Le fantôme du miroir

vendredi 18 janvier 2019
par  Sofia R
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Le fantôme du miroir

J’entrai pour la première fois dans cette nouvelle maison, semblable à un manoir, que je venais d’acheter à un prix tout à fait convenable. Je la trouvais en parfait état, sans la moindre trace de poussière, bien qu’elle eut été abandonnée depuis au moins dix ans. Sans doute les anciens propriétaires avaient-ils nettoyé juste avant mon arrivée. J’entrepris de la visiter.

Elle était entièrement vide à l’exception d’un miroir qui se trouvait au fond du couloir au troisième étage. Je m’arrêtai à l’examiner car il m’intriguait étrangement. Il était plutôt grand, rond, de style baroque. J’eus beau chercher dans tous les recoins, je ne lui trouvais rien d’insolite. Le reste de ma journée fut consacré au réaménagement de la demeure et je n’eus guère le temps de penser au miroir. Cependant, ce soir-là, après le dîner, alors que je regagnais ma chambre, j’entendis un bruit qui provenait du troisième étage. Cela ressemblait au frottement d’un balais sur le sol. Curieux, je décidai de monter pour voir de quoi il s’agissait.

Bizarrement, je ne trouvais rien. Tout me semblait normal mais le bruit persistait. Finalement, il ne devait s’agir que du fouettement du vent sur le toit. Oui, sans doute ce n’était que cela. Mais je n’arrivais pas à m’en convaincre, ce bruit était trop net et trop régulier pour être le souffle du vent. L’air commençait à se faire étouffant, je décidai de regagner l’étage inférieur. Mais alors que je m’apprêtais à redescendre, j’aperçus, sur le miroir, un mystérieux reflet. Malgré ma peur, la curiosité l’emporta et je m’en approchai. Quand je lui fis face, le scrutant attentivement, je me rendis compte qu’une personne, une femme, montait les escaliers derrière moi. Surpris, je me retournai, mais il n’y avait personne. J’avais sans doute rêvé. Pour m’en convaincre je regardais à nouveau le miroir. Apeuré, je remarquais que le reflet de cette femme inexistante continuait tranquillement à monter en balayant les marches. Je ne savais que penser de ce que je voyais. Avais-je perdu la tête ? Ce qui arrivait était tous simplement impossible.

Soudain, la jeune femme parla. Je n’entendais pas sa voix mais je la sentais dans mon esprit : « Bonjour cher Franck, je suis Amélie. Sois le bienvenu. » tout en parlant, elle s’était approchée son reflet était maintenant à côté du mien dans le miroir. Soudai, je le réalisais : ses cheveux blonds tombaient sur ses épaules, telle une rivière d’or, sa peau blanche semblait scintiller et son regard était intense et bienveillant ; je n’avais jamais vu une femme aussi belle et jamais je n’en verrai une autre. À cet instant, je fus certain que si je devais, un jour, aimer quelqu’un, ce serait elle. Elle tendit la main et d’une voix qui,dans mon esprit, apparut aussi claire qu’un lever du soleil, m’invita à la rejoindre. Je le sais, j’aurais dû partir en courant pour quitter ce lieu maudit. Mais étrangement, je ne craignait plus rien. Je saisis sa main et elle m’entraîna de l’ autre côté du miroir. Elle parla à nouveau et cette fois, je l’entendis distinctement. « Il y a tellement longtemps que je n’ai vu personne. Raconte, Franck, raconte ce qu’il se passe de l’autre côté de ce miroir, de l’autre côté de cette prison. » J’ignorait la raison pour laquelle elle désirait connaître ce qu’il advenait au-dehors, je ne savais pas non plus ce qu’elle entendait par prison et encore moins comment elle connaissait mon prénom. J’avais seulement conscience de ses yeux, des yeux d’émeraude qui me fixaient, amplis d’intérêt, et impatients. Ils m’ensoleillaient, mais je ne m’en préoccupais pas. Je lui parlais alors de mon ami, qui est parti vivre à Lyon, de ma mère qui est malade, des rues de Paris affolées de passants, de l’argent, des boutiques plaines de monde, des livres, de l’état, du bon et du mauvais temps. Et elle m’écoutait, un sourire aux lèvres. Elle s’imaginait, elle sculptait dans son esprit les lieux et les personnes que je lui décrivais, et toutes ses pensés se reflétaient dans ses yeux. Je ne sais pas combien de temps nous passâmes ainsi. Quand j’eus fini, je lui demandais : « Et vous, belle Amélie, que faites-vous dans ce miroir ? » Subitement, son regard s’assombrit et son bonheur s’effaça. Elle me sembla triste et je le fus aussi. « Il faut vous en aller maintenant » dit-elle. Mais je ne le voulais pas. J’étais avide de son sourire et je voulais le voir à nouveau. Je protestais mais elle me poussa, et je tombais hors du miroir. Je me cognais la tête sur le sol et je m’évanouis. Ce fut seulement au matin que je me réveillai. J’avais fort mal au crâne et je me demandai ce que je faisait étendu par terre au milieu du couloir au troisième étage. Puis je vis le miroir, et mon rêve me revint. Mais... était-ce vraiment un rêve ? Rien n’ était moins sûr. Mais, tandis que je me relevais, j’aperçus, accroché à ma veste, un cheveu. Il était blond et brillait tel l’or à la lumière du jour. Cela me sembla tout d’abord étrange : je vivais seul et tous mes domestiques, à l‘exception de la cuisinière qui avait une chevelure noirâtre, étaient des hommes. Une marée de questions inonda mes pensés. Puis, soudainement, je compris.

S.R. et L.M.