Intégration des ENAF en classe ordinaire : accueillir et adapter ses gestes professionnels

Un vade-mecum proposé par C. Bogey, M.L Fuchs, F. Peutot

Accueillir un ENA dans la classe

La première fois

Accueillir le nouvel élève avec bienveillance, le présenter à sa classe et à ses professeurs, le mettre en confiance, le but est bien de favoriser un élan de sympathie et de solidarité de la part des autres élèves.
Avoir une attitude accueillante, souriante, bienveillante…
Parler lentement

Lui choisir une place

En face et au milieu du tableau : il doit pouvoir voir votre visage pour lire vos expressions et vos gestes.
A un endroit où vous pouvez intervenir facilement
A côté d’un élève « tuteur »

Lui présenter la classe

Éviter une présentation frontale devant l’ensemble de la classe, qui pourrait le gêner, préférer une présentation rapide, une fois qu’il est installé à sa place : le nommer, indiquer son pays sur une carte, expliquer qu’il parle une autre langue (demander à l’enseignant de la CLA ou à celui de géographie qu’il fournisse une carte du monde à voir avec les élèves).
Demander s’il y a des élèves d’autres pays comme lui, utiliser cette situation (faire dire bonjour en d’autres langues, dans la langue de l’ENAF…)
Profiter du moment de l’appel pour demander aux élèves de se présenter  : bonjour, je m’appelle

Mettre en place un tutorat

Constituer des binômes ENAF + élève francophone dans la classe d’insertion, mettre en place un « tutorat » par un ou plusieurs élèves. La tâche gagne à être répartie sur plusieurs camarades de classe, pour ne pas être trop pesante pour le(s) tuteur(s). Cela permet aussi de constituer un groupe autour de l’ENA.
A proposer lors de la première séance pour laisser aux élèves le temps de réfléchir et choisir des élèves volontaires pour la seconde séance : élève qui parle la même langue (qui traduit ou non) ; élève sur des critères d’affinité, de compétence, ou par rotation, pour responsabiliser l’ensemble du groupe.)

Développer des relations avec ses pairs

Sensibiliser les autres élèves à l’accueil de ce « nouveau », à la connaissance de l’autre
L’intégrer et lui donner les moyens de s’intégrer dans la classe
Accepter de lui une période d’observation, pendant laquelle il prend des repères dans la classe pour connaître et comprendre son organisation ainsi que les codes et les règles qui la régissent
Privilégier le travail par petits groupes ou en binômes, dans lesquels l’ENAF peut être intégré et soutenu par les autres élèves.

Adapter sa façon de communiquer

S’adresser aux élèves

Tout faire pour que l’ENAF puisse facilement identifier qui vous interrogez et ce que vous attendez
Regarder les élèves lorsque vous leur parlez
Nommer et désigner du doigt l’élève que vous interrogez
Ralentir légèrement le débit, articulez davantage
Ne pas l’inonder de paroles
Accompagnez vos paroles de gestes explicites (montrer, exemplifier)

Préférer les répétitions aux reformulations

Les répétitions permettent d’accéder à la compréhension : une première écoute est souvent insuffisante
Les reformulations sont nécessaires lorsque l’élève ne comprend pas, mais il faut alors simplifier. La reformulation peut être demandée à un autre élève.

Stabiliser son lexique disciplinaire

Eviter d’utiliser dans un même cours des termes différents pour désigner la même chose. La multiplicité des désignations perturbent les locuteurs débutants
Donner aux élèves un répertoire et leur faire noter ces multiples désignations.

Avoir recours aux supports visuels

Utiliser le tableau de façon organisée et lisible.
Prendre le temps d’expliquer l’organisation des manuels et les ressources qu’ils offrent, ou bien confier cette tâche à des élèves.

Mettre à la portée de l’ENA toutes les aides qui vous paraissent utiles

dictionnaire bilingue,
lexique,
fiche méthode,
manuel,
répertoire constitué…

Le travail sur les consignes

Une priorité, en particulier les consignes de sécurité en LP
Les consignes peuvent être abordées à la fois par pictogrammes, verbalement par le professeur et reformulées par un autre élève.
Adapter les exigences aux possibilités et au niveau de l’élève dans la mesure du possible,
texte plus court, moins de questions à traiter, amorces de phrases de réponse, questionnaires à difficulté progressive dont l’ENAF peut traiter les premières questions …

Utiliser et valoriser les connaissances de l’ENAF

En histoire-géo comme témoignage, en sciences….
L’élève a parfois déjà fait la même chose dans son pays mais il n’en n’a pas conscience.

Évaluer

Avec ou sans note ? Dès que possible, attribuer une note, comme pour les autres élèves, afin de valoriser les efforts.
Évaluer de façon positive, sur une tâche spécifique et adaptée.
Si c’est impossible dans les premiers temps, porter une appréciation sur l’investissement, la progression…L’élève qui n’est jamais noté vit cette situation comme une exclusion, une mise à l’écart de fait.

Entre patience et exigence

Laisser du temps à l’élève pour s’adapter, mais ne pas le laisser devenir un « touriste ». Il doit s’impliquer et travailler.

Avoir des exigences croissantes avec les ENAF (en fonction de leurs progrès en français) que ce soit pour l’aide apportée ou pour les évaluations.

C.Bogey, M.L Fuchs,F. Peutot