Emmanuel Merle et la poésie contre l’indifférence du monde

avril 24, 2014 dans 3ème, CDI, Français

« Ecrire une poésie nécessite de descendre plus profondément en soi. »

La Chance

Le 28 mars dernier, les élèves de 3ème 1 rencontraient pour la première fois l’écrivain Emmanuel Merle, « parrain » 2014  de l’opération littéraire  A l’école des écrivains. Des mots partagés ou plus précisément, Emmanuel Merle le poète, car la poésie est la forme privilégiée de sa parole.

« Pourquoi le choix d’écrire ? » a demandé Takieddine. « J’ai toujours aimé les livres et la littérature. La littérature m’a aidé à supporter des moments difficiles. Ecrire, c’est être moins en retrait de l’existence ; ma vie est plus  pleine, plus lucide », a répondu l’écrivain.

Le  poète a parlé simplement de l’écriture et du travail qu’elle implique, des auteurs qu’il admire et qui l’ont aidé à écrire : Jim Harrison à « l’écriture pleine de nature, de vie, de couleurs », Philippe Djian dont le style original et vivant a provoqué l’envie d’écrire ou encore le poète Yves Bonnefoy qui « a profondément modifié [sa] façon de voir le monde »…

Il a aussi rappelé la joie et la peur entremêlées quand il apprend que les éditions Gallimard décide de publier son premier manuscrit ; mais aussi ses doutes, son questionnement en légitimité face au vertige de la confrontation avec les « Grands » de la littérature. « Pourquoi j’aurais le droit d’écrire ? », s’est-il longtemps demandé.

« La poésie, c’est la parole première »

Emmanuel Merle a évoqué son parcours de vie et son parcours en littérature, riche et tardif.

Il est né à La Mure en 1956. Son père, mineur, quitte l’école à 10 ans ; lui, le fils, est professeur agrégé de lettres depuis 33 ans et l’écriture fait partie intégrante de sa vie depuis une dizaine d’années. En 2004, Gallimard publie son premier livre, un recueil de 12 nouvelles, Redwood. « Le jour où l’on est publié, on a l’impression de sortir du tunnel » dit-il.

Redwood

Comment vient l’écriture ? « Je ne sais jamais ce que je vais écrire avant de l’écrire. Ce que je sais, c’est que tous les jours, je me mets devant l’ordinateur et j’attends que ça vienne. Quand tu es écrivain, tu es tout seul » souligne-t-il.

« Les baleines sont des morceaux de la lune gibbeuse tombés dans la mer… »

Emmanuel Merle a terminé cette première rencontre avec les 3ème1 par la lecture de quelques poèmes tirés de son recueil Un Homme à la mer, publié en 2007.

Il y évoque la disparition extraordinaire et inattendue de son père en 2003 : celui-ci meurt au sommet d’une montagne, le regard jeté au loin comme un défi  incroyable à la Nature ou un appel indicible au néant :

                     « Je connais un homme qui s’est risqué

                       Au soleil et au regard de la montagne.

                        Il a disparu.

                        Happé.

                        Quand l’univers est un oeil, vous mourez. »

Grâce à la poésie, Emmanuel Merle continue la conversation interrompue avec le père, avec la Nature pour médiatrice. La figure paternelle surprend sous les traits d’une baleine qui apparaît et disparaît, insaisissable, solitaire et mélancolique : « A quoi pensais-tu ? Où étais-tu ? »

Pour répondre aux rendez-vous manqués avec le père, le poète fixe les mots qui disent ce qui n’a pas été dit et traque le père disparu. Les mots cherchent à calmer la douleur en même temps qu’ils appellent la certitude : « Pas de doute. Tu m’as aimé ».