Conférence


cultures, regards, sourires

Situant son discours dans le cadre général de l’enseignement des langues, Dominique ABRY commence par développer des exemples du lien intime qui unit les langues et les cultures. Le mot "célibataire", marquant positivement en français qu’une personne est seule, est parfois mal compris par des locuteurs d’une langue où cet état de fait s’exprime seulement négativement, par opposition à l’état de mariage. Ces derniers préféreront dire "non mariés. L’expression "entre chien et loup" fait difficilement sens sur la ligne de l’équateur où le jour tombe soudainement.
les codes de la gestique, de nature para-linguistique, méritent attention : un élève en Thaïlande par exemple évitera de passer entre entre deux enseignants, s’arrangera pour garder la tête plus bas que l’enseignant et ne regardera pas son professeur. Lui dire "regarde moi dans les yeux" serait un non-sens, ce serait le forcer à être impoli.
Pour des raisons similaires, un élève venu de Chine tendra dans un premier temps à ne jamais poser de question même s’il n’a pas compris, car ce serait signaler à l’enseignant qu’il n’a pas su expliquer.  Mais il pourra sourire pour signifier que quelque chose lui échappe.

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Enchainements consonantiques

"Je veux-être_un-homme_heureux."
Dans cet exemple l’enchainement est représenté par "_" (tiret bas),"-" (tiret haut) étant la liaison. Une des particularité du français est qu’il y a beaucoup d’enchaînements consonantiques, qui génèrent des difficultés de compréhension et nécessitent un travail d’audition.
Elle contient aussi beaucoup d’enchainements vocaliques comme dans l’expression "Et alors ?", qui semble un seul mot à l’oreille. Il est important de percevoir ces "enchaînements consonantiques" pour aider l’apprenant, or les français en ont peu conscience tant il est pour eux naturel. Pourtant, si vous dites "pour elle", un étranger dont la langue sépare les mots sans enchaînement risquera de confondre mots et syllabe et pourrait demander ce qu’est "relle".

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Assimilations

Dans l’enchaînement sourdes-sonores en français, on observe des assimilations régressives.
Dans le mot "observer" par exemple: le "b" est prononcé comme un "p".
Dans "rez-de-chaussée", le "d" se prononce comme un "t", assourdi par le "ch".
Le son "t" apparait aussi entre deux consonnes rapprochées par un e qui s’amuit : "Annecy" de la sorte se prononce presque "antsi".
"Peu de temps" se prononce souvent "peu t’temps", où le t devient géminée par allongement de la tenue de l’occlusion.
En anglais, ce n’est pas la consonne à venir qui va modifier celle qui précède, mais plutôt la première qui va modifier la suivante.
On a vu que dans "observer", le "b" se prononçait comme "p" à cause du s, mais dans le mot anglais "observe", c’est le "s" qui se sonorise en "z" à cause du "b".
Expliquer l’influence des sons les uns sur les autres en français ne peut qu’être utile à l’apprenant.

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Accents de groupes

le français n’est pas une langue où l’accent porte sur le mot mais sur la fin des groupes de mots : il s’agit en cela d’une langue oxytonique.
On le voit dans cet exemple où les lettres capitales marquent l’accent : on dit "c’est MIEUX" mais "c’est mieux ainSI". Travailler avec ce type d’exemple permet de familiariser les apprenants à cette façon d’accentuer.

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Syllabes japonaises

Le japonais est une langue syllabique : si on met de côté le cas du "n", une consonne est toujours accompagnée d’une voyelle : d’où une difficulté pour faire des syllabes complexes, pour enchaîner plusieurs consonnes : le mot "film", importé, se dit d’ailleurs "filom" en japonais.

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Le mot et sa perception phonétique

Toutes les écritures alphabétiques ont-elles respecté le mot ?
En cambodgien ou en inuit, les séparateurs opèrent au niveau des phrases. C’est une manière pour la graphie de respecter les souffles de la parole.

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Limites de mots

Avalanche, alcool, almanach, abricot... Certains mots importés l’ont été avec tout ou partie de leur déterminant : autre illustration de ce que le découpage des mots ne va pas de soi dans la chaîne parlée qui constitue un tout.

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Arbitraire des genres

Si la notion de genre, en langue, s’ancre dans le réel et spécialement sur l’observation des êtres animés, certaines langues comme le français ont évolué en donnant un genre à tous les noms. Pourtant, la langue française dans un état ancien comportait aussi un genre neutre, dont le "y" dans le Nord des Alpes est une trace. Ce qui est une richesse : "je l’aime" ou "J’y aime", n’y signifie d’ailleurs pas le même chose.

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Intonations expressives

Les intonations expressives ne sont pas toutes internationales. L’intonation de la colère est grosso modo la même partout, mais pas, par exemple, l’expression du doute.
"il a gagnééééé" : ici l’allongement de la finale peut sous-entendre la mise en doute du fait. "Il a gagnéééé... ça reste à voir..."
Ces nuances concernent les niveaux avancés, tandis que les intonations linguistiques doivent être travaillées très tôt, notamment l’intonation interrogative sur une syntaxe affirmative : "ça va ?"

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Voyelles accentuées

Il est utile, pour faciliter l’écoute et la restitution des sons vocaliques ou nasaux réputés difficiles en français langue étrangère, de travailler sur des phrases où ces sons sont accentués : "comme il pleut !"

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Diversité des consonnes

En arabe du Moyen Orient, le son "p" n’existe pas et il tend à être confondu avec le "b". Pour travailler la différenciation entre ces deux sons, on part du constat que les sourdes sont toujours plus tendues que les sonores correspondantes. Si on dit "pa" et "ba" dans la paume de sa main le "pa" fera beaucoup plus d’air." Pour accentuer cette tension, on privilégiera de plus les mots commençant par "p", comme "Paris" ou "poulet". Inversement, le "r" est la consonne la plus relâchée : pour la faire écouter on préférera cette fois choisir des mots où cette consonne est en position finale : "par", "port", "pour"...

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Théâtralisation

En situation théâtrale, l’articulation tend à être meilleure et c’est donc un bon terrain pour l’exercice phonétique. Mais certains traits culturels doivent être pris en compte. (video corrompue hélas après 30 seconde)

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Dictionnaire mental

Les enfants qui arrivent à l’école à six ans ont déjà un "dictionnaire oral", et on leur donne un "dictionnaire écrit".

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Voyelles arabes et berbères

Dans l’arabe classique il n’y a que trois voyelles, mais dans l’arabe dialectal il y en a davantage, dont les "é" et les "o". En berbère, on compte plus de voyelles qu’en arabe, mais c’est aussi une langue qui connait des variations.

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Origine des langues et théories

Dominique Abry ne croit pas à une origine unique des langues, qui reste une hypothèse. Les langues indo-européenne ont bien cependant une ascendance commune dont atteste un siècle de recherche.

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Protrusion

Avec les malentendants, les orthophonistes travaillent de trois quart, afin que les patients voient les mouvements des lèvres en trois dimensions. Cette technique est transposable dans l’enseignement de la phonétique : elle peut notamment permettre aux apprenant dont la langue d’origine est une langue "à bouche molle" de mieux percevoir la projection des lèvres en avant, marquée en français au point que des crampes peuvent survenir pour ceux qui ne sont pas accoutumés à le parler.

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Pour concevoir des exercices


Consonnes à travailler

Dominique Abry donne des conseils pour enseigner liaisons et enchaînements consonantiques : ne pas enseigner à dire "Il - ar - rive" selon le découpage des syllabes écrites, mais "i - la - rive". Le français ne respecte pas le mot : si le mot se termine par une consonne, celle-ci bascule immédiatement si le mot suivant commence par une voyelle car le français aime les syllabes ouvertes.
Dominique Abry invite aussi à faire entendre la douceur des enchaînements vocaliques en français. "Il est où ?" se prononce ainsi comme un seul mot.
Il est plus utile de commencer à enseigner l’enchaînement consonantique que l’enchaînement vocalique : si l’apprenant a une certaine rudesse dans la prononciation, ce n’est pas trop grave, tandis que s’il a des problèmes de compréhension à cause des enchaînements consonantiques, c’est plus ennuyeux. L’enchaînement consonantique implique un travail d’audition.
Dominique ABRY raconte que du fait de ces enchaînements, elle reçoit régulièrement des lettres à l’attention de "Madamme Cabri", de même que l’animateur Jean-Luc HEES se faisait souvent appeler "Monsieur Caisse".
Souvent, c’est le passage à l’écrit qui permet aux apprenants de séparer les mots fondus à l’oral et d’accéder au sens.


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Géminées

"Comme amant" ou "comm’ maman" ?
"Une oie" ou "un’ noix" ?
"Je viens diner" ou "je viens d’diner" ?
La différence entre l’une ou l’autre expression tient à peu de chose : dans un cas la consonne n’est pas géminée, dans l’autre elle l’est.
En production orale, les apprenant tendront à prononcer le "e" pour assurer la distinction, mais ils doivent apprendre à entendre la géminée que peut générer la non prononciation de ce e, pour ne pas risquer de confusion.


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Écrire les nasales

"en" ou "an" se partagent à 50% l’écriture du son [ɑ̃]. [ɔ̃]  s’écrit "on" dans 99% des cas.
Pour
[ɛ̃], c’est plus compliqué : "in" et "un" doivent être appris d’abord, "in" notamment qu’on retrouve ensuite dans "ain" et "ein". La difficulté concerne le [ɛ̃] écrit "en" non accompagné d’un i ou d’un y, à cause du risque de confusion avec [ɑ̃]. Confusion qu’on observe d’ailleurs chez beaucoup de locuteurs français par exemple pour le mot d’agenda où le [ɛ̃] central est parfois prononcé [ɑ̃].

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Prononcer les nasales

Les nasales sont toujours longues et s’entendent mieux en français lorsqu’elles sont en syllabes fermées : il pense, il pince, il ponce. Il est donc recommandé de commencer par s’exercer avec ces syllabes fermées.

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Prononcer les suites

Le mot "surtout" pose problème aux anglo-saxons, qui ont tendance à prononcer "surtu" ou "sourtout". Sans forcément travailler à partir de virelangues, on peut choisir des mots, des phrases, spécialement pour les suites sonores qu’ils contiennent et les difficultés que ces suites sont susceptibles de faire surmonter à l’apprenant, selon sa langue maternelle.

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Prosodie et respiration

Dans un système phonétique, on trouve les voyelles, les consonnes, et la prosodie : le rythme, l’accent et l’intonation. On ne respire pas de la même façon selon les langues : en effet on a des langues à accents fixes, d’autres à accents mobiles ; des langues à accents de mots, et des langues à accents de groupes de mots.
De ce point de vue le français est une langue difficile à entendre.
Le système vocalique turc, complexe, permet certes aux locuteurs de cette langue de bien appréhender les voyelles françaises, à l’exception toutefois des nasales.
En arabe, on ne compte que trois sons vocaliques, "i" la plus fermée à l’avant, "a" la plus ouverte, "ou" la plus fermée à l’arrière.

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Prononcer les voyelles accentuées

Textes supports


Bibliographie

ABRY D., CHALARON M.-L., Phonétique 350 exercices, Hachette, 6 cassettes.
ABRY D.,  VEDELMAN-ABRY J., La phonétique : audition, prononciation, correction, Clé international, 2007, 1 CD Audio.
AKYUZ A. et al., Exercices d’oral en contexte, Hachette niv 1, 2002, 2 CD Audio.
CALBRIS G., MONTREDON J.,  Des Gestes Et Des Mots Pour Le Dire,
Clé international, 1986.
CALLAMAND M., Méthodologie de l’enseignement de la prononcìation. Organisation de la matière phonique du français et correction phonétique. Clé international, 1981.
CHAMPAGNE-MUZAR C., BOURDAGES J.S., Le point sur la phonétique,
Clé international, 1998.
CHARLIAC L. et al., Phonétique progressive du français (Débutant). Clé international, 2003.
GUIMBRETIERE E.,Phonétique et enseignement de l’oral. Didier-Hatier, 1994.
KANAMAN-POUGATCH M., Plaisir des sons, phonétique du Français. Didier-Hatier, 1989.
LAURET B., Enseigner la prononciation du français : questions et outils. Hachette, 2007
LE BEL J.G., Traité de correction phonétqiue ponctuelle, CIRAL ,1990.
LEON M., Exercices systématique de prononciation française, Hachette.
LEON P et LEON M, Introduction à la phonétique corrective,Hachette- Larousse.
LHOTE E. Enseigner l’oral en interaction, Hachette.
MARTINIE B, WACHS S., Phonétique en dialogues, Clé international, 2006, 3 CD Audio.
MARTINS C., MABILAT J.J., Sons et intonations, Didier, 2004, 3 CD Audio.
PAGNIEZ-DELBART Th., A l’écoute des sons : les voyelles, Clé international, 1997, 2 K7.
PAGNIEZ-DELBART Th., A l’écoute des sons : les consonnes, Clé international,1997, 2 K7.
RENARD R., Introduction à la méthode verbo-tonale  de correction phonétique. Didier, 1971.
VIELMAS M., A haute voix, Clé international,1990.
WIOLAND F., Prononcer les mots du français, Hachette, 1991.
YAGUELLO M. et al., Le grand livre de la langue française, Seuil, 2003.

Sites complémentaires

http://phonetique.free.fr/

http://babelnet.sbg.ac.at/canalreve/ecritspassions/index.htm

http://flenet.rediris.es/cours/cphon.html

http://www3.unileon.es/dp/dfm/flenet/phon/jeux/virelangues.html

http://virga.org/cvf/

http://accentsdefrance.free.fr/

http://www.latl.unige.ch/


A propos de la page
Montage vidéo : Elisabeth Burlet-Parendel
Scripto-guide : Camille Marger