Christophe Léon au collège : "Lire, c’est faire la paix"

(actualisé le ) par HUMBERT A.-F.

Au cours de deux séances au CDI, les élèves ont pu présenter les travaux réalisés à partir de cette lecture (poèmes, lettres...) et échanger avec cet auteur, autour de son travail d’écrivain, des sujets des deux nouvelles qui constituent Bleu Toxic, et plus largement autour de nombreux thèmes chers à Christophe Léon.

 Pour entrer dans le vif du sujet et mettre à l’aise les élèves parfois un peu intimidés, Christophe Léon débute la séance en se présentant : un parcours qui l’a mené de l’Algérie où il est né en 1959 à la Dordogne où il vit actuellement en passant par St Tropez où il a passé sa jeunesse, et d’une carrière de tennisman professionnel à son rôle de père au foyer qu’il revendique haut et fort, en passant par diverses activités a priori bien loin de l’écriture . C’est en fait des problèmes de santé l’obligeant à l’immobilité qui l’ont conduit "sur le tard" d’abord à la lecture, puis à l’écriture, avec un premier roman publié en 2002. Ont suivi quelques livres pour adultes, et c’est la demande insistante d’une de ses filles qui l’a finalement amené à la littérature jeunesse avec Longtemps, publié à l’École des Loisirs en 2006. Depuis, 17 titres sont parus, non pas pour la jeunesse, mais "sur la jeunesse", comme il tient à le préciser.

 Au sujet de Bleu Toxic, Christophe Léon précise qu’il s’agissait en fait de trois nouvelles, dont l’une a été finalement publiée seule chez Thierry Magnier sous le titre Grandpa. L’idée de ces textes était de dénoncer des catastrophes industrielles, et plus encore les réactions des pouvoirs publics, généralement très tardives pour gérer les conséquences de ces drames. Dans ces textes, "tout est vrai mais tout est faux", dit-il, la fiction s’inscrivant dans un contexte sur lequel il se documente énormément en amont, mais pas du tout pendant la phase d’écriture. Ainsi, la jeune fille de Poisson-Lune a réellement existé et a vécu pendant 20 ans, les chats mouraient bien à Minamata...Quant à Gaz, ce sont à la fois des conversations avec son ami l’écrivain Dominique Lapierre (auteur de La Cité de la joie), qui l’ont sensibilisé à la misère des population en Inde, et l’explosion de l’usine Union Carbide en 1984 à Bhopal qui l’avait fortement marqué.

Plus largement, lorsque les élèves lui demandent comment se déroule l’écriture d’un livre, Christophe Léon donne tout d’abord sa conception de l’écrivain "On balance des graines dans un champ, si ça pousse, tant mieux, sinon tant pis". Plus concrètement, il explique qu’il travaille en trois phases : un premier jet, écrit d’une traite sans se soucier de la syntaxe et de la forme, et qu’il laisse ensuite reposer. Le second temps consiste à reprendre le texte pour le structurer avec des paragraphes, des dialogues... Enfin, il reprend l’ensemble complètement et peut parfois aller jusqu’à changer le narrateur, les temps... Christophe Léon précise qu’il ne connaît jamais la fin d’une histoire lorsqu’il commence à écrire, et qu’il ne donne pas de titre à un texte avant d’avoir mis le point final. L’éditeur entre alors en jeu, avec lequel d’ailleurs, il n’est pas toujours d’accord. Ainsi, pour Bleu Toxic, le titre lui a été imposé par l’éditeur, alors que ce n’était pas son choix, mais pour cela comme pour l’illustration et la quatrième de couverture, ce n’est pas à l’auteur que reviennent les décisions, même si parfois, on lui demande son avis.

 Au-delà de son métier d’écrivain, Christophe Léon parle de lui, de sa boulimie de lecture, lui qui a découvert les livres assez tard : aujourd’hui il lit essentiellement des sciences humaines, pour apprendre, pour savoir. Il souligne l’importance de la lecture qui donne les outils pour être capable de développer des idées et pouvoir argumenter, "dire non, parce que...", faire des choix. Lorsqu’il répond à une question sur sa scolarité en disant "je n’étais pas motivé à l’école mais je regrette", il rend un bel hommage à l’école et à l’éducation qui permet "d’être libre" et à l’importance pour les enfants et les jeunes d’avoir des adultes auprès d’eux (parents, enseignants...) pour les aider à grandir. Volontiers un peu provocateur lorsqu’il interpelle les élèves à propos des marques, des écrans, du téléphone portable, il veut les pousser à réagir, à argumenter, et en même temps faire passer l’idée que chacun à son niveau peut décider de faire changer des choses, préserver notre planète. Un mode de vie et un état d’esprit qu’il revendique en faisant sienne cette phrase de Gandhi : "Vivre simplement, simplement pour que d’autres puissent vivre".

Voir en ligne : Le site de Christophe Léon