Tant qu’elle n’est pas là, imprimée sur le papier, écrire une pièce c’est comme jongler avec de la jelly -rencontre avec Mike Kenny-

dimanche 29 septembre 2013
par  (^°^)
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Le 11 avril 2013 nous avons eu la chance et le bonheur de rencontrer Mike Kenny et sa traductrice française Séverine Magois au CDI bibliothèque municipale de la cité scolaire internationale Europole de Grenoble.

Nous avons parlé -en anglais- de pantomimes, d’Upstage, de piles de chaussures et d’Imelda, le tout devant quatre jardins

Voici la traduction de quelques bribes de cette rencontre :


"Etre auteur de pièces de théâtre, c’est comme être un sculpteur plutôt qu’un écrivain : il faut voir une pièce, l’écouter sur scène".

"En Angleterre, personne ne songe qu’un enfant aimerait lire une pièce".

A propos de "L’oubliance" : "J’ai 11, 17, 29 ans pour toujours (c’était un bon âge). Parfois, on se réveille et toutes les années passées semblent avoir disparu. Le corps change mais rien ne change dans la tête... J’ai adoré travailler sur cette pièce : je l’ai écrite très vite".

"Enfant, j’aimais beaucoup écrire. J’aimais surtout lire, j’étais un grand lecteur. C’est à l’école que j’ai commencé à écrire. On nous avait donné un sujet : un géant, une sorcière et un âne. Mon histoire a été primée" [Mike Kenny nous a expliqué que quand les autres nous disent que l’on réussit quelque chose, cela nous donne envie de continuer et que l’on apprend à mieux le faire.]

"Travailler pour le théâtre, c’est quelque chose de différent : il y a des échanges avec une compagnie de théâtre et les acteurs qui mettent en scène le texte. Il faut rendre ses devoirs à une date précise et le metteur en scène, les acteurs, le public vous attribuent une note."

"Tant qu’elle n’est pas là, imprimée sur le papier, écrire une pièce c’est comme jongler avec de la jelly".

"J’écris toujours plusieurs textes en même temps.

J’ai tendance à papillonner et je pense à beaucoup de choses à la fois".

- Combien de temps mettez-vous à écrire une pièce de théâtre ?
- "Quelle est la hauteur jusqu’à là-haut ? Quelle est la longueur d’un bout de ficelle ? ... une pièce est un dialogue : des gens qui se parlent."

"Les gens pleins de certitude me dérangent."

Mike Kenny vit à York, "une ville médiévale dans laquelle on joue un ensemble de pièces de théâtre depuis le 13e siècle. The York Mystery Plays. Les habitants de York les mettaient en scène [dans la ville]. La représentation durait 14 heures ; j’ai eu à réécrire le texte pour qu’il tienne en 3 heures."

- http://www.yorkmysteryplays.co.uk/
- http://www.yorkmysteryplays-2012.com/
- http://www.yorkmysteryplays.org/

Comme les gens ont commencé à le reconnaître dans la rue, sa vie quotidienne a changé. Un jour, dans une boulangerie, un homme le regardait avec insistance, comme s’il le connaissait :
- "Bonjour...
- Vous êtes Mike, n’est-ce pas ? Je suis Judas...
- J’espère que vous n’allez pas m’embrasser."

Mike Kenny écrit un nouveau texte intitulé Sang et chocolat Blood +Chocolate.

http://www.yorktheatreroyal.co.uk/page/blood_and_chocolate.php

http://vimeo.com/59645708

http://vimeo.com/59097038

"York était une ville dans laquelle les entreprises Rowntree et Jerry’s produisaient beaucoup de chocolat avant la première guerre mondiale (que l’on a appelée la guerre pour en finir avec les guerres). Pour ce spectacle qui aura lieu dans les rues de York, 300 spectateurs munis de casques d’écoute pourront entendre les acteurs qui joueront sur un balcon ou dans la rue, mais également de la musique : personne ne saura exactement ce qui est dans la pièce et ce qui n’en fait pas partie.

"Vos personnages sont-ils réels ou inventés ?"
- Mike Kenny : "Je ne sais pas bien dire. Ils sont probablement une combinaison bizarre des deux. Il faut bien se servir de ce qu’on a sous la main. Tante Lynda est dans beaucoup de mes pièces. Elle est dans Imelda Baglady. Elle est très forte pour raconter des histoires en commençant en même temps au début, au milieu et à la fin. Elle ne peut rien garder à l’esprit.

Mon père venait de Manchester, il était irlandais ; ma mère était galloise, ils étaient de sacrés personnages.

Ne laissez pas le monde vous censurer si vous voulez écrire. C’est ce qui fait la force de l’écriture. Si vous voulez le faire, ne laissez personne vous dire... [quoi, comment...] regardez votre texte droit dans les yeux et aimez le tel quel."

"Quelle est votre pièce préférée ?"
- "Je déteste cette question. C’est comme demander quel est celui de vos enfants que vous préférez. J’ai écrit plus de cent pièces. J’aime "Sur la corde raide", "Pierres de gué"... J’ai écrit "Pierres de gué" pour des personnes tellement handicapées qu’on ne peut pas toujours dire si l’on communique avec elles. La compagnie de théâtre qui a joué cette pièce travaille beaucoup sur le toucher, la sensation, l’odorat. J’ai écrit "Pierres de gué" pour que la pièce puisse être sens et odeur, et cela a fonctionné. Après cela, je me suis efforcé à remplir d’odeurs, de nourriture, de sens toutes les pièces que j’ai écrites.

Quelques pièces ont disparu à tout jamais, même si on n’est jamais certain de son jugement parce qu’une pièce doit avant tout être jouée sur scène.

Ma première pièce n’était pas si géniale, mais il faut un début à tout. Il faut être indulgent avec soi-même.

Je commence à écrire à deux endroits :
- sur ma tablette
- et dans un carnet que j’emporte avec moi. Celui-ci est un répertoire d’adresses mais il est parfait pour prendre plein de notes que je tape ensuite sur mon ordinateur. J’écris avec un stylo plume : c’est agréable, c’est un peu comme si on dansait.

"Edmont le cochon savant" est sur la tablette. Je fais une copie des pièces que j’écris chaque fois que je les modifie et je conserve toutes les versions. Je ne sais pas où je vais. Je ne fais pas de plan. Donc je commence au début et j’y retourne quand je suis coincé, et peu à peu j’arrive à la fin.

Mes pièces sont assez sombres. Des pièces sombres sur la vie. Le monde n’est pas toujours un endroit merveilleux où tout le monde est beau et gentil.

La première pièce que j’ai écrite s’intitulait "La maison que Jack a construite".

Je pensais que j’étais un génie quand j’ai terminé ma première pièce, j’en étais vraiment fier."

"Evitez les gens qui vous font froid dans le dos." "Avoid people who give you the creeps."

- Mike Kenny
- http://www.theatre-contemporain.net...
- http://printempsdulivre.bm-grenoble...