Isabelle Collombat au collège : une rencontre passionnante

par HUMBERT A.-F.

Dans le cadre du Prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie, des élèves de 4e et de 3e ont eu la chance de rencontrer Isabelle Collombat, auteur du roman Quand mon frère reviendra. Au cours de deux séances au CDI, l’écrivain s’est prêtée avec beaucoup de gentillesse et de sincérité au jeu des questions-réponses, à la fois sur son métier d’écrivain et sur le livre lu par les élèves.

Après la présentation de travaux d’élèves autour de son roman (des poèmes et des lettres très touchants), Isabelle Collombat a présenté son parcours, d’une carrière de journaliste à l’écriture de romans aujourd’hui, en passant par son « deuxième métier », l’écriture de textes en français pour une maison d’édition pédagogique allemande. Ce qu’elle résume joliment ainsi : « à part écrire, j’écris », ajoutant : « on doit essayer d’aller au bout de ses rêves, et pour moi écrire était un rêve, même s’il n’existe pas de fiche Onisep pour Écrivain » ! Pas question pour autant de donner une vision simpliste et idéaliste de l’écriture : elle insiste sur le travail, l’énergie indispensables – et parfois difficiles à concilier avec un vie de famille – et la discipline qu’il faut s’imposer. Selon Isabelle Collombat, 80 % du travail d’écriture consiste en la relecture, la réécriture du texte jusqu’à ce qu’on obtienne la « bonne musique des mots ». Cela demande également du temps : « le livre est comme une pâte à pain, dit-elle encore, il faut le laisser reposer, gonfler, pour le reprendre plus tard, le voir avec un œil neuf, le retravailler encore »... Pendant ce temps, elle peut avoir plusieurs "histoires" en route, se documenter pour un futur livre... Exigeante envers elle -même, elle estime que lorsqu’un livre lui est refusé (ce qui forcément n’est pas facile à vivre), c’est sans doute qu’il n’était pas assez abouti. Du coup, il est parfois difficile de définir quand le livre est vraiment terminé.

Ces moments de doutes, les déceptions demandent beaucoup d’énergie, mais jamais - jusqu’à présent - elle n’a envisagé d’arrêter d’écrire. La vraie satisfaction arrive lorsque le livre existe, qu’elle voit ce qu’elle a créé. Dès lors, le livre va « vivre sans elle » auprès des lecteurs.

Quant à l’inspiration, Isabelle Collombat, très sensible à ce qui l’entoure, se nourrit de tout : un événement, un article, une rencontre, mais aussi de ses lectures qui, selon elle, sont nécessaires à l’écrivain, comme la préparation physique est indispensable au sportif. Dans Quand mon frère reviendra - qu’elle ne considère pas réservé aux ados, tout comme ses autres livres d’ailleurs - le thème de la fugue lui tenait à cœur, « parce qu’on peut avoir envie de partir à tout âge ». Mais plus que la fugue elle-même, ce qu’elle a voulu creuser, ce sont les relations entre le frère et la sœur, la place de chacun dans des familles et une société où beaucoup de jeunes ressentent parfois une grande solitude et n’ont pas toujours des adultes forts pour les aider à grandir, ainsi que la question « qu’est-ce qu’être libre ». Face à toutes ces interrogations, elle ne porte aucun jugement, elle propose simplement de se dire « et moi, comment réagirais-je » ou de trouver un écho à des situations vécues.

Nul doute que les élèves garderont un souvenir ému de cette belle rencontre, où Isabelle Collombat a su faire passer son enthousiasme et ses envies de nouvelles aventures littéraires : pourquoi pas la BD, la SF... Le plus important, selon elle, c’est de « ne pas oublier ses rêves ». Et puis encore, un ultime message à ses lecteurs : « lire et écrire , cela élargit notre monde ».

Voir en ligne : Le blog d’Isabelle Collombat