« Là où il fait si clair en moi »

avril 9, 2017 dans 6ème, CDI, Enseignements, Français

Tanella Boni, écrivaine, poétesse, professeure de philosophie, fut l’un des nombreux invités du 19e Printemps des poètes qui avait pour thème Poètes d’Afrique<s> & d’ailleurs. Le 28 mars dernier, La Maison de la Poésie a organisé au collège une rencontre entre la poétesse et les élèves de 6e1 de M. Ouerhani.


« Mon père me racontait des histoires de France, pas de belles histoires… »

Elle a parlé de son enfance en Côte d’Ivoire, « un petit carré »  en Afrique, de son père, chasseur de gibier, qui fut l’un des nombreux tirailleurs à s’être battu sur la terre de France, pendant la seconde guerre mondiale. Quand elle était petite, ce père lui racontait des histoires de France, mais pas une histoire intellectuelle ou littéraire, non, une histoire de guerre, une histoire de soldats noirs devant lesquels les femmes françaises fuyaient quand ils arrivaient dans les villages…


« Moi, je ne parlais pas… »

Son dernier recueil poétique s’intitule Là où il fait si clair en moi (éditions Bruno Doucey, 2017). Elle a raconté aux 6e l’étrange connexion entre la poésie et le silence dans lequel elle s’était murée jusqu’à l’âge de dix ans.

« Moi, je ne parlais pas ; pas un mot ne sortait de ma bouche, ni à la maison, ni à l’école ; j’écoutais… ; entre dix et douze ans, ce qui m’a permis de sortir de ce silence, c’est quand j’ai commencé à écrire de la poésie ; je parlais des manguiers, des insectes, des fourmis… ».


« Je parle dans la langue de l’autre »

A la question « qu’est-ce qui fait que vous n’écrivez pas dans votre langue maternelle ? », Tanella Boni explique qu’en Côte d’Ivoire, il n’existe pas de littérature nationale ; en effet, la langue officielle demeure le français, tandis que des dizaines de langues ( le baoulé, le bété, le dioula…) sont parlées et coexistent, sans que ces langues portent une littérature nationale, et elle le déplore.

Nous avons pu écouter certaines de ses poésies mises en musique et chantées par des interprètes comme Gérard Pitiot ou Bernard Ascal ; des chansons inspirées de ses nombreux voyages en Colombie, au Sénégal, en Guadeloupe… et qui parlent de la vie, celle des ouvriers, des pêcheurs, des gens de peu qui survivent.

Les préoccupations de Tanella Boni aujourd’hui : la nature bafouée, le désert qui avance… Elle a ainsi écrit l’album Le Rêve du dromadaire pour sensibiliser les enfants à la sécheresse qui menace partout en Afrique et une biographie de Wangari Maathai, celle qui guérit la terre, prix Nobel de la Paix en 2004, pour rendre hommage à celle qui au Kenya a montré la voie du militantisme écologique en plantant des arbres.

Elle a rappelé sa filiation avec les grands poètes de la négritude, Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire ; dans Là où il fait si clair en moi, Tanella Boni, en sept poèmes, parle de l’exil, de la mémoire de la Traite négrière, de la condition des femmes africaines et de « la langue de l’autre », devenue sienne.

 

Les mots sont mes armes préférées

Mots qui font la fête

Sur la parcelle où je veille

Au large de ma tête sentinelle

Qui déborde et déborde de joie

Submergée de silence

Au seuil des mots à venir

                           Là où il fait si clair en moi, éditions Bruno Doucey,2017

Un moment poétique avec Jean-Yves Loude

mars 19, 2017 dans 6ème, Enseignements, Français

L’écrivain Jean-Yves Loude connaît bien le collège Lucie Aubrac. En 1999, suite au partenariat dans le domaine de l’éducation et de la culture entre Grenoble et Ouagadougou, était née l’idée de croiser les regards d’adolescents sur leur ville respective, en les plaçant en situation d’enquêteurs journalistes actifs et curieux. Ainsi, sous la direction de Jean-Yves Loude et du plasticien Némo, les collégiens de la Villeneuve avaient réalisé 25 reportages qu’ils avaient envoyés à leurs pairs burkinabés. En 2000, un livre était né de cette aventure, illustré par Nemo : Je t’offre ma ville : Grenoble.



Aujourd’hui, Jean-Yves Loude est l’un des nombreux invités du 19e Printemps des poètes qui a lieu du 08 mars au 1er avril, à Grenoble et dans différents lieux de l’agglomération. Les poètes rencontreront dans les bibliothèques, les écoles, collèges et lycées, dans les théâtres… le public pour des lectures et conversations autour du thème Poètes d’Afrique(s) & d’ailleurs, choisi pour cette nouvelle édition.

Le lundi 13 mars, l’écrivain est revenu au collège rencontrer les 6e1 pour leur raconter ses livres et ses voyages tout autour du monde car les deux sont indissociables.

En effet, ethnologue qui se baptise lui-même « écrivain voyageur », tous ses livres naissent de ses rencontres avec d’autres sociétés, d’autres cultures…



« J’ai attrapé à 17 ans la fièvre du voyage » dit-il. A l’époque, il veut aller en Inde ; ses parents lui répondent qu’ils ne l’aideront pas. Ce refus le motive et sera le moteur de son envie de découvrir le monde, qui depuis ne l’a jamais quitté.

C’est à travers les objets rapportés de ses voyages et les instruments de musique africains ou asiatiques qu’il a faits résonner, que s’est réalisée la poésie de cette rencontre.


« On est riche, parce que tout ce qu’on a appris, on ne peut pas nous le prendre », a dit Jean-Yves Loude.

Le 28 mars, les 6e2 accueilleront à leur tour au collège la poétesse Tanella Boni, autre invitée du Printemps des poètes 2017.

 

Frontière

décembre 2, 2016 dans 3ème, Arts, CDI, Français, Sorties - Voyages

  • Antoine Cassar est né à Londres, a vécu en Espagne et réside aujourd’hui à Malte. Il est poète, traducteur, journaliste et grand voyageur…
  •    Les 21 et 22 novembre dernier, il rencontrait au collège les élèves de 3e4 pour préparer avec eux la journée du 25 novembre à L’Heure bleue (salle de spectacle) pour le festival de poésie Gratte-Monde. Ce sera une journée particulière, entièrement consacrée à la poésie ; elle se partagera entre un atelier d’écriture avec l’écrivain, et l’après-midi, l’amicale confrontation sur scène avec d’autres collégiens et lycéens, qui mettront eux aussi en voix les textes écrits le matin avec les autres poètes invités du festival.

                             Les hommes traversent les frontières ?

                             Ce sont plutôt les frontières

                             Qui traversent les hommes.

                                                                       Antoine Cassar, haïku

  • L’écrivain a invité les 3e4 à réfléchir sur la notion de frontière à partir de quelques chiffres éclairants : depuis la chute du Mur de Berlin en 1989, plus de 50 murs ont été érigés dans le monde, y compris en Europe : entre la Hongrie et la Serbie, la Slovénie et la Croatie ou encore la Turquie et la Bulgarie, celui de Calais… « Nous vivons dans un monde de plus en plus fragmenté », a -t-il déclaré, par les guerres et la mondialisation économique… Lui qui voyage beaucoup, il se rend compte à quel point il est de plus en plus difficile de se déplacer. « Si on compte tous les murs frontières construits dans le monde, cela revient à une seule ligne, longue de 40 000 kilomètres ! », nous a-t-il appris.

Antoine Cassar suit sur la carte le chemin des premières migrations humaines et défend l’idée d’une humanité, espèce naturellement migratoire.

 

  • Pour le poète, les frontières transforment les pays en îles. Il a projeté plusieurs photographies de ces murs érigés sur toute la planète et les réponses faites par des citoyens anonymes ou des artistes qui disent leur colère, leur refus absolu de ces barrières artificielles qui divisent les hommes.

L’écrivain projette des images qui représentent les nombreux murs frontières construits sur les différents continents et les détournements qu’en ont faits artistes ou anonymes qui en contestent l’existence.

  • Comment dire non ? Comment résister ? Ce qu’Antoine Cassar propose aux collégiens, c’est « une forme de résistance contre les murs, en écrivant sur les murs ». Il leur propose une situation :

« Imaginez que vous soyez devant un mur infranchissable et que vous ne pouvez pas passer : que voudriez-vous écrire sur ce mur frontière ? ».

  • Au fur et à mesure, un nuage de mots donnés par les élèves essaime sur le tableau ; ils seront la matrice de la création poétique qui sera lue par les élèves sur la scène de L’Heure bleue :

                                 « Un jour, cette frontière sera poussière »

                « La colère, c’est la guerre qui se transforme en enfer »

                          « Une construction pour une séparation »

                                 « les frontières font la guerre »…

  • Ce sont ces mots d’élèves qui donneront naissance au Passeport poétique des 3e4, qu’ils joueront sur la scène.
  • Vendredi matin 25 novembre, avec Antoine Cassar et M. Ouerhani, professeur de lettres : mise en voix, répétitions et mise en scène du Passeport poétique anti-frontières écrit par les élèves.
  • L’après-midi : les 3e4 sont les premiers sur la scène :

Une journée pleine de surprises et d’émotion, pendant laquelle les élèves ont appris que le trac est une autre frontière, intérieure celle-là, qu’il faut savoir dompter et dépasser !

 

La Folie Florentine !

mai 10, 2016 dans 6ème, Arts, CDI, Français, Théâtre

 

 

 


Elle est romancière, poétesse, musicienne, plasticienne, performeuse… Florentine Rey est une artiste totale ! Sur son site ( http//florentine-rey.fr ),  on peut visionner ses performances. Comme elle le souligne, il faut partir de l’étymologie : performer, c’est passer à travers la forme, c’est à dire trouver une forme personnelle pour toucher le public. Ainsi, elle met en scène des textes où s’épanouissent des moments poétiques ou absurdes de la vie quotidienne. Ses thèmes de prédilection : le corps, le féminin, la liberté…

Le 09 mai, Florentine Rey a rencontré les 6e4 ; elle leur a confié que ses récits théâtralisés naissent le plus souvent d’un geste, d’une situation, d’un événement et que le texte en découle tout naturellement, quasiment d’une traite, comme une évidence !

Elle a proposé aux collégiens la réalisation d’un livret personnel, pour les conduire sur le fil de l’écriture poétique, à travers quelques exercices simples.


      « Ecrire, c’est rendre claires les choses pour les rendre accessibles »

  • Avant toute chose, « s’éclaircir l’esprit avec les pages de nettoyage », c’est à dire se vider la tête en notant tout ce que l’on ne veut pas garder et mettre dans son texte à écrire ; jeter ensuite à la poubelle ces mots qui recouvrent une réalité que l’on veut éloigner, faire disparaître.
  • En guise de couverture : dessiner, station debout, en regardant droit devant, ce qui est autour de soi et que l’on a gardé en mémoire. C’est une expérimentation de la liberté liée à la mémorisation des formes, des couleurs et des sensations.

    Des gribouillis ? Non, simplement une retranscription intuitive de la réalité alentour !

  • Continuer dans le corps du livret en listant spontanément toutes les actions accomplies depuis le matin.
  • Sur le fil poétique : se remémorer un souvenir, une scène marquante en la racontant « en contiguïté », c’est à dire en reliant les images entre elles d’une manière désordonnée, en accumulation.
  • Enfin, l’acte poétique lui-même ou chercher le sens derrière les mots : choisir trois mots et les faire vibrer en fonction de leur sens et de leurs sonorités, ce qui conduit à l’expression métaphorique du monde.

   

         « Mon truc, c’est les mots ! »

Cette séance d’écriture a permis aux 6e4 de se mettre en condition pour approcher l’acte poétique. Ils ont découvert une artiste protéiforme à l’énergie chaleureuse et communicative !

       Florentine Rey et Nejib Ouerhani, professeur de lettres des 6e4

Le travail et la poésie

décembre 21, 2015 dans 3ème, CDI, Français

Le 27 novembre dernier, les 3e3 ont fait la connaissance de Reza Afchar Naderi, poète franco-iranien, aussi journaliste et traducteur des poètes classiques persans. Il fut l’un des nombreux invités du 20ème festival de poésie « Gratte-Monde » organisé par la Maison de la poésie Rhône-Alpes fin novembre dernier, placé sous le parrainage de Gérard Mordillat, poète, cinéaste et romancier.

Que signifie le travail à notre époque ? Quelles relations entre le travail et la poésie ? Comment choisir un travail qui correspond à ce que l’on est, en faisant abstraction de la pression sociale, des préjugés de toutes sortes (sexisme, mentalités liées aux représentations culturelles stéréotypées…) ou encore de la peur de la précarité économique ?

Reza Afchar Naderi a donné quelques clés aux élèves pour tenter de répondre à ces questions.


 

 


Il a d’abord rappelé l’étymologie du mot travail ; le terme vient du latin trepalium qui signifie instrument de torture. Ainsi depuis l’origine, le travail est étroitement lié à la notion de souffrance. Le travail est ambivalent : il asservit et il libère. Mais comment faire en sorte qu’il soit plus un instrument de libération et moins d’aliénation ?
Pour le poète, il faut faire un travail pour essayer d’explorer en soi ce qu’il y a d’unique et de meilleur afin de trouver ce qui correspond le mieux à son talent personnel.


 


« Soyez plutôt maçon, si c’est votre talent »     (L’Art poétique, Chant IV, Nicolas Boileau)

Reza Afchar Naderi a proposé aux élèves un jeu : exprimer ce que l’on n’ose pas dire. Il a demandé à chacun d’eux d’écrire de façon anonyme sur un papier le métier idéal qu’il aimerait exercer. Voici les réponses : éditeur, gendarme, esthéticienne, mécanicien, professeur de sport, animateur pour les enfants, pâtissière, strip-teaseuse, médecin, hôtesse d’accueil, chauffeur routier, architecte, militaire, puéricultrice, éducatrice, agent immobilier, informaticien, procureur, traductrice, historienne, aide-soignante, secrétaire, chirurgien.

Reza Afchar Naderi fait remarquer que seul le travail de création, comme celui du poète, gagne de la valeur avec le temps car il est coupé du rendement recherché par la société de consommation.
« Chercher en soi ce qui est unique et ce qu’il y a de meilleur » : c’est le grand projet de vie auquel les collégiens doivent s’atteler selon Reza Afchar Naderi ; un projet qui nécessite patience ; alors le travail deviendra une richesse, « un trésor » selon le mot de La Fontaine.


⦁ Pour en savoir plus sur Reza Afchar Naderi : www.rezablog.com
⦁ Voir aussi les n° 54 de la revue Bacchanales intitulé Poètes libertaires d’Iran et Bacchanales N°53 intitulé Travail – 59 poètes. Ces deux numéros sont disponibles au CDI.

A l’Ecole des écrivains. Des mots partagés.

mai 4, 2015 dans 3ème, Arts, CDI, Français

 

« Je ne sais pas de quoi je vais parler avant d’écrire »

Pour l’édition 2015 de l’opération littéraire « A l’Ecole des écrivains. Des mots partagés », Emmanuel Merle revient au collège, pour la deuxième fois et notre plus grande joie.

  • Vendredi 10 avril : c’est  la première prise de contact des 3e2 avec l’écrivain.

Depuis combien de temps écrivez-vous ? Comment avez-vous fait pour être publié ? Est-ce que vous vivez de l’écriture ? Est-ce que chaque livre est une histoire particulière ? Qui vous a donné envie d’écrire ?

L’écrivain a répondu aux questions des collégiens en parlant d’abord de son cheminement littéraire : à 18 ans, les premiers textes ; à 30 ans, l’intuition d’une nécessité de l’écriture, et à 40, de manière inattendue et inespérée, son premier manuscrit publié : ce sera un recueil de douze nouvelles, Redwood ; un court instant, la tentation du roman se présente ; mais c’est la poésie, de façon absolue et sans doute définitive, qui lui apparaît comme une évidence, même si elle se vend peu, même si les éditeurs sont prompts à ne prendre aucun risque pour une forme qui hélas rencontre trop peu d’élus.


« Dans chacun de mes poèmes, il y a un bout d’histoire »

  • Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre ?

Emmanuel Merle écrit vite : entre 3 à 6 mois pour un recueil de poésie. Il a insisté sur le travail : «  on n’a pas toujours envie d’écrire mais tu écris quand même ! » : plus que le roman sans aucun doute, la poésie exige de l’exercice, du labeur pour trouver le mot qui accueillera la forme juste. « Dans chacun de mes poèmes, il y a un bout d’histoire » dit-il, mais une histoire qui s’écrit avec des mots qui en appellent d’autres… et qui retrouvent la filiation des poètes admirés : Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Jim Harrisson…

« On peut entendre, sans forcément comprendre »

  • Pour les deux prochaines rencontres du mois de mai, Emmanuel Merle a proposé aux collégiens de créer un livre d’artiste, appelé encore livre pauvre qui mêlera l’originalité d’un texte à la fantaisie d’un dessin et d’une forme. Une manière créative d’entrer dans l’univers de la poésie.

Emmanuel Merle présente aux 3e 2 quelques exemplaires de livres d’artistes.


 

  • L’écrivain a clos cette première rencontre par la lecture de quelques poèmes, extraits de son recueil Un Homme à la mer.

19e Festival international de poésie « Sur la guerre et la paix »

décembre 8, 2014 dans 3ème, Arts, CDI, Français


 


 Le 28 novembre dernier, les 3ème3 ont participé au 19ème Festival international de poésie, organisé par la Maison de la poésie Rhône-Alpes. Cette journée poétique s’est déroulée à l’Heure bleue qui pour l’occasion accueillait collégiens, poètes, musiciens et comédiens pour créer, recueillir et mettre en voix « le silence possible des mots ».

 Le monde est un partage

 C’est sous la conduite du poète congolais Gabriel Okoundji que les 3ème3 se sont essayés à l’écriture poétique.

 Gabriel Okoundji, né en 1962 au Congo-Brazzaville, a publié une quinzaine de recueils et a remporté de nombreux prix littéraires, parmi lesquels le Prix Léopold Sédar Senghor de poésie en  2014 pour Chants de la graine semée. Il est aussi psychologue clinicien à l’ hôpital et enseigne la psychologie à l’université  de Bordeaux. C’est l’une des grandes figures de la poésie contemporaine d’expression française.


 

         Gabriel Okoundji

Gabriel Okoundji

 


 Sur le chemin du poème

 Il a proposé d’ouvrir l’atelier d’écriture du matin par une ronde où chacun devait se présenter. Les élèves se sont montrés encombrés, gênés par une parole qui s’échappait et refusait de choisir quelques mots pour dire leurs centres d’intérêts, leurs préférences culturelles…

 Gabriel Okoundji a parlé alors de l’écriture et rappelé l’image obsessionnelle et fondamentale qui préside à l’écriture de ses poèmes : celle de l’arbre et de ses racines, reflet de « son histoire à soi, la seule richesse que l’on a » a-t-il dit.

 Les élèves ont alors jeté sur le papier des mots en lien avec ce thème et la notion d’identité pour accomplir avec le poète un tissage collaboratif. Mots envoyés et dispersés, puis repris pour éliminer ce qui est en trop et ne laisser que l’effet indicible de la poésie. Cet échange a donné naissance au poème Origines :


     Origines

Nos origines commencent avec le big bang suivi d’Adam, Eve, Mohamed, Moïse et Jésus

Nos origines sont la fière richesse de notre terre

Nos origines, toutes différentes, transmises par nos ancêtres

Nos origines nous collent à la peau et fondent le mariage de nos gênes

Nos origines nous révèlent nos traditions et notre culture

Nos origines ont éclos de la terre et retourneront à la terre

Nos origines nous glorifient, ne les renions pas

Nos origines sont notre passé, notre présent et notre avenir

Nos origines se termineront un jour et ce sera la fin du monde


 Dire le poème

 L’après-midi une scène ouverte était organisée où les collégiens accompagnés du trio musical « Cheval des 3 » ont dit les mots, nés le matin.

 La comédienne Claire Terral a aidé les 3ème3 à mettre en voix et en scène leur poème. Une expérience collective qui a permis de dépasser l’appréhension individuelle de dire devant le public.


 


 

 

 

Emmanuel Merle et la poésie contre l’indifférence du monde

avril 24, 2014 dans 3ème, CDI, Français

« Ecrire une poésie nécessite de descendre plus profondément en soi. »

La Chance

Le 28 mars dernier, les élèves de 3ème 1 rencontraient pour la première fois l’écrivain Emmanuel Merle, « parrain » 2014  de l’opération littéraire  A l’école des écrivains. Des mots partagés ou plus précisément, Emmanuel Merle le poète, car la poésie est la forme privilégiée de sa parole.

« Pourquoi le choix d’écrire ? » a demandé Takieddine. « J’ai toujours aimé les livres et la littérature. La littérature m’a aidé à supporter des moments difficiles. Ecrire, c’est être moins en retrait de l’existence ; ma vie est plus  pleine, plus lucide », a répondu l’écrivain.

Le  poète a parlé simplement de l’écriture et du travail qu’elle implique, des auteurs qu’il admire et qui l’ont aidé à écrire : Jim Harrison à « l’écriture pleine de nature, de vie, de couleurs », Philippe Djian dont le style original et vivant a provoqué l’envie d’écrire ou encore le poète Yves Bonnefoy qui « a profondément modifié [sa] façon de voir le monde »…

Il a aussi rappelé la joie et la peur entremêlées quand il apprend que les éditions Gallimard décide de publier son premier manuscrit ; mais aussi ses doutes, son questionnement en légitimité face au vertige de la confrontation avec les « Grands » de la littérature. « Pourquoi j’aurais le droit d’écrire ? », s’est-il longtemps demandé.

« La poésie, c’est la parole première »

Emmanuel Merle a évoqué son parcours de vie et son parcours en littérature, riche et tardif.

Il est né à La Mure en 1956. Son père, mineur, quitte l’école à 10 ans ; lui, le fils, est professeur agrégé de lettres depuis 33 ans et l’écriture fait partie intégrante de sa vie depuis une dizaine d’années. En 2004, Gallimard publie son premier livre, un recueil de 12 nouvelles, Redwood. « Le jour où l’on est publié, on a l’impression de sortir du tunnel » dit-il.

Redwood

Comment vient l’écriture ? « Je ne sais jamais ce que je vais écrire avant de l’écrire. Ce que je sais, c’est que tous les jours, je me mets devant l’ordinateur et j’attends que ça vienne. Quand tu es écrivain, tu es tout seul » souligne-t-il.

« Les baleines sont des morceaux de la lune gibbeuse tombés dans la mer… »

Emmanuel Merle a terminé cette première rencontre avec les 3ème1 par la lecture de quelques poèmes tirés de son recueil Un Homme à la mer, publié en 2007.

Il y évoque la disparition extraordinaire et inattendue de son père en 2003 : celui-ci meurt au sommet d’une montagne, le regard jeté au loin comme un défi  incroyable à la Nature ou un appel indicible au néant :

                     « Je connais un homme qui s’est risqué

                       Au soleil et au regard de la montagne.

                        Il a disparu.

                        Happé.

                        Quand l’univers est un oeil, vous mourez. »

Grâce à la poésie, Emmanuel Merle continue la conversation interrompue avec le père, avec la Nature pour médiatrice. La figure paternelle surprend sous les traits d’une baleine qui apparaît et disparaît, insaisissable, solitaire et mélancolique : « A quoi pensais-tu ? Où étais-tu ? »

Pour répondre aux rendez-vous manqués avec le père, le poète fixe les mots qui disent ce qui n’a pas été dit et traque le père disparu. Les mots cherchent à calmer la douleur en même temps qu’ils appellent la certitude : « Pas de doute. Tu m’as aimé ».

 

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