achèvement d'une oeuvre unique, les uns en conscience, les autres à leur insu. [...]"

...

[NB pour les adolescents.

Au fragment 74 B d'Héraclite : c'est parce qu'ils obéissent aux croyances irrationnelles et particulières de leurs parents, que les adolescents parlent et agissent comme des "enfants de [leurs] parents."Or, face à la démesure (l'hubris : caractère dionysiaque propre à l'homme, mais absent de la nature), face à la violence, seule vaut la mesure incarnée par la loi. C'est pourquoi la meilleure éducation dans la cité se règle sur le respect de ses lois.
Héraclite va plus loin : apprendre, en premier lieu, la loi de l'harmonie de contraires qui commande la nature tout entière. Politiquement, déjà, l'homme doit donc s'efforcer de s'ajuster, d'entrer en harmonie avec la nature. Car dépasser la mesure, c'est rompre l'harmonie des contraires : en donnant priorité à l'un des deux, je romps l'équilibre et crée le chaos. Cela est vrai au niveau politique comme au niveau individuel. C'est là le fondement de l'éthique et le fondement éthique de l'action morale individuelle.


[Au fragment 112, poiein désigne l'agir créateur // Cf. Goethe à l'autre bout de l'histoire...]
[La caractéristique de l'âme — principe de l'action morale en moi — c'est de posséder un "logos qui s'accroît lui-même".
Elle peut devenir la meilleure et la plus sage, si comme le feu elle est sèche et non humide : telle est la voie du droit de chacun à devenir meilleur. Voir et non boire !

La vérité seule dévoile la nature qui aime à se voiler. C'est pourquoi elle est le logos de la phusis.]

...


§5. Les différents sens de la parole : de la parole magico-religieuse (muthos) à la parole-dialogue (logos).

Pour Marcel Détienne, dans Les maîtres de vérité dans la Grèce archaïque, l'histoire commence pour les hommes, par le fait de parler au centre dans les assemblées militaires (Es méson : 90-95 sq.). Ce qui signifie parler au nom du groupe et de ce qui intéresse le groupe lui-même : les affaires communes, la nécessité de la victoire, le bien commun donc. Cette parole rompt une fois pour toutes avec la parole magico-religieuse, laquelle coïncide avec l'action qu'elle institue dans un monde de forces et de puissances auxquelles la communauté se trouve soumise et qu'elle ne peut que craindre (liberté impossible, par conséquent). Avec cette parole, s'impose donc un nouveau modèle spatial : un espace circulaire et centré où, idéalement, chacun est par rapport aux autres dans une relation réciproque et réversible. [...] où "Tous les Achéens peuvent le voir de leurs yeux" (Publicité et mise en commun sont les aspects complémentaires de la centralité...).


§6. Ce nouveau contexte institutionnel et ce cadre mental permettent de déterminer les caractéristiques de la parole-dialogue. [...] 

1. Un des privilèges de l'homme de guerre, c'est son droit à la parole. La parole n'est plus ici le privilège d'un homme exceptionnel, doué de pouvoir religieux [mais de l'homme du rang]. [...] dans les assemblées guerrières, la parole est un bien commun, un koinon déposé "au milieu". Chacun s'en empare à tour de rôle avec l'accord de ses égaux [on est donc bien déjà , comme dans une assemblée démocratique, dans une situation d'égalité et de réciprocité]. 

2. Parole-dialogue, de caractère égalitaire, le verbe des guerriers est aussi de type laïcisé. Il s'inscrit dans le temps des hommes. Ce n'est plus une parole magico-religieuse : au contraire, c'est une parole qui précède l'action humaine, qui en est le complément indispensable. [...] ce type de parole est d'emblée inscrit dans le temps des hommes par son objet même : il concerne directement les affaires du groupe,  celles qui intéressent chacun dans son rapport avec autrui. [...] C'est dans les assemblées militaires que, pour la première fois, la participation du groupe social fonde la valeur d'une parole. C'est là que se prépare le futur statut de la parole juridique ou philosophique, de la parole qui se soumet à la "publicité" et qui tire sa force de l'assentiment d'un groupe social (cf. Kant et le sensus communi)


§7. Conséquence : l'avènement de la Cité grecque. Groupe social clos sur lui-même au départ, la classe des guerriers s'ouvre par ce nouvel usage de la parole sur l'institution la plus neuve et la plus décisive, la Cité-Etat  : un système d'institutions et une architecture spirituelle dans laquelle chacun peut trouver sa place également. En effet, la première pensée politique des Grecs consiste dans cet idéal d'Isonomia qu'exprime si bien le tyran éclairé, Maiandrios : "Moi, je dépose le pouvoir au milieu et je proclame pour vous l'Isonomia" — i. e. l'égalité. Similitude, centralité, absence de domination univoque : voilà les trois termes qui résument le concept d'Isonomia, trois termes qui dessinent l'image d'un monde plus humain où "ceux qui participent à la vie publique le font à titre d'égaux".

C'est ainsi que les jeux funéraires, le partage du butin et les assemblées délibératives sont autant d'institutions qui forment un plan de pensée pré-politique. L'espace circulaire et symétrique que véhiculent ces institutions trouvera son expression purement politique dans l'espace social de la Cité : centré sur l'Agora.


§8. Enfin, c'est dans les délibérations de la classe guerrière que se forge l'opposition public/privé, capitale dans le vocabulaire des assemblées politiques, entre intérêts collectifs et personnels. [...] Car une fois sorti du "milieu", du meson, l'orateur redevient un citoyen privé. [...] L'antique formule que le héraut prononce au début d'une assemblée quand il invite tous les citoyens à donner un avis à la cité le montre bien : "Qui veut porter au milieu un avis sage pour sa cité ?". [...] Dans ces assemblées égalitaires se prépare les futures assemblées politiques de la Grèce. C'est aussi dans le même milieu social que s'élabore le couple parole-action, qui permettra de mieux distinguer le plan du discours et celui du réel [d'en mieux rechercher l'équilibre : ce qu'on appellera plus tard, chez les philosophes, le vrai].


NB : c'est au -VI° s. le moment où l'opposition parole-action se découvre (cf. Égypte, parole-sacrée). Distinction qui prolonge le thème aristocratique de "l'homme excellent au combat comme au conseil", "capable de prononcer des discours comme d'accomplir des exploits".

*


[Pour approfondir. C'est la phalange, la formation hoplitique où chaque combattant occupe une place dans le rang, où chaque citoyen-soldat est conçu comme une unité interchangeable, qui permet la démocratisation de la fonction guerrière, et [...] Se fondant sur des progrès technologiques, la réforme hoplitique n'est pas seulement d'ordre technique : elle est aussi à la fois produit et agent de structures mentales nouvelles, celles-là mêmes qui dessinent le modèle de la cité grecque. Réforme hoplitique et naissance de la cité ne sont pas elles-mêmes, dans leur solidarité, séparables de la mutation intellectuelle la plus décisive pour la pensée grecque : la construction d'un système de pensée rationnelle qui marque une rupture éclatante avec l'ancienne pensée religieuse, de caractère global, où une même forme d'expression recouvre différents types d'expérience : [...] c'est dans les pratiques institutionnelles de type politique et juridique que s'opère au cours du 7 et 6° s. un procès de laïcisation des formes de pensée. C'est dans la vie sociale que se construisent à la fois le cadre conceptuel et les techniques mentales qui favorisent l'émergence de la pensée rationnelle.

C'est dans ce cadre général, où le social et le mental interfèrent constamment que s'opère la laïcisation de la parole. Elle s'effectue à différents niveaux : à travers l'élaboration de la réthorique et de la philosophie, mais aussi à travers celle du droit et de l'histoire.

Pour la problématique de la parole dans la pensée grecque, ce phénomène a double conséquence : d'une part' il consacre le dépérissement de la pensée magico-religieuse qui était solidaire de l'ancien système de pensée ; d'autre part, il détermine l'avènement d'un monde autonome de la parole [le monde de l'esprit, Hegel] et d'une réflexion sur le langage comme instrument.

Le déclin de la parole magico-religieuse se lit remarquablement dans un moment privilégié de l'histoire du droit. Le prédroit offre un état de pensée où les paroles et les gestes efficaces commandent le déroulement de toutes les opérations . A ce niveau, l'administration de la preuve ne s'adresse pas au juge qui doit apprécier mais à un adversaire  qu'il s'agit de vaincre. Il n'y a pas de témoin oculaire qui fournisse des preuves. Il n'y a que des procédés ordaliques. Ceux-ci déterminent mécaniquement le "vrai" et la fonction du juge est d'entériner les "preuves décisoires". 

L'avènement de la cité marque la fin de ce système : c'est le moment qu'évoque Athéna déclarant aux Euménides pendant le procès d'Oreste : "Je dis que les choses non justes ne triomphent pas avec des serments". Parole décisive que le chœur des citoyens prolonge par ces mots : "Alors fais ton enquête et prononce le jugement droit". Les serments qui tranchaient par la force religieuse cèdent la place à la discussion qui permet à la raison de donner ses raisons et offre ainsi au juge de se faire une opinion après avoir entendu le pour et le contre [ le oui et le non]. Le dialogue triomphe. 101

La recommandation "Ne juge aucune cause avant d'avoir écouté les deux discours" (Platon) est conformé au serment des Héliastes qui s'engagent en toute impartialité à écouter et l'accusateur et l'accusé. C'est là le premier témoignage d'une mutation décisive dans la pratique judiciaire. On peut aussi y voir se dégager une première notion du vrai : l'histôr est témoin, celui qui voit et entend et, en sa qualité d'héritier du mnêmon, aussi mémorialiste. Dans sa "vérité" s'attestent au moins deux composantes : le non-oubli et, complémentairement, le récit complet, exhaustif, de ce qui s'est réellement passé.

...

"Ainsi en a décidé (krainei) un vote unanime, émis par la cité". C'est le peuple qui rend les décrets décisoires, c'est l'ensemble des citoyens qui "réalise" (krainei). L'efficacité religieuse est devenue ratification du groupe social. C'est l'acte de décès de la parole efficace.

Désormais la parole-dialogue l'emporte. Avec l'avènement de la cité, elle occupe le premier rang. Elle est l'"outil politique par excellence".

[...] Par sa fonction politique, le logos devient une réalité autonome, soumise à ses propres lois. Une réflexion sur le langage s'élabore dans deux grandes directions : d'une part, sur le logos, comme instrument des rapports sociaux ; d'autre part, comme moyen de connaissance du réel.

La réthorique et la sophistique explorent la première voie en forgeant des techniques de persuasion, en développant l'analyse grammaticale et stylistique du nouvel instrument. L'autre voie est l'objet d'une partie de la réflexion philosophique :  la parole est-elle le réel, tout le réel  ? Problème d'autant plus urgent que le développement de la pensée mathématique fait naître l'idée que le réel est aussi exprimé par les nombre (Tétractys, Pythagore).]


Exemple du temps de la parole magico-religieuse.


Assyriens. Exemple du roi Assurnazirpal se vantant d'avoir apaisé une révolte. Il répond ainsi à une imploration des rebelles : "J'en tuai un sur deux, je fais écorcher les chefs et je recouvrais un mur avec leurs peaux. Quelques-uns furent murés vifs dans la maçonnerie, d'autres crucifiés ou empalés en ma présence. Je fais assembler leurs têtes en forme de couronnes, et leurs cadavres transpercés en forme de guirlandes ; sur les ruines, ma figure s'épanouit ; dans l'assouvissement de mon courroux, je trouve ma satisfaction".

Cette haine farouche et sanguinaire, cette exaltation d'un tempérament "naturellement" sanguinaire et violent a son explication dans le caractère sacré du souverain conquérant qui, dans sa mission de propagande religieuse, est l'exécuteur des desseins et vangeances d'Assour, son Dieu. Caractère religieux qui pousse à voir dans tout ennemi un hérétique et un infidèle. De là ce fanatisme intraitable. Car c'est toujours au nom d'Assour et pour sa gloire qu'il agit, combat, pille, tue : c'est par la terreur, qu'il conquiert et convertit, et c'est par les razzias qu'il nourrit et enrichit son peuple d'élus : "J'ai traqué comme des bêtes fauves et massacré les méchants mécréants, j'ai pris et et détruit leurs villes et emporté leurs dieux". Sennacherib : "J'ai contraint par mes armées les ennemis d'Assour à marcher dans l'adoration sublime de dieu et ils se convertirent à la piété."

Mais un régime de terreur ne vaut qu'en présence de l'oppresseur et le principe de ruine d'un tel "Etat" réside dans son extension [ce qui fait inévitablement penser aujourd'hui aux tentatives de Califat de Daech etc.].

Un peuple de guerriers disciplinés et aguerris est excellent pour conquérir mais incapable ou nul pour coloniser et conserver ses conquêtes sur de telles bases. Autre élément de comparaison : on ne connaît qu'une représentation [politique] de la femme dans tout l'art sculptural, la reine du terrible Sargon. Il est vrai que les Assyriens ne voyaient en elle que sa destination sexuelle aux fins de la reproduction, mais ni la grâce ni la beauté !


***


LES POUVOIRS DE LA PAROLE
Synthèse du 1er semestre


I. L'ART DE LA PAROLE — 63

1. Question : pourquoi et pour qui ?

R. La parole est la raison de toute communauté et de toute société. Sa fin est double : la recherche du bien et la lutte contre la violence.
L'histoire montre ses deux principaux modes d'exercice : la parole d'autorité d'un homme ou d'une institution, et la parole dialogue de plusieurs.
Et Aristote a distingué ses 3 types d'usage  : 
a. politique (de genre délibératif) = où il s'agit d'argumenter sur l'utile et le nuisible, de savoir dire oui ou non à telle résolution à venir d'un problème.
b. judiciaire = où il s'agit de juger le passé en démêlant qui est responsable d'une situation et qui ne l'est pas.
c. épidictique (de genre démonstratif) = où il s'agit à présent de dire le beau et le laid, le vrai et le faux, le bien et le mal.
La maîtrise de la parole est donc, d'une façon générale, aussi nécessaire pour communiquer de façon efficace dans le domaine du savoir théorique et de sa mise en oeuvre pratique que pour se construire soi-même.

2. Question : peut-il s'enseigner ?

Une parole qui s'apprend et s'enseigne relève d'une technique (réthorique, sophistique), tandis qu'une parole inspirée relève d'un don (art proprement dit).
La technique de la parole s'apprend donc, au moyen de méthodes décrites à la question suivante.
Quant au don d'un art — et quant à l'art proprement dit en général — s'il ne peut ni s'apprendre ni s'enseigner, du moins doit-il se cultiver, s'approfondir pour s'élever jusqu'au point où il se trouve en situation de créer un monde et révolutionner la perception des hommes.

3. Question : quels sont ses outils ?

A l'analyse, l'art oratoire se divise en 5 parties.
a. inventio : que dire ?
b. dispositio : comment ordonner son discours ?
c. elocutio : comment orner son discours ?
d. actio : comment le mettre en scène ?
e. memoria : comment le mémoriser ?
L'art oratoire implique en outre la responsabilité de qui prend la parole. Ce qui peut à son tour se diviser en 3 devoirs :
a. docere : devoir démontrer son objet, en s'appuyant rigoureusement sur la logique de l'argumentation.
b. delectare : devoir séduire son public par la qualité de son style.
c. movere : devoir émouvoir son public, au point de — dit Platon, dans le Ion— "tirer l'âme des hommes où il lui plaît".

4. Question : la réthorique est-elle dangereuse ?

La problématique réside ici dans l'opposition entre le discours calculé et calculateur d'un seul, et le dialogue par lequel les hommes concourrent également à la recherche du bien commun. Platon oppose ainsi la réthorique considérée comme art de la manipulation à la philosophie qui recherche la vérité universelle à travers le dialogue. Cependant, Aristote a su réhabiliter la réthorique en soumettant celle-ci à la logique de l'argumentation : c'est alors que sa maîtrise permet à la fois la juste expression et la juste communication de son objet.


II. LA PAROLE D'AUTORITE —

1. Question : d'où naît-elle ?

De ce que la parole, en son principe, est sensée dire ce qui est ou ce qui doit être. Aussi, toujours en principe, lui fait-on d'abord confiance quand on la reçoit pour la première fois, avant de pouvoir soi-même l'exercer pleinement. Naissance de la parole, par réception et imitation.
Cette autorité ne vient ainsi non d'abord des paroles elles-mêmes, mais de celui qui la porte et la représente : autorité du parent, du maître, de l'institution.
C'est ainsi que nous commençons tous par lui obéir, avant de pouvoir un jour à notre tour commander par ce même moyen.
Ce n'est qu'alors que l'accord ou le désaccord peut — et doit — se régler sur le sujet ou l'objet de la parole. Renaissance de la parole, tant par reconnaissance mutuelle que par construction en commun.

2. Question : l'auteur recherche-t-il l'autorité ou la vérité, ou est-ce le même ?

Est auteur celui qui possède la capacité de faire naître un discours, un texte, une oeuvre cohérente et reconnue comme telle, et qui tire sa légitimité de ce résultat.
Dans le passé, l'autorité n'émanait que de la Nature, des dieux ou de Dieu. S'il guide bien son lecteur ou son auditeur, l'auteur leur laisse toujours au final l'autorité sur son oeuvre : car celle-ci, une fois produite, ne lui appartient plus.

Dans le travail d'auteur, il faut distinguer entre la recherche de la certitude de soi et celle de la vérité de soi.
Pour la certitude de soi, le bavardage suffit au "petit moi", comme l'appelle Einstein.
Quant à la vérité de soi, seule une oeuvre féconde est vraie aussi bien pour soi que pour tous, pour paraphraser Goethe.

3. Question : les différents types d'autorité dans la cité ?

Rappelons tout d'abord que la parole fonde la cité. Et en premier lieu celle qui dit la loi. La loi qui exprime la nécessité des rapports entre les hommes, et  dont on peut dire, comme Héraclite, qu'elle est à la communauté humaine ce que les remparts sont à la cité. C'est à partir de ce fondement que l'on peut considérer à nouveau les 4 types d'éloquence qui cimentent la vie en société : judiciaire, délibérative et démonstrative, à quoi nous ajouterons l'éloquence esthétique pour rendre sa place à l'art et à l'amour de la vie qui le sous-tend. "On n'entre pas dans la vérité, si ce n'est par l'amour", Saint-Augustin.

4. Question : de quelle autorité spéciale jouit la parole rationnelle et raisonnable ?

Tout discours rationnel, comme une démonstration scientifique ou un jugement rendu au tribunal, s'appuie sur une méthode reconnue de la communauté, dans le souci des faits, de leur examen et de leur vérification sous le regard de tous.
L'homme, animal doué de raison, est capable de discours cohérent et désacralisé, reposant sur les principes de la logique, la validité du raisonnement, et s'opposant à la croyance et la superstition. Il est cependant aussi capable de nier la raison commune à tous : ce qui définit l'homme violent.


III. LES SEDUCTIONS DE LA PAROLE

1. Question : la parole amoureuse n'est-elle qu'un moyen de séduction ?

§1. Non, elle est d'abord un mode d'accès privilégié à la connaissance de la vérité depuis le Banquet de Platon. Confirmé par une longue tradition :

— "On n'entre pas dans la vérité, si ce n'est par l'amour." Saint-Augustin affirme ainsi la primauté ontologique de l'amour comme mode d'accès au vrai.

— "L'homme, avant d'être un être pensant ou un être voulant, est un être aimant." Scheler. Après Empédocle et Platon, il a montré que l'amour et la haine fondent la connaissance.

— "Un solide égoïsme préserve de l'amour, mais à la fin l'on doit se mettre à aimer pour ne pas tomber malade, et l'on doit tomber malade lorsqu'on ne peut aimer." Freud.
Pour autant, toute réflexion sur l'amour débouche-t-elle sur les apories de l'amour de soi ? Y a-t-il symétrie entre l'amour et l'amour de soi, ou le problème est-il mal posé ? Que nous apprend le Banquet ?

§2. La parole d'amour permet ensuite d'accéder à l'expérience concrète de la liberté. Aristote, E, I, 3 : "Tant que ce qui peut être séparé reste tel avant l'union complète, il embarrasse les amants." Hegel : "L'amour supprime la réflexion [nous voue à l'être pur ?] grâce à l'absence totale d'objet. Il enlève à l'opposé tout caractère d'être étranger. Et la vie se trouve alors elle-même exempte de tout manque. Dans l'amour le séparé se maintient, mais non plus comme séparé : comme unité. Et le vivant sent le vivant." L'amour est ainsi le plus haut degré du con-naître : la connaissance intime —  son sens biblique, en somme. Et il élève, dans leur reconnaissance mutuelle, le Tu au rang de Je, puis d'un Nous faisant corps avec la terre entière.


Mais quid de l'amour objectivé par sa réflexion dans le Banquet ? Est-il ainsi "le divin", l'absolu qui se suffit à lui-même, ou ce que Hegel définit comme "vérité", c'est-à-dire "Quelque chose de libre que nous ne dominons pas et dont nous ne pouvons être dominé." ?



2. Question : quels plaisirs président à la séduction des paroles ?

On peut certes penser aux plaisirs finis de l'illusion et de la croyance. Mais aussi, en raison de ce qui précède, au bonheur infini de l'expérience et de la mesure de l'amour : Pour Héloïse, "La seule mesure de l'amour est d'aimer sans mesure".

"Héloïse à Abélard [à lui qui dit "Dieu m'a fait de marbre" !] : Jamais, Dieu le sait, je n'ai cherché en toi rien d'autre que toi. Ce ne sont pas les liens du mariage, ni un projet quelconque que j'attendais, et ce ne sont ni mes volontés, ni mes voluptés, mais, et tu le sais bien toi-même, les tiennes que j'ai eu à coeur de satisfaire. Certes le nom d'épouse semble plus sacré et plus fort, mais j'ai toujours mieux aimé celui de maîtresse, ou, si tu me pardonnes de le dire, celui de concubine et de prostituée."

Héloïse proclame dans cette définition stupéfiante la supériorité de l'amour dans son universalité (sur toute morale particulière). Car la nature humaine, dit-elle, y est "saisie toute vivante par la grâce". Pour elle, "La seule mesure de l'amour est d'aimer sans mesure" (conformément à l'idée de l'Infini, du Bien ou de Dieu).


3. Question : calculer, tromper, ruser, est-ce séduire ?

La parole de séduction semble n'être qu'une parole de persuasion (elle n'est pas comme la démonstration destinée à convaincre) : en effet, elle ne cherche qu'à faire croire, et non à faire savoir. Cependant, la séduction ne peut-elle, comme chez Socrate, venir malgré lui, de la bienveillance de celui qui aime autant ce qu'il communique que ceux à qui il le communique ?

L'orateur persuasif, s'il est habile, cherche à calculer les valeurs de ceux à qui il s'adresse. "Aimez-vous payer des impôts ?", lancera-t-il à la foule qui hurlera "Nooon !", plutôt que "Est-il bon d'en payer ?" qui oblige à réfléchir au pourquoi. Trouver un équivalent dans le dialogue dit amoureux... (exercice). Ainsi jouera-t-il successivement d'autorité pour montrer sa puissance, de déférence pour "passer la brosse" à son auditoire, et de complicité pour mettre tout le monde de son côté.

A cette fin, tous les procédés logiques ou stylistiques seront employés pour impliquer autrui et au final l'emporter. "L'art d'avoir toujours raison" de Schopenhauer, en est sans doute l'exemple-titre le plus frappant !

Et, "cerise sur le gâteau", il habillera sa parole de probité intellectuelle et de toutes les vertus morales, "naturellement".


4. Question : séduire est-ce dominer, ou juste avoir autorité ?

La puissance de la parole est attesté dans le Ion de Platon, qui montre comment l'on peut être possédé, enthousiasmé par le rhapsode récitant Homère. Et il en va de même et à plus grande échelle en politique, bien sûr, avec des effets qui peuvent dévastateurs, comme l'histoire l'a assez montré.

Le discours politique sait employer à l'occasion l'art de la manipulation. La propagande en est un des meilleurs exemples.

Le discours politique qui sait employer la ruse, la manipulation, et même le mensonge (mais d'Etat, donc "légitime"... !), selon Machiavel, sait sous les atours de la séduction, cacher sa violence.

Cependant, il ne faut jamais perdre de vue le mot de Hegel : "Pour vivre libre, il faut vivre dans le vrai". Ce qui signifie que la parole se fonde en principe sur le premier des devoirs de l'homme : le devoir de vérité. Devoir auquel le véritable amour nous élève d'un coup, si l'on suit les philosophes cités en 1.


***


Notes sur le Banquet pour approfondir :


§3. Le Banquet.

Origine. En grec, Syn-posion = boire à l'unisson. Boire ensemble : sortir de soi et se rendre auprès des autres hommes, pour [s']échanger nos paroles et se rendre commun : Philotès isotès, "Entre amis, tout est comme un" dit Pythagore (Antithèse : le Cyclope d'Euripide).
Comme boire porte à aimer quand l'ivresse est contrôlée parce que partagée, aimer porte à s'enivrer d'autrui jusqu'à plus soif, et même parfois au-delà (ne meurt-on par amour, parfois ?). Car autant la jarre est finie, autant le bien commun, lui, est infini. 

"Bois avec moi, joue avec moi, aime avec moi, partage avec moi le couronnement : sois fou avec moi quand je suis fou, et sage avec moi quand je le suis." 

Chant de banquet athénien.

Cf. cours de Terminale sur le Banquet.

§0. Le Banquet (Sur le Bien) suppose le Phèdre (Sur l'Amour) et a pour horizon la République (Sur la Justice) où est mise en scène et pensée de manière achevée l'Idée du Bien.


§1. "Platon a toujours été considéré avec raison comme le véritable guide philosophique de la jeunesse. Il donne l'image paradoxale d'une nature philosophique débordante [...] et du travail dialectique du concept. L'image de cette nature débordante attise le désir de philosopher : elle éveille assurément  l'étonnement admiratif, le pathos proprement philosophique.", écrit Nietzsche.


§2. Platon, un philosophe en même temps artiste. Mais n'est-ce pas là un aspect essentiel de chaque philosophe véritable que de posséder à la fois liberté et capacité de créer ?


§3. Un philosophe du dialogue. Platon se soucie d'abord de la forme dialogue parce qu'en lui réside à la fois le creuset du savoir et celui de la politique ("la science des sciences" pour Aristote). Là est la solution de cette énigme singulière du choix (quasi) systématique du dialogue par Platon. La logique de la communication qui y préside, en effet, préside aux destinées de l'humanité toute entière. Sans le langage, n'a-t-on pas, en effet, rien que l'Enfant sauvage ?

§4. Le Banquet a comme Le Phèdre a deux sujets : Le bien ou l'amour, et la réthorique. Le lien est le suivant : l'amour et les beaux discours sont condamnables dès qu'ils ne mènent pas au concept, et ne visent qu'au plaisir..." Et le lien de la réthorique avec la philosophie est le même que celui de la beauté avec la vérité : "si la beauté est autre chose que le reflet de la beauté éternelle, elle n'est qu'apparence et fausseté, comme la réthorique vulgaire, et l'amour qu'on lui porte matérialisme vulgaire. Si [en revanche] elle apparaît comme la sœur de la vérité, l'amour qu'on lui porte, sans être vraiment sagesse, donne le meilleur moyen d'y rendre les hommes attentifs ; mais ainsi la beauté du discours peut devenir un moyen de diriger les sentiments de la foule de ceux qui ne sont pas vraiment capable se se diriger [d'eux-mêmes] vers le meilleur." Ainsi l'importance des 7 discours du Banquet ne peut être comprise qu'à partir du Phèdre. Toute la technique sophistique de la réthorique y est combattue : dans la variété de la forme et du contenu des 7 discours se manifeste la fécondité du nouveau principe de la dialectique philosophique. "Les discours du Phèdre portent sur le même sujet, il y en a 7 dans le Banquet. Il est tout à fait inexact de croire que Platon ait voulu ainsi voulu représenter différentes fausses directions : ce sont tous des logoi (discours) philosophiques et tous vrais, avec à chaque fois de nouveaux aspects d'une même vérité." Le plus grand des biens — l'idée même du Bien — auquel l'amour nous élève.

§5. Discours VI de Diotime.
Résumé : elle y reprend et corrige les 5 discours des hommes (du vraisemblable) : 

1. Erôs n'est pas un dieu, comme croit Phèdre, mais un démon (metaxu).

2-3. Erôs n'est ni deux ni multiple, comme affirment Pausanias et Eryximaque, mais il est un intermédiaire entre mortels et immortels, assurant de réaliser l'unité des contraires.

4. Erôs est bien, en revanche, désir de ce qui lui manque et lui est propre, mais ce manque n'est pas désir de soi (ni de sa propre moitié), comme le pense comiquement Aristophane, mais désir du Beau mortel et, à travers lui, du Bien immortel.

5. Erôs, enfin, n'est pas lié qu'au Beau visible (mortel), mais en outre au Bien invisible (immortel).

Que l'amour soit un démon, cela signifie qu'il est d'abord un intermédiaire entre mortels et immortels, qui assure leur communication nuit et jour et dans laquelle se mêlent les extrêmes : beau et laid, ignorance et connaissance, bien et mal. Eros est donc ensuite un messager divin — à la fonction herméneutique — interprétative — liant tous les amants à l'amour du bien.



B.
Les représentations du monde (semestre 2)
______________________________________



1. Sur le titre. Exercice = commencer par distinguer présence, représentation et conception. Idem : nature, monde, univers. Finir par problématiser.


2. "Mettre en place un dialogue avec le monde", Kant, CRP. 172

PB > Comment connaître le monde aussi bien que soi ?


3. "L'autre, un barbare colonisé ?", Las Casas. 180

PB > Comment comprendre autrui ?


4. "De l'intérêt de comparer l'homme et l'animal", Condillac, Traité des animaux. 250

PB > Y a-t-il, entre nature et culture, rupture ou continuité ?


**



III. MÉTHODE POUR L'EPREUVE DU BAC


Commenter un texte ou Rédiger un essai : pages 291 à 295.
Exercice : De l'Education, Rousseau. 169 (
lier à Las Casas)


1. Côté examinateur : Les 7 éléments pris en compte dans l'évaluation de l'épreuve de baccalauréat.

1. Il faut que le candidat ait vu que le sujet soulevait un
problème, qu'il ait formulé celui-ci et tenté de le résoudre.

2. Que la solution proposée repose sur une
argumentation qui la justifie et non sur de simples affirmations.

3. Que l'argumentation soit
construite et ne se réduise pas à une simple juxtaposition d'exemples ou de remarques.
[il n'existe pas de plan-type : l'absence de plan seule peut être sanctionnée ]

4. Que le candidat témoigne d'un minimum de
connaissance sur le problème qu'il a choisi de traiter - que celle-ci soit issue du cours du professeur ou bien d'expériences et de lectures personnelles.

5. Que cette connaissance soit bien
assimilée, qu'elle soit l'occasion d'une réflexion personnelle et non de la réplication d'un cours.

6. Que le candidat soit capable d'analyser correctement les
notions et qu'il ait une maîtrise suffisante du vocabulaire qu'il emploie.

7. Enfin, que l'
expression — qui est destinée à convaincre — soit aussi simple, claire et distincte, que possible.



1.2. Côté élève : méthode générale pour traiter la question d'interprétation et la question de réflexion.

La meilleure façon de savoir comment traiter une question de réflexion, c'est d'apprendre au contact des textes comment les philosophes eux-mêmes y répondent :
c'est pourquoi il est bon que vous vous entraîniez non seulement avec le professeur, mais
aussi de vous-même — par anticipation des cours — à partir de la liste des textesdu manuel que nous étudierons, et qui figure ci-dessus !

C'est pourquoi il est bon de commencer par s'approprier
les 4 principes fondamentaux d'une explication ou interprétation d'un texte — QRMP =
1. la Question du texte, 2. sa Réponse, 3. sa Méthode d'argumentation, 4. et enfin la Problématique
(ma question) :

1. Toute texte étant la réponse à une
question que le philosophe s'est posée, ma 1ère tâche est de retrouver celle-ci (elle ne figure que rarement dans le texte même),
2. Tenant la question, ma 2ême tâche est de préciser dans le texte la
réponse donnée : ce qu'on appelle sa thèse ou sa définition.
3. Ma 3ème tâche est de bien identifier le chemin suivi par l'auteur pour nous conduire de la question à sa réponse : sa
méthode d'argumentation,
4. Enfin, la tâche sans doute la plus diffficile : ma
problématique. En première, il faut et il suffit en principe de mettre la thèse ou la définition proposée par le philosophe à la forme interrogative !

Vérifions aussitôt cela au contact du texte d'Isocrate, page 28...
 

**



1.3. EXERCICE D'APPLICATION. Corrigé de la question de réflexion sur le thème philosophie et vérité, celle-ci comprise comme fin de la parole :

Qu'est-ce que rechercher la vérité ?


"Seul ce qui est fécond est vrai" Goethe.


Brouillon.
Définitions. Si la vérité est, comme nous l'avons vu précédemment, la fin de la parole, elle peut être définie en elle-même, suivant Aristote : 1. "La vérité consiste dans l'adéquation entre la pensée et l'être", 2. "Est vrai ce dont le contraire n'est pas".
La vérité est alors à distinguer de la véracité qui ne s'applique pas à des énoncés, mais à celui qui les énonce : le devoir de vérité du sujet.
2. Rechercher : étudier, travailler à connaître ce qui n'est encore connu de nous.
3. Par suite, rechercher le vrai se fonderait sur un double critère, matériel (accord pensée/être) et formel (accord de la pensée — ou de la parole — avec elle-même)

Problématiques. Faut-il donc rechercher la vérité dans l'accord de la pensée avec le réel ou dans l'accord de la pensée avec elle-même ? Et cette recherche elle-même ne procède-t-elle que du désir de connaître, ou est-elle en outre un devoir de l'homme ?
Repères (de Terminale) ou distinctions conceptuelles sur lesquelles s'appuyer. Par ex. ici : science/opinion, croire/savoir, objectif/subjectif, etc.

Introduction d'un essai.
    La question de la vérité est le point de convergence de toutes les interrogations philosophiques : la philosophie n'est-elle pas, en effet, l’amour de la sagesse et par conséquent la volonté de rechercher le vrai ? Il ne faut donc surtout pas en minimiser la valeur et tomber dans le relativisme de l'opinion se bornant à affirmer : "à chacun sa vérité".
    S'il est vrai que la philosophie a pour objet et pour fin l'accord entre être et penser — la vérité —, alors nous pouvons nous demander si l
a recherche de celle-ci est le propre de l'homme.
    Nous étudierons en premier lieu quelles attitudes "humaines, trop humaines" contredisent cette idée. Et en second lieu, nous nous demanderons plus positivement si cette recherche est simple désir [de connaître] ou devoir [d'accomplissement de soi et de la société à laquelle nous appartenons] ?

Construction d'un développement.
I. Les contradictions à surmonter. Si je dois rechercher la vérité, cela implique que je peux choisir de ne pas la chercher : telle est la voie suivie — consciemment ou inconsciemment — par les 3 attitudes que combat la philosophie et qui semblent dire, chacune à leur manière, qu'il est vain de vouloir la rechercher.
Thèse 1. Philosopher c'est combattre l'attitude de ceux qui croient que seule leur opinion est juste : le dogmatisme. Typiquement, le dogmatique a. affirme sans preuve, b.refuse de discuter avec autrui, c. porte des jugements péremptoires. Sa force : sa puissance d'affirmation. Faiblesse : l'impuissance au dialogue, l'étroitesse d'esprit et la brutalité du jugement. L'histoire lui donne tort systématiquement, sauf quand le dogmatique réussit à imposer une idée... juste (exemple du tyran Pisistrate qui imposa aux Grecs les lois de Solon).
Thèse 2. Réfuter l'attitude de ceux qui croient qu'aucune opinion ne vaut : le scepticisme. Typiquement, le sceptique, a. part de l'idée que toute vérité peut-être mise en doute puisque rien sur terre n'est certain, et b. conclut de là qu'il est préférable de suspendre son jugement. Force : puissance de négation. Faiblesse : L'impuissance de l'esprit. Au lieu de constituer le doute comme le premier pas du chemin vers la vérité, le sceptique le constitue comme fin. C'est Descartes qui saura, le premier, le constituer en tant que méthode utile pour bien penser et accéder à la vérité.
Thèse 3. Ecarter l'attitude de ceux qui croient que toutes les opinions se valent : le relativisme. Typiquement, le relativiste a. croit qu'aucune vérité objective ne peut être connue parce que celle-ci dépend forcément d'un point de vue subjectif, et b. conclut que tout se vaut, les idées comme leurs points de vue. Protagoras exprime à lui seul tout le sel de cette attitude en disant : "L'homme est la mesure de toutes choses : de celles qui sont — et de leur être — comme de celles qui ne sont pas — et de leur non-être". Force : puissance de dissolution. Faiblesse : auto-contradiction de l'esprit, le relativisme tue dans l'oeuf la pensée. Réfutation : si toutes les opinions se valent, alors n'est-il pas également vrai que toutes ne se valent pas ?

II. Les contradictions surmontées : Hegel, pour qui les attitudes et philosophies qui le précèdent ne sont que des moments de la recherche de la vérité (
Terminale).
Thèse 4. Hegel : la vérité est à la fois l’objet et le but de la philosophie. Si la vérité est sa fin, la philosophie doit alors s’interroger sur les moyens d’y accéder. Mais comment y parvenir si la différence entre le savoir et son objet est maintenue (Descartes, Kant, etc.) ? Telle est pour Hegel la question de la vérité. Critique et résolution du problème : les doctrines de la vérité sont erronées parce qu’elles confondent la vérité avec la certitude, laquelle ne relève que du sujet  connaissant — et plus fondamentalement parce qu’elles ignorent la nature dialectique de la vérité. En effet, pour Hegel, la vérité relève du mouvement propre du contenu : « la vraie figure dans laquelle la vérité existe ne peut être que le système scientifique de celle-ci » ou « la vérité […] n’a que dans le concept l’élément de son existence » (
1° exemple : la PE, montrant la formation progressive et dialectique de la conscience). La vérité ne peut être telle que si aucun objet n’est présupposé par ma conscience, autrement dit : que si son contenu se déploie de lui-même.  2° exemple sur le plan de l'histoire : pour Hegel le scepticisme est négation du stoïcisme et de l’épicurisme. Thèse 1. Pour le stoïcisme « le penser est le critère de la vérité ». Thèse 2. Pour l’épicurisme, c’est à l’inverse « le principe de la singularité, le sentir en général, tel est le critère de la vérité ». Thèse 3. Le scepticisme est « la négation de ces deux unilatéralités », ou moments du dogmatisme de cette époque dont l’unilatéralité justifie à elle seule le doute sceptique.  La thèse 4 naîtra donc de cette critique du renoncement à la vérité, dont les 3 représentants majeurs sont : le scepticisme grec (ci-dessus), le scepticisme moderne et la philosophie critique de Kant.

IIbis. Une autre voie, moins difficile : Platon (
Première et Terminale).
Rechercher la vérité implique soit consciemment qu'on ne la possède pas (Socrate), soit qu'inconsciemment on ignore la posséder (Freud).
    Tout d'abord, rappelons que la vérité est constitutive de la réflexion philosophique. Le mot "Philosophie" signifie "l'amour de la sagesse" (Sophia), mais la Sophia est en rapport avec "l'Aléthéia" qui signifie la vérité comme dévoilement de l'Etre, le Logos. Pour les Présocratiques, ce n'est pas l'homme qui découvre la vérité, mais la vérité qui se présente et se révèle à lui.
    La Philosophie de Platon illustre la triple idée autour de laquelle se formule toute recherche du vrai : la vérité existe, elle peut se révéler à l'homme. Elle ne réside pas dans un savoir extérieur que l'on répéte comme un perroquet, mais dans un savoir de soi qui passe par l'exercice du dialogue et la méthode "maïeutique" qui lui est attachée (et qui signifie l'accouchement de son âme). Dès lors la vérité ne se confond pas avec l'opinion changeante, mais elle devient au contraire permanente et universelle, par le soin corrélatif apporté à mon âme comme au monde dans lequel je vis, la cité. La vérité n'est donc pas une notion purement "intellectuelle", elle est en lien direct avec le Bien et le Beau. Le but de la vie pour les grecs, c'est le bonheur, et celui-ci réside dans la pensée vraie, elle-même enracinée dans la vie bonne. La recherche de la vérité n'est pas un simple exercice formel. C'est d'abord une double expérience — sensible et spirituelle — qui consiste en la conversion radicale de notre faculté de sentir en une faculté de penser. Une double expérience qui implique acquisition du langage et pratique du dialogue, et qui aboutit à la formation en l'homme de cette capacité que lui seul peut posséder : "le dialogue critique avec soi-même" — ce par quoi Platon définit la pensée.
  "L'allégorie de la caverne", Livre VII de La République, met en scène des hommes enchaînés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l'a lumière et ne voient que leurs ombres et celles, projetées, d'objets situés au loin derrière eux. Socrate dit que ces prisonniers nous ressemblent parce que nous sommes, nous aussi "prisonniers" 1. de nos corps ("prison de l'âme") et 2. de l'opinion (doxa), c'est-à-dire de représentations et d'idées fabriquées, bref, de tout ce que nous avons appris du réel depuis notre enfance et que nous avons accepté sans examen. Ni malheureux, ni révoltés parce qu'ils ne connaissent que ce monde là, il ne leur vient même pas à l'esprit qu'il existe un autre monde, plus lumineux, plus vaste, plus beau et plus libre.
  La faculté de penser exige donc 1. de se dégager pour commencer de l'opinion et de ses préjugés, et 2. de rechercher la satisfaction dans l'être plutôt que dans l'avoir. Au terme de cette formation, la vérité ne se reconnaît plus au seul moyen d'un critère mais se montre dans son évidence : comme Spinoza l'affirme, « verum index sui », la vérité est à elle-même son propre critère. La vérité apparaît donc bien ainsi comme un devoir d'accomplissement de soi*. Devoir commandé d'un côté par l'injonction célèbre : "Connais-toi-toi-même" et, de l'autre, par la libre décision de participer autant qu'on puisse à l'élévation de sa Cité à la vie heureuse (plutôt qu'à sa ruine). La raison en est que celui qui sait — ayant contemplé l'Idée du Vrai, du Beau et du Bien — a pour mission de délivrer les autres hommes parce qu'il en va simplement du salut de tous.

    * Exlaircissement. Le devoir ne se confond donc pas avec la nécessité. Nous ne sommes pas obligés de chercher la vérité. Nous pouvons même passer notre vie entière à chercher autre chose, y compris le vice, le mensonge et l'erreur. Mais cette "liberté d'indifférence" qui est le propre du relativisme n'est pas la véritable liberté. La vraie liberté, consiste à nous déterminer en fonction des valeurs universelles que sont le vrai, le beau et le bien. Si j'ai le devoir de chercher la vérité, ce devoir ne m'est nullement imposé de l'extérieur. Il ne peut reposer que sur ma libre décision. La vérité ne réside pas dans une doctrine : elle n'est la propriété de personne. Elle est "commune à tous" (le théorème de Pythagore n'est pas la propriété de Pythagore, mais celle, universelle, de la communauté des hommes). Si j'ai le devoir de rechercher la vérité (et non une connaissance de plus), c'est parce que j'ai le devoir de devenir moi-même un homme "véritable". Pourquoi ? Parce que ni la vérité ni l'homme ne sont donnés, mais parce que l'une et l'autre se conquièrent dans un dialogue permanent qui est la source même du bonheur.

Conclusion. Nous avons montré que si tous les hommes ne recherchent pas la vérité, la recherche de la vérité engage la responsabilité et la dignité de l'homme et qu'elle constitue en vérité le premier de ses devoirs. En effet, la vérité n'est pas qu'un devoir envers dieu — à supposer qu'on y croit — mais un triple devoir envers autrui, la société et moi-même. La recherche de la vérité est, par conséquent, un devoir universel. Le devoir universel par excellence !


***




IV. LE COURS.


Semestre 1

Nous partirons des Grecs, parce qu'on leur doit l'invention de la raison — c'est-à-dire l'invention du premier système de pensée universel qui fixe le cadre de la science occidentale, et, corrélativement, celle d'une certaine manière d'habiter et de se représenter le monde valant encore aujourd'hui : la démonstration scientifique, la démocratie politique, l'art ou les jeux olympiques en sont les exemples les plus flagrants. Notre philosophe de référence sera l'un des tout premiers d'entre eux, que vous ne connaissez que comme mathématicien : Pythagore. Nous nous appuierons alors sur le travail de vos camarades de la Terminale L du Lycée Champollion de 2017 qui a obtenu un Prix du Jury à Paris l'année suivante : "Débuter en Philosophie avec Pythagore et Champollion". Ce qui nous permettra de commencer par bien distinguer : le bavardage (à désapprendre), le silence (pour écouter) et la parole (à apprendre).

Nous ferons ensuite un grand pas en arrière depuis la préhistoire jusqu'à la naissance de la philosophie, pour appréhender la question centrale de l'origine de la parole. Je vous proposerai alors de travailler sur deux documents de référence : 

> "La Grotte des rêves perdus", film du réalisateur allemand Werner Herzog : "Ce film magnifique invite les vivants que nous sommes à éprouver ce que les premiers morts de notre espèce ont voulu nous transmettre. Il permet aussi de comprendre que le plus profond témoignage de la conscience qu'a l'homme de sa présence énigmatique au monde passe par la création." Pierre Soulages, peintre contemporain.

> "Les maîtres de vérité dans la Grèce antique", un livre de Marcel Détienne qui nous permettra de mieux comprendre comment le miracle Grec fût rendu possible.

Nous rentrerons alors véritablement en philosophie avec Platon et deux ou trois de ses dialogues les plus célèbres : pour commencer nous étudierons le statut de la parole et la doctrine de la vérité dans le célèbre Mythe de la caverne [sur la condition humaine], extrait de République VII, puis ou bien le "Banquet" [sur l'amour et le bien] ou bien le Ion [sur la communication et le pouvoir infini de... la parole].


Semestre 2

Nous rendrons hommage au philosophe grenoblois Condillac pour réfléchir sur ce qui distingue l'homme de l'animal : y a-t-il, entre les animaux et nous, rupture ou continuité ?
— Et pour clore en beauté tout ce cheminement
qui aura constitué une solide introduction à la philosophie, je vous proposerai de voyager dans les représentations du monde, les usages et les stratégies de la parole à travers un chef d'œuvre du cinéma du XX° siècle combinant tout ce que nous aurons vu et éprouvé précédemment avec l'histoire de la pensée et de la médecine psychiatrique du XIX° : "L'enfant sauvage", film de François Truffaut partant de l'histoire véritable de Victor de l'Aveyron à travers les rapports de médecine de Jean Itard, héritier de Condillac et précurseur de Freud.


EXEMPLE DE COURS ENTIER



"L'Enfant sauvage" et Condillac : la parole comme médiation entre nature et culture.
[Cours spécifique pour les classes de Première, spécialité HLP]
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Références pour les élèves :
1. Film de François Truffaut (Projection en 2 étapes : a. la nature et b. la culture), 2. Rapports de médecine de Jean-Marc Itard, 3.
Les enfants sauvages d'André Malson, 4. Le traité des animaux de Condillac.


I. INTRODUCTION :  de la nature à la parole, et de la parole à la culture, y a-t-il rupture ou continuité ?



§1. Des réponses à cette problématique découle la possibilité ou l'impossibilité de faire l'éducation de l'enfant.
En effet :
THÈSE 1 de la rupture. "L'enfant a été abandonné parce qu'il était anormal." S'il y a identité entre l'enfant et les malheureux idiots dont s'occupe le Professeur Pinel, alors on doit nécessairement conclure de l'incapacité de l'enfant à s'arracher à sa nature à son incapacité de parler, et donc de vivre en société.
THESE 2 de la continuité. "L'enfant est devenu anormal en raison de son abandon." Si au contraire, comme le pense le Dr Itard, son mutisme ne vient que de l'absence de contact avec la société des hommes, alors une éducation taillée sur mesure peut être l'occasion d'élever l'enfant à la parole et à son partage — à la communication au sens fort et à tous ses pouvoirs :

égalité d'expression avec autrui,
liberté de conscience et d'agir, et
  fraternité avec les autres hommes.

L'occasion de cette éducation sur mesure est offerte au Docteur Itard par la philosophie du grenoblois Condillac, une philosophie empiriste pour laquelle  "il n'est rien dans notre esprit qui n'ait été préalablement dans les sens."

§2. La philosophie de Condillac, appelée "sensualisme", se distingue de l'empirisme de ses prédécesseurs Locke sur 2 points :
1. Concernant les sens : Condillac dit de Locke que "les facultés de l'âme lui ont paru des qualités innées, et qu'il n'a pas soupçonné qu'elles pourraient tirer leur origine de la sensation même." Pour lui, "C'est des sensations mêmes que naît tout le système de l'homme : un système complet dont toutes les parties sont liées et se soutiennent mutuellement." TDS [Ex., Condillac y montre comment c'est le toucher qui donne à l'œil l'idée de la perspective, etc].
2. Concernant le langage : si « nos premières idées ne sont que peine et plaisir », ce n'est que grâce à la parole que se forment comparaison et rapports d'idées — l'esprit consistant précisément dans cette combinaison des sensations. C'est ainsi que nous pouvons distinguer parole rationnelle qui lie harmonieusement les idées entre elles, de la folie qui les lie trop et de la stupidité qui, au contraire, les lie insuffisamment !

§3. La pleine originalité de Condillac reste donc le rôle qu'il attribue à la parole. Elle n'est plus une simple expression de la pensée mais a, au contraire, un rôle déterminant dans sa constitution. Le langage est donc une invention humaine, une "institution" qui explique pourquoi le rapport du mot à l'idée est arbitraire : comme chez Saussure — préfigurant sa distinction entre langue et parole — Condillac voit que l'acte de parole est une initiative volontaire des individus, bien que les règles de fonctionnement de la langue sont indépendantes d'eux. On a donc là, le germe d'une conception générative de la communication, qui nous rapproche étrangement de Hegel et de son concept de communication des consciences. A développer.
Le moi n'est alors plus la substance pensante de Descartes, mais le produit de la combinaison des sensations façonnée par le langage tenu par celui-ci.

Enfin, Condillac nous renvoie au nominalisme. C'est-à-dire au fait que les noms ne seraient que l'expression de nos rapports au réel [de l'"expérience"] et qu'aucune idée n'existerait en dehors de sa dénomination [le langage que je suis en capacité de tenir]. Et il conclut, en parant toute critique dans La langue des calculs : « si vous croyez que les idées abstraites sont autre chose que des noms, dites ce qu'est cette autre chose ». NB : Condillac est l'auteur de l'article 'Nominaux' de L'Encyclopédie. La science y est une « langue bien faite », et le langage fonctionne comme une sorte de modèle de tous les savoirs (tout comme la main est pour Aristote le modèle ou "l'outil des outils").


II. L'EDUCATION DE L'ENFANT SAUVAGE

"Il nous voit et nous entend sans comprendre. Nous allons lui apprendre à regarder et à écoûter."


§1. La méthode générative de Condillac à laquelle Itard emprunte l'essentiel :

"Cependant, ce n'était pas encore suffisant de remonter à la sensation. Pour découvrir le progrès de toutes nos connaissances et de toutes nos facultés, il était important de démêler ce que nous devons à chaque sens, recherche qui n'avait point été tentée."
De là, les quatre parties du Traité des sensations :
La 1ère, qui traite des sens qui par eux-même ne jugent pas des objets extérieurs,
La 2ème, du toucher qui est le seul sens qui juge par lui-même des objets extérieurs,
La 3ème, comment le toucher apprend aux autres sens à juger des objets extérieurs,
La 4ème, des besoins, des idées et de l'industrie d'un homme isolé qui jouit de tous ses sens." TDS]

§2. Mais contrairement à l'expérience de pensée à laquelle se livre Condillac avec sa statue dans le Traité des sensations* (ou à l’Émile de Rousseau), le jeune Docteur Itard — 25 ans — est confronté à un enfant bien vivant qu’il s'est donné pour tâche d'éduquer. C'est pourquoi il innove en se proposant un programme éducatif consistant à développer les capacités  mentales de l’enfant par l'éducation de ses sens, afin espère-t-il, de lui permettre d'acquérir la parole.

§3. Ce programme consiste en 5 étapes :
1. Attacher l'enfant à la vie sociale et à prendre ses habitudes,
2. Réveiller sa sensibilité nerveuse par les stimulants les plus énergiques et quelquefois par les plus vives affections de l’âme,
3. Etendre la sphère de ses idées en lui donnant des besoins nouveaux (quant à la notion de besoin, nous allons y revenir) ;
4. Le conduire ainsi à l’usage de la parole,
5. Enfin, exercer sur les objets de ses besoins matériels les plus simples opérations de l’esprit.
Ce que nous allons maintenant détailler.

§4. Ce que le docteur Itard va donc successivement, puis simultanément, apprendre à l'enfant :

1. Itard lui fait prendre et s'attacher aux habitudes de la société des hommes.
[NB : habitudes = du latin habitus, manière d'être, de se tenir en société, mais aussi du verbe habiter — qui implique bâtir, et donc penser => cf. Heidegger]
C'est pourquoi il le fait d'abord se redresser et marcher droit pour :
a. libérer sa vue, afin de lui permettre de prêter attention au loin comme au près à ce qu'il devra ultérieurement savoir nommer, montrer, voire démontrer.
b. libérer ses mains, afin de lui permettre ainsi d'acquérir un véritable toucher et la minutie qui va avec, de sorte qu'il puisse en outre manipuler, faire, exécuter, créer.
En même temps, il lui apprend les éléments de la vie en commun : partager les repas où l'on cause, porter des habits, se promener, rendre visite, jouer. Bref, toutes occasions de communiquer avec autrui et de s'intéresser ainsi à autre chose que soi et ses besoins bien limités.

2. Itard réveille et accroît la sensibilité de l'enfant : "Ce qui me passionne chez l'enfant, dit Itard, c'est que tout ce qu'il fait, il le fait pour la première fois" : il éternue, il a peur, il pleure, il rit, il crée pour la première fois, et il sait se révolter (peut-être même dire non, à sa façon).
Comme si c'était une création continue, alors qu'elle n'est que discontinue et provisoire : cf. la fin de son histoire).

3. Itard étend la sphère des idées de l'enfant en lui donnant des besoins nouveaux, qui peu à peu se transforment en désir (du besoin d'eau au désir de lait). L'habitude prise de porter des vêtements le conduit à participer aux visites d'Itard et donc étendre ses connaissances : en accroissant le champ de ses émotions et des sentiments, des désirs naissent désormais tant du plaisir éprouvé au contact de ses maître et serviteur que d'inquiétude ou de frustrations éprouvées au dehors.

4. Itard cherche ainsi à le conduire progressivement à l’usage de la parole, tant par des exercices développant ses organes vocaux et son écoute, que par des mises en situation le conduisant à bien écouter et exécuter des tâches associées : exemple de la scène qui précède celle de l'injustice, où l'enfant apporte cette-fois les objets demandés par son maître.

5. Malgré cette absence de parole, Itard cherche néanmoins à exercer sur les objets des besoins matériels de l'enfant (la nourriture) les plus simples opérations de l’esprit (comparer, juger, bref " les facultés de son entendement) et il y réussit en partie grâce à ses procédés méthodologiques. On peut ajouter ici l'opération morale, la plus difficile et, en principe, la plus courageuse : celle de dire non, de se révolter contre l'injustice délibérée commise par le docteur. Cette séquence qui fait dire à Itard qu'il vient "d'élever l'enfant sauvage de toute la hauteur de l'homme moral, par le plus tranché de ses caractères et la plus noble de ses attributions" appelle cependant deux remarques : — la 1ère est qu'on peut douter du "caractère désintéressé d'ordre moral "que le docteur attache à la réaction de l'enfant, alors même que tout ce qu'il fait, il le fait toujours dans son intérêt particulier, — la 2ème est que faute de pouvoir parler, l'enfant ne peut justifier et donc confirmer le passage d'une simple révolte (contre la violence soudaine du maître) à la révolution d'une morale d'ordre universelle librement conquise.

§5. Conclusion : force est de constater que, malgré ses premiers succès, Itard ne parvient pas à lui donner l'usage de la libre parole. Il le laisse plutôt dans cet usage borné du langage que Condillac appelait avant lui "le langage d'action" dont même les animaux sont capables. (et ce, pour ne rien dire de la strate des émotions ou de la sympathie, de la convergence ou de "l'harmonie invisible, plus forte que la visible" pouvant servir de socle de communication à toute espèce, et peut-être à l'univers entier, comme semble le suggérer la physique quantique). C'est pourquoi, nous nous concentrerons pour finir, non plus sur les conditions d'acquisition de la parole, mais sur les différents types de langage que présente l'histoire. Différences dont nous devons nous demander si elles sont de nature ou bien si elles sont, comme le suggérerait Hegel dans la PE, des degrés d'accomplissement de l'homme (2° aspect de notre problématique)


III. LE LANGAGE DES 4 HOMMES ET LEUR RAPPORT A L'ENFANT  SAUVAGE


En hommage aux trois hommes d'Hésiode et d'Aristote.

0. L'enfant sauvage, ou l'homme sans paroles et sans qualités.

Il ne parle pas, mais il grogne. Il émet des sons, il semble donc avoir une voix (phonè) comme tout animal, mais comme tout enfant en bas âge est encore privé de parole (logos). Il n'est donc qu'en capacité de manifester son plaisir ou son déplaisir, non encore quelque idée significative ou communicative que ce soit. Citer et expliciter ici le texte célèbre de la Politique d'Aristote distinguant voix et parole : fondamental.

1. Les paysans et l'enfant, ou la parole du besoin et de la violence.

Le patois renforce l'idée de "langage du besoin" attaché à la chasse ainsi qu'au rejet de l'altérité, voire de la monstruosité de l'enfant, dont témoigne la scène du village. Car c'est bien la cacophonie et la brutalité de la traversée du village de l'enfant tenu en laisse qui porte à son paroxysme l'impression de racisme pur projeté sur l’enfant. Il faut l'intervention de l'ancien du village, du vieux sage pour modérer le malaise et nous apaiser nous-même au spectacle de cette violence.
Quelle est donc sa signification ? N'est-elle pas à l'origine même de la parole politique et a fortiori philosophique dans la Grèce antique ?

2. Les parisiens et l'enfant, ou la curieuse parole du désir de connaître.

Où chacun s'exprime sans tenir compte de l'avis des autres. Figures de l'opinion par définition irréfléchie ("souhaitons qu'une éducation ..."), de la croyance ("je croyais..., je me suis laissé dire etc."), du relativisme et du dogmatisme ("si j'avais su qu'il était aussi bête...", "le sauvage ne manquera pas d'être émerveillé par les beautés de la capitale"), du scepticisme etc. Et où tous reprochent sans tarder à l'enfant d'avoir déçu leur curiosité.

3. Les savants et l'enfant, ou la parole du savoir et du vouloir.

3.1. Itard et Pinel discutent ensemble : "le Mozart de la psychiatrie" et "le Bienfaiteur des aliénés". Les médecins, constatant son mutisme, le maintiennent à l'Institution de sourds-et-muets, jusqu'à ce que son transfert chez "les idiots" s'impose à l'esprit du Professeur Pinel. C'est alors qu'Itard proteste et que s'ouvre le débat contradictoire clairement formulé par son maître : "Au fond, vous vous pensez... " , auquel font suite les question pratiques : "Mais comment ferez-vous ? Etc.
Où l'on voit l'intelligence collective conduite à son degré le plus élevé.

3.2. Itard, précurseur de Freud, assisté par Mme Guérin sa gouvernante.
Itard et Mme Guérin Le nom donné à l'enfant : Victor.

4. Les politiques et l'enfant, ou la parole politique, de la morale et de la technique.

Rien de tout ce qui précède n'aurait existé sans décision politique au sommet de l'Etat : où l'on retrouve le logos grec comme moyen suprême d'écarter ou de combattre la violence, extérieure ou intérieure.


IV. LE LANGAGE EST-IL LE MOYEN OU LA CONDITION DE LA PENSÉE ?

§1. Chez Condillac, il y a comme chez Locke et contre Descartes, le refus des idées innées et la volonté de rechercher la vérité dans la seule expérience sensible. C'est ainsi que notre pensée se nourrit de sensations qui, médiatisées par le langage et notre volonté de communiquer, deviennent soit des idées simples (le chaud, le froid : autrement dit, des perceptions) soit des idées complexes (la science, la morale : autrement dit, des oeuvres de l'entendement qui ne sont rien d'autre que des combinaisons de perceptions).

§2. Condillac en arrive ainsi à considérer la conscience comme la prise de connaissance du produit des sensations ou des perceptions, conformément à l'idée d'Aristote selon laquelle mille sensations font une perception, et mille perceptions l'expérience, etc. Cependant, la conscience ne se réduit pas pour autant au seul rapport du sujet à un objet senti ou perçu, car le rapport à autrui y est tout aussi important : dans la mesure où ce que je connais est, en même temps, ce que je suis en capacité de communiquer, et rien de plus.
La pensée n'est donc pas comme chez Descartes un monde intérieur, pouvant se développer de manière autonome et auto-suffisante (figure du solipsisme : thèse philosophique qui définit le moi comme la seule réalité certaine et qui est une forme dérivée du scepticisme : je peux douter de tout sauf de moi qui doute). Au contraire, la pensée a pour condition de sa propre formation la nécessité d'être communiquée à autrui, c'est-à-dire de se frotter au jugement des autres, d'être éprouvée, discutée pour vérifier comme en un miroir sa solidité ou sa vacuité. Le critère est alors le sens commun, à l'horizon duquel ma pensée peut seulement prendre sens effectivement.

§3. C'est pourquoi il ne saurait y avoir, pour Condillac, de pensée qui prenne forme et véritablement sens sans communication. D'où la nécessité des signes et des règles qui constituent langage et qui sont indispensables à la communication des hommes entre eux comme des sciences entre elles : les mots y sont "les signes conventionnels de nos idées", tandis que les adjectifs, verbes et particules en assurent la syntaxe et la modulation.

§4. Mais si le langage, parlé ou écrit, est bien le privilège des hommes, il est aussi une source redoutable et redoutée d'erreurs en tous genres : comme Locke après Aristote, Condillac met en garde contre les abus de langage, et ce d'autant plus qu'ils sont inconscients (pensez aux lapsus, mais aussi à tous les contresens, hors sujets ou mésinterprétations qu'il vous a été donné de subir en maths comme dans vos affaires privées !). La raison en est que la relation entre le signifiant et le signifié est plus souvent confuse ou approximative que distincte dans l'esprit des interlocuteurs. Si le mot est bien l'expression d'un rapport déterminé entre moi et mon objet, est-il bien certain qu'il corresponde exactement à la même expérience qu'en a fait autrui ?

§5. Le problème est donc, dit Condillac, que "notre esprit ne fixe ses idées que par des signes [qui nous préexistent], et le risque est que nos raisonnement ne roulent que sur des mots ; ce qui doit nous jeter dans bien des erreurs." Comment y remédier ? Eh bien de façon assez paradoxale, en invitant d'une part à rechercher dans la discussion la corrélation la plus précise possible entre le signifiant et le signifié (entre le mot et ce à quoi il renvoie), tout en admettant d'autre part l'imperfection de la langue dans laquelle on s'emploie.
On peut à cet égard conclure que "Les Lumières" n'ont avec Condillac jamais aussi bien portée leur nom, tant l'exigence de clarté du langage va chez lui de pair avec la conscience des ténèbres dans lesquels nous plonge son usage en grande partie inconscient.

§6. Enfin, pour Condillac, la vérité des signes du langage ne se mesure qu'à l'épreuve du concret. Mais pour lui, vs. Locke pour qui l'idée précède le signe, c'est le signe qui concrétise ou matérialise les idées, et par conséquent la pensée. Il ne peut y avoir de pensée sans signes communicables, et donc sans langage. Pour Condillac il ne suffit pas d'être pour penser, il faut savoir communiquer avec autrui comme enfin avec soi-même :

"Puisque les hommes ne peuvent se faire des signes qu'autant qu'ils vivent ensemble, c'est une conséquence que le fonds de leurs idées, quand leur esprit commence à se former, est uniquement dans leur commerce réciproque. Je dis 'quand leur esprrit commence à se former', parce qu'il est évident que, lorsqu'il a fait des progrès, il connait l'art de se faire des signes, et peut acquérir des idées sans secours étranger."

FIN

A réviser pour l'épreuve du bac.

***


ANNEXE

Abrégé sur le contenu philosophique des deux années à venir
(à supposer que nous restions ensemble en Terminale !) :

ANNEE I
LES POUVOIRS DE LA PAROLE — notre différence : nous partirons de la thèse d'Aristote selon laquelle l'homme est "l'animal doué de parole".
LES REPRESENTATIONS DU MONDE — nos différences : nous partirons de la distinction entre sociétés closes et sociétés ouvertes de Bergson.
ANNEE II
LA RECHERCHE DE SOI — l'unité de l'identité et de la différence : nous partirons des thèses de Descartes et de Hegel sur la conscience pour nous interroger sur la question de savoir s'il peut y avoir conscience sans la parole et si, par conséquent, la conscience est innée ou acquise.
L'HUMANITE EN QUESTION — nos problèmes : nous confronterons ces éléments de philosophie à la réalité présente pour conclure à son utilité ou non.


Abrégé sur les devoirs. Lectures annotées, passages au tableau, individuels ou par groupe et examen final. Ces exercices ayant pour fin de mettre en valeur vos capacités 1. de lecture, 2. d'interprétation de textes ou d'oeuvres, 3. d'expression et d'analyse de problèmes, 4. d'argumentation écrite et orale. Bref, de forger déjà votre conscience citoyenne ou privée.



LE COURS V.01 (1ère ébauche)


Semestre 1


I. QUESTION GRECQUE ET RÉPONSE PHILOSOPHIQUE.


1. Pourquoi avons-nous deux yeux, deux oreilles, deux mains, mais une seule bouche ?

2. Réponse [ou Tétraktis] de Pythagore.

II. PRÉHISTOIRE.

1. La grotte Chauvet.
2. Les Maîtres de vérité.

III. CONDILLAC.

1. La question du langage. Origine de la réflexion de Condillac : pour Aristote 'l'homme est un animal politique et doué de langage'. « Il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les animaux l’homme a un langage. Certes la voix est le signe du douloureux et de l’agréable, aussi la rencontre-t-on chez les animaux ; leur nature, en effet, est parvenue jusqu’au point d’éprouver la sensation du douloureux et de l’agréable et de se les signifier mutuellement. Mais le langage existe en vue de manifester l’avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste. Il n’y a en effet qu’une chose qui soit propre aux hommes par rapport aux autres animaux : le fait que seuls ils aient la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste et des autres notions de ce genre. Or avoir de telles notions en commun c’est ce qui fait une famille et une cité. » Aristote, Politiques, Livre I, 2, 1253 a 8 – 1253 a 19, trad. Pellegrin, GF, 1990,

2. Rupture ou continuité ?

IV. PLATON

1. Les arts de la parole : Poétique, Sophistique, Réthorique, Eristique, Dialectique, Logique...
2. Les fins de la parole. Persuader ou convaincre ?
3. Les représentations du monde. Des différences culturelles.


Semestre 2


V. L'ENFANT SAUVAGE

1. L'infans : celui qui est privé de parole.
2. Les usages et la science de la parole.
3. La question du sujet. Est-on ou devient-on sujet ? En quoi le langage est-il déterminant dans son accomplissement ?


VI. NOTRE TEMPS


1. Ses problèmes. "Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs, n’eût point épargnés au Genre-humain celui qui arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables. Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; Vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la Terre n’est à personne." Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.
2. Que penser, que faire ?


[à suivre...]


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