Hélène Vignal au collège, que du bonheur !

(actualisé le ) par HUMBERT A.-F.

Le 28 avril, les élèves de 4e5 et de 3e3 ont eu la chance de rencontrer Hélène Vignal, auteur du recueil de nouvelles Casseurs de solitudes qui figure dans la sélection 2015-16 du Prix littéraire des collégiens ; Et si certains étaient un peu intimidés, Hélène Vignal les a d’emblée mis à l’aise, prête à répondre à toutes leurs questions, à recevoir leurs avis, leur ressenti à la lecture de son livre, et désireuse avant tout d’échanger et de dialoguer autour de de la lecture, de l’écriture…

Les nouvelles du recueil abordant des sujets graves, Hélène Vignal est très vite interpellée par des lecteurs qui ont été marqués par ces situations difficiles. Elle leur renvoie alors la balle en leur demandant ce qu’il font, eux, quand ils traversent des moments pénibles. Chacun est alors amené à donner ses "recettes", ses béquilles : la parole, le partage, l’amitié, la famille parfois, l’écriture pour certains… A toutes ces propositions, Hélène Vignal ajoute l’humour et la culture, essentiels à ses yeux. S’il est vrai que ses personnages sont souvent confrontés à des situations ardues ("sadisme de l’écrivain" concède t-elle…), elle précise alors qu’elle ne se complaît pas dans la noirceur. Ce qui l’intéresse, au contraire, c’est la solution, la ressource que vont trouver les personnages pour surmonter la difficulté, aider les autres, même si les solutions peuvent parfois être maladroites, périlleuses… Car il lui importe de montrer que ses personnages - comme nous tous - ont plusieurs visages selon les situations vécues, certains plus sombres ou cachés, ce qui fait la richesse de la société, de la vie. En cela, elle espère, par l’écriture, avoir un rôle, un "pouvoir" pour traduire la société dans ses romans. Convaincue que l’on peut aborder tous les sujets, même difficiles ou tabous, avec de jeunes lecteurs, à condition de "prendre le temps d’en parler", elle milite contre les sentences du genre : "tu ne peux pas comprendre" ou "tu comprendras plus tard" qu’on assène trop souvent pour ne pas aborder les questions qui dérangent.

Interrogée plus généralement sur son métier d’écrivain, Hélène Vignal précise qu’elle a publié son premier roman il y a un peu plus de dix et qu’elle avait donc déjà un métier, son "métier frigo" pour assurer les fins de mois, mais que c’est réellement dans l’écriture qu’elle se sent elle-même, "à sa place", elle qui a aimé passionnément écrire dès lors qu’elle a su tenir un crayon. Elle ajoute encore "qu’écrire, c’est physique" et qu’il faut du concret dans les descriptions des personnages, des lieux, des situations, "si l’on veut embarquer les lecteurs". Questionnée sur l’inspiration, elle la qualifie de "petit animal sauvage, farceur, libre, qui ne vient pas forcément quand on l’appelle". Il faut donc se rendre disponible, et, très important, avoir des moments où l’on ne fait rien, cultiver son imaginaire. Très curieuse, Hélène Vignal se nourrit de tout ce qu’elle peut capter, entendre, voir, lire… Ce peut être dans l’actualité (comme le fait divers qui a inspiré la nouvelle Ostende) ou en se documentant sur Internet ou à l’écoute des gens. Dans cette phase de son travail, elle se définit comme un chasseur de papillons dont le filet serait son smartphone pour photographier et son petit carnet pour prendre des notes.

A propos de la lecture, Hélène Vignal cite quelques uns des auteurs et livres - classiques ou plus actuels – qui l’ont marquée, accompagnée, tel Zola dont elle admire la façon dont il enquêtait sur le terrain, en sociologue, pour rendre au plus juste sa perception de la société dans ses romans. Elle encourage les élèves à lire "pour ne pas être dominés par la parole, la pensée des autres", pour que la lecture ne soit pas aux mains d’une élite, d’un microcosme intellectuel, d’un pouvoir. Dans le même ordre d’idée, parlant de ses romans traduits, en italien, en chinois et en coréen, elle dit espérer qu’ un de ces livres passera peut-être un jour, clandestinement, du sud vers le nord de la Corée… Les élèves garderont longtemps le souvenir de cette belle rencontre et de l’enthousiasme communicatif d’Hélène Vignal qui les a encouragés à lire, à écrire et à cultiver leur créativité, à penser par eux-même et à regarder, toujours, au-delà des clichés et des idées reçues.