Qui était Geneviève Anthonioz de Gaulle ?

Le reportage diffusé, le lendemain de sa mort, par le Journal télévisé de France 2, pour rendre hommage à Geneviève de Gaulle-Anthonioz, revient sur les deux grandes périodes qui ont marqué sa vie : celle de la Résistance et de la déportation entre 1940 et 1944, puis l’engagement de la nièce du général contre la misère et la pauvreté, à travers notamment son rôle au sein de l’organisation ATD-Quart monde ou son action au Conseil économique et social pour que soit adoptée une loi relative à l’exclusion et la lutte contre la grande pauvreté. La trajectoire de Geneviève de Gaulle Anthonioz est en réalité d’une très grande cohérence, comme permet de le montrer le reportage qui juxtapose des images de l’univers concentrationnaire nazi en 1943-1944 et des bidonvilles qui se développent en France dans les années 1950-1960. Si les deux phénomènes sont bien sûr d’une nature totalement différente et ne peuvent être comparés, Geneviève de Gaulle-Anthonioz n’en fut pas moins bouleversée lors de sa visite du bidonville de Noisy-le-Grand, en compagnie du père Joseph Wresinski, de voir dans ce « camp des sans logis » des visages, des humiliations ou des souffrances (faim, froid, absence d’hygiène) ressemblant à ce qu’elle avait vu à Ravensbrück. C’est ce « choc » qui l’amena ensuite à consacrer le reste de sa vie pour combattre la misère et l’exclusion et permettre le respect en toute circonstance de la dignité et de la personne humaine. Le nom d’ATD (aide à toute détresse) Quart monde fut donné à l’organisation dont elle prit la tête en référence à l’expression « Quart Etat » ou « Quatrième ordre », utilisée par les députés lors de la Révolution française pour désigner le peuple des indigents et des infortunés, qui n’avait aucune représentation.

Le reportage ne le mentionne pas, mais l’engagement précoce de Geneviève de Gaulle-Anthonioz contre le nazisme et dans la Résistance s’explique par une jeunesse passée dans la Sarre puis en Alsace, en raison de la carrière militaire de son père, ce qui l’amena très tôt à prendre conscience des dangers d’une idéologie totalement contraire à ses valeurs humanistes (elle a lu Mein Kampf à l’âge de 13 ans seulement). Lors de son arrestation le 20 juillet 1943, pour ses activités en faveur de « Défense de la France », Geneviève aurait pu essayer de cacher un nom particulièrement compromettant aux yeux des Allemands et de Vichy. Elle n’en fit rien et a tenu au contraire à reprendre sa véritable identité afin que l’on sache en France qu’une personne de la famille de Gaulle avait été arrêtée, alors que la thématique de la propagande vichyste consistait à présenter l’auteur de l’appel du 18 juin comme un lâche et un déserteur qui aurait fui la France au moment de la défaite.

Un extrait du reportage est enfin particulièrement intéressant pour illustrer la difficulté pour les déportés de faire part de l’indicible à leur retour des camps. Comme l’explique elle-même Geneviève Anthonioz-de Gaulle, cela tenait à la difficulté d’en parler, pour ceux qui avaient fait l’expérience de l’univers concentrationnaire, mais s’expliquait aussi par la faible réception de la population qui n’était pas prête à entendre ces récits insoutenables, au lendemain de la Libération.

Le 27 mai 2015, Geneviève Anthonioz de Gaulle a fait son entrée au Panthéon. Au collège, une très belle cérémonie républicaine a été organisée pour l’occasion. Voici le reportage effectué pour l’occasion par TV8 Mont-Blanc :

Geneviève ANTHONIOZ-DE GAULLE : De la Haute-Savoie au Panthéon

Bibliographie

– Frédérique Néau-Dufour, Geneviève de Gaulle Anthonioz : l’autre de Gaulle, Paris, Cerf, 2004.

– Geneviève Anthonioz-de Gaulle, La Traversée de la nuit, Paris, Seuil, 2001.

Fabrice Grenar, site de l’INA

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