Mis en situation par l’extrait du film "Moitié, moitié", les soixante-dix participants ont ensuite écouté l’intervention de Cécile Goï, Enseignante-chercheure à l’université François Rabelais de Tours en sociolinguistique et didactique du FLE et du FLS. Ils se sont ensuite répartis en trois ateliers : "accueillir et orienter", "accompagnement social", "construire la scolarité." L’après-midi a permis la mise en commun des ateliers et la présentation par L’ADATE du dispositif "ouvrir l’école aux parents", avant une synthèse des débats par Cécile Goï.
 
Les participants étaient non seulement des enseignants de FLS, mais aussi de nombreux acteurs de l’accueil des ENAF : chefs d’établissement du premier et second degré, assistantes sociales, conseillers d’orientation psychologues, membres d’associations ou de dispositifs comme l’AFEV (lien), l’ADATE(lien), le CRI (lien), le DIRED (http://www.dired-chambery.info/dotclear/index.php) Ils ont trouvé des réponses ou des amorces de réponse à leur questionnement. Grâce aux nombreuses pistes d’actions explorées, une dynamique s’est enclenchée qui permet d’envisager des progrès dans le rapport entre école et parents allophones.

Voici les temps forts de l’intervention de Cécile Goï :

Cécile Goï commence par se présenter et relate son parcours. Elle explique avoir préféré axer son travail sur les dynamiques de réussite plutôt que sur l’échec dont elle refuse le "côté déterministe."

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Elle exprime ensuite son attachement au thème qu’elle va développer, "les nouveaux arrivants et le dialogue entre l’école et les familles." Sans ce dialogue, des "situations très difficiles" risquent de survenir pour les enfants, ainsi que des malentendus dommageables avec leurs parents. Elle précise que la visite de l’établissement par les familles est nécessaire, avant de rappeler le BO de mars 2002 stipulant que l’obligation d’accueil prime sur les autres : quelle que soit leur situation juridique et médicale, les enfants doivent être accueillis dès lors qu’ils vivent sur le territoire.

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Un travail important, impliquant au besoin associations et partenaires, peut donc s’avérer nécessaire.

 

Peu simple, l’accueil scolaire est notamment réglementé par le BO du 25avril 2002. Chaque nouvel arrivant doit bénéficier d’une double inscription : dans une classe de référence ou "classe ordinaire", et dans un dispositif pédagogique particularisé.

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Les dispositifs spécifiques varient beaucoup selon les départements, mais, même en dehors de ce dispositif, l’accueil du nouvel arrivant "concerne tout le monde."

 

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Après cette introduction, Cécile Goï revient sur la nécessité de faire visiter l’établissement à l’élève et à sa famille. C’est en effet l’occasion d’une rencontre, qui contribue à la dissipation de "fantasmes [...] extrêmement puissants en situation interculturelle."

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Elle aborde ensuite le thème de l’information aux familles. Encore une fois, c’est souvent lorsqu’elle est le plus nécessaire qu’elle est le plus difficile, du fait notamment de difficultés linguistiques. Dans une situation similaire à celle de parents allophones, "nous n’accepterions pas de ne pas savoir ce qu’on fait de nos enfants." De fait, étant donné les difficultés qui peuvent gripper la transmission d’informations de l’école aux familles, notre mission avec les nouveaux arrivants "va jusqu’à s’assurer que les parents ont reçu les informations."

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Il arrive que des familles dialoguent avec l’école à l’aide d’interprêtes choisis dans leur cercle de connaissances. Cela fonctionne jusqu’à un certain point mais lorsque l’objet de la rencontre est sensible, cela ne suffit plus. Cécile Goï évoque des cas le montrant clairement, et plaide pour le recours à un interprête de profession chaque fois que c’est nécessaire.

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Elle présente une page web contenant de nombreux outils d’accueil traduits en de nombreuses langues et lit, à titre d’exemple, une fiche de communication initiale qu’elle et ses collègues transmettaient aux parents dans leur langue, ainsi qu’en français. La communication plurilingue évite en effet que des mots ou des documents soient signés sans être compris et que des situations délicates s’ensuivent. Pour illustrer ce propos, Cécile Goï raconte deux mésaventures.

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Elle explique ensuite comment la nécessité d’une transmission claire de l’information l’a conduite à faire appel à un illustrateur.

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Vient ensuite un "petit slide" intitulé "des allants de soi problématiques." Cécile Goï rappelle que les attentes de l’école, implicites pour de nombreuses familles, ne le sont pas cependant pas pour toutes. Elle montre, exemple à l’appui, que les familles allophones ont souvent besoin d’un effort d’explicitation de la part de l’école.

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La compréhension réciproque des habitudes éducatives est un autre point d’importance. Si la notion de culture éducative doit être relativisée par les particularités familiales, elle n’en joue pas moins un rôle dans les représentations scolaires. Par exemple, au Gabon, un élève ne quitte le CP que s’il sait lire, alors qu’en France c’est l’âge qui détermine le changement de classe.

 

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Cécile Goï évoque ensuite la question de la laïcité à la Française. L’école sans Dieu, en effet, n’est pas comprise par tous.

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Les statuts et le rôle des adultes par rapport aux enfants peuvent aussi faire l’objet de représentations différentes. Dans les systèmes scolaires ou dans les familles d’origine des nouveaux arrivants, l’autoritarisme voire la violence ne sont pas toujours mis au ban des méthodes éducatives. Ce "décalage des modes de sanctions", s’il n’est pas explicité, risque d’être mal compris par les parents.

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Cécile Goï en vient ensuite à l’"acculturation" nécessaire à la socialisation démocratique propre à l’école française. Précisant d’emblée que le "a", grammaticalement privatif, ne signifie pas pour autant qu’une culture disparaît, elle indique que l’acculturation est un "processus sociologiquement décrit" d’interactions, donc de modifications, entre une culture d’origine et une culture d’accueil. Certains parents comprennent par exemple difficilement que l’école française fonctionne "avec des modalités de socialisation démocratique" : nous développons l’esprit critique des élèves, sollicitons leur avis, leur demandons d’argumenter ; nous leur donnons un droit de regard sur les règles de l’école, ils élisent des représentants... Des parents habitués à un système beaucoup plus directif, à moins qu’on leur explique ce fontionnement, peuvent y voir le risque, par rebond, que leur propre autorité soit remise en question.

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Dans ces conditions, l’absence de concertation entre parents et enseignants pour définir leurs rôles respectifs peut s’avérer problématique et générer des incompréhensions. Une "coéducation" doit être travaillée. Développant ce point, Cécile Goï en revient au thème de la violence, dont il faut parfois rappeler qu’elle tombe sous le coup de la loi.

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Le thème des familles "élargies" est également évoqué. Dans des familles non "nucléaires", les interlocuteurs autorisés ne se limitent pas, en effet, aux parents. Là encore, il faut apprendre à s’accorder.

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Une autre difficulté concerne les "conflits de loyauté". Dans certains cas en effet, il apparaît que "réussir, c’est trahir". Entre autres exemples, Cécile Goï aborde le problème qui se pose parfois de l’éducation des filles et de leur accès au savoir.
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Les "représentations de la réussite", de plus, varient selon les cultures.
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Cécile Goï insiste sur le risque que la réussite scolaire d’un enfant puisse être perçue comme une trahison familiale ou culturelle, l’expliquant par une appréhension à combattre.

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 Elle termine sur la description d’un projet d’actions mené de 2005 à 2008 en direction de familles allophones, projet à bien des égards exemplaire en matière d’accueil.
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